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in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/essaisurlamusiqu02labo
ESSAI
SUR LA MUSIQUE.
TOME SECOND.
ArtH.H
Lxtecdl», ^*~^ Êe '* eàl
ESSAI
S £7 #
LA MUSIQUE
ANCIENNE ET MODERNE.
TOME SECOND.
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>4 PARIS,
De l'Imprimerie de Ph.-D. PIERRES , Imprimeur ordinaire du Roi;
Et fi vend
Chez Eugène ONFROY, Libraire, rue du Hurepoix,
M. DCC, L X X X.
Avec Approbation y & Privilège du Rt ■
ESSAI
SUR LA MUSIQUE.
LIVRE TROISIEME.
Abrégé d'un Traité de Compojition.
CHAPITRE PREMIER.
331
De la Mujique.
JLe grand Rameau nous dit que la Muhquc étant la fcience des (ont ,
le fon eft le principal objet de la Mufique.
Mais il n'en eft que l'objet phyfique, Se les raports trouves entre di
rens fons , en font l'objet mathématique. Sa fin doit toujours être de plaire,
cV de faire naître en nous différentes pallions.
Tome II. A
2 ESSAI
I | BB " ■—■■■■■« i— -i un» ! ■mi i i l l i
CHAPITRE II.
Du Son.
.Les Anciens ont cru que le fon était produit par le corps fonore de
la même manière que l'odeur eft produite par la fleur , c'eft-à-dire , en
répandant dans l'air des petits corps capables d'affecter nos organes. On
eft convaincu maintenant que le corps qui réfone ne perd rien de fa
fubftance , 8c qu'il n'en fore rien du tout qui foit tranfporté dans les
organes de notre ouïe.
Qu'eft-ce donc que le fon, & comment fe produit-il à nos fens?
On fait qu'il s'écoule toujours quelque tems avant que le fon ne parviens
à nos oreilles j & que ce tems eft d'autant plus long, que le lieu où le
fon eft produit, eft éloigné de nous; en forte que pour fe communiquer
à une diftance de icoo pieds, il lui faut environ une féconde de tems (a).
En obfervant une cloche, lorfqu'elle eft frapée, ou une corde, lorfqu'elle
eft pincée , on s'apercevra facilement que le corps fe trouve alors dans
un tremblement ou ébranlement, dont toutes fes parties font agitées; ces
vibrations mettent l'air voifln dans une femblable vibration , qui fe com-
munique fuccelfivement aux parties plus éloignées de l'air , jufqu'à ce
qu'elles vienent fraper l'organe de l'ouïe. C'eft donc l'air qui, recevant
de telles vibrations , tranfporté le fon jufqu'à nos oreilles , & il en
réfulte que la perception d'un fon n'eft autre chofe que la communi-
cation intime de l'air ébranlé à notre organe de l'ouïe ; ôc quand nous
entendons le fon d'une corde pincée, nos oreilles en reçoivent autant de
coups que la corde a fait de vibrations. Mais il y a des fons de différentes
(u) Quand on tire un canon , ceux qui en font éloignés n'entendent le bruit que quel-
que tems après qu'ils ont vu la flâme de la poudre. Ceux qui font éloignés de vingt-
quatre mille pieds ( un peu plus d'une lieue & demie de France ou un mille d'Alle-
magne ) n'entendent le bruit que vingt-quatre fécondes après la vue du feu. Le bruit du
tonerre ne parvient au/fi à nos oreilles que quelque tems après l'éclair , & fi nous ob-
fervons qu'il s'écoule vingt fécondes entre l'éclair & le tonerre, nous pouvons eu conclure
que le iiége du tonerre eft éloigné de nous de vingt mille pas.
SUR LA MUSIQUE. 5
efpeces : où rechercher les caufes de ces différences? Ce ne peut être
que dans la relation des vibrations.
Lorfqu'une corde achevé 100 vibrations dans une féconde , «Se qu'une
autre en achevé zoo, le fon de la première fera plus grave, ou plus bas.
Se l'autre plus aigu , ou plus haut.
Voilà la différence des fons graves Se aigus, fur laquelle roule toute
la feience de la Mufique , dont tout le mérite confifte à favoir mêler des
fons qui différent entr'eux. par raport au grave &: à l'aigu (a), mais
unis tellement enfembie , qu'd en réfulte une agréable harmonie. Le cé-
lèbre Euler, d'après lequel nous avons donné la définition du fon , a remarqué
que nous ne pourions pas entendre un fon qui ferait moins de vingt
vibrations dans une féconde , parce qu'il ferait trop bas ; ni un fon qui
ferait dans une féconde plus de quatre mille vibrations , à caufe de fa trop
grande hauteur.
CHAPITRE III.
Des Intervalles.
(3N nomme ainfi la diftance qu'il y a d'un fon grave à un fon aigu (b).
Cette diftance fe divife en degrés , dont le premier s'appelle unijfon. C'eft
lorfque deux voix ou deux inltrumens, ou une voix & un inltrument,
forment le même fon.
(.1) Les anciens ayant confacré le grave aux cérémonies religicufcs, majeftueufes, dott-
lourcufcs, & l'aigu à la gaîté , à rimpétuofîté & même à la fureur, ne pouvaient fourtrir
le mélange du grave & de l'aigu. Ignorant l'art de les unir fans rudcAl-, & d'en faire
réfulter cette harmonie , tantôt terrible & entraînante , tantôt douce & perfuafive , ils
regardaient comme un attentat de les mêler cnfcmblc. C'cff une preuve inconteftable
qu'ils n'ont jamais connu la Mufique à plulicurs parties ; ou du moins , que s'ils en ont
eu quelque idée, ils l'ont condamnée à ne jamais exifter , parce qu'en fourïran: feulement
le deiïiis & la baffe , ils auraient uni le grave à l'aigu. Ils n'ont donc jamais conn»
Harmonie.
(A) On fuppofc qu'on eft parti du ton le plus grave ou le plus bas, &: que les autres
le forment en élevant la voix fucccflivcmcnt fclon fes degrés naturels.
Ai
4
ESSAI
Le ie degré s'appela féconde.
Le 3e ." . . tierce.
Le 4e ' • quarte.
Le 5 e quinte.
Le 6e fixte>
Le 7e feptieme.
Le Sc octave.
Le oc neuvième.
ôcc. &c. &c. ôcc. ôcc. .
Le 15e double-octave.
Le 21e. . . • triple-octave.
ôcc. ôcc. ôcc. ôcc. ôcc
C H A P I T Pv E IV.
Ce que cejl que les ConÇonances ; pourquoi elles font parfaites.
Ce que c'ejl que les DifJ'onances / pourquoi elles font imparfaites.
\J n appelé parfait ce qui eft fournis aux proportions rationelles , c'eft-
à-dire, quand une chofe, par exemple, fait deux fois, dans un tenu égal,
ce qu'une autre ne fait qu'une fois j alors il y a proportion entre ces
deux chofes.
Une corde qui dans une féconde forme fix vibrations , étant pincée en
même tems qu'une corde qui en forme douze, il en refaite deux fons,
qui forment une Confonance s parcequ'alors il exifte un raport entre
ces deux fons j au lieu que dans deux cordes, dont l'une ferait dix-neuf
vibrations, pendant que l'autre en formerait douze, il n'exifte point de
raport , ou s'il en exifte un , il eft impoifible que l'oreille le découvre.
Donc la plus (Impie Confonance eft celle où le fon aigu achevé préci-
fément deux fois plus de vibrations que le fon grave. Cette Confonance
eft appelée octave ; & l'octave aiguë eft au fon grave dans la proportion
de 2 à 1 , puifqu'elle forme deux fois plus de vibrations que lui.
La doublé oclave formera quatre vibrations pendant que le fon grave
SUR LA MUSIQUE. %
en forme une; la triple en formera huit; la quadruple, feize; la quintuple,
trente-deux. Voilà donc cette proportion établie :
i, z, 4, 8, \6, jz, 64, rz8, zj5, Sec.
xiiuii ia i/iuuuiiiuii vlu • •
1 à 1.
1 à 2.
La double octave de ...
1 à 4.
La triple octave de ... .
1 à S.
La quadruple octave de .
1 à \6.
La quintuple odave de
1 à 32.
La fextuple octave de
1 à 64.
La feptuple octave de .
1 à 1 z 8
L'octuple octave de .
1 à 256
tkc. .
Toutes les proportions que nous venons de voir , tirent leur orieir.e
du nombre 2 j puilque que 4 vient de deux fois deux , 8 de deux fois
quatre , eVc. Amii en n'admetant que le nombre 2 dans la Mulique , on
ne parvient qu'à la connailfance des Confonances appelées octaves.
En y introduifant le nombre 3 ; voyons ce qu'il en rélultcra.
La proportion de 1 à 3 nous préfente deux fons , dont 1 un rend trois
fois plus de vibrations que l'autre dans le même tems.
Suppofons donc que , dans la proportion de 1 à 3 , le nombre 1 réponde
au fon ut : puifque le fon ut eft exprimé par le nombre 2 ; le nombre j
8<=
nous donne un fon plus haut que ut 3 mais plus bas que ut, qui répond
au nombre 4, puifque le nombre 4, ainu que tous ceux engendrés du
nombre 2, apartieuent aux octaves. Or le fon exprimé par 3 eft celui
que les Muficiens marquent par la note/o/; 6\: ils nomment l'intervalle
d'ut à fol 3 une quinte* parce que dans la fucceliion des noies de la Gamme,
ut3 n-j mi 3 fa3 fol 3 la 3 fi 3 ut j &c. la note /bl eft la cinquième depuis ut.
s-
Donc fi le nombre 1 donne le (on ut; le nombre 2, le fon ut; le
«<
■&'
ic 8e
nombre 3 , le fon fol ; & le nombre 4, le fon ut : le fon Jcl 3 qui eft l'oâave
du nombre 3 , donnera 6 ; en montant encore d'une octave , il donner*
12 y à la triple OctavCj 24 , &c.
ESSAI
E
X E M P L E.
g' S' i< 8e i.«i' 3e 8= }' 8e 4= 8e 4' 8= ^oûive.
Ut, Ut, fol, Ut, fol, ut, fol, Ut, fol, Ut,
i. i. 3. 4. 6. 8. 12. 16. 24. 32.
Il réfulte delà, que la proportion de 1 à 3 exprime un intervalle corn-
pofé d'une octave & d'une quinte ; & qui , à caufe de la (implicite de fes
nombres, doit former, après l'octave, la Confonance la plus' fenfible à
l'oreille. C'eft auflî celle qui, fur un inftrument, s'acorde le plus faci-
lement après l'o£tave.
Si l'unité nous avait marqué le fon fa j le nombre 3 marquerait le
fon ut , en forte que les fons fuivans répondraient à ces nombres :
8e 8e i' 8e ie 8e ic 8= 5e 8e.
fa , fa , ut , f a , ut , ta , ut.
i. 2. 3. 4. G. 8. 12.
De fa à ut l'intervalle eft une quinte , contenue dans une proportion
i« S' Ie 8e 5e 8e }e 8e
de 2 à 3 ; de même de fa à ut , de fa à ut 3 Sec. il y a auflî l'intervalle
d'une quinte , puifque la proportion de 4 à 6 Se de 8 à 1 2 , eft la même
que celle de 2 a 3.
Delà nous arrivons à la connaifTance d'un autre intervalle contenu dans la
8e i* 8= Ie 8e 3e 8e
proportion de 3 à 4 , qui eft: à' ut Xfij Se pareillement d'ut àfa, ou finale-
ment d'ut à. fa. C'eft ce que les Mulîciens appelent quarte ; Confonance qui
n'eft pas auflî agréable que la quinte, pareeque fa proportion étant de 3 à 4,
commence à être plus compliquée que celle de la quinte, qui eft de 2 à 3.
C'eft donc le nombre 3 qui nous a fourni les Confonances de la quinte
Se de la quarte.
Prenons maintenant trois fois le nombre 3 , pour avoir le nombre 9 ,
1' 8e
il nous donnera un fon plus haut que le fon fa j donc le nombre 9 donne
3e 8£ ic 8e j* 8e ;= 8e s'-'S*
le fon fol ; en forte que ut 3 fa3 fol y ut, feront marqués par 6,8,9,
12 : d'où, prenant ces fons dans les octaves inférieures, les proportions
demeurant les mêmes , on aura :
8= 1' 8« ?» 8e 4e 8e
ut, fa, fol, ut, fa, fol, ut, fa, fol, ut, fa, fol, ut,
6. 8. 5). 12. 16. 1S. 24. 32. 36. 48. 64. 72. t)6.
S U R L A M U S I Q U E. 7
proportions qui nous procurent la connaifîànce de nouveaux intervalles ;
le premier eft celui de fa à. fol j dans la proportion de 8 à 9 : c'eft ce
que les Muficicns appclent féconde &c aulîl ton entier. Le fécond eft celui
S'
de fol à fa t contenu dans la proportion de 9 à 1 6 -y c'eft ce qu'on appelé
fiptieme 3 intervalle qui eft d'un ton entier ou d'une féconde plus petit
que l'octave. Ces proportions de 8 à 9 Se de 9 à 1 6 , n'étant plus exprimées
par les petits nombres 1 , 2 , 3 , 4 , 6 , ne font plus dans la clarté des Con-
j'onances , mais commencent celle des Dijjonanccs.
Prenons le nombre 9 trois fois , pour avoir 27 , ce nombre marquera
xc 8e 8e
un ton plus haut que ut , &C précifément d'une quinte plus haut que fol.
»« 8e 3e 8e 4e 8e
Ce fera donc te , &c fon octave re répondra au nombre 54 , & re au nombre
108, &cc. Repréfentons ces tons de quelques octaves plus bas, nous aurons
les proportions fuivantes :
85 x« 8e 3e 8< 4' l*
ut, re, fa, fol, ut, re, fa, fol, ut, re , fa , fol , ut , re , fa , fol , ut,
24. 27. 32. 36. 48. 54. 64. 72. 96. 10 S. 128. 144. 1 92. 216. 256. 2 S 8. 384.
Nous y découvrons que l'intervalle de re à fa eft contenu dans la pro-
se
portion de 27 à 3 2 , 8c celui de fa à re j dans la proportion de 32 à 54.
Ce premier intervalle nous donne la tierce mineure > & le fécond la_/î".vrc
majeure.
On pourait encore tripler le nombre 27 ; mais les Théoriciens mo-
dernes , que nous fuivons ici , prenent le nombre 5 & fes multiples pour
avoir les autres tons (a).
Nous avons vu jufqu'ici que le nombre 2 fourniflait les octaves } le
nombre 3 la quinte 8c la quarte ; 3 multiplié par 3 , Inféconde 8c la fep-
tieme ; 8c 9 multiplié par 9 , la tierce mineure 8c \-\ fixte majeure. Intro-
duifons maintenant le nombre 5 , & voyons quel fera le fon qui fait cinq
vibrations , pendant que le fon fa n'en fait qu'une.
8e ic 8< 1' S'
Dans le même tems fa en fait deux , fa en fait quatre , ut lix : le ton
{a) En triplant 17 on aurait 81. Les ottaves fupcrieutcs Je y, font 10, »o, 40 & So;
les Théoriciens modernes emploient 80 , au lieu de 81 , & ils appclent comtrui la JilVo»
xenec entre ces deux nombres. Voyez la note Je la page 10.
6 ESSAI
i' 8e z' S' i« 8«
que nous cherchons eft donc entre fa & ut. C'eft celui qu'on a nommé la,
dont l'acord avec fa fait ce qu'on nomme une tierce majeure 3 év forme une
Confonance agréable, puifqu'elle eft contenue dans la proportion de ces pe-
ïc 8e i' 8e
tits nombres 4 à 5. De plus ce ton la fait avec ut un acord contenu dans
la proportion de 5 à 6 , qu'on nomme tierce mineure 3 comme celle donc
nous avons déjà parlé, contenue entre les nombres 27 & 32 , parceque la
différence eft prefque imperceptible à l'oreille. Ce même nombre 5 étant
appliqué aux autres tons; fol 3 ut 3 re3 nous donneront de la même manière
leurs tierces majeures , prifes dans la féconde octave au deffiis j c'eft-à-dire
ic 8e je 8e jc S<=
les fons fi3 mi, fa )K 3 qui, étant tranfportés dans la première octave,
donneront maintenant ces tons avec leurs nombres :
8«
f a , fa $ , fol , la , fi 3 ut , re , mi , fa ,
128. 135. 144. 160. 180. 192. 216. 240. 256.
En étant le ton de fa % 3 on aura le genre diatonique 3 qui par con-
féquent réfulte des nombres
2.
3-
3 X j.
5-
En appliquant une féconde fois le nombre 5 , il fournira les tierces majeures
des quatre tons la 3 mi 3 fi 3 fa •% , qui font ut X 3 fol X 3 re% 3 la%.
De forte qu'à préfent voilà l'octave remplie des douze fons :
ut3 ut%3 re 3 re%3 mi3 fa3 fa%3 fol 3 fol X 3 la 3 la%3 fi.
Et tous ces tons tirent leur origine des nombres
2.
?•
3 X 3-
5-
S X 5-
Ainû pendant que le fon ut rend 384 vibrations, les autres fons e»
Kndent les nombres fuivans ;
Nombre
SUR LA MUSIQUE.
Nombres dont la multiplication donne la fomme des
vibrations de chaque fon de la Gamme.
Somme
des
vibrations.
Différences
entre ces
vibrations.
ne
iXiX2XiXiXiXiX-J- •
384
ut»
400
\G.
re
43*
3*-
18.
450
mi
480
3°-
fa
2X2XZX1X2X1X2 X 2 X 2
511
32.
fa«
54o
28.
,6.
fol
2X2X2X2X2X2X3X3 ••
57^
fol»
600
24.
la
2X2X2x2x2x2x2 x 5 • •
640
40.
la»
3x3x5x5x5
^75
35-
fi
2X2X2X2X3X5X5
720
45-
8e
2X2X2X2X2X2X2X1X3
768
48.
Pendant que le fon ut rend trois cent quatre-vingt-quatre vibrations , on
8<
voit que fon octave ut en rend fept cent foixante-huit ; ce qui fait preci-
fément le double. Pour trouver le nombre des vibrations des octaves
fuivantes , on n'a qu'à multiplier 384 par 4, ou 76S par 2j & on trou-
ze 8e
vera que ut rendra mille cinq cent trente-fix vibrations : enfuite multiplier
384 par 8, ou 7^8 par 4, ou 1536 par 2; on trouvera que ut rendra
trois mille foixante-douze vibrations. Et ainli des autres.
Pour comprendre la formation des fons de ces trois nombres 2, 3, 5,
il faut remarquer que le (igné mis entre chaque chiffre veut dire multiplier.
Ainli la première rangée de chiffres lignihe : deux multiplies par deux,
font quatre } multipliés par deux, font huit; multiplies par deux, font
feize; multipliés par deux, font trente-deux ; multipliés par deux, t'ont
Tome II. B
,o ESSAI
foixante-quatre ; multipliés par deux, font cent vingt-huit; multipliés par
trois , font trois cent quatre-vingt-quatre. Et ainfi des autres.
On voit par-là, que les différences entre ces tons ne font pas égales
entr'elles, que les unes font plus grandes & les autres plus petites. C'en:
ce qui fait que les tons ne font pas égaux entr'eux; qu'il y a quelques
commas (a) de différence entre certains tons ; que quelques quintes ne
font pas juftes ; que les deux tierces mineures , dont nous avons parlé ,
ne font pas égales; que le la )(K n'eft pas la même chofe que le fib, le fi
que Vutb, le Ji% que l'ut, Vut% que le reb, le re% que le mib, le mi que
le/ab, le mi % que le fa, le fa% que le/ô/b, Se le fol K que le lab.
Mais comme ces différences ne font pas coniidérables , on les néglige fur
les inftrumens à touches , tels que le clavecin , l'orgue , &c.
On nomme demi-tons les deux intervalles qui féparent la diftance d'un
ton à un autre ; ainfi , fur ces inftrumens l'octave étant partagée en douze
demi-tons à-peu-piès égaux entr'eux , il en réfulte qu'aucunes quintes ni
tierces, &c. ne font parfaitement juftes; mais cette différence eft fi petite,
que l'oreille ne peut l'apercevoir.
C'eft encore cette différence qui fait qu'on éprouve dans un Ton une fenfa-
tion que l'on n'éprouve pas dans un autre ; & comme les quintes & les tierces
font différentes dans chaque Ton , cette différence procure à chaque Ton
un caractère qui lui eft propre, & qui fait que l'un nous invite à la gaité,
tandis que l'autre nous porte à la trifteife : telle eft , à notre avis , l'ori-
gine de ces fameux Modes des Anciens, dont chacun avait un cara&ere
différent, & qui étaient chez eux ce que font parmi nous les Tons, comme
nous efpérons de le prouver bientôt.
La véritable origine des tons qui fcnt aujourd'hui en ufage , eft donc
tirée des nombres 1 , j &c 5 . Si nous voulions y introduire le nombre 7 ,
(<j) Le comma eft le petit intervalle qui fait la différence du ton majeur au ton mi-
neur; fa raifon eft de 3o4 à 81. On l'appelé comma-ma'jeur\ c'eft le comma ordinaire.
On diftingue auiïi deux autres efpeces de commas. 1°. Celui que l'on appelé mineur,
dont la raifon eft de 2025 à 2048, il eft la différence du demi-ton majeur au demi-ton
moyen. ic. Celui qu'on appelé maxime ou comma de Pyt/iagore , il eft dans le ra-
port de 524188 à 531441'; c'eft la différence, dont la douzième quinte d'un fon fur-
pafle la dix-neuvieme oftave de ce même fon.
SUR LA MUSIQUE. 1 1
le nombre des tons de l'odtave deviendrait plus grand , & nous donnerait
les quarts de ton, que les Anciens connaiflaient , & dont ils formaient
ce qu'ils appelaient l'enharmonique ; mais ces quarts de tons étant banis
de notre Mufique , nous ne poufferons pas plus loin nos recherches en c?
oenre. C'eft à M. Euler que nous devons la démonftration que nous venons
de donner j nous avons feulement taché de la rendre plus claire pour lej
Muficiens qui ne font pas Géomètres.
Les Confonances confident donc dans l'uniflon (a) , l'o&ave, la quinte,
la quarte , la rierce & la fixre.
Et les Diflbnances font formées par la féconde & par la feptieme. La
feptieme majeure , ou note fenfible , eft l'origine des Dilïbnances ma-
jeures j la feptieme mineure , ou fimplement la feptieme , eft l'origine de
toutes les Diflonances mineures.
Nous établirons donc que tout intervalle commenfurable forme Une Con-
fonance, c'eft pourquoi on dit Confonances parfaites ; Se qu'il n'y a de Diflo-
nances que les intervalles dont les raports font irrationels , voilà pourquoi
l'on dit Diffonances imparfaites.
• — —— — 'i
(a) La différence des fons, à l'égard du grave & de l'aigu, étant ce qui conftituc la
confonance, l'uniflon ne devrait pas en être une. Cependant on le compte dans le
nombre des confonances.
L'unité étant le principe des nombres, & i en étant le premier, l'octave (qui répond an
nombre z ) eft naturelement la première confonance , & en terme de Compolition , on l'ap-
pelé réplique , parcequ'elle fe confond avec fon principe. Une preuve que l'octave eft une
partie de fon principe, c'eft que fur un infiniment, lorfqu'on fait réfoncr une corde
avec un peu de violence , une autre corde , montée à une autre o&avc plus aiguë ou
plus grave, frémira j au lieu que fi on acorde trois cordes de cette manière.
3
te=Q
:ol.
rc.
& que l'on fafTe réfoner la corde fol , il n'y aura que la quinte rc qui frémira , la quarte
rc en defïbus ne remuera point. Cette corde ne fait donc pas partie du fon que l'on
fait réfoner, puifqu'clle ne frémit pas.
Une autre preuve que l'octave fait partie de fon principe, c'eft que fur la flûte . plus
ou moins de foufle fait un fon plus liaut ou plus bas d'une octave.
Zarlin dit que l'octave eft la merc, la fource & l'origine de tous les intcrvjl'cs; c'eft
par la divifion de l'es deux termes, que s'engendrent tous les acords de l'harmonie.
B i
ai ESSAI
i , I
CHAPITRE V.
De la Compojition.
C> e qu'on appelé Compojition } ne confifte qu'en deux chofes.
La première, à ranger & difpofer plufieurs fons, ou femblables ou
différens , les uns après les aucres , de manière que cette fuite de fons n'ait
rien de défagréable & fade plaifir à l'oreille -y c'eft ce que les Anciens ont
appelé mélodie 3 & ce que nous nommons chant.
La féconde, confifte à faire entendre deux ou plufieurs fons enfemble,'
de manière que ce mélange foit agréable , c'efe-i-dire , à inventer plufieurs
chants différens entr'eux, mais qui puiffent aller enfemble , & tels que le
mélange ou la réunion des fons diffcrens qui les compofent, n'ait rien
qui choque l'oreille (a) ; c'eft ce que nous nommons harmonie 3 & ce qui
feul mériterait le nom de Compojition : mais l'ufage a prévalu ; on entend
également par ce mot la mélodie Se l'harmonie. Ainfi, former une agréable
fuite de fons, qui produifent un beau chanr, y joindre d'autres fons, pour
former un tout harmonique ; voilà toute la Compofition.
Elle fe réduit donc à deux chofes : donner des règles sûres pour aranger
tellement les fons les uns après les autres, qu'il en réfulte une mélodie
agréable (è), & donner les moyens d'acompagner cette mélodie d'une
bonne harmonie, c'eft-à-dire , de faire entendre à la fois plufieurs chants
différens , fans que ce mélange ait rien de défagréable.
(a) Athénée , liv. 3 , dit qu'un Cuilînier Épicurien employait dans fon art toutes le»
loix de la Mulique , %c mêlait fes viandes, tantôt félon la proportion de la quarte, tantôt
fuivant celles de la quinte ou de Toûave , c'eft-à-dire, comme de 3 à 4 , ou de 3 à i ;
ou de i à 4.
(a) Il faut auilï qu'un Compofîteur connailTe la portée & le carattere des voix & des
inftrumens , la facilité ou la difficulté de l'exécution ; qu'il fâche les règles particulière!
établies par la convention , par le goût , le caprice ( ou la pédanterie , dit Rouffeau ,
pareequ'il ne favait pas en faire ufage ) comme les fugues, le contre-point , l'imi-
lation, &c.
SUR LA MUSIQUE. ij
I, i . 5=3
CHAPITRE VI.
De la Mélodie.
La Mélodie confifte dans une agréable fucceffion de fons fimples (a).
C'eft au goût du Compohteur à choifir fes fons , & à s'en fervir
de manière à créer des chants , qui flatent l'oreille , comme dans nos
bouquets , le mélange heureux des couleurs parvient à dater la vue.
C'eft là que nous devons borner le pouvoir de la mélodie ; tout ce que
la mauvaife foi ou l'ignorance y ajoute de merveilleux , eft aulîi faux
qu'impoflible j & fi ceux qui la mettent fi fort au deffiis de l'harmonie ,
voulaient être de bonne foi , ils conviendraient aifément qu'au Théâtre
ou dans les Concerts, la Mufique ne leur a jamais fait éprouver de fc-n-
fations délicieufes que par l'harmonie, foit douce &: fenfible , foit bruyante
& terrible. Que deviendraient en effet , fans l'harmonie , ces fuperbes
récits obligés , ces morceaux d'expreflion , où lame déchirée partage les
feintes douleurs d'un Acteur , fouvent froid , & qui ne doit fes fuccès
qu'à la précilîon avec laquelle il rend ce qu'un habile Compolîteur ,
moyénant de riches acompagnemens & la force du rhythme , lui ordone
d'exécuter? Abandonez-le fur la fcène fans orcheftre , lailîez-le chanter
un récitatif, quel qu'il foit, dénué d'acompagnement : comparez ce mor-
ceau avec un autre foutenu par l'harmonie; & prononcez enfui te.
Roufteau , au mot mélodie de fon Dictionaire, dit que la Mufique ne peint
que par la mélodie } & que les acords 3 laffant bientôt les oreilles 3 laijfent tou-
jours le cœur froid. Cette proposition eft au moins très hafardee : il ne faut,
pour s'en affiner , qu'entendre les Opéra que l'on nous donne depuis quel-
ques années, c\r s'interroger fur la caufe du plailîr qu'on y rclluu : on
avoûra que ce plaifir vient de la beauté d'une exprellion imitative , que
(j) M. Alg.irotti dit que la mélodie eft comme la vertu, qui confifte dans un point Je
perfection , hors duquel le trop & le trop peu vienent écKoucr.
H ESSAI
l'harmonie feule peut faire naître. Qu'on exécute j fans inftrumens, Ro*
lani y Iphigénie 3 Orphée y &c. & l'on verra fi la mélodie peut fufiire.
Si RoufTeau avait eu plus de connaiffances qu'il n'en avait en harmonie,
il n'aurait donné la préférence , ni à la mélodie ni à l'harmonie féparées
l'une de l'autre, mais certainement à leur union, de laquelle il réfulte un
.charme inexprimable, que l'on peut appeler la mélodie de l'harmonie _,
&c qui a lieu lorfque l'harmonie ne fait pas un vain bruit, mais lorfqu'elle
chante ou qu'elle exprime.
C'eft avec la même légèreté qu'il critique l'ufage où l'on eft quelque-
fois, de faire fervir un air d'acompagnement à un chœur : ce qui eft,
dit-il , ( croyant faire une épigramme ) « comme fi on s'avifait de réciter
» deux difcours à la fois ». Nous nous contenterons de répondre : malheur
à celui qui n'aura pas entendu avec plaifir Y air des Sauvages fervir d'a-
compagnement au chœur Forêts paifible s > dans l'Opéra des Indes Galantes!
Cet air fublime nous ramené à la mélodie , acompagnée de l'harmonie , plus
naturelement que tous les paradoxes de Rouifeau ne pouraient faire.
On fait qu'un fon quelconque eft compofé de deux autres , qui fonc
l'oétavs- de fa quinte (ou la douzième ) 3 8c la double octave de fa tierce
majeure ( ou la dix-feptieme ). Des oreilles bien fines Se bien exercées en-
tendent même quelquefois les oétaves aigues de ces intervalles. On appelé
ces fons les harmoniques du fon principal : Se comme ils portent toujours
chacun l'acord parfait, c'eft fortheureufement qu'ils font fi raibles de leur na-
ture \ car s'ils étaient plus forts, il en réfulterait une cacophonie continuelle.
Dans l'acord parfait d'ut, par exemple, on entendrait toujours enfemble:
ut , mi , fol , fi , re.
I acord d'ut. I
I acord de mi.
acord de fol.
Et dans l'acord de feptieme de fol , on entendrait
fol , Ç\ , re , fa , la , ut.
acovd île fol. I
acerd de Ci.
acord de rc.
acord de fa.
SUR LA MUSIQUE. i j
Ceftpar ces harmoniques que Rameau ôc Tartini, par un chemin abfo-
lument oppofé, ont cherché le principe de l'harmonie, fans pouvoir le
trouver ni l'un ni l'autre.
Les înftrumens nous aûlgnent les bornes des fons praticables , au
grave & à l'aigu ; lorfqu'ils font trop élevés ou trop bas, ils ne peuvent
plus fe diftinguer. Il ne faut pas croire pour cela, que l'étendue des tons
foit l'intervalle qu'il y a entre le plus grave ôc le plus aigu. Dans cet
intervalle les tons font répétés a chaque octave ; c'eft donc l'octave feule
qui fert de bornes à l'étendue des tons, ôc tous ceux qu'on peut former
dans la nature font compris dans l'oétave.
Quoique la nature ne divife pas cette octave en parties égales , ôc qu'il
y ait entr'elles des différences que le calcul fait développer , ces diffé-
rences étant prefque inappréciables à l'oreille , on eft convenu de les regarder
comme égales ; &c comme on a adopté que chacune de ces parties aurait un
demi-ton , il en réfulte que l'octave entière eft compose de iix tons ou
de douze demi-tons. Toutes les voix peuvent former ces douze fons, dont
fept font naturels & cinq artificiels. On appelé les fept premiers , diatoni-
ques , & les cinq derniers , chromatiques :
Sons naturels , ut , re , mi } fa 3 fol j la > Jî.
^ ut%} re% , fax, fol% 3 la%.
Sons artificiels , > ou
j reb, mib, folb , lab , Jîb.
Les Anciens admétaient encore une troifieme efpece de fons, qu'il j
appelaient enharmoniques } dont nous parlerons dans un chapitre deftiné
particulièrement à cet objet j mais ils font prefque impraticables, & quand
il ferait pofiïble de s'en fervir, il n'y a point aujourd'hui d'oreilles alfez dé-
licates pour en fentir le mérite. Ces fons enharmoniques étaient formés
d'un fon coupé en plufieurs parties.
Ce que nous appelons aujourd'hui enharmonique, eft abfolument différent
de la lignification que les Anciens donnaient à ce mot, & ne contifte qu'à
faire changer de nom à un acord , lorfqu'on peut donner deux noms à une
des notes qui le compofent. Par exemple, l'acordy?, re 3 ja y la b, qu'on
appelé feptieme diminuée, eft un acord dans le Ton d'ut , <Sc doit uaturé-
lement être fuivi de l'acord parfait ut j mib } fol. Si, au lieu île lui faire
prendre cette route, on change le la b en fol $ , cet acord de feptieme
diminuée, fi3 re j fa} lab} fe change en un acord de fixtc majeure
i6 ESSAI
fauffe quinte jÇj re } fa ,fol% _, & eft fuivi de l'acord de fixte ut 3 ml j la',
ou de l'accord parfait la _, ut j mi } qui tous deux conftituent le Ton de la.
Ainlï, au lieu d'avoir été en ut , comme il femble que l'oreille devait y con-
duire : par ce changement de nom de la b en fol M 3 on fe trouve en la > &C
c'eft ce que nous appelons enharmonique. 11 y a bien quelque analogie entre
notre enharmonique 8c celui des Anciens , en ce que, quoique nous nous
permétions d'appeler à notre gré le même ton la b &c fol % , il y a effecti-
vement entre ces deux tons une différence. Nous avons déjà dit que c'eft
cette différence qui empêche que nos quintes &c nos tierces ne foient
parfaitement juftes ; c'eft ce qu'il eft aifé de conftater par le calcul.
Les douze fous, dont nous venons de parler, peuvent fe recommencer
plufieurs fois en defcendant & en remontcffit ; c'eft ce qu'on appelé les
différentes oftaves : mais toute notre Mufique eft renfermée dans l'efpace de
fept octaves & demie, comme on le verra bientôt ; c'eft-à-dire, que depuis
le fon le plus grave ou le plus bas de la contre-balfe , jufqu'au fon le plus
aigu ou le plus élevé de la flûte du tambourin , il y a fept o&aves & demie.
Les Anciens avaient divifé leurs fons diatoniques en quinze degrés ,'
qu'ils rangeaient en quatre claffes , appelées tétracordes j parcequ'elles
contenaient, chacune quatre fons ou cordes.
Le fyftême des Anciens commençait par le fon le plus grave, & def-
cendait à l'aigu , comme dans le tableau fuivant.
Noms des Cordes des Anciens j en lettres latines.
i" Tétracorde
hypatôn.
i* Tétracorde
mefàn.
3e Tétracorde
die^eugmenôn.
4e Tétracorde
hyperbol&ôn.
Proflambanomenos.
Hypatè-l^patôn.
Parhypatè-hypatôn.
Lichanos-hypatôn.
Hypatè mefôn.
Parhypaté-melôn.
Lichaaos-mclôn.
Mefé
Parainefè
Trité-diezeugmenôn .
Parauèté-diezeugmenûn,
Nétè-diezeugmenôn.
Tritè-liyperbola:«n.
Par.uiècé hybcrbolxùn.
Nèté-hyberbolœôii.
Mefê. . . . : .
Tritè-fynèmmenôri. .
Paranétè-fynèmmenôn.
Nétè-fynèmmenôn.
3 e Tétracorde
fynemmenon.
Notes
SUR LA MUSIQUE.
• 7
Notes de notre Mujique oui
répondent aux Cordes des
Anciens.
^. /V» .Q
En Enhar-
monique.
En Chro
matique.
I En Diato
I nique.
Noms
de leurs Cordes
en lettres Greques.
Târacordes.
des Cordes en Français.
fi x
i\ X
fa
ut >?
ti%
ut»
fa ff
ut
re
fol
fi A | fi
fa
TWt« -l/VatTûH'.
Y7roL'zn-y.i?av.
Ai^vôî-j«iVety.
Mj'»». '
~, ^icr Tétracorde
5?
\ hypatôn ou <& s
r °"
\ principales.
a 5
)ic Tétracorde
V mç/cfa ou </«
•\ moyenes.
^;e Tctracorde
rmH-laïvypiit.,. . i diereugmenôn
ri<t(a.téni-SuÇ«ry/4iim. \ °,u d"
J féparées.
HeTctracorde s J
fynèmmenôn
ou tfVs
conjointes.
TfiTH-t/TîùC&Âfitiia)/.
101 ,ITaeffltv«'TJi-t'7£fC'.>iijar.
la NMTH-l/TtfÉ'O.aiûpT.
I 4' Tctracord!:
hybcrbolxôn
ou rf«
L'ajoutée.
La principale des principales.
La fous-principa!e des principale .
Celle des principales qui fc tou-
criait de l'ir.dc".
La principale des moyenes.
La fous-principale des moyenes.
Celle des moyenes qui fe tou
chait de l'index-
La moyene.
Celle d'après la moyene.
La troilîeme des feparees.
La pénultième des fepatees.
La dernière des feparees.
La troilîeme des aiguës.
La pénultième des aiguës.
La dernière des ai:uës.
Leur fyltcme était donc compofé de quatre Tétracordes , ainfi nommés
En Grec. En Latin. En Français.
TiT^'j.'X.cfSov-ÙTTa.ruv. . . .
TtTpxxcf.f,o\'-/j.i?a>v . . . .
. TtTfttxcpS'M-SnÇtuj/jt.tvw.
-3-wn/jt/jt.îmv -fynèmmenôn.
4e
1. Tetrachordon-hypatôn. • . . 1. Tétracorde des principales:
1. Tetrachordon-meion » 2. Tétracorde des moyenes.
j.Tetrachordon-diezeugmenôn. 5. Tétracorde des feparees , quand
fa première corde commençait à:
la paramèfe ;
El tetracorde des conjointes , quand
la première corde commençai
mèfe } iSc lui était commune avec
le fécond tétracorde, auquel alors
il était joint.
TiTpàxcf>fov-v7TipÇcX'J.mv. . . 4. Tetrachordôn-hyperbol.ton. . 4: Tétracorde des a:gucs.
Chaque tétracorde s'acordait de trois façons, félon les trois genres diatonique 4
chromatique & enharmonique.
Tome II. C
fi8 ESSAI
Dans le diatonique , un demi-ton , un ton , un ton :
fi , ut 3 re , mi; ou mi 3 fa 3 fol 3 la; ou la3fib, ut, re.
Dans le chromatique , un demi-ton , un demi-ton , un ton j , ou tierce
mineure :
fi, utj ut)£ , mi; ou mi y fa3 fa •% , la.
Dans l'enharmonique, un quart de ton, un quart de ton, deux tons,
ou tierce majeure ,
fi ; fi X , ut , mi; ou mi 3 mi X 3 fa _, la.
L'enharmonique confiftair dans la différence de mi , hauffé d'un quart
de ton , à fa ; ce qui n'eft pas aifé à fentir , fur-tout dans des mouve-
mens vifs.
On voit par le tableau ci-defTus, que dans l'acord des tétracordes,
pour les genres chromatique & enharmonique , la première & dernière
corde ne changeaient point , auilï les appelait-on cordes fixes ou immo-
biles ; il n'y avait que la féconde & la troilïeme , qui , prenant tantôt une
intonation , tantôt une autre } fe nommaient , à caufe de cela , les muables
ou mobiles.
Les Ariftoxéniens prétendaient avoir fix changemens d'acords pour leurs
tétracordes ; deux pour le diatonique , trois pour le chromatique , & un
pour l'enharmonique. Ptolomée les réduilît à cinq : comme les Auteurs de
ce tems-là fe contredifent prefque tous, on s'eft arête à ce qu'il y a de plus
général.
RoufTeau , au mot tétracorie de fon Diétionaire , prétend qu'un tétra-
corde formait 3 pour les Anciens , un tout aufji complet _, que le forme pour
nous une oclave. C'eft un paradoxe qui ne peut pas même être difeuté
férieufement, pareeque , dans tous les tems , il n'eft pas poffible que l'o-
reille ne fe foit aperçue que la paramèfe ( oétave de Phypate-hypaton ) &
l'hypate-hypaton formaient, pour ainfi dire, le même fon, avec la feule
différence de l'aigu au grave, & avaient ainfi entr'elles une analogie qu'elles
n'avaient avec aucune autre corde. La preuve en eft, que les Grecs, qui ne
pouvaient fouffrir deux fons différens frapés enfemble, chantaient à l'odave
ou à la double odave , & croyaient chanter la même chofe ; ils fentaient
donc que l'oétave & le fon principal ne faifaient qu'un j ils ne croyaienc
donc pas qu'un tétracorde , une quarte pût jamais former un tout complet.
Si leur première Mufique était contenue dans un lîmple tétracorde , ôc
SUR LA MUSIQUE. ij>
sll eft vrai que leur première lyre n'ait eu que trois ou quatre cordes,
c'eft qu'alors leur Mufique n'en était point une , mais Amplement une dé-
clamation ; & l'étendue de ce tétracorde prouve feulement que la voix ,
dans la déclamation , ne pouvait palier les bornes de ce tétracorde , & par
conféquent ne pouvait s 'abaiffer au deflous de Yhypate-hypaton _, ni s'élever
au delïus de Yhypate-mefon.
Comme leur première Mufique ( ou plutôt Plain-chant ) fut confacrée
à la religion, ils fe bornèrent au tétracorde hypaton 3 qui était le plus
grave , & qui s'acordait mieux avec la majefté des Dieux. Quand ils
introduilirent la Mufique dans les harangues &: dans les tragédies , pour
acompagner ce qui devait être entendu diftinétemeut par le Peuple , ils
trouvèrent que le premier tétracorde était trop bas & trop fourd pour cet
ufage , & ils inventèrent le fécond tétracorde , appelé mefon _, qui fut
compofé de la dernière corde du premier tétracorde, & de trois nouvelles
cordes plus aiguës : ( voilà les trois cordes ajoutées à la lyre par Terpandre ,
félon Pline). La Mufique ne fe contentant pas alors d'être confacrée aux
cérémonies religieufes &: aux inltitutions morales, voulut s'introduire dans
les chofes de limple amufement , & fervir d'encouragement à la gaité. Les
fons des deux premiers tétracordes n'étant pas allez aigus pour opérer cet
effet, il fallut inventer le troilieme tétracorde, fynanmenon & d'u\eugmcnon\
& l'abus de la gaité , comme les bacchanales , les orgies , les myfteres de
la bonne DéeiTe, &c. auront fait inventer le quatrième tétracorde, hyper-
boleon, pareeque plus les fons devenaient perçans , plus ils animaient des
efprits déjà échaufés par le vin & par la débauche.
Il nous parait que voilà la marche la plus naturelle de l'invention des
tétracordes. Jamais nous ne croirons que les Grecs aient été alfez bornés ,
pour penfer avoir un fyftême complet de Mufique dans l'intervalle d'une
quarte J & que leurs oreilles", fi' délicates en poefie & en profe, n'aient
pas fenti en Mufique, que cette étendue, pour être complète, devait aller
julqu'à l'octave. La preuve qu'ils l'ont fenti , c'eft qu'après avoir inventé
les deux premiers tétracordes, dont le premier fallait/- _, ut , re, mi, ôv
Je fécond mi j, fa 3 Jal , la, voyant qu'il leur manquait quelque chofe avec
ces deii* intervalles ide quarte, ils ajoutèrent une corde au délions de la
plus grave de celles qu'ils avaient , ce ils la nommèrent pnfiziabMûffteatU
ou ajoutée j ce qui leur donna le la ; & alors, en partant de cette puijlamha-
Cl
20
ESSAI
nomenos ou la > 8c montant jufqu'à la fin de leur fécond tétracorde , ils
eurent la 3 fi 3 ut 3 re 3 mi > fa3 fol 3 la3 ce qui leur fit une oétave com-
plète j & les deux derniers tétracordes ajoutés depuis , firent entr'eux une
féconde octave. Le premier tétracorde ne formait donc point pour hs Anciens
un tout aujfi complet 3 que le forme pour nous une octave.
Nous venons de voir les noms que les Anciens donnèrent à leurs fons ;
mais ces noms étaient plutôt les noms des cordes de leur lyre ou de leur
cithare, qui répondent aux différens noms que nous donnons à nos cordes,
comme bourdon 3 chanterelle 3 féconde 3 troifieme 3 quatrième 3 &zc. Ainii ces
noms étaient plus propres pour la pratique des inftrumens, que pour celle du
chant ; car comment pouvoir prononcer proflambanomenos fous une feule
note ? Aulîi ils ne tardèrent pas à y fubftituer d'autres noms plus courts.
Noms Grecs 3 té , ta , tè , tô , ta , tè , tô.
Noms modernes 3 fi, ut, re, mi, fa, fol, la.
Les Romains , en adoptant la Mulique des Grecs , changèrent les noms
des quinze fons des quatre tétracordes , & leur donnèrent ceux de&
quinze premières lettres de leur alphabet : A, B, C, D, E, F, G, H,
I , K, L, M, N, O, P ; ce qui dura jufqu'au Pape Saint Grégoire :
car alors ce Pape ayant trouvé que le nombre en était trop confidérable ,
les réduifit à fept.
A^
B
C
d;^
E.
F.
G.J
D'où nous cjl venu
l'ufage de dire:
<
A mi la.
B fa fi.
C fol ut.
D la re.
E fi mi.
F ut fa.
^G re fol.
Cerufage fubfifta jufqu'au milieu du onzième fiecle, que Gui d'Arezzo;
appelé vulgairement Gui Arétin 3 fe fervit des fix fyllabes ut 3 re , mi 3
fa3fol3 la 3 qu'il prit de l'hymne de Saint Jean, comme nous l'avons
déjà dit; & l'ufage de les nommer ainfi , s'eft univerfelement établi. Ce-
pendant, comme les fons fe réproduifent de fept en fept, & que Gui
SUR LA MUSIQUE. 2i
n avait donné que fix noms , il fallait à tous momens muer ou plutôt
/nuancer _, c'eft-à-dire, nommer toujours mi chaque demi-ton qui fe trou-
vait dans la mefure. Ce qui a befoin d'être un peu détaillé pour être
compris.
Nos pères ne connaiiïant point le fi 3 Se n'ayant pour nommer leurs
notes que ut ( ou do (a) ) , re 3 mi 3 fa j fol, la 3 nommoient mi , ce que
nous appelons aujourd'hui fi, & s'y préparaient une note d'avance j ainlî,
au lieu de dire comme nous ,
demi-ton
ut 3 re j mi y fa 3 fol 3 la , fi 3 ut }
ils difaient, w, re 3 mi 3 fa 3 fol 3 re 3 mi 3 fa.
Ainfi la muance commençait après fol 3 en difant re 3 mi 3 fa 3 au lieu
de la 3 fi 3 ut.
S'il y avait un b mol dans la mefure , la muance commençait deux
hôtes d'avance ; ainlî , au lieu de dire _,
demi-fon
ut 3 re 3 mi 3 fa 3 fol 3 la 3 Jib 3 ut y
ils difaient, ut 3 re 3 mi 3 fa 3 re 3 mi 3 fa} fol.
Par ce moyen , les deux demi-tons de cette mefure , mi fa Se la fi b 3
fe trouvaient mi fa Se mi fa 3 Se la muance commençait après le premier
fa3 en difant re 3 mi 3 fa 3 fol 3 au lieu de fol 3 la3fib3 ut.
Si le chant commençait deux notes avant le demi-ton, la muance com-
mençait alors comme dans cet exemple :
demi-ton
fol 3 la 3 fi j ut 3 re 3 mi 3 fa 3 fol ; au lieu de foliîer
ainfi , on difait , ut s re 3 mi 3 fa 3 re 3 mi 3 fa s fol.
Si le chant defeendait après le b mol accidentel , la muance dépendait
aufli , comme dans cet exemple :
demi-ton
re 3 mijftifolj la,Jibj la 3
en difait alors, re , mi 3 fa 3 re 3 mi j Ja 3 mi.
(«) Les Italiens difenc do , pour ne pas dire out , qui ferai: dur à prononcer.
22
ESSAI
L'exemple fuivant donne deux muanccs dans un traie de chant montant :
demi-ton demi-ton
ut 3 re , mi, fa 3 fol 3 la , fi 3 ut3 re 3 mi 3 fa /â 3 fol 3
ut 3 re , mi , fa 3 fol 3 re 3 mi , ja 3 JoL 3 re 3 mi 3 fa.
On folfiait ainfi le chant fuivant :
demi-ton demi-ton demi-ton demi-ton demi-ton demi-ton
mi 3 fa 3 fi 3 ut y fafcjjolj ut % 3 re 3 fol % } la , re )K 3 mi a
ire muance iemuance ;cmuance 40 muince 5emuance
mi , fa 3 mt 3 fa 3 mi , Ja 3 mi 3 fa , mi } fa , mi 3 fa.
On voit aifémerit la difficulté qu'il y a de folfier ainii , & combien de
tems il iaut étudier pour fe la rendre familière ; il eft auffi à préfumer
que c'eft cette longue étude, & cette fatigante méthode, qui donnent aux
Muficiens Italiens la grande fupériorité qu'ils ont de lire la Mufique, &
la précifion avec laquelle ils l'exécutent. Nous croyons cependant que de-
puis quelques années ils ont abandonné la méthode des muances , pour
prendre la nôtre, quoique le P. Martini faffe encore mention de l'anciene,
dans fon Livre qui a paru en 1774; mais ce favant Théorifte laiffe voir
clairement qu'il n'eit pas ataché à celle de fon pays, & qu'il en conhaic
mieux que perfonne tous les inconvéniens.
Il eft bien fingulier qu'un homme auffi habile que Gui , ne fe foit pas
avifé de nommer le feptieme fon, ne pouvant douter que le huitième
ne fût l'o&ave jufte du premier, &c par conféquent le mêmej & qu'il ait
préféré cette fuite fi compliquée des muances , à une opération auffi aifée
que l'eft celle d'un feptieme nom.
On fut cependant plufleurs fiecles fans en détruire l'inconvénient ; êc
M. l'Abbé Broffard prétend , dans un manuferit dépofé à la bibliothèque
du Roi, qu'en 1501 Balthafar Prafperg 3 de Merfpurg en Allemagne, fit
imprimer à Râle un Traité de Mufique chorale, au commencement duquel
il y a une planche en bois , où l'on voit gravé très-diftinctement , quoi*
qu'en lettres gothiques :
ut 3 re 3 mi 3 fa 3 fol } la 3 fi.
Et il ajoute que ce Traité eft dans la bibliothèque du Collège des
quatre Nations j mais malgré toutes nos recherches , nous n'avons pu l'y
voir, de il nous femble qu'on s'acorde généralement à convenir que le
fi fut ainli nommé par un Muficien du dernier ûecle , nommé le Maire j
SUR LA MUSIQUE. 23
peut-être cependant la première idée n'eft-elle pas de lui. Car vers la
fin du dernier ficelé , un Flamand, nommé David Mojlard } donna un
petit Traité De Injlitutione Muficcs 3 dans lequel il fubftitue aux fix
fyllabes de Gui :
ut j re j mi 3 fa 3 fol 3 re , mi 3 fa.
bo j ce j di j ga s lo } ma} ni y bo.
où, par le moyen de cette nouvelle fyllabe, il détruit toutes les muances,
en nommant tous les tons de l'octave. Cette nouveauté fit du bruit, Se
eut des partifans , ainli que des critiques ; mais pour avoir voulu trop
changer, on s'en tint à l'ufage qui fubfiftait depuis fix ficelés. Peut-être
que s'il n'eût propofé que d'ajouter la fyllabe ni 3 cette nouveauté fi fim-
pli fiante eût alors réulfi comme elle le devait. Il eft pollîble que le
Maire ait connu l'Ouvrage de David Mojlard 3 qu'il en ait fenti l'utilité,
6V qu'ayant feulement changé le nom de ni en celui fi 3 il ait beaucoup
contribué à en introduire la pratique , ce qui l'en aura fait palfer pour
l'inventeur.
Jean Roujfeau eft le premier qui ait fait imprimer une méthode de
Mufique , félon le fyftême du fi. Les Allemands eurent de la peine à s'y
acoutumer. Ce ne fut qu'en 1697 que Speeren fit imprimer une méthode
félon ce fyftême , & les Italiens commencent à l'adopter. Le Maire avait
propofé de changer les noms des notes , il voulait qu'on les nommât :
ta j ra 3 ma 3 fa 3 fa 3 la _, %a 3 ta 3
ut j re j mi 3 fa 3 fol 3 la t fi 3 ut.
En 1685, un nommé Lancelot avait aufli propofé de les nommer :
ta j la _, mij da3 fe 3 re , ni 3 ta }
ut j re j mi 3 fa3 fol 3 la 3 fi. 3 ut.
Mais ces changemens n'ayant aucune utilité réelle , ne furent point
adoptés Se ne devaient pas l'être.
24 ESSAI
CHAPITRE VIL
Figures ou Caractères dont on s'eji fervi en différens tems pour
noter la Mujîque des Anciens,
\J n ne fe contenta pas d'avoir inventé des noms pour les fons : on crut
néceffaire de les peindre aux yeux, pour foulager la mémoire \ & on
convint pour cela de différens caractères ou figures plus ou moins faciles
à comprendre & à retenir , félon le génie des Nations qui s'en font fervies,
ou plutôt félon les degrés de perfection que l'art de la Mufîque a reçus
de tems en tems.
Les Grecs fe fervirent des lettres de leur alphabet. Ces lettres étaient
entières, coupées, droites, renverfées , Sec. 8c fe marquaient fur une même
ligne, au dellus de chaque fyllabe du texte qu'ils voulaient chanter. Nous
en avons tiré les figures exactes du Recueil précieux du Savant Meibo-
mlus la). Athénée _, d'après Phémius _, nous anonce , dans fon Livre 8,
chap. 2 , que Stratonique } Athénien , inventa les acords , ainfi que le
moyen de les noter. Nous parlerons de cette découverte dans notre Livre 5 ,
article , Stratonique ; on peut y voir l'importance dont eft cette phrafe
d'Athénée , & combien elle confirme notre façon de penfer.
Un manuferit, que l'on peut voir à Saint-Sauveur de Mefline, & qui
a plus de huit cent ans d'ancieneté, prouve que l'on chercha à fimplifier l'an-;
ciene méthode, en tirant huit lignes parallèles à une diftance égale, & à la'
tête defquelles on mettait une de ces lettres, propres à marquer les fons; au
deffous de ces huit lignes on écrivait le texte , & au deffus de chaque fyllabe,
on mettait un point fur la ligne du fon qu'on voulait donner à cette fyllabe»
E X E M P L E.
-c-
^?t — 6-
-*£-
S al — ve j Re — gi — na.
M »— — ■ 1 I ■ 1
(a) Voyez ces figures à la fin de ce Livre.
Cette
fo
ai
r
.1 h
"S, ^~
c i
8 "
p 1
vïs »ï
"Si Ç
s I
^^
Ts! ^
Si
I Fbî/e i/n Tiim/>oiirm .
Petite Flûte .
Grande F/ttte ■
f/aulb<ns ■
L bonnette e/i C-.iv/-n/ ■
Trompette en C- sol ut ■
L or M ini 'il art pour ta
ver île ibi Son .
^
*
diuavement
BaSson
Serpent Ins trnjn - V ■%• tftîs 'e
Premier Dessus citantaiit ■
Oeeond ' JJessus chantant
\ l Hante contre chantante .
Taille c/iatitzuite
liasse taille chantante ■
liasse contre cnaniante
Fiolon
.il te
Basse ou
Fwloncefle .
Contre basse.
A Doubbt Clef d Octave renverse cet lnslriunent\ A
etanta deiur Octaves au dessous de la note copiée ,
lîssay sur la -Alusiipie
Tome 11 page zS ■
ir Le Neveu Martre de /a .Uitstaue de la chambre du Jiox/ et Je i Orchestre
^r/eés ■ J^ues ne peuvent j-epo.w/- .pie l<iit la seconde et troisième ttynév , stleurr
Jaire connaître plus aisément tes sorts an' 'eues desianent . la Clef A nomme* double C/e/ ' d'Octave en monùuit ou en descendant , est destane'e par tesc/ii/lrds là ■ poiu^/arro connaître oue les jour au eite mdiaiie sont à aen±- Octaves sstt
montant ou en descendant- , est désignée par te c/ii/fre 6 pour n ' indiauer an 'une Octave . Comme ce Tableau représente a Va. vue tes tJnissons f an connaîtra aisément par les Cle/S ordmairar oui se trouvent . vit sa
Diajiafoii général de tou> les înfû-uuums à veut, par Mr Fraiicœur le Neveu, tpi'il a fini paraître en 1772 .
'â"e rtjulesi~ de Jeux Octaves plus basse pie la Clef de Fa ordinaire , SU- lancceur Le Neveu M, litre Je [a Musique Je la c/ia/nire du Jloj/ et Je t ' 'Orr/wstro Je l ''Opéra a inventé- 1er dou.v lie/' Je Si que nous emploi/ ivU Jrms ce Talleau , el que .l'on
~lûplicde des fiynes qu'on est souvent ollli/e d'aiouter au dessus , au au dessous des cota j'Or/eés ■ Elles ne peiwe/it seposec pie sir la seconde et troisième lignes, et leia-j/tnden au dessus ou <nt dessoin' de loi 'le/ ' uidipie les octaves pi elles supesent. on leur a donne des /croies . Indu, •■..
A nonin,ee doulle Clef d'Octave enmontnnt mien descendant , est désirée par les Ou//iw jS ,,oia-fu/v eonnaili-e que les sons ari elle indique sont à Jeux Octaves serf au dessus seil au dessous selon pie le guidon le ,/uirpie , et la Ole/' B. noui/neè peiite Ole/' d .
, " ^t *""r »"-™>-"- -—.—*-»«.««»»«., »> i»^yr«c<y.— •arnu/// or 10 ■ pour/aav eonnmn-e pie /es sons pi etle indique sont a deux Octaves soit au dessus sou an devons se/on pie le guidon le marque ; et la L4ff 15. nouunee petite i te/ a UCBWk
indiquer pO une Ocmve . Comme ceTailemi représente à la- mie. les Unissons ( on connaîtra aisdment par les Clefs ordinaire p,i se t/ouvent jvil au ,/essns soit au dessous de ces nouoclles clef, /es sons qu'elles indioueut .on veut doit un détail v lus étendu sur' .et olict
J'ur '.' Neveu , pi U a/ml paraître en 1772 . ' >'!.///
/iWay sur la Jfiisitpw
Tome 11 page z5 .
tour éviter la mu/tto/ierfs eaf
iû-taneat . /a C/ef A nonu>I''!
uour ri ' indi.
tmter tnl1
çf j/ar AI'' Froiicœur le Neve
SUR LA MUSIQUE, «5
Cette méthode avait cela de bon, qu'elle marquait diftin&ement le
fons aigus cv les Ions graves.
Vers l'an 1014, Gui d'Arezzo réduifir ces huit lignes à quatre, &: f e fervit
des interlignes , aulli bien que des lignes ; & par ce moyen il eut autant
d'étendue en quatre lignes, qu'on en avait alors en huit. Il eft confiant
qu'il ne fe fervit que de points, pour repréfenter ce que nous appelons
aujourd'hui des notes ; pareeque la Mufique n'étant alors que le plain-
chant t dont toutes les notes font égales , on n'avait pas befoin de
figues pour marquer la différence de leur durée. C'eft de-là que nom
eft venu le nom de contre-point. Cette méthode pouvait fuftire, lorfque
les fyftêmes n'étaient tout au plus que de quinze fons en deux octaves ;
mais depuis que leur quantité s'eft iï fort accrue, il a fallu trouver des
moyens de les diftinguer.
D'abord on a ajouté une ligne aux quatre de Gui ; puis on a imagine des
clefs, qui élèvent les fons d'une octave. On peut voir dans la table, que l'on
trouvera à la fin de ce Livre, & qui eft tirée du diapafon général des inftru-
mens a venu par M. h rancœur le neveu , Maître de Mulîque <^e la Chambre
du Roi, le tableau général des unifions , qui compofe fept octaves & demie.
On peut voir aulli le chapitre de norre premier Livre , où nous avons indiqué
la manière de déchifrer la Mufique des xne , xmc & xivc fiecles.
Nous n'entrons point dans le détail des clefs, ni des valeurs des notes;
nous fuppofons nos Lecteurs allez Muficiens pour en être inftruits.
CHAPITRE VIII.
Étendue des Voix.
Comme toutes les Voix ne fe reflemblent pas, & qu'elles ont, outre
un caractère particulier, plus ou moins d'étendue, on les a diftingiues
en fept clalTes.
i°. Premicrs-Dejfus , en Italie Soprano } autrefois en France Supcrius.
Ce font les voix de femmes Se d'enfans qui forment les fons les plus aigus ,
Quelques hommes ont cette voix , ou naturelement , ou par une opératioa
contre nature.
Tome IL D
ESSAI
ÉTENDUE.
*P-
|j=3 ÏTTTç=çÈ
m
* * ■P"f*T~
-<_zp=f=£=F- p— E
pf=ÊE
z°. Seconds-Deffus ou Bas-Dejfus , en Italie Difcajito.
Étendue.
3E^EEJIÉgâ=E=g^lll^E
3°. Hautes-Contres ^ en Italie Alto-Tenore t forment les fons les plus
élevés du médium.
É t E- N D V E.
Jfe=EEgEEJEElEE«EE^Eg=g=Ë
_*_
:i?È
.>>.-
4°. Tailles 3 en Italie Tenore 3 forment les fons du milieu du médium.
ÉTENDUE.
fc
g=J=£
3=j^Ea=fee=fe^N
3E^E
5°. Concordant ou Baryton ., entre la BaiTe & la Taille : on ne s'en
fert plus.
£ T Z N D U E.
6°. Baffes-Tailles , forment les fons les plus bas du medixm.
É T E N* D U E.
WÊÊÈÈÊÊM
{^S'»-—
£
7°. Baffes-Contres j forment les fons les plus graves.
É T E N ZK U E.
nnân
=^3E
•=P=
£»»*»
SUR LA MUSIQUE, a7
CHAPITRE IX.
Des Modes ou Tons.
J_,E nom de Mode j parmi nous, n'a pas la même lignification qu'il avaic
-chez les Anciens.
Nous ne connaiflons actuelement que deux modes, le majeur &• le
«îineur j c'eft-à-dire , que toute Mufique en Ton majeur eft dans le
mode majeur j & que toute Mulique en Ton mineur eft dans le mode
mineur. C'eft la tierce qui conftitue le mode , puifque c'eft la tierce qui
conftitue le Ton majeur ou le Ton mineur.
Le mode majeur eft dans la nature , puifqu'il eft engendré par la réfo-
nance du corps fonore, qui rend la dix-feptieme majeure, double oclave
de la rierre majeure , aïnfi qnf> 1i douzième, o&ave de la quinte du Ton
fondamental.
Le mode mineur n'eft pas donné par la nature j il ne s'y trouve que par
un renverfement expliqué par Rameau , & mieux encore par M. d'Alem-
tert,dans fes excellens Elémens de Mufique théorique & pratique y pag. il.
Dans le mode majeur , la tierce , la fixte 2c la feptieme doivent tou-
jours erre majeures.
Dans le mode mineur , les mêmes intervalles doivent toujours être
mineurs; cependant on rend prefque toujours majeure la feptieme : c'eft ce
<ju'on appelé la note fenfible.
Quoiqu'il n'y ait effectivement que ces deux modes, on fe fert de ce
terme dans un autre fens ; & nous difons qu'un air eft dans le mode de
re , quand il eft dans le Ton de re majeur ou mineur , & alors il devient
fynonyme de Ton.
Di
*8 ESSAI
Ainfi j dans cette acception , on compte trente-quatre modes.
^ C
<
Ut.
re.
mi.
fa.
foL
la.
fi.
ut*
re*
fa*
fol»
la*
oa
re£.
ou
mi£.
ou
fol 3.
ou
la£.
ou
fi b. é
11
V u
S «
n
«
qj
'^
24. -j" 10 = 54.
Ces trente-quatre modes fe réduifent à vingt-quatre , puifqu'il y en 1
dix qui ne font que la répétition des autres , comme ut * & re b , 8cc.
Palier d'un mode , ou d'un Ton , dans un autre , s'appele moduler. De-là
vient la diiHnction du mode principal & du mode relatif. Le principal , eft
celui dans lequel commence & finit ordinairement le morceau j & les modes
relatifs , font ceux dans lefquels on paffe dans le cours du morceau.
Chez les Anciens {a) le mode n'était que l'étendue d'un tel fon à tel
autre fon.
(a) Les Anciens diffèrent beaucoup enïr'eux fur les définitions, les divifions &: les noms de
leurs modes. Tous s'acordent à dire, que c'eft une conftitution de fons, c'eft-à-dire, l'ef-
pace d'une oétare ou de deux tétracordes disjoints , remplis de tous les fons intermédiaires
félon le genre; & ce qui conftatait chaque mode, c'était la manière dont les deux demi-
tons étaient placés dans l'ofrave : ainfi , comme il n'y a que fept manières de les placer,
H n'y avait donc que fept modes. Cependant les Anciens en ont admis ou rejeté1 un
grand nombre en différens tems. ( Voye\ le Ditiionaire de Roujfeau, art. Mode).
L'idée que les Anciens ataçhaient à ce terme mode ou tort , était bien différente de
celle que nous en avons. Ils n'entendaient par-là, qu'un certain degré d'élévation, dans le
fyfïême total de leur harmonie, dont les fons fc fuivaient toujours félon le même ordre.
Au. lieu que, parmi nous, les modes font diflingués l'un de l'autre, non- feulement pat le
-$3;
Tome II. page 2p
TABLEAU des Modes de la Mufique des Grecs , comparés avec les Tons de la Mufique Moderne.
Noms
des Tons
Modernes.
( Genre
( des
[t,
ONS.
Caractères des Tons prouvés par des Exemples.
Nombre
des
Modes
Anciens.
Noms
des Modes
Anciens.
Situation rejpeclive
de la Corde fondamentale
de chaque Mode,
d'après les Anciens.
CaraBeres des Modes ,
félon les Écrits des An-
ciens : ils correfpondent
aux Caractères de nos
Tous.
Ce qu'en difent les Auteurs
Anciens.
Divifion
des Modes
fuivanc leur
genre d'ébé'
vation dans
te Syjléme
ge'ne'raL
La
Majeur
Mineur
Ouverture du Carnaval du Parna5sc.
71 — * 1 1
'*U-'=à&
Air «f'Armide.
È^i^ËfgïilgÉi^^lS=[
Les Oi-seaux de ces bo - ca-ges N'y res - pirent que l'A-mour.
XVe.
Hyper-Lydien.
Ce Mode y le plus aigu des Quinze
de la Mufique des Grecs , avait la
Corde fondamentale une Quarte au-
defïus de celle du Mode Lydien; &
faifait le Diapafon , ou l'Octave avec
le Mode Iil Hypo- Phrygien. Il était
probablement jnconu à Arifloxêne }
qui n'en parle pas.
Ce Mode avait probable-
ment le même caractère ,
mais plus brillant ,' qu
l'Hypo - Phrygien.
La y ou Sol ,
i
M
ajeur
Mineur
ËEÈfe
Ces Tons ne sont guère
employe's, tint au Ma-
jeur qu'au Mineur.
XIV.
Hyper-Éolien.
Ce Mode , qui n'était vraifemblable-
ment pas conu à'Arifloxène , avait (a
Corde fondamentale à la Quarte au-
defTus de celle du Mode Eolien , & à
l'octave de celle de Y Hypo-Ionien.
Il avait probablement!
le même caractère , maisl
plus brillant , que le Alode,
Hypo-Ionien.
Nous n avons pu découvrir
la façon depenfer des Anciens
fur ces trois Modes.
Sol
Ouverture de Pigmalion.
Air des Prêtresses rf'Hippolyte £t Aricîe. Aile I , Scène 3.
XIII.
Hyper-Phrygien,
appelé par Euclide , &c,
HirPER-Mixo- Lydien.
II femble que ce dernier nom
conviendrait mieux a un Mode qui
ferait à un demi-ton au-defHjsd;
l'Hyper -Lydien, à la Quarte au-
derius de l'Hyper - Vorien , & à
rOrtave deVHypo-Donen.
Ce Mode , le plus aigu des Treize
conus oYArifloxène avait fa Corde
fondamentale uue Quarte au-deflus
de celle du Mode Phrygien , Se faifait
l'octave avec ÏHypo-Dorien , le plus
grave de tous.
Il avait probablement
le même caractère , mars
plus brillant, que le Mode
Hypo-Dorien.
Mai
SoL^ ou Fa;
ajeur
Mir
£m
ËEÈE
i&)— *■ 4
Ces deux Tons ne sont
guère en usage.
Le Ton de Sol B Mi-
neur n'est jamais em-
ployé'.
XII.
Hyper -Ionien,
ou Hyper-Iaftien ,
ou Mixo-Lydien aigu.
Sa Corde fondamentale était à ta
Quarte au - deiïus de celle du MoJe
Ionien.
Majeur
Fa
<
Mineur
Chasse de Zaïde, A8e If, Scène $.
Monologue de Dardanus.
Lieux funestes, où tout res-pir
XI.
Hyper-Dorien ,
ou Mixo - Lydien.
Majeur
Mi
Ce Mode , le plus aîgu & le der-
nier des Sept reconus par Ptolé-
me'e , qui l'appelé Mixo - Ly 'd'un ,
avait fa Corde fondamentale à la
Quarte au-deflus de celle du Mode
Do ri en.
Air gai, du 3' Acte de Castor Se Pollux
yjj — * ■ jv^- **!g — • — L *^^l ft —
Sarabande de Castor.
l^lllfeÉËlÉÉ^mi!^^
Sombre & Tranquille.
Lucien le dit Trifte , & propre aux
Cérémonies Religieufes.
Bruyant ; mais quel-
fois , Mélancolique &
Pathétique.
Plutarque le dit propre aux Tragédies ;
Arijîote, aux coeurs Trilles ;
Platon , aux Larmes ;
Athénée , tantôt à émouvoir , tantôt à
calmer les Pallions.
X.
Lydie
N
ou Mode Barbare ,
parcequ'il portait le nom
d'un Peuple de l'Alie.
Ce Mode , le plus aigu des cinq
Moyens, occupait le milieu entre
V Hyper - Dorien & {'Éolien; Se fa
Corde fondamentale était i un ton
au-deiïus de celle du Mode Phrygien.
Ilefl le Sixième des Sept reconus par
Ptolémée,
M.lb OuKeM
1 Majeur
{
^ Mineur
Animé , Éclatant ; quel
quefois Pathétique , &
propre à la Mollette.
Platon le défend, comme propre à rendre
Mou & Efféminé.
Athénée , dit que quelquefois il eft pro-
pre aux Plaintes.
Arijlote , l'appelé Plaintif.
Monologue de Castor.
3T-fc5Z=cacir«q:=:qrJ3zir=riT==rrzp zrrr» » »— Ce Ton Majeur
" e ~*~ jamais employé.
Tristes a -prêts, pâles flambeaux.
^m
Ces Tons Mineurs de Mi b Se de Re l
font peu usités.
^Mineur 1 SEtEEÎfiÈffEfeÊÉëEËEëÊiïfeWÏËl^
IX.
Éolien,
ou Lydien grave.
Il occupait le milieu entre le Mode
Lydien & le Phrygien ; Se avait fa
Corde fondamentale à un demi-ton
au-defTus de ce dernier.
Grave & très-Sombre.
VIII.
Lajus en parle comme d'un Mode Grave
& Sombre.
Athe'nee dit qu'il était Simple Se Myfté-
rieux.
Pralines^ raporté par Athe'nee , dit que
l'Harmonie louiené convenait aux Jeu-
nes Gens avides de Chantons Triltcs \
Se il lui donne le premier rang.
Phrygien.
Ce Mode , le Cinquième des Sept
reconus par Ptolémée , occupait le
milieu entre le Lydien Se le Dorien;
cV avait fa Corde londamentale à un
ton de diftauce de celles de l'un Se
Ardent , Fier , Impé
tueux , Véhément, Ter-
rible j quelquefois plus
Doux.
Athénée dit, que c'elt le Mode flir lequel
on fonoit des Trompetes Si des Inltru-
mens Militaires.
Platon dit, quec'eft le plus Ficr&Iep/u.
Impétueux de :on< ',■< IW.-i.îfs.
b
o
b
1*1
03
■ 5 /
I.Mi ."•.'.vRejk
I Mineui
^-1— - - i ê-
Tristcs H -prêts, pâles flambeaux
jamais employé.
Ces Tons Mineurs de Mi b & de Re I
font peu us: et s.
IX.
Ri
Chasse tf'Églé.
nm^iii^
La Générale.
"i , Jrr i t r r 1 ^rtf h^^
ou Lydien grave.
Lydien & le Phrygien ; Se avait fa
Corde fondamentale à un demi-ton
au-deflus de ce dernier.
Grave Se trcs-Sombre.
Pralines , raporté par Athénée , dit que
l'Harmonie Iomenc convenait aux Jeu-
nes Gens avides de Chantons Tnltcs y
Se il lui donne le premier rang.
VIII.
Phrygien.
Ce Mode , Je Cinquième des Sept
reconus par Ptolémee , occupait le
milieu entre le Lydien & le Dorien ;
Se avait fa Corde londamentale à un
ton de diftance de celles de l'un Se
de l'autre.
Ardent , Fier , Impé
tueux , Véhément, Ter-
rible j quelquefois plus
Doux.
Athénée dit, que c'eft le Mode fjr lequel
on fonoit des Trompctcs & des Inftru-
mens Militaires.
Platon dit, quec'eft le plus Fier 2c le plus
Impétueux de tous les Modes.
Plutarqttc l'appelé le yéhement.
I Maj
Re^okUtK^
Mineur
**=
;la
£=*=>=
Les Tons de Ri * Majeur Se i' "' £
Mineur sont peu usités. Les
Tons d" Pi ï Majeur, & fin-tout
itReb Mineur , ne le font point
dit tout,
VII.
Ionien,
ou Iaftie.i ,
OU Phrygien grave.
Il occupait le milieu entre le
Mode Phrygien Se le Dorien ; Se
avait fa Corde fondamentale à un
demi-ton au-deflus de ce dernier.
Mou Se confacré à la
CompaiTîon , ainli qu'à
ce qui rendait Etfémiué.
Platon le défend , dan! fa République ,
comme propre à rendre Mou & Effé-
miné.
Plutarque le dit Mou , & Aihc'née ,
Voluptueux.
Ut
Majeur-
Mineur
Marche de Castor.
Venite , exultemus, par Mondonville.
m^^^^mm$mz=m
Vc - ni - te , ve - ni - te , ado - re - mus.
VI.
Dorien,
ou Hypo-Mixo-Lydien.
Ce Mode, le Quatrième des Sept reconus
par PtoUmce , était le premier 6e le plus
grave des cinq principaux & plus anciens
de la Mulîque Grcque ; appelés auflï
Moyens , pareequ'ils renaienr le milieu
entre les dix ajoures depuis , & placés à la
Quarte de chacun d'eux i favoir, cinq a
Yaigu, diftinguéi des cinq Moyens par l'ad-
dition de la prépolltion hyper, Se cinq au
grave , diftingués par l'addition de la pré-
pntîrion hypo.
Sérieux , Grave , Ma-
jeitueux , propre pour la
Guerre ; quelquefois pro-
préaux Sujets Religieux.
Platon ie regarde comme propre à
conferver les Bonnes Moeurs.
Plutarque dit qu'il eft diltingué par fa
Gravité.
Athénée dit que quelquefois il eflTendre.
Si
Maje
Minent
Duo de Titon & l'Aurore.
Re - - - - - ------- gne , règne , Amour.
Prière de Thésée à Neptune dans Hippolyte & Aricie. Afie JII, Scène p.
Hypo-Lydien.
Sa Corde fondamentale était aune
Quarte au-deflbus de celle du Mode
Lydien. Il eft le Troilieme des Sept
reconus par Piolémée,
Animé & Brillant :
quelquefois Agréable &
Doux , d'autres fois con-
facré aux Chants Funèbres
& aux Méditations fubli-
mes.
Platon le dit Btillant.
Arijlote veut qu'il foit confacté aux
chofes Trilles Se Lentes.
Athénée le contacte aux Chants Funè-
bres, & aux Méditations fublimes.
, ! Majeur
IiPouLaJBK
j Mineur
Marche des Gardes Franc -ifes.
|£d*.S=;=«k LeT0ndeZ.1l Majeur
i employé.
Le Ton de Si h Mineur j^L:tzfe=r=: (^Jr — Le Ton de la e Mineur n'esr
est peu usité. — *~B r=T-l:|: presque jamais employé.
IV.
Hypo-Éolien ,
ou Hypo-Lydien grave.
Sa Corde fondamentale était à une
Quatte au-deflous de celle du Mode
Êolien.
Impofant, quoique
Trilie.
Arijlote le dit d'une douce Gravité.
Athénée dit qu'il eit Impofant.
La J
- Majeur
Mineur
Air des Indes Galantes, Aih des Sauvages.
Clair flambeau du monde, L'air, la terre & l'onde.
Monologue <i'ïsmène.
^^^^SJEg^j^=teg|3EE=E=Ej
Ze-phirs, aimables fleurs, 6c vous, claires fon- raines
III.
Hypo -Phrygien.
Sa Corde fondamentale était à la
Quarte au-deflous de celle du Mode
Phrygien , & à l'Octave au deflous
de celle de l'Hyper-Lydien. Il eft le
Second des Sept reconus par Pto-
lémee,
Brillant ; Se quelquefois
Calme Se Paisible.
Arijlote , au IXe Livre de les Problèmes,
nous apprend que les Grecs chantèrent
fur ce Mode des Monologues pallionés
de leurs Tragédies , Se les appelaient
Cantiques,
Athénée dit, que quelquefois il eft Calme.
L\b cuSo
(m
Mineur
gept^e.gfczt-ii
±ldk=z
Les Tons de La b Majeur fie de Sol 5 Mineur
sont peu usités. Les Tons de La b Minent
6c de Soi S Majeur ne le sont point du tout.
II.
Hypo -Ionien ,
ou Hypo - Iaftien,
ou Hypo-Phrygien grave.
Sa Corde fondamentale était à la
Quarte au-deflous de celle du Mode
Ionien, Se à l'Oftave au-deflbus de
celle de l'Hyper-Ëolien.
Grave Se Majeftueux ;
quelquefois très Trille.
Lucien dit qu'on l'employait aux Séré-
nades amoureufes t pour procurer de
doux réveils.
Sol
Maje
Mineur
Mvnologuc il'Eqlc.
gËgig£^i^&Iig^g^=^
Paisibles bois , ver - gers dé - h - cicux.
Air des Indes Galantes, Allé des Sauvages.
^g£^3J|^EggEJg^^
Totèts pai - sibics ,
forêts pai - sibics.
Hypo -Dorien.
Commun.
Locrien,
Ce Mode, le premier Se le plus
grave des Quinze de la Mulique des
Grecs , avait fa Corde fondamentale à
la Quarte au-deflbus de celle du Mode
Dorien, Se à l'Oftave au-deflbus de
celle de l'Hyper-Phrygien, Il eftaulli
le plus grave des Treize conus A'A-
rijloxine , & des Sept reconus par
Ptolémée,
Affectueux , mais Gai ;
fouvent Doux & Majes-
tueux.
Arijlote lui donne le même ufage qu';
l'Hyper-Phrygien,
Lucien l'appelé le Majejlueux,
Tw.e II pige 29
a*— s
TABLEAU des Modes de 1
SUR L'A MUSIQUE. &
Les Anciens n'ayant dans leur Muliqùe qu'une étendue tres-bornée,
n'en admirent d'abord que trois, dont les Toniques avaient entr 'elles un ton
de diftance ; le Dorien au grave, le Phrygien au milieu, Se le Lydien à l'aigu.
Ils partagèrent enfuite ces tons en deux intervalles, & augmentèrent de
deux le nombre de leurs modes, V Ionien 8c YÈolien : le premier fut inféré
entre le Dorien 8c le Phrygien, Se le fécond entre le Phrygien & le Lydien.
Le fyftême s'étant enfuite étendu à l'aigu 8c au grave , on établit de
nouveaux modes, qui tirèrent leur dénomination des cinq premiers, en y
joignant la prepofition hyper {fur) pour ceux d'en haut, & la prepofition
hypo (fous ) pour ceux d'en bas. Ainfi le mode Lydien était fuivi de Ylly-
per-Dorien, de Y Hyper-Ionien, de X Hyper-Phrygien, de YHyper-Eolien Se de
V Hyper-Lydien j en montant j comme, après le mode Dorien, venaient V Hyper-
Lydien, YHypo-Éolien , YHypo-Phrygien, YHypo-Ionien Se Y Hypo-Dorien, en
defeendant. Mais Y Hypo-Dorien était le feul qu'on exécutât dans toute fon
étendue j à mefure que les autres s'élevaient , on en retranchait des fons à
l'aigu , pour ne pas excéder la portée de la voix.
Nous fommes perfuadés que ce que les Anciens appelaient mode , n'eft
que ce que nous appelons aujourd'hui ton , à l'exception que, dans chaque
Mode, on ne parcourait que l'octave j au lieu qu'aujourd'hui, dans nos
Tons, nous parcourons une bien plus grande étendue. Nous allons donner,
dans la planche qui regarde cette page, un Tableau de tous les Modes,
avec celui de nos Tonsj & on fera en état de juger des raports qui font
entreux.
degré d'élévation, mais encore par le différent arangement ou la différente progreflion
des fdns ( ce qui conftitue la modulation majeure & mineure ) : & outre cela , par les
diverfes modifications que reçoivent ces mêmes fons , à caufe du défaut de juftefTe , inf?-
parable de la manière d'acorder les inffrumens de Multque ; modifications qui diver-
sifient , an jugement de l'oreille , les modulations tant majeures que mineures , quoique
toutes les majeures foient efTentielement les mêmes , auflï bien que toutes les mineure».
( Voyei le Mémoire de M. Burette, tora. y de l'Académie des Bellcs-Leurcs, pag. iyC).
So ESSAI
On a pu voiï dans le Tableau précédent, que ce que les Anciens ap-
pelaient modes 3 eft en effet ce qu'aujourd'hui nous appelons tons 3 puifque
les genres des uns & des autres fe font confervés femblables depuis plus
de deux mille ans. Mais les Modes pouvaient être caractérifés plus parti-
culièrement que nos Tons, par le genre de poéiies qu'on mettait en mufique
fur ces Modes, par l'efpece d'inftrumens qui acompagnaient les voix dans
ces Modes , &c par la mefure qu'on y employait.
Voilà à peu près tout ce qu'il eff poflîble de conjecturer fur ces fameux
modes qui ont donné lieu à tant de contes, dont plufieurs cependant pou-
raient s'expliquer aflez naturelement. Ce qui nous femble le plus furprenant,
c'eft que la Muhque ait un caractère aflez diftinct, pour que les Tons aient
un caractère invariable depuis tanc de hecles.
Les Grecs avaient encore d'autres modes improprement nommés; car ce
n'étaient que des genres de compofition ; tels étaient le mode tragique deftiné
pour le Théâtre, le nomique confacré à Apollon, le dithyrambique confacrc
à Bacchus, lefyntonolydienj dont parle Platon, & dont nous n'avons aucune
connaiflance, &:c.
Il y avait auflî plufieurs des Modes, que nous venons de nommer, qui,
félon divers Auteurs , portaient des noms differens : on peut confulter à ce
fujet le Dictionaire de Roufleau, art. Mode.
CHAPITRE X.
Des Cadences.
JLe mot Cadence eft formé du verbe latin cadere* qui veut dire tomber t
parce qu'une cadence eft proprement une chute du chant ou de l'harmonie,
d'un Ton à un autre, fur lequel ou peut fe repofer Se déterminer tout à
fait un morceau.
Il faut au moins trois fons pour former une véritable cadence ; celui
d'où l'on part , celui par lequel on pafle , & celui fur lequel on fe repofe.
II y a trois fortes de cadences :
La cadence parfaite,
La cadence imparfaite,
Et la cadence détournée.
SUR LA MUSIQUE. 3i
les cadences parfaites font de trois fortes, comme dans ce canon, où
elles font toutes trois ralltmblées.
te E^W^^^^^^^^MmM
O Je - fu, mi fe- - re- re me î.
Les cadences imparfaites font aufli de trois fortes r
Defcendre d'un demi ton _-_
à la finale, foit naturel, «J^z
foie accidentel.
Xfc
:zaz
Shëêé^i
Monter d'un ton plein depuis la pénul- Iffc—m — p~~Prp — I -fjP-
ticme jufqu'à la finale. ' E-F— l^t~;
Monter de quinte ou defeendre de quarte. *^-g— p — p= : ""~,"tër~p--f~~
-e—
Les cadences détournées ne font que de fimples repos.
La finale fur le même ton que la pénul- Sg
tieme.
ÎEE
I
La finale defcenJant de la pénultième par gfc-?— | °
tierce majeure ou mineure. — ■ °— F— -
La finale montant de la pénultième par H»' - B rrr
tierce majeure ou mineure. =EËEËE:Ë
:az;
~az=:
t.
CHAPITRE XI.
Z?^ CHarmonic.
M^ Harmonie eft une fuite d'acords qui plaît plus ou moins à Toreille.
La nature nous donne l'acord parfait 3 compofé d'un feu, de fa tierce, fc
de fa quinte; l'art nous a donné les autres acords, qui font tous dérives
de la Jlptieme Se de la fine.
3a ESSAI
Les Anciens , dit-on , connaîtraient l'harmonie. Nous n'en avons aucune
preuve, &: celles qu'on veut tirer de quelques pafTages de Séneque, pa-
raillent au moins douteufes (a) : mais ce qui nous fait croire qu'ils ne la
(a) Voici le fameux paffage de Séneque, épine 84, qui prouve, dit-on, que les An-
ciens connaifTaieot l'harmonie : Non vides quant multorum vocibus chorus conftet? Unus
tamen ex omnibus fonus redditur. Aliqua illic aucla eft , aliqua gravis, aliqua média.
Accedunt viris foemint , interponuntur tibii, Jîngulorum ibi latent voces , omnium apparent.
a Ne voyez-vous pas de combien de voix différentes un chœur eft compofé? Cependant
» de tous ces fons divers, il n'en réfulte qu'un feul. Il y a des Hautes- Contres (aucla),
» des Baffes (gravis), des Tailles [média). Les voix des hommes fe marient à celles des
n femmes , les accens de la flûte s'incorporent avec elles; on ne diftingue aucun fon parti-
» culier, mais on recueille une harmonie générale». Cela lignifie feulement, ou peut fignifier,'
que les voix des hommes font graves & aiguës, ainli que font les EalTes , les Tailles &
les Hautes-Contres ; que les voix des femmes font à une odaTé au delïïis des voix aiguës
des hommes ; que les flûtes font à une oftave au deflus des voix de femmes , & que tous
ces fons à des octaves différentes ne font qu'un fon unique ; mais cela ne prouve pas que
les Anciens compofaffenr a plusieurs parties. Ariftide Quintilien définit la Mufique, l'art
qui apprend a bien chanter , & l'art qui apprend à compofer un beau chant , & Bacchius
la définit la connaijfance du chant & de ce qui lui apartient. Ariftide, livre premier,
dit qu'on entend par harmonie , l'ordre de plufieurs fons qui fe fuivent , mais il ne dit
pas le mélange de plufieurs fons. Quelle preuve plus convaincante que les Anciens n'ont
jamais connu ce que nous appelons harmonie? Caffiodore définit l'harmonie ( qu'on ap-
pelait alors fymphcnie) d'une manière qui prouve qu'il ne la connaiiïait pas; car il dit
que c'eft afTez que plufieurs fons fe rencontrent agréablement, pour fatisfaire à tourcs les
conditions de -cette définition, fuivant laquelle il n'eft point néceffaire de changer l'acord,
ni de varier par les différentes .modulations , des parties qui chantent chacune leur fujet.
Cependant Caffiodore étant l'un des derniers Auteurs anciens qui aient écrit fur la Mu-
sique , devait favoir tout ce que favaient fes prédéceffèur-s.
Lear ignorance fur l'harmonie eft donc prouvée par celle de Caffiodore, & il en
réfulte que l'harmonie des Anciens était femblable à celle que les Iroquois, amenés à
Louis XIV vers la fin du fiecle dernier, lui firent entendre, pour lui donner une idée
de leur Mufique. Plufieurs d'entr'eux chantaient à l'uniffon ou à l'octave , & les autres
acompagnaient ce chant , en grondant comme des pourceaux , avec des fecouffes mar-
quées par un mouvement bien réglé ; & voilà comment on tempérait l'aigu des voix ,
par le mélange de la gravité du grondement rhythmique des autres Chanteurs, ainli que
le dit Caffiodore. ( Voye^ la Mufique des Anciens par Perrault ).
Toutes les fois que Platon parle d'harmonie, il lui donne la lignification que nous donnons
aux Modes : il dit que les harmonies Ioniene & Lydienc , fon; molles & efféminées, &c. que
connaiflaienc
SUR LA MUSIQUE. 33
connaîtraient pas, c'eft la préférence qu'ils donnaient à la mélodie fur la
fymphonie; c'eft ainft qu'ils appelaient alors leur prétendue harmonie.
Us faifaient ordinairement jouer leurs inftrumens à i 'octave ou à l'unilTon,
quelquefois, dit-on, à la tierce ou à lafîxte, & rarement en trio. Ainfi ils
étaient bien loin de fe douter des beautés d'un art, qui, quoique encore
dans fon enfance, eft infiniment fupérieur à ce qu'il était de leur cents.
Les Anciens donnaient quelquefois le nom d' 'harmonie à l'octave, c'eft-
à-dire, aux concerts de voix qui s'exécutaient à l'octave, <Sc qui s'appelaient
plus communément antiphonïc.
Dans les premiers tems, les règles de l'harmonie ne furent fondées
que fur l'approbation de l'oreille. Mais le Père Merfenne, M. Sauveur,
Rameau & Tartini ont enfin fixé des loix invariables, qui font démontrées
à ceux qui veulent prendre la peine de les étudier. Cette matière, fi feche
par elle-même, traitée par des Muficiens qui n'étaient pas aftez Géomètres
& par des Géomètres qui n'étaient pas afTez Muficiens , eft devenue enfin lï
obfcure 8c fi rebutante , qu'il eft peu de perfones qui aient la confiance
d'étudier res préceptes volumineux noyés dans des raifonemens qui n'ont
jamais été entendus, même par leurs Auteurs.
'Sans le courage de M. d'Alembert , les Ouvrages de notre grand
Rameau , remplis de chofes utiles, ingénieufes &c neuves, ne feraient lus
que par peu de perfones , étant prefque inintelligibles & dénués de cette
méthode fi néceifaire pour inftruire par gradation. M. d'Alembert, fâché
de voir tant de travaux inutiles, a voulu les mettre en valeur : il nous a
donné [c^Elémens théoriques & pratiques } qui fonr, pour ainli dire, l'élixir
de tout ce qu'a écrit Rameau. La clarté, la juftefte, la précifîon, voilà ce
qui caraélérife cet Ouvrage précieux, le feul, peut-être, utile aux jeunes
l'harmonie Doricne eft propre à conferver les bonnes mcairs, Sec. M. l'Abbé Fraguier, Sa?ant
illuftre de l'Académie des Belles-Lettres, Se admirateur des Anciens ,s'i . , quoique
vieux, de s'inftruire des premiers élémens de la Mufiquc, prit quelques leçons d'acomplgne-
ment fur le clavecin. Charmé de la douceur de cette harmonie , qui fe mariant aux fons mé-
lodieux de la voix , flatait agréablement fon oreille , il fe fenti: indigné contre ceux qt;i
rctufaient aux Anciens la connaiJTancc d'une eipecc de concert (i harmonieux. Il
dû plutôt s'indigner contre les Anciens, ou de leur ignorance en ISIuliquc, s'ils non: pas
connu cette douce harmonie, ou de leur mauvais goût , li l'ayant connue , ils l'a :
flaignée.
Tome II. l.
54 E S S A I
Muficiens , 6c dont nous ne (aurions trop leur confeiller la lecture répétée
ôc la plus réfléchie.
RoulTeau compare les acords aux mots dont les Dictionaires font com-
pofés. Il ne s'agit plus, pour faire un beau morceau de Mufique, ainfi
qu'une belle pièce d'éloquence , que de trouver la liaifon néceifaire j &
voilà ce qu'on n'apprend jamais, à moins que la nature n'y ait difpofé nos
organes. Pour faire un tout raifonable, il faut que quelque chofe de ce
qui précède, fe tranfmete à ce qui fuit; & c'eft cette fucceflion plus ou
moins agréable, qui forme une harmonie & une mélodie plus ou moins
bonne.
Une des plus ingénieufes découvertes de Rameau, eft fon principe de
l'acord parfait mineur, dont la vérité lui eft conteftée par RoufTeau ( art.
Harmonie ), fans qu'il en aporte d'autre raifon , que de dire : l'expérience eft
fauffe. Nous pouvons dire avec plus de vérité : la réfutation n'eft pas vraie.
Rameau a dit : qu'une corde fonore faifait vibrer, fans les faire réfoner,.
deux cordes plus graves, l'une à fa douzième Se l'autre à fa dix-feptieme
majeure. 11 en a conclu, par un procédé trop long à. raporter , que la tierce
mineure était dans la nature, & que le grave la donnait, comme l'aigu,
donne la tierce majeure. RoufTeau prétend qu'i/ eft reconnu* que les cordes
acordéesau dejfous du. Son fondamental * ne frémiftent point en entier à ce Sort
fondamental j mais qu'elles Je divifent pour en rendre feulement l'uniffon *.
lequel conféquemment n'a point d'Harmoniques en dejfous. Il eft reconnu de
plus j que la propriété qu'ont les cordes de fe divifer, n'eft point particulière
à celles qui font acordées à la douzième & à la dix-feptieme en deffous du.
Son principal', mais qu'elle eft commune à tous fes multiples;; d'où il fuit \
que les intervalles de douzième & de dix-feptieme en defjous , n'étant pas
uniques en leur manière _, on ne peut rien conclure en faveur de l'acord par~
fait mineur qu'ils repréfentent.
Voilà l'opinion de Rouffeau. Mais depuis quand une opinion eft-elle
une preuve ? Qu'efl-ce que c'eft qu'une corde qui ne frémit pas en entier 3
mais qui fe divife pour rendre feulement l'uniffon? Si elle ne réfone point,
& que par conféquent on ne puilfe l'entendre, comment fait-on qu'elle
nend l'unifTon? Si c'eft une étrange théorie de tirer de ce qui ne réfone pas 3 les
principes de l'harmonie 3 c'eft un étrange raifonement que d'affurer comme
Certain , qu'««c corde qui ne réfone point j donne l'uniffon. Quand bien
SUR LA MUSIQUE. 3f
même Rameau aurait établi un principe faux, Rouleau n'en aurait pas
moins dit une chofe abfurdej mais plufieurs expériences, faites avec grand
foin, nous ont détermines à croire que Rameau ne s'eft point trompé dans
cette occaiïon.
Nous avons vu très-diftinétement vibrer les cordes plus graves que 1a
corde principale, Se nous n'avons pu distinguer aucun fonj comme le fon
n'eft autre chofe que l'air ébranlé par les vibrations, il nous femble polTible
que quelquefois les vibrations n'aient pas aflez de force pour faire réfoner
diftinclement l'aie qu'elles ébranlent. Si cela eft , Rameau a raifon ■ & Ci
cela n'eft pas, il n'eft pas prouvé qu'il ait tort, puifqu'alors il pourait avoir
raifon par une autre caufe , & que certainement , en faifant foner une
corde, on n'entend jamais réfoner les plus graves pour former l'unilïon,
ainfi que le prétend Rondeau.
Une autre de fes erreurs , eft que le corps fonore ne donne pas feulement 3
outre le fon principal, les fans qui compofent avec lui l' acord parfait , mais
une infinité d'autres fons formés par toutes les aliquotes du corps fonore , lef-
quels n'entrent point dans cet acord parfait.
Nous ne favons pas par quelle expérience il a entendu ou cru entendre
d'autres fons que la tierce & la quinte , mais nous déclarons formelemenc
que nous n'en avons jamais entendu d'autres ; il ne faur que lire ce que
nous allons rapporter de Roufteau , pour ne plus douter de fon erreur.
Tout fon donne un acord vraiment parfait 3 puif/u'il ejl formé de tous
fes harmoniques > & que c'ejl par eux qu'il e(l un fon. Cependant ces harmo-
niques ne s'entendent pas 3 & l'on ne dijlingue qu'un fon fimple3 à moins qu'il
ne fait extrêmement fort ; d'où il fuit que la feule bonne harmonie ejl l'u-
nijjon, & qu'aujfi-tàt qu'on dijlingue les confonanecs, la proportion naturcle
étant altérée > l'harmonie a perdu fa pureté.
D'abord il n'eft pas vrai qu'un fon ne foit tel que par fes harmoniques j
car, puifque, lorfqu'on fait réfoner une corde qui forme un fon, on en
entend trois , il en faut conclure que le fon qu'on entend , eft la
réunion de trois fons , dont deux font fi faibles qu'on ne peut que dirri-
cilement les diftinguer ; mais il n'en eft pas moins vrai que chacun de ces
fons eft un fon particulier : donc il n'en faut pas trois pour en faire un ,
pareeque, s'il était néceftaire, pour l'elfence du fon, qu'il fût an compofé
de trois, chacun de ces trois principes ne feroit rien féparément, & ne
Ex
$■£ T S S A i
deviendrait quelque chofe, que par fa réunion avec les deux autres', à
moins que Roufleau n'ait voulu nous faire, croire, que chacun de ces harmcv
niques eft compofé de trois fons , & cela jufqu'à l'infini. Rameau», que la
profondeur de fes idées a quelquefois égaré , a bien voulu prouver auiîî la
Trinité par le fon; aflurément nous n'avions pas befoin d'une preuve auflî
fmguliere, mais cette preuve eft aiifll claire en fon genre, que celle que
Roufleau nous donne de la formation du fon.
Mais quand il ferait vrai que le fon n'exifte que par fes harmoniques.,
faudrait-il en conclure, que la feule bonne harmonie ejl l'uniffon ?
Peut-on appeler harmonie l'uniffon & même l'octave? Et parceque le
corps fonore ne nous donne , ni la feptieme , ni tous les acords qui eu
dérivent, peut-on nier que ce ne foit l'heureux mélange de ces acords qui
fait la bonne harmonie, & même l'harmonie proprement dite?
Il femble que RoufTeau ait pris à tâche de dire le contraire de ce qu'avait
dit Rameau, uniquement pour le contredire ; car il n'apuie fon fentiment par
aucune raifon même plaufible. Rameau a dit, que les deffus d'une certaine
fimplicité fuggerent naturelement. leur baffe , & qu'un homme ayant
l'oreille jufte, quoique non-exercée, entonera naturelement cette baffe.
Rameau a dit vrai , & on en voit chaque jour des exemples frapans. Ce-
pendant Roufleau ne craint pas de répondre, que c'efi-là un préjugé de
Mujicïen _, démena par toute expérience ; & que non-feulement celui qui n'aura
jamais entendu ni baffe ni harmonie , ne trouvera de lui-même ni cette harmonie-
ni cette baffe s mais qu 'elles lui déplairont _, fi on les lui fait entendre _, & qu'/Z
aimera beaucoup mieux le fîmple unifjon. Nous convenons de ce fait, mais
en le reftraignant aux perfones qui font nées avec l'oreille faufle, ou avec
une infenfibilité totale aux charmes de la Mufique.
Rameau a eu aufli raifon de dire que l'harmonie efl la fource des plus
grandes beautés de la Mufique; & les favans & les ignorans ne peuvent
également juger de la Mufique, ainfi que Roufleau le prétend, pas plus
qu'ils ne peuvent également être juges d'un tableau, d'une ftatue ou
d'un monument. L'ignorant peut dire , cela me plaît , ou me déplaît j
mais, dans aucun genre, il n'aura le droit de prononcer, d'après fon fenti-
ment, qu'une chofe eft belle ou ne l'eft pas. Il eft bien jufte que ce foie
le droit de. ceux qui ont pafle leur vie à s'inftruire, ôc à diftinguer la vraie
SUÉ LA MUSIQUE.
1?
beauté, qui, dans tous les genres, ne confifte que dans les proportions \ il
faut donc les connaître pour pouvoir en juger.
Roulïeau dit à la fin du mot Harmonie, que le phyfique desfons ejl très borné
dans le plaifir qu'il nous donne 3 & n'a que très peu de pouvoir fur le cxur hu-
main. Nous abandonons cette afiertionau jugement de ceux qui éprouvent le»
fenfations les plus vives, lorfqu'ils entendent de la Mufique inuxumenrab
parfaitement exécutée par un orcheure femblable à celui de l'Opcr.1. , du
Concert-fpirituel, ou de Meilleurs les Amateurs.
CHAPITRE XII.
[ De VÉchelc des Grecs & de la nôtre,
U ne Echele eft, en Mufique, la fuccefiion diatonique des notes.
Celle des Grecs était compofée de deux tétracordes conjoints».
fi —
ut
re
tni —
fa
fol
la—
qui, comme l'a ingcnicufement prouvé M. d'Alembert, était plus ample
que la nôtre, puifqu'elle était formée du feul Mode duc.
Jî 3 ut 3 rc j mi j fa } fol 3 la.
Balte fondamentale , fol 3 ut 3 fol r ut 3 fa3 ut 3 fa.
Au lieu que notre échele ut 3 re 3 ml 3 fa 3 fol j. la >./?,. ut 3. eft far-
inée du Mode d'ut Se de celui ~de fol.
ut j re 3 mi 3 fa3fol3 la 3 fi 3 ut.
Balte fondam. ut , fol, ut 3 fa3 ut 3 re 3 fol 3 ut.
Dans la Bafle de la première échele , on ne trouve que ut 3 fol 3 fa , qui
3$ ESSAI
apartienent au Mode d'ut; & dans la Baffe de la féconde, on trouve
ut } fol j fdj qui apartienent au Mode à' ut , & fol 3 re 3 qui apar-
tienent au Mode de fol. L'échele des Anciens était donc plus fimple que
la nôtre : aufii on la difait de fuite , fans avoir befoin de repos , & fans
que l'oreille en demandât \ au lieu que quand nous chantons ut 3 re 3 mi3
faj fol j fa 3 fi 3 ut » il n'y a point d'oreille un peu exercée, qui ne fente
un repos forcé après avoir dit /^ j & la raifon en eft, que jufque-là on a
été dans le Mode d'ar j mais qu'alors on en fort pour entrer dans celui,
de fol , où l'on achevé fol 3 la 3 fi > ut.
Ce fut Saint-Grégoire qui changea les tetracordes des Anciens en un
heptacorde ou fyftême de fept notes , 8c exprima ces notes avec les fept
premières lettres de l'alphabet. Gui d'Arezzo leur donna des noms , excepté
à la feptieme note , qui ne porte celui de fi que depuis la fin du dernier
fîecle. On ne conçoit pas que les Anciens n'aient pas eu la même échele
que la nôtre ; on peut voir dans M. Sauveur la raifon ingénieufe qu'il en
donne , & qui ne peut être fentie que par les Géomètres. Rondeau la
critique: mais il nous femble, qu'avant d'aceufer M. Sauveur de s'être
trompé dans fes calculs , il aurait mieux valu donner un calcul plus jufte
que le fien j & c'eft ce qu'il n'a pas fait.
CHAPITRE XIII.
Du Chromatique.
J-jE Chromatique eft un chant compofé d'une fucceflîon de fons, en mon-
tant ou en defeendant par demi-tons.
Athénée en donne l'invention à Epigone , & Boëce à Timothée de
Milet.
On s'en fert dans le genre trifte, pour exprimer la douleur, En montant
il eft déchirant, quand il eft bien employé j & en defeendant il eft plus
fombre , quoiqu'un peu moins exprelfif.
Nous verrons bientôt que la marche fondamentale par quintes donne le
genre diatonique, ôc celle par tierces majeures , le genre chromatique.
SUR LA MUSIQUE. 39
'MwwuinMiwdii iJtmaMwumjMtmm
CHAPITRE XIV.
De F Enharmonique.
Aristoxene & plufieurs autres Anciens ont appelé ce genre, harmonie.
11 confifte dans la différence qui eft entre \s fiHk & IVtfj le mi % & le
fa, Sec.
En général, c'eft un chant où les quarts de ton font admis. Ces quarts-
de ton ne peuvent guère fe diftinguer à l'oreille, & il faut y être fort
exercé pour les fentir. On appelé avec raifon quarts de ton ces inter-
valles ; le calcul prouvant, par exemple, que la différence du fi% ( tierce
majeure de fol % ) à Yut, eft de ^ ou de ^ environ.
Or on diftingue quatre efpeces différentes de quarts de ton ,
Différence avec l 'unité ft ion M. d'Alcmbert,
Le quart du ton majeur. . . .
Le quart du ton mineur. . . »
La moitié du demi-ton majeur.
La moitié du demi-ton miaeur.
1 1
i
77
i-
Tâ
1
*t
C'eft pour cela que l'intervalle entre \q filik ScViUt eft appelé quart de
ton y fa différence avec l'unité étant de — , il en diffère moins que le plus
grand des quarts de ton , & plus que le plus petit.
Ariftide Quintilien nous affure que ce genre était le plus doux des trois j,
cependant les Anciens ne le conferverent pas long-tems, parceqa'on com-
mença à ne plus calculer le plailir {a) , & que ces divifions de tractions
n'en produiraient qu'à l'efprit, Se jamais au eccur. Plutarque reproche aux
Muficieas de fon tems, d'avoir perdu le plus beau des trois genres, &: d'ofer
dire que les intervalles n'en font pas affez fenlihles , comme li , ajoute ce Phi-
lofophe, tout ce qui échape à leurs fens grolliers celfait d'être dans la nature*
(.;) M. d'Alembert , dans fa n'ponfe à une lettre de M. Rameau , qu i! faut lire à la
fin de fes Éléinens , dit expreflement : que la confidération des rapor:s (J:
cour rendre raifon du plaijir que la Mujîque nous eauf'c.
$è ESSAI
Ce que nous appelons aujourd'hui Enharmonique } ne reflemble point i
celui des Anciens. Nous l'employons quelquefois pour palier d'un Ton dans
un autre, en faifant changer de nomà un acord. Par exemple, les fons,
fa% , la 3 ut 3 mib, forment un acord que l'on appelé feptieme diminuée 3
& cet acord doit conduire ordinairement à l'acord parfait mineur de fol :
fol 3 fib, tc.
Si, au lieu d'aller en fol 3 on veut palier dans le Ton de ml 3 on ne
fait que changer le nom de mib-y on l'appelé re%. Dans l'exécution on
ne s'aperçoit point, ou fort peu, de ce changement, quoiqu'il y ait entre
ces fons une différence d'un quart de ton enharmonique , différence
prefque inapréciable à l'oreille. Alors, fay&, la 3 ut 3 rc%, devient une
fixte majeurs avec fauJJ'e quinte 3 qui conduit a l'acord parfait fur mi :
mi 3 fol j fi i ou à celui de fixte fur fol : fol 3 fi 3 mi ; & l'un ou l'autre
de ces acords conftate que l'on vient d'entrer dans le Ton de mi.
On peut, avec le même acord , fa% 3 la 3 ut 3 mi b , palfer dans le Ton
de fib, en changeant de même le faya en fol b : folb , la 3 ut 3 mib.
Alors cet acord de feptieme diminuée devient une féconde- fuperfiue 3 qui
conduit à la fixte-quarte , fa 3fib , reb, & qui conftate que l'on eft dans
le Ton de fib.
On peut auilî palTer, toujours avec le même acord , fa % , la3 ut 3 tnibi
dans le Ton d'uf% : alors l'ut devient fill 3 & le mi b devient re % ; &
l'acord de feptieme diminuée fe change en acord de triton ( ou quarte*
fuperfiue ) avec tierce mineure 3 fa~% , la 3 fi%. , re% , & doit être fuivï
de l'acord de fixte fur le mi : mi 3 fol% , ut% 3 qui conftate que l'on eft
entré dans le Ton d'ut y&..
Voilà donc quatre marches enharmoniques différentes , qui procèdent
de la feptieme diminuée , & dans kfquelles chacune des quatre notes
de cet acord devient nore fenfible du Ton dans lequel on palTe. Cet exemple
fuffira pour fixer les idées fur ce que nous appelons aujourd'hui l'Enhar-
monique j & nous ne raporterons pas les huit autres manières de changer
les quatre marches dont nous venons de parler , en fe fervant de la,
tierce majeure ou mineure.
Quoique l'oreille ne puilïe guère fentir ce quart de ton enharmonique ,
lorfqu'il eft ifolé , elle s'aperçoit fort bien de la brufquerie qu'il caufe dans
•ces différens palïages j & bientôt elle eft forcée d'admirer la manière dont
elle
SUR LA MUSIQUE. 41
telle fe voit tranfportée dans un Ton, dont elle fe croyait bien éloignée.
C'eft l'acord qui fuit cette feptieme diminuée, qui prouve h on a fuivi
le genre chromatique, ou fi on s'eft fervi de l'enharmonique.
Rameau a divifé l'enharmonique en deux genres, l'enharmonique diatonique
& l'enharmonique chromatique ; il a même eflayé de faire des morceaux pref-
qu'entiers dans l'un & l'autre de ces genres. Son fameux trio des Parques,
d'Hippolyte & Aricie, eft en grande partie dans le genre enharmonique dia-
tonique j qui confifte à faire defcendre de quarte la baffe , Se à la faire monter
de tierce majeure, alternativement. Dans l'acte des Incas, des Indes galantes,
il avait ellayé de faire un tremblement de terre dans le genre enharmonique
chromatique _, qui confifte à faire defcendre de tierce mineure la balle fonr
damentale, & la faire monter de tierce majeure, alternativement. Ces deux,
morceaux n'ont jamais pu être exécutés. Quand ils le feraient, nous ofons
allurer que l'effet en ferait dur & mal fonant , & nous exhortons les jeunes
Compofiteurs à ufer de l'enharmonique rarement & avec la plus grande
modération, & de ne jamais s'en fervir que dans les endroits où il faut
qu'ils furprenent l'oreille des Auditeurs ; ce genre ne pourait que très
rarement ne pas nuire à la mélodie, qui doit être la bafe de la compolition.
Voici un exemple des deux efpeces d'enharmonique.
Enharmonique Diatonique.
Enharmonique Chromatique.
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Tome II.
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A2 ESSAI
C'eft une obfervation lumineufe de RoufTeau dans fon Diétionaire ( arc .
Enharmonique) , que Rameau s'efl trop occupé de calculs, & que le feu na-
turel de ce fayant Artifte eût produit des prodiges dont le germe était dans fon
génie, mais que fes préjugés ont toujours étouffé. Sans doute toutes les fois que
l'on voudra foumetre à la preuve du calcul tous les effets de Mufique que l'on
trouve en préludant, & qui fe fuccedent rapidement chez un Compotîteur
de «renie , il ne fe peut que la verve ne fe refroidiffe par la féparation que
l'on met entre les idées en les calculant. D'ailleurs il peut arriver que,
pour une erreur de calcul , on rejeté ce qui n'en fait pas moins un excellent
effet au jugement de l'oreille. C'eft au goût feul à conferver ou à rejeter
les productions du génie , & nous avons pour principe immuable que tout
ce qui plaît à l'oreille eft bon, mais que tout ce qui lui déplaît eft mauvais»
le vrai calcul, en Mufique , n'étant fondé que fur le fentiment de l'oreille.
RoufTeau confeille aulîî , avec la plus grande raifon , d'employer ordi-
nairement T enharmonique dans le récit obligé.
Dans ces morceaux d'expreffion , Pâme éprouvant fans cefTe des fentimenj
oppofés les uns aux autres , on ne peut mieux peindre le choc des partions
£c des idées que par ce genre de Mufique , qui eft incohérent , & qui
brife le fens de la phrafe muficale , ainfi qu'une idée en vient brifer une
autre.
Une preuve que l'enharmonique, tel que le calcul le donne, ne peut être
employé dans notre genre de compofition, c'eft que plufieurs de nos inftru-
jnens à cordes, & tous ceux à vent, ne peuvent faire la différence de mi )ft
au fa j du fa y& au fol b, &c. C'eft ce qui fait que fur le clavecin , par
exemple , ces deux fons n'étant exprimés que par une même touche , les
paffages enharmoniques paraiffent plus durs; au lieu que fur le violon, le
violoncelle, &c. le doigt pouvant être gliffé un peu plus ou un peu moins,
exécute ces différens fons, 8c diminue ainû la dureté qui réfulte du partage
de l'un à l'autre. Il y a cependant des clavecins où les touches des dièfes
& des bémols font coupées en deux , & où par conféquent \q fa% &c le
folb , le mi b & le re $; , &c. ne font pas la même chofe ; mais outre que cette
divifion augmente de beaucoup la difficulté de jouer de cet infiniment, il y
a bien peu d'oreilles capables de la difcerner , & affez délicates pour favoir
gré à celui qui joue, de ce qu'il lui en a coûté de peine pour y parvenir»
SUR LA MUSIQUE, *j
On eft donc convenu de forcer un peu les tierces majeures, en acordanc
le clavecin, Se de diminuer aullî un peu les tierces mineures \ ce qui fait
cju'il n'y a guère que l'odtave qui foie parfaitement jufte. Car, li on acor-
dait les tierces comme elles doivent l'être, trois tierces majeures ou quatre
tierces mineures devant faire l'étendue d'une octave , il ariverait que les
quatre tierces mineures étant juftes , paiferaient l'octave de près de — - (j) ,
& que les trois tierces majeures n'ariveraient à l'octave jufte que moins ~
à peu près. C'eft cette méthode , dont on eft convenu de forcer un inter-
valle & d'en diminuer un autre, que l'on nomme tempérament. Pythagore t
qui , le premier , trouva les intervalles , voulait qu'on fuivît le calcul à toute
rigueur. Arifloxène , qui trouvait avec raifon combien cette rigueur recu-
lait les progrès de l'Art, voulait que l'on ne confultât que fon oreille. Telle
fut l'origine de la feéte des Pythagoriciens Se de celle des Arifloxéniens.
Les premiers n'enfeignaient que la théorie, & les féconds la pratique. L'An-
tiquité a été long-tems divifée par ces deux feétes.
Rouffeau donne (art. Tempérament), comme la meilleure manière d'a-
corder le clavecin , celle qui fuit.
i°. On commence par Vut du milieu du clavier, Se l'on afaiblit les
quatre premières quintes en montant , jnfqu'à ce que la quatrième mi
fa^e la tierce majeure bien jufte avec le premier fon ut ; ce qu'on appelé
la première preuve. i°. En continuant d'acorder par quintes , dès qu'on
eft arrivé fur les dièfes , on renforce un peu les quintes , quoique les
tierces en fouffrent, Se quand on eft arrivé au/ô/^C , on s'arête. Ce fot%i
doit faire, avec le mi, une tierce majeure jufte, ou du moins fourlrable j
c'eft la féconde preuve. 30. On reprend Vut 3 Se l'on acorde les quintes au
grave, favoir, fa,fîb, mib, Se Lib, faibles d'abord, puis les renforçant
par dégrés, c'eft-à-dire, afaiblilïant les fons jufqu'à ce qu'on foit parvenu
au reb, lequel, pris comme ut M , doit fe trouver d'acord & faire quinte
avec le fol )& , auquel on s'était ci - devant arête \ c'eft la troifîeme
preuve.
» 1 1 1 ■ 1 — 11 ii» h— — — ^—
(a) C'eft cette différence que l'on appelé le comma de Pythagore.
F:
4* ESSAI
Voici le Tableau de cette manière d'acorder.
| Quintes faibles , en II Première j Quintes plus fortes , en 1 Seconde II Quintes , en defeendant , I Ttàjïime
I I Preuve. S ! Preuve. d'abord faibles, puis Preuve.
montant. J |j montant. J Tierce | renforcées. ia.Quinte,HB
n.» 3^4= |iS.I 5= 6e 7= * !&!£ | 9e -"< Jpeurropfone.
L Uniflbn.
6-1-9-t
&£êJE§=l=n
fnnj.juite. I 5= 6e 7e Sc 1 "ui'ort". I
Nous croyons qu'il eft une méthode plus fimple , & nous nous en fommes
toujours bien trouvés : la voici en peu de mots.
C'eft de commencer par mib, & d'acorder enfuite par quintes juftes 8c
par o&aves juftes, comme dans le Tableau fuivant.
Y^-9-
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3e 4e
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JUSTES ,
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MONTANT.
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il tropforte.
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-n F-eH-
-e —
~u *© — *© '
Uniflbn.
Alors, fi 1 on fait foner l'odlrave au deflous de fol W, avec le mi b par le-
qu'on a commencé, on trouvera que ce foi & , devenu la b, ne fera pas une
quinte jufte avec le mi b \ mais on la laiffera telle qu'on la trouvera, parce-
ciu'il n'eft pas pofiible qu'elle foit autrement. De cette manière il n'y aura
qu'une quinte faufTe dans tour le clavier , &c les autres fe trouveront
juftes. Alors il faudra, feulement éviter de jouer des morceaux de Mufique
dans le Ton de lab, pareeque fa quinte n'étant pas jufte à toutes les octaves,
il ne peut en réfulter qu'un effet défagréable, pour peu qu'on ait de la
délicateife dans les organes. 11 pouta très bien arriver que cette manière
ne paraifte pas bonne à plufieurs Muficiensj mais comme ils ne pouront.
prouver que celle qu'ils préfèrent foit meilleure , il nous eft permis , comme
à eux , de donner la préférence à la nôtre : au moins ne pouront-ils nier qua
*elle-ci ne paraiffe la plus fimple.
SUR LA MUSIQUE. 4Ï
CHAPITRE XV.
De la Baffe fondamentale.
Ce fameux fyftème, inventé & calcule par le grand Rameau, doit fe 1*2
dans les excelens Êlémcns de Mufique de M. d'Alembert , qui l'a perfec-
tioné : nous nous contenterons d'en donner ici une légère idée.
Elle ne peut exifter , fi elle ne règne toujours au deffous des autres parties.
Toutes les notes de la baffe fondamentale ne peuvent porter que Yacord-
parfait 3 celui de feptieme 3 ou celui de Jlxtc & quinte (a).
Dans route fuccelfion d'acords -parfaits , il faut qu'au moins une des
notes de l'acord où l'on pafie, fe trouve dans celui d'où l'on veut fortir»
Ainli, lorfque de l'acord -parfait c\'ut 3 par exemple, Ton veut paifer à
un autre acord-parfait, il faut que l'un des fons de l'acord d'ut3 c'eft-à-
dire, ou ut 3 ou mi 3 ou fol 3 fe trouve dans l'acord iuivant.
Dans tout acord de fixte Se quinte, ou de fous- dominante , c'efl:-
à-dire , de quarte qui aille à la tonique, il faut qu'au moins une dej
confonances de l'acord fe trouve dans l'acord précédent. Ainfi dans l'acord
fa 3 la j ut 3 re3 il faut que fa 3 ou la3 ou ut 3 fe rencontrent dans l'acord
précédent : re3 qui eft, une difTonance, peut s'y rencontrer ou non.
Toute dominante , fiinple ou tonique , doit defeendre de quinte.
Toute fous-dominante doit monter de quinte.
Le palTage d'une dominante-tonique à une tonique, s'appele repos abfoluî
en cadence parfaite 3 comme nous avons déjà vu j & le pafTage d'une fous-
dominante à une tonique, s'appele cadence imparfaite ou irrégulière.
(.;) M. d'Alembert dit , que la Baffe fondamentale eft le principe de l'harmonie & de
la mélodie , comme ie fyftcme de la gravitation eft le principe de l'Aftronomic pliyfique ;
e'eft-à-dire , que ces deux fyftêmcs ne rendent pas raifon de tout ce qui s'obfervc eu Mu-
fique ou en Aftronomie.
C'cft une chofe bien clouante, qu'on ait pu pouffer la pratique de la Mufique aa point
•ù elle était parvenue, fans en connaître le fondement; & qu'on ait exactement trouva
to«ss les règles , avant que d'avoir découvert le principe qui ks donne,.
46 ESSAI
Quand la baffe fondamentale fyncope, c'eft une licence qu'il ne faut fe
permetre que rarement. Le Dejfus eft un chant fupérieur à la baffe fonda-
mentale, & donne les notes de cette baffe, qui lui répondent. Les autres
parties font prifes dans le refte des notes des acords, lorfque le deffus & la
baffe en font ôtés.
Elle ne peut marcher régulièrement que de trois manières.
i°. Monter ou defcendre de tierce ou de fixte.
2°. Monter de quarte ou de quinte.
3°. Monter diatoniquement fur un acord parfait.
La baffe fondamentale n'eft pas une partie de Mufique qui puiffe être
exécutée , elle eft feulement la preuve de la compofition j comme , en
Arithmétique, l'addition eft la preuve de la fouftraction.
Toute harmonie ne peut être bonne , quand elle n'eft pas foumife à la
baffe fondamentale.
Voilà à-peu-près les principales règles de ce fyftême, qui a tant fait de
bruit dans fon origine. Nous ne faurions trop confeiller de l'étudier avec le>
plus grand foin , 8c de fe famihariler le plus que l'on poura avec fes
règles & leurs exceptions. Il ne faut parvenir à les connaître Ci bien , que
pour ne plus s'en occuper lorfqu'on compofe.
Ceci a l'air d'un paradoxe, ce n'en eft pourtant pas un.
XTn Componteur qui s'amuferait à tirer la baffe fondamentale de tout ce
qu'il fait, outre qu'il perdrait un tems confidérable , refferrerait, par
cette contrainte , les bornes de fon génie ; mais quand il eft parvenu à
un certain point de connaiffànce de la baffe fondamentale, il contracte
une habitude , qu'il ne peut plus perdre , de compofer félon les règles de
cette baffe , & il ne dépend plus de lui , de rien faire qui ne foit fournis
à fa marche.
CHAPITRE XVI.
De la Baffe continue.
On lui a donné ce nom, parcequ'elle dure pendant tout le morceau qu'on
exécute.
Ce n'eft qu'une baffe fondamentale , dont les acords font renverfés
SUR LA MUSIQUE. 47.
pour la rendre plus chantante j ainfi elle n'c-ft , pour ainfi dire , qu'un chanc
intermédiaire entre le deffus, ou chant principal, & la balle fondamentale.
Il y a quelques règles principales, pour faire une bonne baffe continue,
comme d'éviter qu'elle faffe, avec le chant, deux octaves ou deux quintes
de fuite j mais ces règles ont quelques exceptions, & l'oreille feule nous
apprend à perfeétioner les baffes continues.
La baffe continue fut mife en ufage en 1600, par un Italien nommé
Ludovic Viadana. Dumont, Maître de la Chapelle du Roi, mort en 16S2,
en a établi l'ufage en France. Avant lui, c'étaient les hautes-contres &: les
tenore qui faifaient les baffes.
Une règle invariable de cette baffe , pour qu'elle foit bonne , c'efl
qu'elle falfe la partie la plus baffe des morceaux où elle fe trouve , & que
dans les repos Se cadences , elle préfente les mêmes notes que la Balfe fon-
damentale.
S9
CHAPITRE XVII.
De la BaJJe contrainte.
Autrefois les Compofiteurs regardaient comme un tour de force, de
faire des paffacailles , des chaconnes , &c. fur quatre ou huit mefures de
baffe qui fe répétaient fans ceffe , comme celle-ci :
^!ÉÉ*EÉËËiÉ^I
Les Compofiteurs modernes ont reconu l'abus de pareilles miferes , £c
ne cherchent plus à donner des entraves à un Art, qui a par lui-même allez
de difficultés, fans lui en procurer de nouveles.
*$*
*5 'ESSAI
Y " BBSSJggBBgB " ! ■ —————— —
CHAPITRE XVIII.
Des Parties fupérieures.
JjES parties fupérieures doivent obferver, chacune en particulier, à l'égard
de la bafle, les règles de l'harmonie, comme s'il n'y avait qu'une partie;
& il faut qu'elles procèdent avec elle , le plus qu'il eft poffible , en mou-
vement contraire.
Les acords étant compofés de trois, quatre ou cinq fons, il faut donc
plufieurs voix ou inftrumens pour les rendre ; Se ce font les différentes ma-
nières de faire chanter ces différentes parties, qui conftituent la bonne ou la
mauvaife harmonie.
La façon la plus lîmple de compofer, eft à quatre parties : deffuSj haute-
contre ou quinte t taille , & baffe. Cependant, comme tous les acords ne
portent pas quatre notes, & que pluiieurs n'en ont que trois, il n'eft guère
pofîible , lorfqu'on compofe à trois parties , qu'il n'y ait jamais dans aucune
les mêmes notes qui font dans les deux autres.
La première règle du Trioj ou de la Mufique à trois parties , eft qu'il faut
qu'on entende la tierce dans tous les tems de la mefure, parcequ'elle eft
comme l'âme de l'harmonie. La fixte étant proprement une tierce renverfée,
peut très bien fuppléer la tierce. Ainfi il fuffit qu'une des parties faffe la
fixte contre la bafle , ou que les parties fupérieures la faffent entr'elles.
Il faut que les trois parties du Trio foient le plus près poflible les unes
des autres , & fur-tout de la bafle , pareeque plus l'harmonie eft ferrée ,
plus l'oreille en eft fatisfaite.
Quand , dans une des parties , plufieurs diflbnances paflent par fuppo-
Jîtion (a) contre une feule note de la bafle , l'autre partie peut marcher auifi
(a) Dans les parties fupérieures, on appelé notes par fuppofitioit ou notes de pajfage ,
celles qui ne portent point d'harmonie, Se qui ne font proprement que pour conduire
d'une note d harmonie à une autre note d'harmonie. Si l'on a, par exemple, les trois
notes d'harmonie ut, mi, fol , &c que pour remplir les interfaces d'ut à mi & de mi
à fol, on forme le chant ut, re , mi, fa, fol, en notes de moindre valeur j le re & le
fa feront des notes par fuppofuion ou de pajfuge,
par
SUR LA MUSIQUE. \0
par fuppofition, ou tenir contre la baffe. Toute partie qui fyncope, doit
toujours defcendre d'un degré. Il ne faut prefque jamais faire fyncoper les
trois parties enfemble, mais les deux fupérieurcs le peuvent très bien.
En général les meilleures règles de compofition que l'on puille donner ,
font les partitions des grands Maîtres.
CHAPITRE XIX.
Vu DeJJein*
JLe DtJJeln eft un chant que l'on veut faire régner dans le morceau quô
l'on fait, & qu'on a foin de rappeler dans les parties, & dans les différentes
modulations où l'on pâlie. Roulfeau le définit : l'invention & la conduite
du fujet j la dïjpojïtïon de chaque partie, & fordonance générale du tout.
Les Modernes lui ont fait quiter fon nom, pour lui donner celui de
motif y pris des Italiens, qui l'appelent motivoj Se le cultivent avec foin
dans leur Mufique.
Le grand art du Compofiteur confîfte à deiTiner d'abord en grand , à bien
établir fon motif, & à le repréfenter de tems en tems à fes Auditeurs , de
manière que ce foit toujours avec un nouveau plaifir qu'on le voie revenir.
RoufTcau dit avec grande raifon, que c'eftune faute de dejfcin 3 de laiffer
oublier fon fujet j mais que c'en eft une plus grande, de le pourfuivre jufqu'i
l'ennui.
CHAPITRE XX.
De ïlmitaùon.
.L'imitation confîfte à faire répeter le chant d'une ou de pîufieurs mefure%
dans une feule partie, ou dans toutes, cV fur les différens modes que l'on
veut parcourir.
On ne demande point à l'imitation, la févérité qu'on exige pour la f'gue.
Tome IL G
jo
£ S S A 2
On quite la première, on la prend, on l'abandone à volonté. C'eft ce qui
fait que les grands Maîtres la dédaignent ; mais nous la croyons bien plus
fufceptible que la fugue , d'être agréable.
CHAPITRE XXI.
Du Canon.
J_iE Canon eft une fugue perpétuele, ou une imitation dans toutes les parties,
qui répètent abfolument le même chant.
L'empereur Charles VI, qui était grand Muficien, compofait fouvent
des Canons, Se en a fait faire de toutes les façons par les plus habiles Mu-
ficiens Italiens & Allemands.
Nous en donnerons plusieurs , faits en France , pour faire connaître les
différentes manières de les compofer.
Les plus fimples font à l'uniffon ou à l'octave ; c'eft-à-dire , que chaque
partie répète fur le même ton le chant de celle qui la précède.
Telle eft à-peu-près la manière de compofer des Canons de ce genre :
On écrit une ou plusieurs mefures d'un chant à volonté j on met fous
<e chant autant de parties que l'on veut , enfuite on fait un feul
chant de toutes ces parties ; & le Canon eft fait , en faifant commencer
les diférentes parties à une mefure l'une de l'autre.
Exemple.
(T»
g^fl^t
;t>-Qr-
I
$==
Ê=sg=
cErtn:
I
Ces quatre parties fe chantant de fuite forment ce chant
Maman, je veux fai- re do - do, do do, dodo.
Igï
Cadran Hailmoniote
(ZilYos: -1 six p.JivriKs de R.tniEAr
/n.ir.riie A\; vimw/uvaient
Le même Canon a une ;ui(ro manière
f.,1 fatr .tu (' l>.i r re-
in.1/ jii. •/.' i '. '•mu ii '//4 ni if nt
.lit c )i/i.'/i, .•//<• C Inu-re
martiuc quilaoït efrv
./i.m/.'.T ,A-K.r ime, ce
.rtw Aynvuw Cadran
tic //i,rrattsi'a.f
SUR LA MUSIQUE. ji
On trouvera à la fin de ce Livre plufieurs Canons, dont quelques-uns font
fort compliqués. Nous ne les avons raportés que pour prouver combien il eft
inutile de perdre du tems à de pareilles recherches.
CHAPITRE XXII.
De la Fugue.
l-i a Fugue confiée à faire répéter le dejjcin alternativement dans le deflus,
dans la balTe, Se dans les parties.
Toute fugue a fa réponfe dans la partie qui fuit immédiatement celle
qui a commencé. Cette réponfe fe rend à la quinte ou à la quarte , félon
la fantaifie de nos Compolîteurs.
La fugue eft authentique, quand les notes du fujet vont en montant ; Se
elle eft plagale, lorfqu'elles vont en defeendant. 11 y en a à un, à deux Se
à trois dclfeinsj d'autres qu'on appelé renverfecs , Se dont la réponfe le tait
par un mouvement contraire à celui du fujet.
Comme c'eft le morceau le plus difficile à taire, Se qu'il varie de toutes
les manières , nous renvoyons aux traités de Compolîtion , pour aprendre
à les connaître.
CHAPITRE XXIII.
Du Contrepoint.
v_/n appelait autrefois Compofaion> l'invention des chants, Se Contrepoint t
la compoliwon de l'harmonie. Mais aujourd'hui on donne le nom de Con-
trepoint aux parties ajoutées à un lujet donné j Se ce qui n'était alors qu'une
partie de plain-chant , eft devenu maintenant ce qu'il y a de plus difficile à
iaire en Mufique , par les fugues à plufieurs delleins qu'on y infère.
On définit aulïi le Contrepoint, F harmonie fimultanée de différentes
parties.
L'origine de ce nom vient de ce qu'ancienement les notes étaient des
points, &: qu'en compofant, il fallait placer ces points l'un contre l'autre.
Gz
52 ESSAI
Le Contrepoint double 3 eft proprement un chant compofé fur quelque
fujet donné j lequel fujet fert d'abord de baife ou de fondement À la con>
pofition de ce chant, de manière cependant, que ce chant étant mis au-
deffous du fujet, Se lui fervant de baife à fon tour, le renverfement de
ces deux parties n'empêche pas que l'harmonie ne foit auffi bonne Se aufll
correcte entr'elles , que lorfqu'elles étaient dans leur première fituation ; en-
forte qu'ils font, chacun à leur tour, & fujet & contrepoint j ce qui a faiç
donner le nom de contrepoint double à cette efpece de compofition.
Exemple.
Chant fait fur le Sujet. Sujet au DefTiis.
se
Ê^EJgEEg
^â=ÊtEj~tqa= —
ë=^
Sujet donné. Chant faifaut Bafie.
Le fujet peut être pris du plain-chant, ou inventé; mais il faut obfervej
qu'il ne doit pas être trop long. Le meilleur, eft celui qui n'excède pas quatr»
mefures ; & la première note doit être la finale ou la dominante , ou a\»
moins la médiante.
On peut voir dans les Traités de Compofition, ce que c'eft que le cqji-
frepoint à la tierce ou dixième,
à la quarte ou onzième,
à la quiiste ou douzième.
à la fixte ou treizième.
à la feptieme ou quatorzième»
à l'octave ou quinzième.
La feptieme fuperrlue, fauvee Se préparée par l'octave, fait un bon effet j
«juand la réplique eft à la quinte au-delfous.
Exemple.
*£
ïrre
'ÊE§g=^
Réplique une quinte au delîbu;.
SUR LA MUSIQUE. tf
Nous fomnics perfuadés, que la réplique du contrepoine a Aotmè naif»
fance à la fixte fuperflue :
E x e m v i r.
Sujet.
j^bggpg|f[
6 s
±=z
-e-n
On peut fyncoper au Deiïus, la féconde ou neuvième , & à la Baffe., J»
quarte , pourvu qu'elles foient fauvées par la tierce.
Exemple,
ImÊ^Mm^^Ê^mm
Ifl^ii^lliliil^il
Exemple des DïJJonances praticables dans le Contrepoint*
. rggg;gg^^Eg^;ipteËffefe^M
3eë
» r-
zêzkm
tlHI
9 8
2 3
4 3 5, 3 *— 6 -? 3 6 76 73 76 76 76k 3
â
iii^H^^^iigl
e
— i-
5^P=3t:p
A. Neuvième fyncopee au DefTus & fauvée par l'octave.
B. Sernnrlp fyncepée ô 1i Balfe & fauvée par la tierce.
C. Quarte fyncopee au Deffus & fauvée par la tierce.
D. Faillie quinte fyncopee au Delfus 6V: fauvée de la tierce.
E. Triton fauve de la fixte.
F. Faillie quinte non fyncopee.
G. Septième fyncopee au Deiïus &: fauvée de la tierce.
H. Septième fauvée de la tierce.
y
Septièmes fauvées de fixce$.
y*
ESSAI
On peut aufïï fe fervir de la féconde fuperflue, de la feptieme fuperflue ,
Se de la quinte fupetflue , de cette manière :
Exemple.
, n 6 6
7* 8 ? 32s 4 4ï 6 6
-£C-
6 6
32s 4 4ï 6 6 5ï6ï 3
ïS5p=Ë^i!N^^^ri^^
Le Contrepoint à la quinte doit commencer par la quinte dans le delïus,
,6c la baffe répond une quinte en deilous.
Exemple.
j&fettȕ,rr
£
g^E^-^Eg^â
Su, et liauiTé d'une £e.
Contrepoint.
Sujet qui commence par la finale. Contrepoint baifTé d'une quinte.
Exemple d'un Contrepoint dont le fujet commence par la Médiante.
feEEEEEEEE: BEEE£5fÈE
fcfefES
Contrepoint fini fiant par la Médiante.
S
eteS
r&
S
^Ji^Ëpsa^^S^-Er^
Contrepoint finifiant par la Dominante.
i2E^^ggE^5g|^E|^E^E|^
SUR LA MUSIQUE, jj
Dans la mefure à quatre teins, on ne doit jamais fe fervir, fur le premier
& le troifieme tems, qui font les bons tems de cette mefure, de la fixte
majeure ou mineure j on la peut feulement faire par fuppofition, foit pour
l'ornement du chant, foit dans le deuxième & quatrième tems , ou aprcs
une note pointée, ôc tout cela par degrés conjoints.
u
**■ 1 — i i> • U» » — — r-^ »^ — u^^é. — ~- — i 1
KÊ2ËÊ
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5 6 3 6 3 6
5 6
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m
~~ e^^g^
Le Contrepoint, fait fur le champ, & exécuté fans aucune préparation,
fur un fujet donné, s'appele Chant j ut h Livre (a).
CHAPITRE XXIV.
Du Chant fur le Livre.
Cj 'est prendre un fujet ou un chant tout fait, & compofer Se chanter,
dans le même inftant, au-delTus de ce fujet, un chant qui foit différent &
qui falTe une bonne harmonie.
Ordinairement les fujets que l'on prend, font des Hymnes, des Profcs ,
des Répons, des Antïenes ou des lntroits. La Profe efl: un chant rimé qu'on die
avant l'Evangile aux Fêter, folemneles feulemenf.il y en a quatre principales :
Pour Pâqut , JrlCtïiux Puflhuil t on en ignoro l'Auteur.
Pour la Pentecôte 3 rem Sancle Spiritus , par le roi Robert.
Pour la Icte-Dieu , Laudu Sion, par Saint Thomas d'Aquin.
Tour les Morts, D:cs u\t, par le Cardinal Frangipani, dit Malabranca.
(a) RoufTeau a raifbn de dire ( art. Contrepoint ) , « qu'où a long- tems diiputépourfavoii
» fi les Anciens avaiant connu le contrepoint ; mais que , par tout ce qui nous refle de leut
>> Mufique, & fur-tout par les relies de pratique d'Ariftoxène , on voit clairement qu'il»
» n'en curent jam.iis la moindre notion». Comment l'auriient-ils connu, puisqu'ils :
raient ce que nous appelons ucords, c'eft-à-dire, rçofemble de pluûcurs fous dicVrcns»
S6 ESSAI
Ce fut faine Ignace, évêque d'Antioche & difciplede faïnt Jean l'Évangc-
liftç, qui inftitua le Chant alternatif des Pfaumes & des Hymnes. Saint Hi-
laire , évêque de Poitiers, compofa plulieurs Hymnes qu'on chanta alors en
Occident. C'eft de ce Chant fimple que faint Ignace a pris une compa-
raifon, dans fa Lettre aux Ephéiiens, lorfque, exhortant les Prêtres à la
concorde, il demande qu'on foit fembkble à la fymphonie (harmonie) Se
qu'elle foit fi jufte qu'ils ne faffent tous qu'une voix (a).
Lorfqu'Horace dit: Utgratas intirmaifasfymphoniad'ijcors... Offenditj &c.
« La fymphonie mal acordée offenfe les oreilles , &c. » Art. poctiq. v. 373.
il entend amplement les voix à l'uniiîon qui ne chantent pas jufte. La preuve
que le mot fymphonïi 3 ou celui d'harmonie 3 ne fignifiait que L'uniflbn ou
l'octave, c'eft qu'Ariftote dit, dans fon Problême 16, fect. iç>3 que dans
la fymphonie , l'une de voix étant tout-à-fait femblable à l'autre , il arive
néceffairement qu'il y en a une qui obfcurcit l'autre ., c'eft-à-dire, qu'il femble
qu'il n'y en ait qu'une, au lieu que dans i 'antiphonie y les voix chantant à
l'octave } on le diftingue agréablement. Si ce paflage n'eft pas concluant,
nous ignorons de quelle nature doivent être les preuves qu'on exige de
nous (b).
e
CHAPITRE XXV.
Du Plain-chant,
L.E Plain-chant n'a pris la forme qu'il a aujourd'hui, que depuis que Guî
d'Arezzo eut inventé les notes, & les eut placée fnr quatre lignes. Avant ce
tems, le plain-chant n'était que les débris de la Mulique Greque, Se pro-
(a) Nouvele pteuve que l'harmonie de ce tems n'était que l'unifïbn , & que les Ancien*
«l'en ont jamais connu d'autre, à moins que ce ne fut l'oftave.
(£) Plutarque, dans fon Traité de l'infcription du temple de Delphes, diftingue les
Cordes de deux manières. 1°. Plufieurs cordes ne faifaat qu'un ton ( ainiï que les cordes
de Luth ou de Guitare montées à l'uniflon ou à l'oétave), il les appelé alors polyckordia
*3. Comme faifant chacune un ton différent, il appelé celles-là poeciliu.
bablement
SUR LA MUSIQUE. $7
bablement qui nous en a confervé quelques chants que nous poffédons Gins
le favoir. Avanr le onzième fiecle, chez les Grecs comme chez les Latins,
chaque fon avait un nom Se un caractère particulier, & on fe contentait
alors de mettre au-delfus de chaque fyllabe du texte le caractère des fons
qui convenaient à ces fyllabes-, ainfi les caractères fe trouvaient écrits avec
le texte fur une même ligne. Mais le nombre des caractères grecs qu'il
fallait graver dans fa mémoire , montait à mille fix cent vingt ; ce qui était
prodigieux, & bien difficile à retenir par cœur. Gui fimplifia extrêmement
fart d'écrire la Mufique, en imaginant les lignes, & y plaçant des points :
niais comme ces points étaient tous égaux , ils ne pouvaient fervir qu'au
plain-chant, dont les notes font égales. Ce fut en 1330, que Jean de
Mûris , Docteur & Chanoine de Paris , donna des valeurs aux notes , Se
inventa des fignes qui indiquaient ces valeurs, & par conféquent les mou-
vemens. Plufieurs de ces fignes ne fubfiitent plus, Se on leur en a fubftitué
d'autres. Cet art fe perfectionne tous les jours.
On ne fe fert que de deux clefs dans le plain-chant : la première, que
l'on nomme clef cïutj Se la féconde, clef de fa. La clef d'uc fe pofe fur
les quatre lignes, de cette manière.
ut UC ut ut
. ii^ippi
La clef de fa fert au chant grave, étant d'une quinte plus balfe que la
clef d'utj Se fe pofe rarement fur la féconde ligne, quelquefois fur la
quatrième, Se prefque toujours fur la troifieine, de cette manière.
fa fa
atririF^^pi
Voici quelques régies principales pour chanter fur le Livre, nous nous
fommes étendus fur cette partie, parce qu'elle cft moins connue, que les
autres parties de la Composition.
Il ne faut jamais faire deux octaves de fuite, tant en defeendant qu'e:i
montant, tant par degrés conjoints que disjoints.
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-©—a.
-©-
□
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Tome II, H
5S ESSAI
Il ne faut ni monter ni descendre, avec la balle, fur l'octave.
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-e-
~*G-
Î=TC?
n'-e- '»-e-
Quand la baife monte d'une quarte , il ne faut pas mettre l'octave fur
fur la féconde note.
-^e-
^az=Êz
m
Quand la baffe defcend d'une quinte , il ne faut pas mettre l'octave fur
la féconde note.
——9-e-; -F— P
o-e-
II ne faut, pas mettre l'octave après la fixte , à moins que la baffe ne
defcende d'un ton par degrés conjoints, & que la fixte ne foit majeure.
6— » 6 -e-
IH^i^
e-lo-
*e-
Il ne faut jamais mettre l'octave après la fixte mineure.
1
Quand on eft monté à l'octave, il ne faut point nfcnter de. quarte,
-a- -Q-
&=**=
IH^
Il ne faut jamais faire deux quintes de fuite , excepté en mouvement
contraire :
et— n— e-
:— D
_a_ -©=.
-e-
ÉHHiH
On ne doit point defcendre ni monter avec la baffe fur la quinte.
Quand on eft à la quinte , il ne faut pas defcendre de quarte fur la tierce.
_□_
j*=°=S=
ni
SUR LA MUSIQUE. 59
Il ne faut jamais f.nir par une tierce mineure , mais toujours par la
majeure ; & avant l'octave la tierce doit toujours être majeure.
Quand la baffe monte d'une tierce, il ne faut pas defeendre d'une tierce
majeure ou mineure.
JBJtrf' I
Quand la baffe defeend d'une tierce, il ne faut pas monter d'une tierce.
HilS
Il ne fane jamais commencer Yii finir par la fixte majeure ou mineure ,
&c devant l'octave la fixte doit être toujours majeure.
Après la fixte mineure il faut defeendre, &c après la" fixte majeure il faut
monter.
5
:_, e — . — e-±n~a—, — e— °-
-e-
ÏH
==E
Le plain-chant était autrefois fi eftimé , que plufieurs Papes & Souverains
en ont fait une étude particulière. Charlemagne rétablit dans les Eglifes
d'Occident, le chant Grégorien , que la fuccelfiondes tems avait corrompu.
Le roi Robert, fils de Hugues Capet, compofa le chant de plufieurs ré-
pons &: antienesj qui font encore aujourd'hui les plus beaux morceaux
de la Mufique d'églife.
Il y eut même des règles, des ftatuts ScAas loix, pour obliger ceux qui
jouiraient des fondations , faites pour entretenir le chant dans les ccré-
monies religieufes , à cultiver ce précieux talent. Delà vient que la pra-
tique du chant dans les églifc; , loin d'avilir ceux qui en failaient pro-
fe filon , les faifait honorer.
En 1451, peu de tems après l' extinction du fchàfme d'Occident, un
commiiTaire du Pape ayanr été député pour régler quantité de points qui
intérefiaieiu la difeipline de l'églife de Siileron , ég4ife alors tort conli-
dérable, il fut indigné que la plupart tic ceux qui detVervaienr c
églife, n'euifent aucune teinture de l'art de la Mulique,/Ii«J lequel t dit-il ,
dans une lettre, il efi impojfible que l'office divin Je faffe avec décence.
Il ordonna, par l'article 69 de fes ltatuts , que ceux qui ne (auraient
point les règles de cet art, auraient foin de s'en faire inftruire dans us
H 1
'€o ESSAI
rems limité, fous telle peine que l'Evêque du lieu voudrait leur impofery
s'ils ne le faifaient pas. En \66\ , les Bénéficiers de cette églife s'aviferent
de contefter cette obligation , en difant que les ftatuts ne parlaient point
d'une Mufique travaillée à plufieurs parties, mais feulement de ce qu'on
appelé plain-chant ou chant Grégorien. Sur cette contestation , qui alla en
juftice réglée, il intervint deux Arrêts' du Parlement d'Aix ; l'un du 5
Mars 1664; & le fécond confirmatif, du premier Janvier 1667, qui ne
permet aux Bénéficiers de réfigner leurs bénéfices , qu'à condition que les
refignataires feront en état de pratiquer l'art de la Mufique _, dans l'année
de leur réception. Et comme cet Arrêt fut rendu pour ordonner l'exécution
de ce qui fe pratiquait en France depuis plufieurs fiecles , il fert à prouver
qu'avant 1481, on compofait à plufieurs parties , Se que la Mufique n'était
pas feulement du plain-chant, puifque les Bénéficiers de Sifteron, qui fe
foumétaient à favoir le plain-chant _, furent déclarés, par l'Arrêt du Parle-
ment , dans l'obligation de favoir la Mufique.
Cette digreflion nous a paru curieufe Se néceflaire pour établir l'an-»
cieneté de la Mufique travaillée en France.
11 y a encore une efpece de plaint-chant, qu'on nomme faux-bourdon :
c'eft de la Mufique fyllabique non méfurée. On peut le définir une pfal-
modie , à plufieurs parties, de nos hymnes, pfeaumes Se cantiques.
CHAPITRE XXVI,
De ï 'Accompagnement & des Accords.
.L'acompagnement eft l'action de fraper, avec chaque note de baffe ,
les acords qu'elle doit porter.
Pour apprendre en peu de tems à acompagner , il faut étudier le qua-
trième livre du traité de l'Harmonie de Rameau. 11 nous a paru que fa
manière eft la plus fimple. Il en exifte cependant plufieurs autres qui foni
bonnes aufli , & en général l'acompagnement eft devenu une chofe fi
fimple , qu'en trois ou quatre mois , on peut fe flatter ( lorfque l'on étudie
férieufement ) d'être en état de fe palfer de Maître.
Autrefois l'acompagnement était fondé fur une feule règle , qu'on ap-
SUR LA MUSIQUE. Si
pelait règle de l'octave 3 Se qui avait été publiée, dit-on > en 1700 par
le n'eur Delaire (a).
La voici en majeur & en mineur.
Ton majeur. £
Cette règle était fufifanre pour acompagner , tant qu'on ne fortait pas
du même ton & de celui de fa dominante j mais du moment qu'on en
fortait, elle ne donnait point les moyens de s'en apercevoir : il fàlut donc
perfeftioner cette méthode ; c'eft ce que Rameau a fait avec fucecs.
RouiTeau prétend, dans fon article règle de l'oclave , qu'il elt fâcheux
qu'une formule deftinée à la pratique des règles élémentaires de l'hat-
monie , contienne une faute contre ces mêmes règles , parcequ'il n'y a pas de
liaifon entre l'acord de la cinquième note de celui de la lixieme. Nous
n'entendons pas ce qu'il veut dire , ni où eft la faute qu'il prétend être
fur la fixicme note de l'octave j car dans cette manière de chifrer l'octave :
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3
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6
-e-
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La tierce marejuée fui la. uinjuicm» non? faifant yô/„ Jî ^ re y acord oar-
faiï du fol fondamental; & la petite fixte (b) marquée fur la lixieme note,
iaifant la> ut 3 re s fa3 acord de feptieme du re fondamental, re elt donc
commun aux acords, & fert par confequent de liaifon.
Mais quand cette liaifon n'exifterait pas , où Roulleau a-t-il trouve qu'il
(a) Gimpion a dit l'avoir publiée le premier en 1716. Rameau, & Raufleau d'aprîs
lai , prétendent que c'eft Delaire.
(*) L'erreur de Rouiïèau cft d'avoir regardé comme une fate fimplc l'açoid, de j>c
tiic lute.
5a ESSAI
faut qu'elle exifte toujours ? Dès que l'on eft arrivé à la cinquième note
du ton (a) , n'eft-on pas maître d'aller où l'on veut ?
C'eft une autre erreur du même Écrivain , dans Ion article acompagne-
ment j de combatre avec dérifion ceux qui -prétendent qu'il eft plus aifé
d'aprendre à acompagner , lorfqu'on commence par aprendre la compo-
fition; c'cfl, ajoute-t-il , comme fi l'on propofait de commencer par fe faire
Orateur, pour aprendre à lïre{b); mais il aurait du fonger qu'on aprend
deux cliofes , en aprenant l'acompagnement j la feience & la manière. Un
écolier eft déjà aflez embarafte , & de cette longue fuite d'acords, qu'il
faut fe mettre dans la tête , & de lire la Mufique , que peut-être il ne
lit qu'avec difficulté, Se des changemens de ton, qui ne font point marqués
par les chifres , &c. fans avoir à fonger au méchanifme des doigts & à la
manière de renverfer les acords dans les doigts ; ce qui fait une grande
partie de la feience de l'acompagnateur. Ce n'eft donc point une chofe abfurde
de propofer aux jeunes gens de commencer par aprendre la compofition, ce
qui doit être pour eux une affaire de quatre ou cinq mois tout au plus,
& enfuite de fe livrer entièrement au méchanifme de l'acompagnement ,
qui ne leur paraît alors qu'un jeu ; n'étant plus embaralTés par les différentes
combinaifons qui fe brouillent dans leur tête, quand ils aprenent en même
tems Y acompagnement Se à acompagner. Nous perfiftons donc à croire qu'il
vaut mieux commencer par aprendre la compofition , & nous le confeillons
à tous ceux qui feraient arrêtés par cet article du DicHonaire de Mufique.
Nous leur confeillons encore , lorfqu'ils feront en état de fe palTer de maîtres ,
de ne pas employer, dans leur acompagnement, toutes les notes de l'har-
(a) La cinqiiier»c uote du ton s'appelle ainu, quand elle ne porte qu'accord parfait j
elle i'apclle dominante , dès qu'on y ajoute la feptieme. On verra dans notre troifieme
volume, â l'article Blainville , quelles font les fautes que l'on trouve dans la r;gle de
l'o&ave, & comment Rouffeauen a fuppofé dans un endroit une, qui n'y eft pas , tandis
que dans ce même endroit, il n'a pas vu celle qui y eft; non plus que les autres dont
nous parlons dans le même article.
[bj II eft à remarquer que RouiTeau , dans la même page, dit qu';7 faut qu'un acom-
pagnateUr foit grand Mujiclen , qu'il fâche a fond l'harmonie , qu'il connaijfe bien fon
clavier, &c. (Voyez la page 6 de fon Diitionaire ). Comment cet acompngnateur fera-t-tl
grand harmonifte , s'il n'a pas apris la Compofition î II faut que Rouffeau ait toi: au
commencement de fa page ou à la fin.
SUR LA MUSIQUE. CS
inonie • c'eft une richefTe dont il faut ufer fobrement. On doit faire chanter
les acords le plus que Ton peut ; ce qui eft impoflible , lorfque l'harmonie
eft toujours complète. Les Italiens pcftedent fupérieurcment cette manière
agréable, de n'employer, dans leur acompagnementj que les notes nécef-
faires , fans faire parler les autres j c'eft ce que l'habitude d'entendre
d'habiles gens , Se le goût naturel , aprenent bien mieux que toutes les
règles que l'on pourait donner.
On peut lire, dans le Dictionaire de RouiTeau , à l'article acords t le
détail qu'il en donne, d'après le traité de l'harmonie de Rameau; ainli que
l'article chiffres _, où l'on vcuj la nianicie donc s'c(-riv<?nt les acorrlç.
CHAPITRE XXVII.
De la Tablature.
O n appelle ainfi la manière dont on note la Mulique pour certains
inftrumens, comme la guittare , le luth, le théorbe , cVc.
On fe fert pour cela des premières lettrée de l'alphabet; «Se cette méthode
eft d'autant plus commode, qu'en lifant .a Mufique, on l'exécute en
même tems.
On tire autant de lignes paralcles, qu'il y a de cordes à ttnftrument ;
comme les manches font divifés en touches, les a fignifiipt les à vide3 les
b , la première touche, les Cj la féconde, 6Vc.
Exemple.
fi
Manche de la ?/ fcg ^t,
Guittare. ■;,■'/- j C 6 fe-
FF r-
i.* a c é-
Ainfi cet exemple, noté à l'ordinaire, fe lirait ainli :
1
rj^f«E
La petite double croche , qui eft au-deflusde la ligne de l'exemple, marque
que toutes les lettres de cette mefure font ies doubles croches. On écrit ie$
#4 ESSAI
valeurs des notes toujours fur cette ligne , 8c on n'eft obligé de mettre une
note que quand la valeur des lettres change. Lorfque toute la mefure eft de
noires, croches ou doubles croches, une noire, croche ou double croche,
fuftit j mais quand les valeurs font mêlées , ou les marque ainfi ,
é — i— a
±±
-&-
|^»o"i 1— m T -^— —
__iE i_l
Dans cet exemple, on a été obligé de mettre, fur la ligne d'en haut, la
valeur de prefque toutes les lettres, excepté celle du premier b > parce qu'elle
eft la même que celle du c qui le précède. Ainfi , s'il y avait cent lettres de
fuite qui euffent la même valeur, on ne marquerait cette valeur que fur la
première.
On voit combien cette méthode fimplifie l'action de lire la Mufique , on
n'a plus befoin de dièfes ni de bémols, 8c tous les tons font égaux. 11 en
réfulte auffi que l'on fait deux opérations en même tems , puifque le moment
où on lit , eft celui où l'on exécute. Mais comme la tablature change félon
les différens inftrumens qui ont plus ou moins de cordes, & ont un acord
différent, on ne peut fe mettre dans la tête ces différentes tablatures, de
manière à lire fans inftrumens la Mufique qu'elles repréfentent , & à la
chanter comme on ferait avec des notes. Nous n'avons vu que Made-
felle Gentï pnfTérW 1©c TnKlamrpc aii point de s'en fervir comme de la
Mufique. Cette célèbre Vutuofe eft affez connue pour n'avoir pas befoin
de nos éloges ; mais nous faidffons avec plaifir Toccalion de la remercier des
inftructions quelle a bien voulu nous donner , pour nous aprendre à connaître
la guittare, le luth 8c le théorbe, trois inftrumens dont elle joue également
bien , 8c pour lefquels elle a compofé plufieurs acompagnemens des plus
jolies chanfons.
Les Grecs avaient auffi une double tablature > l'une pour les'inftrumens ,
Se l'autre pour la voix. C'eft Philochore qui nous le dit , dans le troifieme
livre de fou Atthis j mais il ne nous dit point leur manière de l'écrire;
Fin du troifieme Livre.
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AUTRE DOUBLE CANON RENPERSE l ///:/. \ DE S SIX S .1 LA QUINTE AU DESSUS
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Mélanges de morceaux, de Musique, appelles Octonajses,
sur differents sujets moraux «xv .
Par Claude le jeune natif de L'ilencifnxi:
Composit*dè la Musique de la Chambjuv /un- /lEyiirm.
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SUR LA MUSIQUE.
LIVRE QUATRIEME.
Des Chanfons.
CHAPITRE PREMIER.
Réflexions fur les Chanfons»
IX o v s s E A u définit la chanfon : un petit poème lyrique fort court t qui rouit
ordinairement Jîy des fujets agréables > auquel on ajoute un air pour être chanté
dans des ocafions familières 3 comme à table avec fes amis , avec fa maù ,
& même feul } pour éloigner quelques inflans l'ennui , fi l'on cjl ru &( _, -
rter plus doucement la miferc & le travail t fi l'on c jl pauvre.
Tome II. I
mo ESSAI
Nous ajouterons à cette définition, que c'eft quelquefois un moyen ingé-
nieux d'écrire l'hiftoire de fa vie Se les différentes lituations de fon ame j
de convenir publiquement de ce qu'on n'oferait peut-être pas avouer en.
particulier -y & d'inftruire allégoriquement l'objet aimé de ce qu'on fouffre
tant à lui cacher. Enfin c'eft le langage des amans malheureux, foit que l'ef-
poir leur foit encore permis, où qu'ils l'aient entièrement perdu.
La douceur de la mélodie, jointe aux charmes de l'harmonie, ajoute une
nouveîe force Se un fentiment plus tendre aux plaintes qu'on lui adreffe. La
Mufique eft alors l'accent de l'amour. Platon dit que les Dieux, touchés des
travaux Se des peines inféparables de l'humanité , firent préfent à l'homme
de la poéfie Se du chant.
Chez toutes les nations, depuis les plus policées, jufqu'aux plus fauvages,
les chanfons ont toujours fervi d'interprètes, tantôt à la douleur phylique Se
morale, Se tantôt aux plaifirs.
Les fauvages, au milieu des tourmens les plus affreux & au moment d'être
dévorés par la flâme, chantent (a) leur confiance Se infultent ceux qui leur
donnent la mort.
Les Indiens fe brûlent de leur propre volonté, Se chantent en fe brûlant.
Les fauvages chantent auiïï en allant au combat Se aux funérailles de leurs
chefs ou de leurs parens. Dans nos enterremens , on chante de même des
prières pfalmodiées, Se quelquefois acompagnées par des inftrumens.
* * ■!*
(a) Chanfon fauvage d'un prifonier prêt à mourir»
« Arivez tous hardiment, afTemblez-vous pour diner de moi: car vous mangerez en
r> même tems vos pères & vos aïeux, qui ont fervi d'alimens & de nouriture à mon corps &
» à ceux de mes ancêtres. Ces mufcles, cette chair & ces veines, ce font les vôtres : pau-
» vres fous que vous êtes, vous ne reconnaifTez pas que la fubltance des membres de vos
» pères s'y tient encore: favourez-les bien, vous y trouverez le goût de votre propre
» chair »■
( Tirée de Montaigne, liv. jo).
Chanfon d'amour des Caràihes.
« Couleuvre arête-toi , arête-toi couleuvre, afin que ma fœur tire fur le patron de ta
» peinture , la façon & l'ouvrage d'un riche cordon , que je puifTe donner à ma mie : ainfi
» foit en tout tems ta beauté , & ta difpofition préférée à tous les autres ferpens »»
Montaigne trouve cette chanfon anacréontique ( même livre ).
SUR LA MUSIQUE. m
Chez les Anciens, les guerriers chanraienr des hymnes au moment de
combatre. De nos jours, nos foldatsont encore des chanfons qu'ils anpelent,
chartfons de bataille [a). Ils chantent enfuite la victoire, quelquefois la défaite.
{a) Dans les campagnes de 1756 Se 1777, les Pruflîens ont fait revivre cet ufage
par les chants de guerre, de la compoiïticm de M. Clcim , qui fc chantaient parmi leurt
troupes.
Nous en raporterons un traduit de M. JjPàfs, qui pourra faire juger du mérite des
autres.
Larmes d'uni Ama\onc fur la tombe de fin Amant.
Coulez , larmes délicieufes : coulez : mon Coeur oppreiïe fe réfoud dans une douce
douleur; c'eft l'unique bien que je pouvais encore délirer.
Oui , baignez mon fein , précipitez - vous de mes yeux : l'orgueil de la jeunefTe ,
l'ornement des Héros , n'eft que pouflïere , Se fa ruaifon eft une tombe.
Vous ne le reverrez plus , ô mes regards ! baignez de larmes fon vifage fi beau &:
fi terrible , vous ne le reverrez plus.
Mon oreille ravie ne l'entendra plus : fes difeours raviiTans comme le chœur des
Mufes, comme l'harmonie des Sphères, elle ne les entendra plus.
Mes lèvres brûlantes ne fe colleront plus fur les tiennes : elles ne recevront plus fes
baifers doux comme le parfum des fleurs & comme la rofée du matin.
Trifte & folitaire, je vais errer dans la vallée : fa vue inopinée ne me «aufera plus
une douce émotion ! je ne le trouverai plus caché dans l'obfcurité du bois.
Mais qu'entens-je ! . . . Quels accens lugubres fe mêlent à l'expreflion de ma douleur ?
Ils s'aprochent : j'entends des cris entrecoupés de fanglots.
Je vois .... une troupe de guerriers, compagnons de mon Héros, s'approcher à pas
lent : elle eft fuivic d'une multitude de guertiers.
Ah ! leurs joues hâlées brûlent d'une douleur profonde, & de grofiès larmes coulent
fut leurs barbes épaiflès.
O Guerriers ! que portez-vous fous ce manteau ? . . . Vous ne répondez rien . • . vous
fanglottcz ! ... Ah ! malheur à moi : c'eft lui ; c'eft mon jeune amant.
Otez , ôtez , ce vêtement qui le dérobe à mes yeux. Je veux le voir ; il eft à moi
Se à ma patrie. O jeune homme que tu es encore beau!
Ah ! laifTc-moi encore t'embrafTcr , aimable Héros ! Que mon baifer ne peut-il te
ranimer; toi, dont un regard me donnait la vie!
1 1
' f ï 2 ESSAI
Les artifans charment leurs travaux par des chanfons qui les confolent (a);
enfin , dans les cachots , on entend des chanfons. Si elles exercent leur empire
jufques dans ces tombeaux des vivans , dans quels lieux les plus reculés pou-
raient-elles ne pas pénétrer?
Nous croyons que l'on doit diftinguer les chanfons en quatre clafTes.
i°. Les hymnes en l'honeurde la Divinité.
2°. Les romances ou chanfons amoureufes»
3°. Les chanfons à boire, rondes, Sec.
4°. Chanfons d'efprit, madrigaux, parodies, vaudevilles, Sec.
Amis, ce cœur ne bat plus : l'amour & la gloire ne le font plus palpiter : il ne fê
tourne plus avec un doux fourire vers moi.
Ce bras infatigable ne foulève plus l'épëe ; il ne s'entrelace plus autour Je mon co!»
C'en eft fait! ces relies de mon amant vont donc tomber en poufliere ! Arrêtez encore ,
ces blefiures ne me difent-elles pas ce qu'il étaic ?
LaifTez-moi les voir ! ... J'y vois le triomphe & la gloire, qu'elles font profondes ! elle*
ne lui font plus de mal ; mais elles t'en foat , ô ma patrie.
Elles engloutiiïënt mes larmes ! mais ru ne veux plus être pleuré : la gloire me le défend.
Elle m'arrache de la tombe ? mon cœur s'aggrandit : il s'élève jufqu'à toi ; l'amoui
& le defir m'avoient trop ravalée l
Heureufe que fa chute ait été fi glorieufe ! ah ! que ne fuis- je ce qu'il était , & que
ne puis- je tomber comme lui ï
Que mon aine ne p;ut-efle fe dégager de fa dépouille , & que ne peut-elle anime*
Ion corps pour devenir un être aulli grand que toi !
Alors d'une main courageufe je te vengerais ! Si toi , ma patrie , que je me trouverait
Jieureufe de combattre , de verfer mon fang , de mourir pour toi , & d'obtenir les regreis
& les pleurs d'une troupe de Héros , tels que ceux qui regietent & pleurent ici mort
amant .. . Amis, venez le coucher dans la tombe.
EntafTez les crânes des ennemis, formez- en un monument à fa gloire , & arborez JefTus
le drapeau gagné par fa valeur.
Autour de la pyramide je planterai un- bois épais de lauriers, & je lui consacrerai en
fîlence mes foupirs.
O ma patrie f mes pleurs aroferont ce bois facré , jufqu a ce que mes os repofent avec
mon amant dans la même tombe.
(a) Sous Charles VI, on fit des chanfons Liment Me s , fur l'anaflinat du Duc d'Or-
léans ; elles fe chantaient dans l'aimée du Roi, pour infulter au Duc de Bourgogne,
SUR LA MUSIQUE. 115
CHAPITRE II.
Des Chanfons Greques.
JL/usage des chanfons cfl: naturel aux hommes. Elles font le plaifïr 6c
l'amufemenr des enfans & des vieillards, des pauvres Se des riches, de
ceux qui travaillent , comme de ceux qui retient en repos. Ce goût a été de
tous les fiecles (a), Se fe trouve chez toutes les nations. Les Grecs, en le
cultivant, n'ont fait que ce qu'avaient fait leurs prédécefleurs , e\: nous ne
faifons que fuivre leur exemple. Ils n'avaient point encore l'ufage des
lettres , qu'ils avaient celui des chanfons (/>). Ils mettaient en chant leurs
loix 6c les événemens de leur hiftoire, pour s'en miuix fouvenir.
Lorfque les lettres eurent donné naiflance aux arts Se aux feiences, les
chanfons firent faire des réflexions fur l'air de fur les paroles dont elles
étaient compofées. Les réflexions fur l'air furent l'origine des règles de la
Mufique, c\: les réflexions fur les paroles produifîrent peu-à-peu les pré-
ceptes de la Poéiie. La Mufique & la Puélîe, à leur tour, portèrent les
chanfons à un point de perfection, où elles n'avaient pu aller dans les
fiecles précédens.
Nous ne parlerons point des épodes , des profodies, des dithyrambes;
celles dent il nous refle le plus de monumens, font les chanfons de table.
Comme la néceffitc de boire Se de manger eft de tous les états, il n'eft pas
furprenant que ce genre de chanfons foit celui qui ait été le plus abondant.
Tous ceux qui étaient à table, chantaient d'abord à l'uniflbn les louanges
(a) L'Ecdéfiaftc , chap. 47, dit que Salonion fe fit admirer de tou:c Ja terre, par
l'excellence de les chanfons.
(h) Les Arcadicns furent les premiers Charifoniers de la Grèce. L'invention de la Chan-"
fon apartient à la condition paftorale , la plus ancienc parmi les hommes. Qui pouvoit
mieux rmfpircr que le (peclacle de la Nature , que toutes les circonstances d'une vie
(impie, gaie, libre, uniforme, peu occupée, encore moins pénible , employée feulement
à jouir des beaux jours, dos agrémens inlinis, que le ciel, la terre, les différentes faifons
fcmUent offrir inutilement à plus de la moitié des hommes ? /'oyq Jl. de Querlw, p- S>
ii4 ESSAI
de la Divinité. Enfuite l'ufage vint de chanter l'un après l'autre , en tenant
une branche de myrte qui palTàit de main en main.
Quand la Mufique fe perteétiona dans la Grèce, & qu'on employa la lyre
dans les feftins , il n'y eut plus que les habiles gens en état de chanter à
table, & leurs chanfons s'appelèrent alors Scholies (a).
Pindare, cité par Plutarque, dit que Terpandre fut inventeur des fcholies,
ou chanfons à boire des Grecs. 11 vivait vers l'an GjG avant J. C. félon
les Marbres d'Oxford. Alcée, Anacréon & la favante Praxilla, qui vécurent
dans le fïecle fuivant , cultivèrent beaucoup ce genre de poéfie.
On commençait à chanter les fcholies , lorfque le dernier fervice était fait.
C'eft ainfi qu'il y a vingt ans , on chantait chez nous au defïèrt. Cet ufage
eft prefqu'entiérement aboli. Nos repas en font moins longs , mais en font-ils
plus gais ?
DES HYMNES.
Les hymnes ont été un des premiers monumens de l'hiftoire. Les Anciens
les divifaient en trois clafTes.
i. Théurgiques ou Religieux.
2. Poétiques ou Populaires.
3 . Philofophiques.
Il ne nous refte des premiers que ceux qui portent le nom d'Orphée.
Les Grecs chantaient fouvent des hymnes (b) & des cantiques à la gloire
de leurs Dieux , foit pour leur adreiïer des prières , foit pour les remercier
des chofes qui leur arrivaient. Telles étaient les Iules de Cérès de de
Proferpine, la Philéfie d'Apollon, les Upinges de Diane, &c. [c]
(a) Mot qui lignifie oblique & tortueux , pour marquer la difficulté de la chanfon ,
ou parcequ'alors le Myrte ne pafïbit plus de main en main , mais faifait des lacunes,
lorfqu'il rencontrait des convives qui ne favaient pas s'acompagner de la lyre en chantant.
Ce mot Chanfon , autrefois Cançon , eft formé de deux mots latins , Caniâs-fonus,
Çhant-fon,
(b) Les cantiques fe raportaient aux actions , & les hymnes aux perfones.
(c) On a prétendu qu'ils étaient d'un Pythagoricien, nommé Cercops, ou d'Onomacrite,
qui vivait un fiecle avant Platon. Origène allure qu'il ne refte rien d'Orphée. Quoi qu'il
en foit , ces hymnes fe chantaient à l'honeur de Cérès & des autres Divinités , 'dans les
initiations , & dans la célébration des myftercs Orphiques.
SUR LA MUSIQUE. » i f
Ils en avaient auflî en l'honeur des héros. Tels étaient Y Hymne tle Théfée^
celui aux Tyndarïdes , à Hercule, &c
Leurs facrifices étaient toujours acompagnes de chants, & leurs funérailles
d'hymnes funèbres. Cet ufage s'eft introduit dans nos coutumes religieuses.
Les cérémonies de l'Eglife font remplies d'antiennes, de profes, d'hymnes ,
de cantiques, de répons, Sec. qui remplilTent le même objet. Nos pfeaumes
ne font que des chanfons à couplets réguliers, & probablement David les
avait imités des Egyptiens. Nous avons déjà parlé de la fameufe hymne de
faint Jean, qui a fourni les noms de fix notes, & dont l'air eft, à ce qu'on
allure, le même fur lequel Sapho & Horace compoferenr plufieurs de leurs
odes. Plufieurs autres chants des hymnes de l'Eglife font d'une aufli grande
antiquité, & ont peut-être fervi à célébrer les louanges des faux Dieux, avant
que d'être confacrés à celles du véritable.
On chantait auflî des hymnes aux triomphes, «Se Plutarque nous aprend ,
dans la vie de Paul-Emile, que lorfque ce grand homme triompha de Perfée,
dernier roi de Macédoine, toute fon armée fuivait fon char, chantant des
chanfons à la Romaine , remplies d'épigrammes contre leur général , Se
d'autres à fa louange , pour célébrer fes grands exploits.
Les Hyporchêmes étaient des cantiques acompagnes de la cvthare , fur
lefquels on danfait aux fêtes des Dieux j c'elt peut-être l'origine de nos
danfes en rond.
Le Pxan était un chant de victoire en l'honeur des Dieux. Xénodame Se
Pratinas en étaient les inventeurs, ainfi que Thalctas.
Les Parthénies étaient des airs à chanter par des jeunes filles. Alcman j
Pindare, Simonide } Bachylïde } 8cç. en avaient compofé plulieurs fur le
mode Dorien.
Les Proémes étaient des hymnes en vers héroïques.
Les hymnes poétiques qui nous reftent, font ceux d'Homère & de Callimaque. On les
chantait dans les folemnités. C'était des mouumens autentiques de la religion populaire des
anciens ; quoique Platon fe foit moqué d'Homère pour avoir peint les Dieux fc coiubataii;,
faifant l'amour, &c. &: pour avoir écrie fur eux les contes les plus abfurdes.
Il paroît inconteftablc que les hymnes à Mercure &: à Apollon , font d'Homère : Thu-
cydide & Callimaque le certifient ; comment en douter ! Nous n'avons que quelques
hymnes philofophiqucs ; un de Platon à l'Amour, un de Cléaiilhe à Jupiter j & quelques-;
uns de l'Empereur Julien & de Pioclus.
H6 ESSAI
DES ROMANCES ou CHANSONS D'AMOURj
Les Anciens connurent ce genre; ôc les Œuvres d'Anacréon, ainfi que
celles de plufieurs autres de leurs Poctes , en font remplies. Mais nous ne
Croyons pas leur manquer de refpect, en difant, que nous les furpalTons de
beaucoup en ce genre, ôc que depuis mille ans, on en fait en France, de
manière à ne craindre la concurrence avec aucun peuple.
Chanfon Greque à une jolie Bouquetière,
x Sont-ce les rofes de la corbeille ou celles de ton teint, fille aimable ,
r> que tu veux vendre? eft-ce le rofier même avec toutes les rofes»?
( Antologle3 liv. i ).
Chanfon de Platon pour Arquéanaffe de Colophon , traduite par Fontenellc.
L'aimable Arquéanaffe a mérité ma foi ;
Elle a des rides , mais je voi
Une troupe d'amours fe jouer dans fes rides.
Vous qui pûtes la voir avant que fes apas ,
Euffent du cours des ans reçu ces petits vuides ,
Ah ' que ne fouffrites - vous pas !
Autre de Platon.
Lorfqu'Agathis par un baifer de flâme,
Confent à me payer des maux que j'ai fentis,
Sur mes lèvres foudain je fens venir mon âme,
Qui veut paiTei- fur celle d'Agathis.
DES CHANSONS A BOIRE.
Les Scholies embralfaient tous les genres ; l'hiftoire, la guerre, la morale,-
la religion, l'amour & la vie ; cependant elles fervaient plus communément
à célébrer Baechus & le jus de la treille. Elles devinrent fi fort à la mode,
que dans prefque tous les repas conlidérables , les joueurs d'inftrumens ari-
vaient au deflèrt pour acornpagner les voix.
Dans les commencemens, tous les convives chantaient; mais quand la
Mufique
SUR LA MUSIQUE. 117
Mufique eue faic des progrès confidérables , il n'y eut plus que les gens du
métier, & ceux qui étaient aufli habiles qu'eux, qui chantèrent à tabie.
Les chanfons Athéniennes étaient tenomées par la naïveté de leurs pre-
miers auteurs.
Scholie morale citée par Athénée.
<« Quand on eft encore à terre, il faut confidérer fi l'on a tout ce qui eft
>» nécelïàire pour entreprendre la navigation j mais quand une fois on tlt
.•> fur mer, c'eft une néceifité d'aller félon le vent ».
Autre de Timocréon.
« Vous ne deviez paraître , richeffes aveugles, ni fur la terre ni fur la
» mer , ni dans le refte du monde vifible j mais habiter le Tartare &c
» l'Achéron , puifque c'eft de vous que tous les maux viennent aur
>» hommes ».
Autre fur le choix des Amis > citée par Athénée.
« Ami, le feorpion fe glifle fous toutes fortes de pierres; prends garde
» qu'il ne te pique. Toute fourberie fe cache dans l'obfcurité ».
11 y avait enfuite les fcholies fur la mythologie ou fur Phiftoire.
Scholie fur la Mithologie , citée par Athénée.
" Latone enfanta autrefois deux enfans dans Pile de Delos, le puilfant
»» Apollon aux cheveux dorés , 6c Diane qui fe plaît à la charte, qui lance
» les traits à coup sûr, cV qui a un empire fouverain fur les femmes ».
Autre fur rHifloire, citée par Athénée»
c< Nous avons battu l'ennemi comme nous le fouhaitions; les Dieux nous
» ont donné la victoire, en ta faifant palier du côté d'Athènes, cette patrie
» de Pandrofe qui leur eft chère ».
Autre fur Ajax , citée par Athénée.
" Fils de Télamon, vaillant Ajax , on fait que vous parûtes devant Tn
Tome II. K.
it8 £ S S A I
» le pins brave des Grecs après Achille. Télamon était déjà allé auparavant
» à Troye. Ajax, le fécond des Grecs après Achille, y alla enfuite ».
Autres fur Harmodius & Ariftogiton , citée par Athénée.
« Je porterai mon épée couverte de feuilles de myrte , comme firent
» Harmodius & Ariftogiton , quand ils tuèrent le tyran, & qu'ils établirent
» dans Athènes l'égalité des loix.
» Cher Harmodius , vous n'êtes point encore mort ; on dit que vous êtes
» dans les îles des bienheureux, où font Achille aux pieds légers, & Diomède
» ce vaillant fils de Tydée.
» Je porterai mon épée couverte de feuilles de myrte , comme firent
» Harmodius Se Ariftogiton, lorfqu'ils ruèrent le tyran Hypparque, dans
» le teins des Panathénées.
» Que votre gloire foit éternelle, cher Ariftogiton , pareeque vous avez
» tué le tyran, & établi dans Athènes l'égalité des loix ».
Autres fur des fujets ordinaires,
Alcée & Anacréon en ont fait beaucoup dans ce genre j Se nous en rapor-
terons quelques-unes.
Scholies d 'Alcée.
I. « Jupiter envoie de la pluie, le mauvais tems s'anonce dans l'air; le cours
» des eaux eft arrêté par la gelée ; chaflez le froid , non-feulement en faifant
s> faire du feu, mais fur-tout en vous faifant donner. du vin en quantité,
» qui foit bon & d'une couleur foncée, pour ne porter que doucement à
» la tête ».
II. » Humectez les poumon? (a) avec du vin; l'aftre brûlant fe levé,"
» toute la nature eft dans la foif, à caufe de la chaleur ».
£.;) A l'occafion de ces mots : humecle\ les poumons , Plutarque examine férieufemen;
fi la bciïïbn defeend dans l'eltomac ou dans la poitrine, & conclud pour cette dernière
route , d'après l'autorité de piufïeurs anciens. Ce qui ne donne pas une grande idée de
leur anatomie ni de leur phyfîque. ( Voyt\ les Mémoires de M. de la Naur^e dans
teux de Ç Académie ).
SUR LA MUSIQUE. u9
III. « Il ne faut point fe tailler aller au chagrin, nous n'y gagnerions
»> rien, ô Bacchus! Le meilleur remède contre le chagrin, eft de le noyer
» dans du vin pris jufqu'à l'ivrelïe (a) ».
IV. « Buvons ; pourquoi atendre la lumière fans rien faire ? Le jour
» n'eft qu'un doigt. Verfe du vin dans des grandes coupes. Le fils de
» Jupiter & de Sémélé a donné le vin aux hommes, pour leur ^aire oublier
» leurs peines. Verfe donc un de deux coups , & plulïeurs enfuitej Se s'ils
»> portent à la tête, qu'un verre chafîè l'autre ».
Nous dirons feulement d'Anacréon , qui cft entre les mains de tout le
monde , que prefque tout y eft beau te naturel ; point de penfée qui ne foit
un fentiment, point de fentiment qui ne parte de l'ame 8c qui n'aille au
cœur. On y trouve ces grâces naïves qui caractérifent la chanfon , & la
diftinguent des autres ouvrages de poélie. On y voit ces images riantes
Toujours sûres de plaire ; la Mufique fans doute était adbrtie aux paroles,
Se était prefque toujours dans le mode Ionien ( ut )& majeur & mineur )
propre à la molefïè & à la volupté.
Scholie de Pindare.
« Allons, que je m'enivre en hiver, à force de boire aux grâces cv aux
i> amours de Vénus; & qu'en jouant du cottabe, je l'adrefTe à Agathon »,
Scholie militaire cTHybrias de Crète.
« Une lance, une épée &e un beau bouclier pour la défenfe du corps, r.-.e
v tiennent lieu de grandes richeiTes. L'une me fert à labourer, l'autre A
>» moifloner , & le troifieme à fouler la vendange. Par leur moyen , je fuis
» le maître de ma maifon. Ceux qui n'ont pas le courage de prendre la
» lance, l'épée 8c le bouclier , fe profternent à mes genoux , cv me traitent
» de maître & de grand roi ».
(<j) Horace a die depuis, liv. iv. ode 1 1 :
Spes donare novas largiu , amaraque
Curarum c Litre ejficax.
« De ce vin cjui porte l'clpcrancc au cœur , S: banni: Je l'efpric les plus cuif.ins foucis o.
K z
120 ESSAI
DES CHANSONS D'ESPRIT.
Chanfon d'Arijlote fut la mort d'Hennins [a) } confcrvée par Athénée
& par Diogènc-Lae'rce*
O Vertu ! dont les feux font fi purs , fi tranquiles ,
Malgré les routes difficiles
Que vous préfentez aux mortels ,
Leur encens fumera toujours fur vos autels.
Souffrir pour vous, pour vous, perdre la vie,
Fut toujours pour les Grecs un fort digne d'envie,
Le premier des bonheurs.
De l'immortalité, telles font les femences ,
Que vous répandez dans les coeurs ;
. Contre les vices féduéteurs
Elles feront toujours nos plus sûres défenfès ;
Leurs fruits font en tout tems plus précieux que l'or,
Que l'amour des parens , que le fommeil tranquille ;
Pour vous , Hercule , & Pollux & Caftor
Se vouant aux travaux en fuporterent mille :
Ce fut pour vous qu'Ajax & le fils de Tliétis
Virent dès leur printems les rivages du Stix ;
Et c'eft pour pofléder votre beauté célefle ,
Que le Prince d'Atarne éprouve un fort funefte
En renonçant au jour.
Prince à jamais fameux , les filles de mémoire
Chanteront tes vertus , célébreront ta gloire ;
Lorfque , pour Jupiter, témoignant leur amour,
Elles chanteront pour lui plaire
Le prix d'une amitié toujours pure & fincere.
(a) Hermias était Eunuque , Prince ou Tyran d'Atarne, & parent d'Ariftote. Il Ce dévoua
volontairement à la mort pour le falut de fa patrie , & Ariftote fit ce l'<zan ou cantique ,
pour célébrer cette aftion généreufe. Comme il n'était permis de faire des Pœans qu'en
l'honeur des Dieux ou des Héros , Démophile & Eurymedon , ennemis d'Ariftote,
dénoncèrent fon cantique à la Jufticc , qui lui ordbna de répondre à cette aceufation 5,
rpais il s'enfuit à Chalcis , où il s'empoifona , dit-on, avec de l'aconit. D'autres, qui
«'adoptent point cette caufe de fa mort , difent qu'il fe précipita dans l'Euripe , pour
«'avoir p<u compicndre fes flux & reflux,. . 1
SUR LA MUSIQUE. 141
Autre citée par Athénée.
lut premier bien, c'eft la famé,
Et le fécond c'eft la beauté :
Après elles , c'eft la richefle ,
Lorfque les biens font bien acquis ;
Le quatrième eft la jeunefTe,
Que l'on paffe avec fes amis.
Outre ces difTérens genres de chanfons, chaque profelïîon , dans la Grecs,
en avait une qui lui était particulièrement confacrée. Voici à-peu-pres les
fragmens qui nous en relient.
La Chanfon des Bergers ou Bucollafme*
Diomus (a) berger de Sicile, en fut l'auteur, & Eoicbarme en faifait
mention dans Y Alcyon ex dans UliJJe faifant naufrage, à ce que nous dix
Athénée , livre 14, chap. 3.
On appelait auili Bucoliafme un air à danfer qu'on jouait fur la flûte,
La Chanfon rujlique.
Pollux nomme ainfi celle des chevriers Se des pafteurs.
La Chanfon des gens de journée à la campagne.
Athénée dit queTétéclide en avait parlé dans fes amphictions. C'eft tout
ce qu'on en fait.
La Chanfon des Moiffoneurs.
Théocrite, Apollodore, Pollux, Amenée, Suidas, cVc. font menti,
cette chanfon , & la nomment la chanfon de Lityerfes ou le L;:\er- nom
qu'elle tirait de Lityerfes 3 fils naturel de Mydas. C'était un prince féroce
qui obligeait les étrangers à moilTôner avec lui; «Se ceux qui n'en avaient
pas la force, étaient mis à mort. Hercule le tua du vivant de Mvdas.
Pollux dit que cette chanfon était lugubre, & qu'on la chantait autour 1
gerbes, pour cpnfoler Mydas de l.i mon de t\n\ Bïs.
(a) D'autres difent Daphnis, ou Idis.
izt ESSAI
Théocrite raporte ainfî cette chanfon. Nous ignorons fi c'eft la véritable ,
ou s'il l'a imitée.
« Cérès qui multipliez les grains & les épis, faites »que cette moiflbu
,■> réunifie , &" qu'elle foit des plus abondances. Vous qui faites les gerbes ,
» ayez foin de les bien lier,. de peur que lés pafïàns ne difent : m^f érables
» ouvriers } voilà du bien perdu.
» Que le tas de vos gerbes foit expofé au vent du nofd ou du couchant ,
» c'eft le moyen de faire gonfler les épis.
» Vous qui battez le bled, évitez le fommeil du midi , c'eft l'heure où le
» grain fe détache plus aifément de la tige.
» Les moifloneurs doivent commencer leur travail au réveil de l'alouette,
» finir quand elle fe couche, & fe repofer pendant la grande chaleur.
s» Enfans, que le fort de la grenouille eft à defirer! elle ne s'embarraffe
» point qui lui donnera à boire, elle en a toujours abondamment.
,» Il vaudrait mieux, homme avare, nous faire cuire des lentilles,
'» que de te couper le doigr en voulant nous partager une graine de
*» cumin ».
La Chanfon des Eplucheurs de grains.
Ariftophane en parle dans fes PrêtrefTes de Cérès, & Nicocharès , dans
l'Hercule , chef de la danfe.
La Chanfon de ceux qui pulfaient de Peau*
Elle s'appelait Himée 3 & n'était que dans la bouche des perfones les
plus viles.
La Chanfon des Meuniers.
Elle s'appelait Epimulie 3 Epaulée , Êpinojle _, ou Épïaulie. On en trouve
•ce débris dans le feftin des fages de Plutarque.
» Moulez, meule, moulez; car Pittacus , qui règne dans I'augufte
r> Mitylene aime à moudre ». \
La Chanfon des Tijferans.
Epicharme la nomme Ê.l'we.
SUR LA MUSIQUE. l2}
La Chanfon des Ouvriers en laine.
Athénée la nome Iule > Eratofthènes lui donne aufli le même nom dans un
hymne en l'honcur de Mercure.
La Chanfon des Nourices.
Elles étaient de deux efpeces; celle que chantaient les nourices en alaitant
leurs enfans (a), on l'appelait Catabaucalife j & celle qui fervait à les endor-
mir , Se qu'on nomait Nunnïc.
Théoctite en fait chanter une à Alcmène, mère d'Hercule 8c d'Iphitus ,
pour les endormir à l'^ge de dix mois.
<■' Dormez , mes enfans , d'un fommeil doux 8c tranquille , aimables
» frères , chers enfans ; repofez en pleine fanté y endormez-vous heureux ,
:> 8c revoyez l'heureux lever de l'aurore ».
La Chanfon des Enfans.
On l'appelait La La.
sLa Chanfon des Baigneurs.
Cratès en parle dans fes audaces; mais s'il était permis de chantei aux
perfones qui fervaient aux bains , il n'était point honcte à ceux qui fe
baignaient d'en faire autant. Théophrafte (b) voulant peindre un homme
grollier, le préfente chantant 8c fe baignant.
La Chanfon d'Erigone*
On la nomait Alctis ou la Vagabonde 3 8c on la chantait dans la fête «.les
Êores ou de YEfcarpoictte. Erigone érait hlle d'Icarius , rils d'GXbalus, 8c
par conféquent coufine de CaiW 6c de Pollux. Son père ayant difparu ,
le chercha de tous côtés, ce fâchant enfin qu'il avait cté tué, elle fe pendu
(a) Platon ordone aui nourices de chanter beaucoup de chanfons à leurs enfans*
Etlani nutrlcum. , quœ aJhibcntur infantibus alUSIationi , fuum quodiLim carmer.
ajpgnat.
Faut-il croire Cardan ; qui affiirc (è rcfTouvcnir qu'en entendant chanter ces cîunfons ,
lorfqu'il était au berceau , il reffentit la plus voluptuculè fatisfadion qu'il ait depuis éprow\ic
dans toute la vie.
(4) Dans fis caradercs , cJup. 4,
de défefpoir. Peu après, la pefte ravagea l'Attique ; Se l'oracle ayant été
confulté fur fa réponfe, on confacra la fête des Eores à la mémoire d'Erigone.
Chanfon fur Théodore.
Théodore était un jeune homme perdu de débauches, & qui mourut de
mort violente. Athénée raporte qu'à la fête des Eores, les femmes chantaient
fur lui plufieurs chanfons.
Chanfons en Vhontur de Cens ù de Proferpine.
Elles s'appelaient Jules , & étaient chantées avec la plus grande vé-
nération.
La Chanfon d Apollon.
On la nomait Philélie, Se tel en était le refrein : « Levez-vous , levez -
»» vous , charmant foleil ».
Upinges de Diane.
Chanfons qui tiraient leur nom du mot Up'is ; nom fous lequel on adorait
Diane chez les Lacédémoniens. Virgile le donne à une des compagnes
de Diane.
La Chanfon des Amans.
Trois chofes invitent »à chanter, félon Théophrafte dans Plutarque. La
peine, la joie Se l'entoufiafme, l'amour renferme les peines les plus cui-
fantes , les joies les plus vives Se les tranfports les plus violens. Il faut donc
que cette pallion , qui réunit les trois principes du goût du chant, foit la
plus propre de toutes à faire chanter des chanfons.
Les chanfons des amans fe divifaient en trois clalTes.
Celle des hommes s'appelait Nomion ; celle des femmes, Calyce ; celle
des jeunes filles, Harpalyce.
11 nous refte, dans Athénée, les débris fuivans de ces trois différentes
chanfons.
« La chanteufe Ériphanis, aimant le chafTeur Ménalque, allait auflî à
» la chafie, Se courait comme lui, avec ardeur, les hêtes féroces \ elle
p parcourait les endroits des montagnes les plus héruTcs d'épines ; les
,i peines
SUR LA MUSIQUE. 125-
m peines de cette malheureufe amante infpiraient de la compafTîon. C'eft
» à ce fujet qu'elle fit, & qu'elle chanta la chanfon appelée Nomïon.
» Ariftoxène, dans fou quatrième livre fur la Mufique, dit : qu'ancien-
» nement les femmes chantaient une chanfon appelée Calyce. Nous avons
» des vers de Stéfichore (a) , où Calyce , éprife d'amour pour le jeune
5i Esvathlèj demande à Vénus la faveur de l'cpoufer; mais, toujours rebutée
» par le jeune homme, elle fe précipita du rocher de Leucade ».
Le même Auteur, dans fes Mémoires abrégés, écrit : qu'Harpafyce 3
méprifée par Iphiclus , qu'elle aimait éperduement , fécha de douleur j & à
l'occaiion de cet événement, on inftitua des jeux, où les jeunes filles chan-
taient la chanfon Harpalyce.
La Chanfon des Noces.
Elle s'appelait Hy menée 3 félon Athénée, d'après Ariitophane, cv donna
«aiuance à YEpithalame.
La Chanfon des chants joyeux.
Il y en avait plulieurs en Grèce, à qui on donnait particulièrement ce
nom. Telle était la chanfon de Datis , raportée par Ariflophane. Ce D.itis
était un général Perfan.
"Chants trîjles & lugubres.
Il y en avait de plufieurs efpeces : la Lamentation j Vlalcmc s le Linos. La
Lamentation fe chantait dans les funérailles ou dans les jeux funèbres.
L'Ialême fe chantait dans le deuil. Le Linos était célèbre en Phcnicîe <Sc
en Chypre, félon Hérodote ; Se on prétend qu'il fut chanté, pour la première
fois , aux jeux célébrés en l'honeur de Linus. Pollux prétend que c'était une
chanfon propre aux rofioyeurs, ainii que le Lytierfe. On l'appelait en Egypte
Mancros 3 en latin Nccnia.
La Chanfon des Vendanges.
Se nommait É pile ne 3 &: fe chantait avec la plus grande joie.
La Chanfon des Vainqueurs.
On la nommait Epinicion.
Ça) Athénée & Euitachc font mention de ce Pocrae Je Stclkhorc.
Tome II. L,
\*4 e S S A I
La Chanfon de Sperchis.
Sperchis était un Grec, fuivant Suidas, qui fe livrant à Xerxès, s'était
dévoué volontairement à la mort pour fa patrie. On avait fait une chanfon
«n fon honeur , & on la chantait tous les ans en fa mémoire.
Les Grecs avaient aufli des morceaux de Mufique de dirTérens caractères,
qu'ils appelaient nomes. C'était des efpeces de chanfons fans paroles, qui
s'exécutaient fur les inftrumens, & dont la voix acompagnait quelques-uns»
Voici ceux qui étaient le plus en ufage.
Le Chorion } nome en l'honeur de Cybele.
Chomachios 3 nome pour les flûtes.
Hermatïas j nome daétilique.
Orticn était un air de flûte dont le ton était aigu & plein de vivacité ; ce
«ui le rendait d'un grand ufage dans la guerre, pour animer les combattans.
Endématie , nome fur lequel on exécutait une danfe particulière aus
Argiens.
EuJrome'j nome que les haut-bois jouaient aux Jeux Sthéniens , inftitués
dans Argos , en l'honeur de Jupiter.
Gymnopédie y nome fur lequel danfaient les jeunes Lacédémoniennes
toutes nues fur le théâtre. 11 avait été introduit à Sparte par Xéincrite ,
Xénodame 3 Polymnejle ôc Sacadas.
Hexarmonien ou Niglarien , nome d'une mélodie efféminée &c lâcK»
«ui'Ariftophane reprocha à Philoxene fon auteur.
Hlperboleïen j nome femblable à l'Hexarmonieru
Éolien & Lydien, nomes trochaïques.
Hiéracien.
Polymnejlien 3 de Polymnefte qui l'avait inventé.
Pythien , nome confacré à Apollon.
Comique y nome dont on fe fervait feulement dans les comédies.
Hypatoïde } nome grave.
Nétcïle, nome aigu.
Trïpartite ou T rimer e } nome fur trois modes. C'eft- à-dire , qu'il modulait
dans planeurs modes.
Bipartite 3 nome fur deux modes.
SUR LA MUSIQUE. 127
Si les Grecs avaient connu l'harmonie, il ferait aifi d'expliquer diffé-
remment ces nomes , & l'on ne fe contenterait pas de dire que le nome
Tripartite modulait dans trois modes, & le nome Bipartite dans deux.
On dirait Amplement que ces modes pouvaient s'exécuter enfemblej Se
voici comment : en ne fe fervant dans 1 harmonie que des tons communs à
ces modes , comme aujourd'hui les cors peuvent jouer en ut _, quand le
morceau eft enfa} pareeque dans le ton d'ut, le cor peut donner le fa, le
mi y le re y l'ut y le fol en haut, Se le la au-deflus , qui apartiennent autant
au ton de fa qu'à celui d'ut. Ainfi des clariners pouraient être en mi b, la
fymphonie en fol mineur, Se des cors enjîb; Se jouer enfemble , fans que
les auditeurs s'en 'aperçuflent , & fans qu'il en réfultât un autre effet que
s'ils jouaient tous dans le même ton.
La fymphonie ferait tous les tons de celui de fol : les clariners
ne pouraient foner que l'ut y le re , le mi b Se le fol. Point de fa, parce-
qu'il eft dieze en fol. Se les cors ne foneraient que le fi b, lut, le re ,
le mib, le fol Se le Itt. De même point de fa , parcequ'il eft dieze en fol.
Voilà comme les Anciens auraient ph exécuter de la Aiulique dans trois
modes à la fois , s'ils euflent connu l'harmonie.
Polyccphale , nome pour les flûtes en l'hofteur d'Apollon.
Polymnaflique , nome pour les flûtes.
Profodiaque 3 nome en l'honeur de Mars.
Profodie, nome pour les flûtes Se propre aux facrifices.
Schoénion, nome pour les flûtes inventé par Clônas.
Apothétos y nome pour les flûtes, auflî inventé par Clônas.
Trimcles , nome pour les flûtes.
Hormus était une danfc ou *in branle compofé de filles & de garçons y
où un garçon menait la troupe, en faifantdes poftures mâles eV belliqueufes,
cv les filles le fuivaient avec des pas plus doux &: plus modeftes , comme
pour faire une harmonie des deux vertus, la force «Se la tempérance.
Les filles Greques de bonne maifon s'allemblaient par troupes , ornées de
bouquets, de guirlandes Se de chapeaux de fleurs j elles allaient enfuite dans
les temples chanter les hymnes dans les fêtes folemnelles, ou aux tpoufailles
de quelqu'une de leurs compagnes.
La danfe Lacédémon'unne était à trois parties, qui représentaient les H
I 1
ia8 ESSAI
Us chantaient en même tems (a) :
Les vieux : Nous fûmes jadis valeureux.
Les jeunes : Nous le fommes préfentcment.
Les enfan3 : Nous le ferons à notre tour.
Dans les commencemens , il n'était pas permis de rien changer dans le
Jeu de la cythare , foit pour le chant , foit pour le rhythme , & on avait
foin de conferver à chacun des anciens airs le ton qui lui était propre : delà
vint le nom de nome, qui veut dire , loi 3 modèle \ parceque les nomes étaient
chacun dans un ton différent qui leur était affecté j qu'on les regardait
comme invariables, & qu'on ne devait point s'en écarter. Avant Olympe,
les nomes ne fe chantaient que dans les genres diatonique Se chromatique j
ce fut lui qui aporta d'Aiie l'ufage des nomes enharmoniques.
On appelait genre 3 dans la Mufique des Grecs, la manière de partager *
le tétracorde , ou l'étendue de la quarte ; c'eft-à-dire, la manière d'acorder
les quatre cordes qui la compofaient. Cet acord pouvait fe faire de trois
façons, comme nous l'avons vu dans le livre précédent.
» ié »
{a) Plutarque le raporte ainfi dans la vie de Lycurgue , traduite par Angot»
Vieillards.
Nous avons été jadis
Jeunes , vaillans & hardis.
Jeunes Cens,
Nous le fommes maintenant j
A l'épreuve à tout venant.
En/ans.
Et nous un jour le ferons
Qui tous vous furpaflerons.
SUR LA MUSIQUE. i29
CHAPITRE III.
Des Chanfons Romaines.
-M. de Qucrlon nous dit qn'Ennius , en raportant aux Faunes les plus
anciennes chanfons, leur donne une origine champêrre. Caries Faunes les
Silvains, les Satyres, les Nymphes n'étaient vraifemblablement que certains
habitans des bois, que leur vie folitaire 6c fauvage fit ériger en divinités
par la crainte, la fuperftition ôc la crédulité des hommes rallemblés dans
Jes villes & dans les campagnes.
Virgile nous a lailîé de charmantes chanfons dans fes églogues. Théocrite
aurait dû nous donner celles que chantaient les Bergers de fon tems: mais il
n'a fait que nous en repréfente'r l'iifage.
Les odes d'Horace font de vraies chanfons qu'il chantait à table avec fes
amis, à fes maîtrefTes, ou dans les fociétés , dont il faifait les charmes.
Quelle chanfon plus jolie que cette ode ?
3 e Livre, Ode 15 e. Traduction de M. Chahanon de àfaugris.
O fins Bandujla , fpleniidlor vitro , Fontaine pure , aimable Bandufie
DuLi digne mero, non fine fîoribus , Digne d'unir tes flots à des flots d'Ambroifie,
Crûs donaberis hcedo , Demain fur tes bords amené ,
Cui frons turgida cornibus Un Chevreau périra de ferions couroné.
Frimis , <S- Fcnerem , & preslia deflinat Déjà Vénus , la merc des délices ,
F/uflra; nam gelidos inficiet tibi Lui promettait fes flateufes prémices?
Rubro Sanguine rivos Dé/a fon front s"armait contre un rival :
Lafiivi /oboles gregis. Son fàng verfe rougira ton criital.
Te flagrant! s atrox hora caniculai Quand tout brille des feur que répand fur le mon Je
Nefçit tangere ; tu frigus amabili Le chien dévorant de Prociis ,
Feffts vomere tauris Sous tes feus & charmans abris,
Prœbes , & pteori vago. Dort le bœuf las du joug , la brebis vagabonde.
Fies nobilium tu quoque fiontium , O Fontaine , qui fuis fous ces ombrages mis ,
Ht dicente cavis impofitàm ilieem Erqid du fern ton roc. tombant au pied d'un ci*
Saxù ; undt toquâtes En murmurant , frappes la moUe .
Lympha. defiGuntjuue, Sois à jamais célèbre par mes vête.
iene 1
I3o ESSAI
La vingt-quatrième pièce de Catulle eft une chanfon charmante. Elle
commence ainfi : Nulli Je dicit mulier 3 &c. Il y en a plus de cinquante du
même Pocte qui font de -ce genre.
On peut regarder Ovide , Tibulle , Properce & Martial comme des
chanfoniers , puifque la plus grande partie de leurs ouvrages fe chantaient.
Du Freihi a imité de Martial, livre 10, ép. 75. fa charmante chanfon de
Ph'dis plus avare -que tendre.
On connaît la fameufe chanfon que chantaient les foldats de Céfar ,
lorfqu'il triomphait des Gaulois. « Citadins , gardez bien vos femmes ; voici
»> le Chauve fi redoutable aux maris ».
Et celle qu'on fit fur l'empereur Aurélien, qui tua de fa main, dans
l'efpace de quelques jours, neuf mille cinq cent ennemis.
« Nous avons moilïbnné mille & mille têtes ; mille Se mille têtes abattues
r> ont été l'ouvrage d'un feul homme, vive mille & mille fois le guerrier
♦î qui a fait ces exploits. Perfone n'a bu autant de vin qn'il a verfé de fang ».
( Tropifcus in Aurel. )
■ On fait auffi que quelques momens avant de mourir, l'empereur Adrien
fit des vers , qu'on peut appeler une véritable chanfon. Voici comrni
Fontenelle l'a traduite.
Chanfon d'Adrien. Imitation de Fontenelle.
'Animula, vagula , blandulay Ma petite ame , ma mignone,
Hojpes; comefque eorporis , Tu t'en vasdoncmafiIle,&Dieufache oi\ tuvasî
Qutt nunc abibis in loca. Tu pars feulette , & tremblotante hélas .
l'allidula , rigida, nudulay Que deviendra ton humeur folichone ï
Nec , ut foks , dabis jotos. Que deviendront tant de jolis ébats î
Florus écrivit un jour ces vers à Adrien :
#
Ego nolo Cœfar ejje , Les promenades de Céfar le mènent au moins
Ambulare per Britannos , en Bretagne , ou bien il va braver les neiges
Scythicas pari pruinas, de la Scythie : je ne veux pas être Céiàr.
L'Empereur lui répondit fur le champ :
Ego nolo Florus ejjfe , Les promenades de Florus font les taverne»
Ambulare per tabernas , les plus voifines ; il s'enfonce au premier cabaret,
Laritare per popinas y où il éprouve la piquûrc incommode des niou-
Culkes pari rotundos. cherons : je ne veux pas être Florus,
SUR LA MUSIQUE. 151
Nous ne nous étendrons pas davantage fur les chanfons des Pvomains;
hous avons à parcourir une carrière plus étendue, plus difficile, 6c fur-tou*
plus agréable.
CHAPITRE IV.
Des Changemens arivés à la Langue Romance ou Française.
Avant que de commencer nos recherches fur les chanfons francaifes ,
nous croyons nécellaire de dire un mot fur quelques révolutions éprouvées
par la langue françaife depuis Charlemagne. Les Lecteurs , curieux des
détails intéretians en ce genre , pouront lire la favante diflertation de M.
Levefque de la Ravaliere, dans fon édition des Chanfons du Roi de Navarre ;
ce font fes judicieufes remarques qui nous ont fervi de guide.
Les langues, ainfî que les empires, ont leur commencement, leur milieu
Se leur fin.
La nôtre , après bien des fiecles , eft parvenue à un degré , où il eft A
fouhaiter qu'elle demeure , tant que la monarchie fubfiftera ; quoiqu'on ne
puifie fe dillimuler qu'elle eft remplie d'irrégularités , d'équivoques Se
d'imperfections qui la rendent difficile pout les étrangers, & même pour
les Français qui veulent la parler & l'écrire avec pureté.
Il ne fera point queftion ici des différens patois qu'on a parlés de tout
rems dans les différentes Provinces. Nous n» regarderons comme langue
françaife, que celle qu'on parlait à la cour de nos Rois.
Dans le tems de Charlemagne, on parlait également le latin, & ce qu'on
appelait la langue vulgaire. Cette langue paraiffait à cet Empereur fi diqne
d être cultivée , qu'il chargea Eginhar de la réduire à des principes de
grammaire (a). On ne fait i\ ce projet fut exécuté; mais il n'en refte aucune
preuve. Duchefne nous dit qu'on appelait aulfi cette langue vulgaire ,
langue françci'fe , francifque ou romance rujlique. Elle eft ainli nommée au
dix-huitieme canon du concile de Tours tenu en 813 , peut-être pareeque
(.1) IrunoavU & grammatUam patrii Scrmwùj , Dudicûie, toyi. t. p. ioj.
152 ESSAI
cette langue ruftique était celle du peuple & des nobles qui n'avaient alors
aucune éducation, tandis que la latine était réfervée pout les eccléfiaftiques,
qui feuls étaient inftruits autant qu'on l'était dans ce tems-là.
Une preuve prefque certaine que les Français étaient alors diftingués en
favans & en nitriques, c'eft que Grégoire de Tours dit, dans la prérace de
fon hiftoire : « Aujourd'hui les lettres font méprifées, an Rhéteur philo-
i> fophe a peu d'auditeurs ; on court en roule entendre un ruftique (a) ».
Aujourd'hui on ferait blefTé de s'entendre appeler ruftique , parcequ'on
donnerait à ce mot à-peu-près la même fignification qu'à celle de ruftre.
Mais alors il lignifiait abfolument la même chofe que le mot laïque ou
féculier ; & cet état était celui de l'ignorance. Car le guerrier ne maniait que
fes armes , & ne fe glorifiait que de fon courage ; le Juge ne prononçait que
des arrêts , guidé plutôt par le bon fens & la droiture que par la connaifTance
des loix j & le fimple citoyen ne fongeait qu'à l'adminiftration de fes affaires
Se de fon commerce , quelque borné qu'il fût alors. Les feuls Eccléfiaftiques
s'étaient emparés de la littérature, des arts, des feiences, &c mettaient
modeftement entre eux 6c les laïques , la même différence qui eft entre
l'homme 8c la bête.
« L'homme, dit Nicolas de Clairvaux , ne diffère pas plus des animaux,
»> qu'un lettré d'un laïque (b) ».
Cette langue des laïques fut donc appelée Ruftique (c); enfuite on la
nomma Romans ; & ce fut cette langue que Charlemagne voulut fixer par
des règles invariables ; mais ce grand Empereur en fut détourné, peut-être
par la facilité qu'il eut à aprendre celles des peuples qu'il foumettait. On die
qu'il les parlait toutes aulïï bien que la tienne ; & il nous refte des preuves
qu'il s'exprimait en latin aufii bien que les favans les plus renommés de fon
fiecle. Peut-être aulïi doit-on le peu de progrès que fit fous fon règne la
(a) Philo fophanttm Khttorem intelligunt pauci , lequentem rujlicum mult'u- Le mot
intelligunc ne veut pas dire entendre relativement à l'audition , mais à l'intelled.
(£) Quantum <î Belluis ho mine s , tantum dijlant à Laids littirari.
(c) M. Levefque de la Ravaliere prétend que ce terme de ruftique n'eft échappé qu'à
quelques auteurs Ecclélîaftiques de mauvaife humeur , & que tous les premiers auteurs n'ont
jamais dit que la langue Romans : que ce mot eft dérivé du latin Romana lingua, Se
a été depuis confacré à ces ouvrages légers, appelés Romans, paicequc les premiers ont
jsté compofés en langue Romanfc ou Romans.
langue
SUR LA MUSIQUE. ij*
langue Romans, à la cenaiflance des belles-lettres Se clés arts que Charles
Ht Heurir en France, par le moyen des favans étrangers qu'il atira à fa cour.
On ne peut raifonablement penfer que ces Savans aient préféré d'aprendre
une langue barbare Se fans principes, à fe fervir de la facilité qu'ils avaient
de s'expliquer dans la langue latine , dont ils polfédaient toutes les beautés.
Les connailFances que les Français prirent de cette langue, retardèrent donc
encore les progrès de la langue Romans. Les courtifans de Charlemagne ,
pour lui faire leur cour , s'empreflaient de s'inftruire dans une langue que
cet Empereur parlait avec tant de facilité j Se alors, dit Paquier, le latin
devint la langue courtifane.
Aux affemblces générales du royaume, les affaires ne fe traitaient qu'en
latin; les loix , les plaidoyers, les actes, tout ce qui était public n'était
rédigé qu'en cette langue (a).
Il fàlait que la langue Romans fût alors lin fimple jargon , puifqu'elle
éprouva l'humiliation de voir une langue étrangère s'emparer de tous fe$
droits , ou peut-être était-ce une fuite de l'afferviffement des Gaules aux
Romains, qui, en foumettant l'univers, avaient voulu, pour monument de
leur domination, y faire régner leur langue , Se par elle, étouffer toutes
les autres.
Cependant une preuve certaine que la plus grande partie de la nation
refta atachée à fon langage, c'eft l'ordre que Charlemagne donna de taire i
l'E"hie , les inftruttions en langue Romans. Il donna aulli des noms français
aux mois de l'année , Se fir ordonner par le Concile de Tours , de traduire les
homélies en langue vulgaire. Louis-le-Debonaire foutint de tout fon ponv r
lés établillemens de fon père, & protégea la langue latine, qu'il prêterait
à l'autre. Cependant il fir fouvent des vers en langue Romans , Se nous en
raportons pour preuve ceux-ci (b) que nous avons copiés, & qui font gravés,
(a) Nous avons encore une lettre de Charlemagne àFaftrade, fa femme, qui e(t écrire
en latin. Il lui mandait la nouvelle d'uue victoire qu'il venait de remporter, L'Im^er.v
Savait donc le latin comme fa langue naturelle.
(i) Hélas! que je fuis prias de douleur!
Mourir mieux me vaudrait
Que fouftïir telles épremtes.
• . . ....
Il n'eft pas poiïîblc Je lire la quatrième ligne ou vers. La pièce où eft cette iufc.-lpJo»
Tome IL M
ii4 ESSAI
dit-on , de fa main fur la muraille de la chambre qui lui fervait de prifon
à l'abbaye de faint Médard de Soilïbns..
Son règne peut être appelé le fiecle de la Métromanie s par la fureur que
l'on eut alors de faire des versj mais tout ce qui nous en refte, eft écrit en
latin. S'il y en eut en langue Romans, aucun débris n'eft échapé à la barbarie
du ficelé; Se c'eft une preuve convaincante, que le latin l'emportait alors,
fur le Romans. Une autre preuve que ces deux langues exiftaient en même
tems , c'eft que plufieurs Auteurs ont loué ce Roi , de ce qu'il parlait le
fcuin aufTi bien que fa langue naturele (a). On fait les guerres affreufes que
fes enfans fe firent, Se que les deux cadets, Louis & Charles, s'unirent en
841, contre Lothaire leur aîné.
Ils prononcèrent un ferment à Strasbourg, Louis , en langue romanfe (b) ,
&c Charles , en langue tudefque , pour être entendus par les deux peuples ,
qui répétèrent le ferment après eux.
Voici celui des français en langue romanfe, avec la traduction littérale
deffous, faite par M. Levefque de la Ravaliere.
Si Lodhuvigs f agrément que fon faire Karlo jurât , confervat, & Karlus-
Si Louve ( le ) ferment que fon frère Charles jure , conferve , & Charles
meos fendra de fuo part Kion los tanitxJl io returnar non lo pois } ne io nz
mon feigneur de fon côté ne le tient, fi je détourner ne le puis, ni moi ni
neuls cui eo returnar int pois } in nulla adjugha contra Lodhuvigs nun li iver.
aucun autre retourner ne le peut, en nulle aide contre Louis avec lui ir-ai (c)..
- — — — — — — — — ■ '
gft un vrai cachot, précédé d'une falle extrêmement vafte, où fe tenait une partie des
foldats chargés de garder le prifonier. Ce cachot peut avoir fept à huit pieds de lon-
gueur , fur trois ou environ de largeur. Le jour n'y pénètre que par une efpece de
foupirail , les murs ont une épailTeur confidérable , il fert maintenant de cellier. Il faut
obferver cependant que M. le Moine , Hululer du cabinet du Roi , auteur d'une hiftoire
des antiquités de Soiflons , aufli favante qu'agréable à lire, ne croit pas que cette com-
plainte foit de Louis le Débonnaire, comme les moines de Saint-Médard l'aiTurent ; le-
langage lui fait penfer qu'elle eft d'un fiecle pofjérieur. C'eft dons l'ouvrage de quel-
que malheureux qui aura été renfermé dans Je même cachot.
{a) Latiam vero Unguam , ficut naturalem aqualiur loqui poterai.
(J>) Alors on n'appellait plus cette langue Romans , mais Romanfe.
(c) Voici celui de Louis le Germanique , traduit littéralement par Dudos.
Texte. Traduction.
\ Pio Don amur , & pro Chtiftian poi>!o Par amour de Dieu & du peuple Crivi-
SUR LA MUSIQUE. 13;
On ne trouve aucune analogie entre cette langue appelée Romande Se la
langue nommée de même, qu'on parla depuis fous faint Louis.
M. l'Abbé de Longuerue prétend que ce langage, du tems de Charles-le-
Chauve , eft encore le même que parlent les Catalans.
Une troujeme langue fut donc alors en vogue, puifqu'outre la romanfe 8t
la latine, on ne parla gueres que la tudefque dans les états de Louis II , frère
de Charles-le-Chaave ; Se ce Roi aimait telement cette langue , que Otfrid ,
religieux de Wifembourg , ayant mis les quatre Evangéliftes en vers tudef-
ques, les lui dédia.
La paix fut enfuite proclamée à Cobîents , entre les deux mêmes Rois Se
leurs neveux, en fans de Lothaire, en langue tudefque &: romanfe.
Depuis ce tems , la langue teutonique fut toujours employée dans les
traités que les Français iîrent avec les Germains.
Il nous refte encore quelques termes de la langue romanfe de ce tems ,
ou à-peu-près femblables. On appelait alors camïfium ce que nous appelons
camïfolc : bargas } ce que nous nommons barque t Sec. mais ils font en il
petit nombre , qu'on voit évidemment qu'elle n'était pas la même langue que
celle que l'on parla deux Se trois cent ans après Charles-le-Chauve. On doic
attribuer la deftruction de cette première langue romanfe aux ravages des
.Normands «Se au mélange de leur langue avec la nôrre. 11 en naquit une
nouvele langue, qui fut divilée en autant d'idiomes qu'il v eut de feigneurs
fouverains. Ce fut alors que le latin devint plus en. . que jamais ,
pareequ'il fervit de point de raliement à tous les dinérens peuples qui ne
pouvaient s'entendre que par ion moyen.
Sous le règne de Hugues Capet, la nouvele langue romanfe commença
« S; noftro commun falvatnent , dilr di ea tien, & pour notre commun falut, .'.
u avant, in quant Deus favir Se potir me jour en ,v aot que Dieu me do:
n dunat , fi l.i'.varai co ceft meon fradra de favoir 3c de pouvoir , je fauverai cj :
» Karlo, 3c in adjudha 3C in cadhuna cofa , frère Charles , 3c l'aiderai en chacune cl
■o II cumhom per dreit fon fradra hlvar comme un homme par droit doit fauver (on
» dift , ino cjuid il imi altre li raret , 3c ab frère, en ce qu'il en ferait autant pour .
o Ludher nu! plaid nunquatu prindrai , qui 3c fe ne ferai avec Lothaire aucuii
d meon vol eiftmeon f;adreK5rle in damno de ma volonté puilTc être domm.
» : ». mon ftere Charles,
M i
t:* ESSAI
à fe former & à devenir d'ufage (a). Son fils Robert cultiva les lettres »
les arts & les fciences. 11 favait parfaitement le latin, Se fit dans cette
langue plulieurs hymnes, que nous chantons encore avec la même Mufique
qu'il compofa fur fes hymnes. Son goût pour le latin ne lui fit point négliger
la langue françaife j Se nous lifons dans l'hiftoire , que Thierry Duc de
Lorraine, lui envoya pour ambalfadeur Nantere , abbé de faint Michel,
pareequ'il était très habile dans la connailfance de la langue françaife (£)„
Un pafiage de Dudon, chanoine de Saint-Quentin, qui écrivit en iooi
les vies des premiers Ducs de Normandie , fait connaître que la langue
romanfe était la vulgaire de la ville de Rouen , quoiqu'alors gouvernée
par des Danois.
Cet Auteur dit que Guillaume I, voulant choifîr un lieu convenable à
l'éducation de fon fils Richard (c). « Comme la ville de Rouen fe fervait de
m la langue romanfe plus que de la danoife,£c qu'au contraire, à- Bayeux ,
jj on parlait le danois plus que le romans, le Duc envoya fon fils à Bayeux >
»» pour le former dès l'enfance à parler aux Danois leur langue auiîl facir
« bernent qu'on le faifait autrefois «.
Cette langue, appelée gallica, françaife au concile de Moufon, Se rornana-^
romanfe par le moine Dudon , était donc alors en vogue.
Ce fut du tems de Robert que les familles ajoutèrent un nom français
aux noms de baptême. Une charte de ce Prince confirme les' privilèges ds
l'Eglife de Saint-Denis , & la met fous fa protection contre les entreprifes
de Burchard , fumomé Barbu, qui renait en fief de la même Eglife un
château fur la Seine, à caufe de fa femme, veuve d'Hugues, furnommé
Bajfeth. Le nom de baptême était le nom, & le furnom était un nom
français. Les Auteurs qui ont fixé l'origine des furnoms aux croifades , fe
fon: évidemment ttompés, puifque cette charte exifte.
{a) Entre les chefs d'aceufarion , dont on chargea Arnoult , Archevêque de Reims , dans
îe Concile de Moufon, en 99% , on lui reprocha un traité d'aflbciation qu'il avait fait
en Français Callica avec Charles de Lorraine.
(b) El I.inguœ Gallicœ per'uia facundiffunus . Analecî. t. i. p. 351. Chronique de
Saint Michel.
(c) Quoiriam quidam Rotomagenfîs civitat Romand potius quam Dacifcâ utittlT
thqueniid, & Bajocaccnfis fruitur frequemius Dacifcâ iinguà , quam Romand , vola
m ai Bajocaccnfia defiratur quantoùus mania* £v._Hiftor. Norman. , . lib. 3. p. ni»
SVR LA MUSIQUE. ,37
Sous Henri I & Philippe I, Marbode , Evêque de Rennes, compofa en
vers latins un traire des Pierres précieufesj & on en a la traduction en
vers français , faite dans le même rems (a). Faucher & Ducange prétendent
que, lorfque Guillaume eut conquis l'Angleterre, il donna de nouveles
loix à fes fujers, & qu'elles furent rédigées en langue françaife. M. Levefque
de la Ravaliere le nie formellement. Tous ces faits fi éloignés font bien
difficiles à débrouiller. Il cft cependant certain que le premier Auteur connu
qui ait écrit en langue vulgaire, fut un Chevalier de Bechada qui fit, en
njo, l'hiftoire de la prife de Jérufalem (b). Cependant cette langue ne
parailfait pas encore dominante, puifque nous avons des lettres d'Hildebert
Archevêque de Tours, qui font écrites à la Reine d Angleterre , à Adèle,
comtefle de Chartres, Se à de fimples reclufes, & toutes écrites en latin.
Cette langue était donc universellement répandue.
Le règne de Louis-lc-Gros n'aporta pas de grands changemens à l'état de
notre langue. Nous avons encore quelques mots qui étaient alors en ufa<*e,
tels que brouette, meurtre 3 étendart. (c) Le nom du village de Befons (d)t
(a) M. Levefque de la Ravaliere croit que la traduction ne fut faite qu'à la fin Ju
XII" ficelé , pareeque le français en eft parfaitement conforme à celui des Poètes qui ont
écrit depuis Louis-le-Jeune , & que les rimes y font entremêlées comme dans le roman
de Brut, fait alors.
{b) Cet auteur eut la pre'caution de confultcr Gauberd, Normand, comme fon maître.
fur fon ftyle , & fur la langue vulgaire qu'il avait ofé choifir; pareeque les Normands
étaient en pofTeflion de pratiquer notre langue mieux que nulle autre Province. Geoffroy
de Vigeois parle ainfî de Bechada.
« Le Chevalier Grégoire Bechada du Château des Tours, au pays de Limoges;
» homme d'efprit fubtil , un peu verfé dans les lettres , a écrit aiTez bien les certes
» de la guerre de Jérufalem , dans la langue maternelle & en poéfie vulgaire , afin
» que le peuple en fçût parfaitement l'hiftoire , n'ayant voulu raporter rien qui ne fût
» vrai & agréable. II a été douze ans à la compofer; & de peur que fon livre ne fut
i> meprité , à caufe qu'il était en langue vulgaire , il ne l'a entrepris que fur l'appro-
» bation de l'Evcque Euftorge & par le confeil de Gauberd Normand i>.
Ce paflàge prouve que peu avant le XII' flede, les écrits en langue vulgaire étaient
rares, peu'elHmés, & faits feulement à l'ufage du peuple. Celui de Bechada, s'il exirte,
n'a pas été encore décopmt.
(c) Nommé anciennement Standar^. FuLh. Hi/l. de Jérufalim.
{d) Cuhuram inter quadruriam & inter Bezunz . . . Doublet , Hilt. de Saint- Denis,
i58 ESSAI
Ôc celui de 'Vaucreffon , que l'Abbé Suger dit avoir bâti {a). Ce fut la Pro-
vince, Se non pas Pans, qui preduifit les premiers Auteurs ; & la province
de Normandie eut la gloire de fauver de 1 oubli la langue romanfe, Se en la
confervant, de la mettre en état de combatre un jour la latine. M. Arnaud
prétend, avec raifon, que ce ne fut que peu de tems avant faint Bernard »
que le français commença à fe former, c'eft-à-dire à fe polir. Les ouvrages
de l'Abbé Suger, fes mémoires, fes lettres, celles de Pierre le vénérable Se
de tant de gens célèbres du tems de Louis-le-Gros, étant écrites en latin,
prouvent que cette langue était encore la dominante, & que le français
n'était pas alors en état de la combatre. Ce ne fut que fous le règne de
Louis-le-Jeune , que la langue romanfe ou françaife commença à paraître
avec éclat dans les Provinces.
Les plus anciens livres que nous ayons en cette langue , & qui furent faits
après celui de Bechada, que nous n'avons plus, font, le Livre des Bretons 3
fait en 1 1 5 5 , par Wiftace ou Euftache.
Le Roman du Chevalier au Lyon > fait par Gaffe dans la même année. Ce
Gaife était de l'île de Gerfai ( alors Gerfié ) fut amené dès fon enfance à
Caen, & devint enfuite Chanoine de Bayeux Se Clerc de la chapelle
d'Henri 111 , Roi d'Angleterre. Quelques-uns lui donnent le Roman du.
Rou des Normands.
« Mil & cent cinquante - cinq ans
» Fit maiftre Gaffe ce Romans.
» Et le Roman du Rou des Normands [b) ».
' Ce livre peut être regardé comme la fuite de celui d'Euftache, puifque
celui-là contient l'hiftoire du premier âge de l'Angleterre, cv que l'autre
contient celle du fécond âge. Mant, nous dit Galfe, en langue du hord &
anglaife s veut dire un homme en français.
« Mant en Engleiz & en Norrois
» fegnefie home en Franchois ».
Ses ouvrages ne firent pas grande fortune en France j Se Thibault, comte
de Champagne , eft prefque le feul qui en ait parlé.
Les Rois conquérans ayant toujours aimé à faire régner leur langue, il
(a) Quoilam villa nova quant cedificavimus , qu<z ValcrefTon appellatur. Ibid. p. 87^.
(<•) Ce Poème eft ainfi nommé du nom de Raoul, premier Duc du Normandie , ou
bien à caufe du furnom de Roux qui fut donné à Guillaume II.
SUR LA MUSIQUE. iS9
n'eft pas étonant que la françaife fe Toit beaucoup répandue fous le règne
de Philippe-Augufte. C'eft à cette époque qu'il faut fixer le premier éclat
de notre langue j 8c tour ce qui l'a précédé, ne nous offre que des obfcurités
impénétrables.
Ce fut alors qu'Alexandre, furnommé de Paris , compofa fon poeme de la
Vie d'Alexandre-le-Grand, qui n'eft qu'une allégorie de celle de Philippe-
Augufte & des dernières années du règne de Louis-le- Jeune.
On trouve dans ce poeme une grande quantité de beaux vers tels que
celui-ci :
<i Pire efl riche mauvais , que pauvres honourés ».
Un mauvais riche cflplus me'prifable qu'un pauvre qui a de Choneur.
Les vers d'Alexandre ont douze fyllabes. Un a dit que cette forte de vers
avait été nommée alexandrins, foit d'Alexandre le héros du Roman, foit
d'Alexandre, auteur du Poëme. Si Gaffe, auteur du Roman du Chevalier
au Lyon , eft aulîi l'auteur du R.oman du Rou des Normands , M. Levefque
de la Ravaliere a raifon de nier à Alexandre l'invention des vers alexandrins,
puifque ce Roman en eft rempli, & que dans ce cas, il aurait été fait long-
tems avant Alexandre. Mais, s'il n'a été compofé que par Gaffe Brûlés qui
floriffair en 1230, Alexandre peut être l'inventeur des vers de cette mefure,
puifqu'il écrivit fous le règne de Philippe-Augufte , long-tems avant Cajfc
Brûles.
Ce poëme fut le fignal de toutes les poéfies qui parurent peu de tenu
après; & la langue françaife ayant pu foutenir le ron de la poéfie, il fut
encore plus facile de la taire parler en profe. En 1190, parut le fameux
Roman de Tnjlan de Léonois 3 qui pane pour être le plus beau & le mieux
fait qui ait jamais paru. Quelques années après , Craal ôc Lancelot fui virenr.
La vie de Charlemagne fut enfuite traduite du latin en fiançais. Puis
Viilehardoin , Chevalier Champenois, Maréchal de Champagne & de
Romanie, ne balança point à préférer la langue françaife à la latine, pour
écrire fon intéreilante hiftoire. Sous Philippe-Augufte, le français parvint
donc à s'emparer de la poélîe & de l'hiftoire , il ne reft.i au latin que les
chaires, les tribunaux <$c les comptes des finances (a).
{S} Le Prcfidcnt Hainault nous «.lit que Henri II , Roi d'Angleterre , ec:i* i: l'on cefta r.cn:
cn langue Romance ; ce qui prouve lien que c\.;.\ic alors la langue vulgaire . ,.c; que
)e latin était ledcvcnu une langue lavante..
ï4g> ESSAI
Ce fut alors que la langue provençale acquit un grand éclat par les poéfies
des Troubadours-, éclat qui dura environ trois cent ans, & qui fut éclipfé
par le progrès que fit le français fous le règne de François I.
L'avancement de la langue fut plus fenfible fous le règne de faint Louis.
Les Poètes y fleurirent & les favans Aftronomes, Géomètres & Géographes
s'en fervirent pour conftater leurs découvertes.
Entre les années 1240 & 1150, on commença à écrire en français les
actes publics; Se par un hafard fingulier, Alphonfe , roi de Caftille , fie
une ordonnance en 12.60, par laquelle il voulut qu'à l'avenir les a&es
publics fuflent écrits en efpagnol dans fes états ; Se bientôt l'Allemagne en
fit autant.
Saint Louis fe fervit de la langue françaife dans les Loix générales qu'il
fit, Se qui font connues fous le nom & Etablijfement. Son Hiftoire, écrite par
Joinville , eft en français Se remplie des converfations qu'il eut avec cet
Hiftorien. Cette langue prit alors tant de faveur, Se mérita telement les
éloges des Savans , qu'on la crut parvenue à un degré de perfection , à
laquelle il n'y avair plus rien à ajouter. Huon de Mcri défefpérait d'ateindre
à la beauté du langage de Chrétien de Troye , Se de Raoul de Houdanc , qui
avait écrit en français mieux que jamais aucun homme n'avair fait. Les
étrangers commençaient auflî à avoir la plus grande eftime pour la langue
françaife , Se envoyaient leurs enfans dans différentes villes du royaume ,
pour aprendre à la parler. Les trois jeunes Gentilshommes qu'Enguerrand de
Coucy fit mourir en 1 2 5 6 (a) , pour avoir chafle fur fes terres , demeuraient
depuis quelques tems à l'Abbaye de faint Nicolas du bois de Laon , Se y étaient
venus pour aprendre la langue françaife, qui acquérait tous les jours une
plus grande célébrité [b).
C'eft donc fous Philippe-Augufte que la langue françaife commença à fe
tirer de la barbarie où elle était retenue depuis fon origine. Sous faint Louis,
elle jouit d'un premier éclat, qui, au lieu d'augmenter dans les fiecles
fuivans , ne fit qu'aller en déclinant jufqu'au règne de Louis XII. Celui
de François I lui rendit tout fon luftre 5 mais bientôt le mauvais goût qui
s'introduifit dans les ouvrages de plufieurs Poètes , la fit encore décliner
(a) Voyez Guillaume Je Nangis,
(J>) Le Dante & Pétrarque ont beaucoup loué plufieurs de nos Poètes du XIII' fieclci
jufqu'aux
SUR LA MUSIQUE. i$t
jufqu'aux règnes immortels de Louis XIV & de Louis XV; règnes uniques
dans l'hiftoire, tant par leur durée qui embrafle un intervalle de plus de
cent trente ans, que parcequ'ils ont produit plus de chefs-d'œuvre d'efprit
que les fiecles qui ont fuivi celui d'Augufte, n'en avaient produits à eux
tous. Il en faut cependant excepter celui de François I & de Léon X, qui
produific Raphaël, Michel-Ange, le Tafîe, l'Ariofte, & plusieurs autres
génies qui , dans quelque tems qu'ils euflent patu , autaient toujours été
les premiers de leur fiecle.
C'eft fous ces deux règnes , qui feront à jamais la gloire de. la France, que
la langue françaife eft parvenue au plus haut degré de gloire qu'elle puifle
jamais efpérer. Il eft à craindre que fon élégance & fon énergie ne diminuent
à l'avenir. Sous prétexte de l'épurer , on en a banni une foule de mots
exprefiifs qui n'ont pu être remplacés par aucun équivalent. &c dont l'abfence
ne peut que l'apauvrir.
CHAPITRE V.
jDes Chanfons Françaïfes t & des Poètes chanfonlers des douzième
& treizième ficelés.
1 l faut convenir que nous excellons dans ce genre de poéfie, 8c que nous
l'avons emporté fur toutes les nations du monde en chanfons bachiques,"
amoureufes ou fatyriques.
Les Gaulois avaient tant d'amour pour les vers, qu'on peut afTurer qu'ils
en eurent aulîi pour les chanfons (a).
Nous voyons dans Sidoine-Apollinaire (£), que Théodoric, roi des Gots,
aimait à entendre jouer des inftrumens, mais n'aimait pas le grand bruit
ni les chanfons- Dès ce tcms-là donc, c'eft-à-dire dès le cinquième lîecle ,
les chanfons étaient en ufage dans les Gaules.
(a) Leurs Poètes, nommes Bardes, compofaient des hymnes &'dc* clianfons pour
conferver la mémoire de leurs guerriers qui s'étaient fignalés dans les combats, ou avaient
péri glorieuferaent les armes à la main.
{b) Ep. ii,1. premier.
Tome IL %
f&2 E S o A I
La plus ancienne chanfon des Français que naus ayons pu découvrir, eft
du tems du roi Clocaire II , & faite après une grande vidoire fur les.
Sarrazins. C'eft M. de la Ravaliere qui en raporte deux couplées : elle
étoit latine.
i. r.
De Clotario efi cancre Rege Francorum « Chantons le Roi Clotaire , qui alla
Qui ivit pugnare cum gente Saxonum » combatre la nation Saxonc. Les Ambaf-
Quam graviter proveniffet mijfis Saxonum , » fadeurs Saxons auroient été traités févé-
Si non fitiffet inditus Faro de gente Burgun- » rement , Si Faron , de nation Bourgui-
dionum. a gnone , n'eût intercédé pour eux.
IL IL
Quando veniunt in terrant Francorum , » A l'arrivée des AmbafTadeurs en France,
Faro ubi erat Princepsy mijji Saxonum, » où Faron était prince, Dieu leur inlpira de
Injlincîu Dei tranfeunt per urbem Meldorutn , » paner par la ville de Meaux , pour les fau-
Ne inurficiantur à Rigt Francoium, » ver de la- mort que le Ko j leur préparait »t,
Nous favons que les foldats Français étant en ordre de bataille , Se
marchant au combat, excitaient leur valeur par des chanfons militaires ,
où ils célébraient les vertus de leurs anciens héros : Charlemagne , ( au
xaport d'Eginard fon hiftorien ) en fit un recueil \ & cet Auteur remarque
que ces chanfons , comme celles des Germains, faifaient toute notre hiftoire >
&: comprenaient les plus belles actions de nos premiers Rois (a).
La chanfon de Roland fuccéda , fous la féconde race , à ces vers barbares :
on l'appelait Chanfon de Roland s Cantilcna Rolandij pareequ'on y exaltait leî
faits de ce fameux Paladin.
M. le Marquis de Paulmy en ayant trouvé quelques débris dans de vieux
Romanciers , les a rafTemblés , les a embellis de plufieurs couplets qui fonr
abfolument dans le même efprit, Se en a fait une chanfon charmante , que
l'on trouvera dans ce livre. Il ferait à defirer qu'on la fit aprendre à nos
jeunes foldats j ce ferait pour eux la meilleure leçon de bravoure , d'humanité
Se de difeipline.
{a) Quel dommage que ce recueil n'exifte plus f quels matériaux plus précieux poui
fHiftoire ! Peut-être le trouverait-on dans les archives de la Tour de Londres , dans le
nombre des nunuferks emportés par les Anglais fous les règnes itc Charles VI & de
Charles VIL
SUR LA MUSIQUE. i«r>
M. le Comte de Trejfan trouve furprenant , avec raifon , qu'aucun
manuferit cligne de confiance ne nous ait ttanfmis la chanfon de Roland :
il croit qu'elle aurait dû fe conferver du moins par une tradition orale ,
puifqu'il eû prouvé que les vignerons, voifins de Marfeille ( colonie des
Phocéens) chantent encore en travaillant quelques vers grecs très altérés, qu'on
a reconnus pour être les fragmens d'une Ode de Pindare, fur les vendanges.
Il croit aufli que, s'il exifte encore quelques traits de cette chanfon, ce doit
être parmi les payfans des Pyrénées. (Nous n'en voyons pas la raifon , puifqu«
cette chanfon n'a été compofée qu'après la mort de ce guerrier tué à Ron-
cevaux, & qu'elle n'a pas été chantée dans les Pyrénées plus que dans tout
le refte du Royaume ). M. le Comte de Trejfan ajoute que feu M. le
Marquis du Viviers Lanfac 3 d'une illuftre n.iillance, dont la terre, fituée
dans les Pyrénées, eft depuis plus de fix cent ans dans fa maifon , eft le feul
qui lui avait afluré qu'il avait cru reconnaître des fragmens de cette
célèbre chanfon, dans la bouche des payfans montagnards; 6V: que l'on
pouvait rendre à -peu -près ce qu'il en avait raftemblé par la traduction
fuivante :
« O Roland ! honeur de la France ,
» Que par toi mon bras foit vainqueur!
» Dirige le fer de ma lance
w A percer le front , ou le cœur
» Du fier ennemi qui s'avance !
» Que fon fang coulant i grands floti
» De fes flancs , ou de fa vifîcre ,
» Bouillone encor fur la poufficre ,
» En baignant les pieds des chevaux !
» O Roland ! &c
Si les débris , fur Iefquels M. le Marquis de Paulmy a co:npof<; fa
chanfon, ne font pas les véritables, nous fommes tentés de leut en favoir
gré ; car il n'eft guères pollible de croire que l'ancienne chanfon fut aulli
agréable c\: aulli exprellive que la nouvelle.
L'Élégie de Gotefcale, qu'il compofi dans fon exil, peut être regardée
comme une chanfon. Elle eft adrellce à un de fes compagnons
N i
î^4? ESSAI
(a) « Cher enfant ( lui dit-il ) pourquoi demandez-vous que je criante
» quelques vers agréables ? Exilé au milieu des mers , pourquoi m'os-
» donnez- vous de chcnter?
» Miférable que je fuis ! les pleurs , les larmes , cher compagnon , me
» conviennent mieux que le chant. Ah! cher ami, pourquoi m'ordonnez-»
s» vous de chanter? »
Les chanfons furent écrites en latin jufqu'au tems ou les Normands
commencèrent à culciver la langue romance , & à la tirer de l'obfcurité
©.\ elle était depuis long-tems. La Provence lui difputa bientôt les grâces-
de la poéfie. Les Troubadours parurent & eurent de grands fuccès. On
lit dans l'Hiltoire de la Poéfie françaife, que la Provence fut la porte par
*■" ■ -■ ■ ■■ ■■■■ ■ i ■ ■ ■ ' ■- ■■ ■ ■ ■ i ■ iii ■■■■ni» »
(à)' Ut quid jubés pufiole +
Quare mandas filiole ,
Carmen dulce me camare r
Cum. fim longe exul valde }.
Intra marey
G cur jubés cancre h
Magis mihi miferale V
Flere lïbet puerale
Plus plorare quam camare f
Carmen taie , jubés quare ;
Amor care ,
O cur jubés canere , &c.
Cote/cale, nommé auflî Fulgence à caufe de fon attachement à la doctrine de ce îâintt:
Evêque, était Saxon. Forcé de fa faire Bénédictin à Fulde dans fon enfance, il réclama-,
en vain quelques années après, & le brouilla avec Raban ,. Archevêque de Mayence &.
'Abbé de Fulde. Il fe retira à Soifïbns, & y reçut l'ordre de la Prêtrife. La lecture des-
ouvrages de Saint Auguflin , lui donna des idées fur la prédeftination qui effrayèrent
l'Evcque de Vérone, avec qui Gotefcale eut de longues conférences , en revenant de
vifiter à Rome les tombeaux des Saints-Apô-res. Le charitable Evêque le. déféra à Raban f
«jui le fit condamner dans un Concile qu'il convoqua à ce fùjet ; & dans un fécond
Concile tenu en Quercy , il fut dégradé de la prêtrife, obligé de brûler lui-même Ces
ouvrages, battu de verges, &. renfermé dans une étroite prifon au Monaftere d'Auviller»
en Champagne , où il mourut en 868. Les Moines lui refuferent les Sacremens & la
fépulture , par l'ordre de Hincmar , Archevêque de Reims. Cependant fa doctrine fut
déclarée bonne au Concile de Valence, tenu treize ans avant fa mort , mais fa perfonne
n'en fin pas moins abandonés aux fureurs de il- s ennemis,.
SUR LA MUSIQUE. \^
cù la rime entra en France \ mais cependant on vient de voir des chantons
rimées long-rems avant les poéfies provençales (a).
Une Lettre d'Yves , Évêque de Chartres, au Pape Urbain II , nous aprend
que , fous le règne de Philippe I , un jeune homme, qu'on avait futnommé
Flora j pour marquer fa vie folle ôc eftcmin.ee, était l'objet des chanfons
fatyriques que l'on faifait chaque jour fur lui. Elles étaient auffi licencieufes
que fa conduite ; ôc le fcandale en fut fi grand, que le faint Evcque crut
devoir en écrire au Pape.
On a prétendu qu'Abélard avait compofé des chanfons françaifes (i)j mai»
rien ne le prouve. 11 eft vrai qu'il écrit à Héloïfe :
«< L'amour m ayant embrafé le cœur, fi j'inventais encore quelques vers,
w ils ne parlaient plus de philofophie, ils ne refpiraient que le langage de
>» mon vainqueur. Plufieurs de mes petites pièces font chantées dans nos
» villes, cvc. >» ( Ep. i ),
Et qu'Héloïfe lui répond r
«Entre les qualités qui brillaient en vous, deux fur-tout m'enflâmerenr,
5< les grâces de votre poéfie 8c celles de votre chant : toute autre femme en
» aurait été également enchantée. Lorfque, pour vous déialîer de vos
» exercices philofophiques , vous compofiez en mefure limple ou en rime,
» des Poéfies amoureufes, tout le monde voulait les chanter, à caufe de la
jj douceur de votre exprelfion &c de celle du chant. Les plus iufenfibles aux
» charmes de la mélodie ne pouvaient vous refufer leur admiration. Comme
» la plupart de vos vers chantaient nos amours, mon nom fut bientôt connu
•» par le vôtre. Les fociétés particulières Se les publiques ne retentillaient
(a) Plufieurs auteurs croient que la rime en vers était connue des anciens. Il eu vrai
«ju'on en trouve des exemples dans Catulle , dans Ovide & dans Virgile ; mais ils n'en
©nt iriï- que rarement ; toujours de manière à faire entendre qu'ils, ivcn aprouvaient pas
l'ulage fréquent , Se qu'ils ne l'ont connue que pour la rejetter.
On fait que parmi les Arabes , la rime eft d'un ufage immémorial. Des auteurs dignes
de foi, aflûrciu que l'Arabie feule a produit plus de Poètes que tout le refte du monde
enfemble; elle en compte jufqu'A foixante du premier ordre. L'un d'eux' a mi> l'Alcoran
en rimes. Avant l'irruption des Maures, arrivée en 711, 0:1 n'avait point vu de
«mis en Europe, on ne vit autre choie depuis. /'>vq PAbbi Matjiai, p. 81.
(£) L'Abbé- Mallieu le dit dans fon hiftoirc de la Poche Françaife, nais n'en apporte
aucuuc preuve..
.1+6 ESSAI
n que du nom d'Héloïfe , les femmes enviaient mon bonheur. Hélas ! que
» font devenus ces tems heureux! qu'ils font chang.'s! ( Ëp. 1 1 ).
Les Epitres d'Abélard & d'Héloïfe font écrites en latin , comment peut-on
en conclure que les chanfons , dont il eft: ici parlé , étaient en français ? Tous
les vers d'Abélard ont péri hors ces deux-ci :
« Vive , vale , vivantque tute , valeantque forons ,
» Vivite y fed Chrijlo , qucefo mei memores.
» Mon Héloife , adieu, vivez, tes feurs & toij
» Vivez pour Jéfus-Chrift, mais fouviens-toi de moi (a) i».
Nous ne pouvons raifonablement douter que toutes les chanfons , faîtes
avant le fiecle de Philippe-Augufte, n'aient été écrites en latin. En vain a-t-on
prétendu que les premières chanfons françaifes (ou romances) furent faites
fous Philippe I , rien ne le prouve : on peut donc en alïurer l'époque à la
fin du douzième fiecle (b). Ce genre eut un tel fuccès, que pendant le
douzième & le treizième fiecle , nous pouvons compter plus de cent trente-fix
Poètes qui nous ont laitfé des chanfons plus ou moins agréables, mais qui
prefque toutes ont de la naïveté & de la délicatede , même dans les fujets
les plus libres (c).
(a) Epitaphe d'Abélard, par Pierre de Cluny :
« Me , feiens , quidquid , fuie ulli feibile.
» Ci-gît tout ce qu'un homme peut (avoir ».
Bernard de Cluny fit un Poème de plus de trois mille vers exametres & rime's , dont
le fujet était le mépris du monde ; & pour rendre fon ouvrage d'une plus grande difficulté ,
fes vers ne furent compofés que de dattyles , excepté le lîxieme pied de chacun , qui
ne pouvoit ne pas être un fpondee. Ces vers latins Se rimes, s'appelaient Léonins.
(b- M. de Querlon nous dit que, pour peindre d'un trait les huit ou neuvième fiecles
Écoulés depuis le démembrement de l'Empire Romain jufqu'au renouvellement des lettres,
il y eut toujours du génie fans art , de l'efprit fans goût , du goût fans règles & fans
principes , des connaijfances deftituées de lumières , du f avoir fans difeernement , du
jugement fans critique , &c.
(c) Prefque tous ces Poètes compofaient les airs de leurs chanfons , mais ces airs n'étaient
autre chofe que du chant Grégorien ; & même c'était fouvent tout Amplement les chants
de l'Eglife qu'ils parodiaient. A la fin d'un grand nombre de leurs chanfons, on trouve
les premiers mots de l'hymne , dont l'air eft celui de la chanfon. Il eft fmgulier qu'il
n'y ait jamais eu en France plus de Poètes tendres , galants & libres , que fous le règne
du plus faint de nos Rois.
SUR LA MUSIQUE. 147
II eftctonant que depuis l'an 1385, environ jufqu'au règne de François I,
en ne puiffe rien trouver qui prouve que ce genre aie été cultivé. Depuis la
mort de Philippe-le-Hardi, peu de Poètes nous fonteonnus, peu ce chanfons
nous font reftées , excepté quelques-unes du Duc d'Orléans, de froilTarr, de
Machaut , & de quelques autres , mais inférieures à celles du treizième fiecle.
Ce fut donc fous Philippe-Augufte qu'on abandonna le latin aux hymnes 8c
aux autres chants de l'Eglifc; la langue françaife s'empara du refte, Se devint
la langue de la jonglerie, c'eft-à-dire, des Poctes épiques, dramatiques Se
lyriques.
Alors les chanfons françaifes commencèrent à devenir communes , &
Gautier de Coincy, religieux de faint Médard de Soilfons, en compofa un
nombre confidérable, que nous avons encore manuferites. Les premières
furent appelées (a) Lais, Se prefque toutes étaient une forte d'élégie, dans
laquelle le Poète fe plaignait de quelqu'infortune amoureufe.
Triftan , célèbre par fes amours, qui font la matière du premier de nos
Romans (b), elt fouvent occupé à acorder fa harpe & à chanter des Lais (c).
On prétend qu'il y avait alors plus d'un heele que les Poctes Provençaux
compofaient des chanfons , Se que c'eft à eux que nous devons les nôtres. Si
cela eft, on les doit à quelque Troubadour acueilli à la cour de Philippe—
Augufte, fes chanfons auront eu du fuccès, & auffi-tôt nos Poètes fe feronc
efforcés d'en faire de femblables. En effet les plus anciennes que nous ayons,
font de Coincy , de Chrétien de Troye, d'Auboin de Senne , du Châtelain
de Coucy, &c. (d) qui vivaient vers la fin du douzième fiecle. Thibaut,
Comte de Champagne Se Roi de Navarre, qui floriffait cinquante ans après
eux, fut un des plus grands amateurs de ce genre de poéfîe, qu'il cultiva
lui-même avec fuccès. 11 nous refte foixante-huit de fes chanfons, dont M.
Levefque de la Ravaliere nous a donné foixante-fix dans une édition qu'il en
(il) Du mot latin LeJflfS , qui ligniliait complainte ou chant funèbre.
(/>) Il parut en 1 150.
(<■•) Dans le roman de Perceforcit, on voit qu'aux tables des dames A: demouellcs de
la Reine, une pucelle, [ c'eft ainlï qu'on appelait alors toutes les jeunes filles-] , difait
mie clianlon , & que toutes répondaient.
(cl) Parmi les Poélies d'Euftadie Defdiamps , on trouve une dnuifon à boire , qui çll
peut-être la première que l'on connaillc dans noire poeiic.
1*8 ESSAI
a fait faire (a). Cette édition eft correéte, & ornée d'excellentes remarques
fur les révolutions de notre langue , «Se fur l'ancienneté des chanfons
françaifes.
L'exemple de ce Prince entraîna quantité de jeunes gens qui voulurent
l'imiter ou lui plaire. Les noces des frères de faine Louis, avec les PrincelTes
de Touloufe & de Provence , donnèrent une ample matière à nos Poc'tes
d'exercer leurs talents. Charles d'Anjou fut lui-même de leur nombre. M.
de la Ravaliere aflure n'avoir trouvé aucune pièce de fa façon \ cependant il
a fait fon édition des Poéfies du Roi de Navarre fur le manuferit de la
bibliothèque du Roi, n° 7121 j Se la quatrième chanfon de ce Recueil porte
le nom du Comte d'Anjou (è).
L'Académie établie en Provence pendant près d'un fiecle, donna le tort
à la poélîe françaife , qui par conséquent ne s'occupa que de chanfons, qui
alors s'appelaient chants royaux (c), foit à caufe du Roi de Navarre, qui en
compofa une foule, foit pour marquer que c'était le Pocme le plus noble 8c
le plus digne d'être chanté à la cour. Car bien différentes de nos vaudevilles,
loin de paffer de bouche en bouche , elles n'étaient compofées que pour les
oreilles les plus délicates, Se exécutées dans ces tems-là par les plus habiles
Muficiens.
Le grand défaut de ces chanfons eft leur monotonie infuportable ; prefque
(a) Nous «porterons les deux que M. de la Ravaliere n'a pas connues , pour que le
public ait la collection complette des chanfons du Roi de Navarre. L'une fe trouve dans
les manuferits du Roi & du Vatican, & l'autre dans celui de M. le Alarquis de Paulmy.
(B) Elle commence ainfi :
« Li granz defirs & la douce penfée
» Que j'ai por vos , dame qui valez tant ».
Nous en avons trouvé une féconde dans les manuferits de M. de Sainte-Palaye, & notiç
les raportons toutes deux à l'article du Comte d'Anjou.
(c) Ces chants étaient compofés de trois, quatte ou cinq fiances, le dernier vers de
îa première devait fervir de refrein aux autres, & on leur donnait ce nom parce qu'on
adreffait cet ouvrage au Roi; les balades fuccederent aux chants royaux, & étaient moins
longues. Ordinairement à la fin de ces deux Pocmes , on mettait en cinq vers un abrégé
du fujet , qu'on appelait envoi , parce qu'on l'adrefTait au Roi , pour fe le rendre favo-
rable. Du Chant royal & de la Balade, font venus le Lay , le Virelay , le Rondeau,
jie Triolet, & tous les petits ouvrages dont le retiein fait l'agrément,
tous
SUR LA MUSIQUE. t#
tcnis les Poètes fe font afllijetis au même modelé ; prefque toujours ils parlent
du printems , des fleurs , de la verdure , du ramage des oifeaux , &c. Il
Semblait qu'il y avait alors un cadre général qui fervait aux Clianfoniers.
Cependant ils avaient un fécond genre qui différait uij peu du premier, mais
qui avait auflî fa monotonie : c'elt ce qu'on appelait PaflourdU. Le Pocte
fort dans les champs à pied ou à cheval, rencontre une Bergère très-jolie, lui
fait des proportions, Se de gré ou de force finit par jouer avec elle le jeu
d'amour. Cette monotonie était déjà infuportable du tems de Thibaut, qui
s'en moque dans une de fes chanfons, où il dit : « que les feuilles 6c les
» fleurs ne fervent en rimant qu'à ceux qui ne faveur, point inventer
a» d'autres fujets >».
« Feuille ne flors ne vaut rien en chantant
»> Fors ke por défaute fans plus de rimoier, &c »."
Nous allons entrer dans quelques détails fur les anciens Poctes, Se raporter
fur eux & fur leurs ouvrages le peu que nous en favons. Plufieurs ne font
connus que de nom ■ Se les chanfons qu'ils nous ont biffées , ne nous font pas
regreter d'être fi mal infrruits fur leur compte. Des diftérens Recueils que
nous avons examinés , Se qui renferment plus de douze cent chanfons ,
environ foixante-quinze nous ont paru dignes d'être diftinguées. Peut-être
cependant jugera-t-on que nous aurions dû nous montrer plus difficiles.
Adam de la Halle furnommé le Bossu, né à Arras, fe fit Moine à
l'abbaye de Vaucelles l'an 1 300 ou environ. 11 avait été marié avant de f*
faire Moine, ainfi que le prouvent ces vers.
« Seigneur, favés pourquoi j'ai mon habit changé,
» J'ai été avec femme, ot revais au clergé ».
Nous avons de lui trente-trois chanfons. On peut voir à la bibliothèque
du Roi fes chanfons manuferites, n° 7365.
11 eft auteur du Roman d'Ogei le Danois.
« En tel manière k'cirre n'en puifl blâmez
» Li Roy Adams pat ki il eft rimer»*
Adenez (Le Roy), Pocte Se excellent joueur d'inftrumeiis, a fait le
Roman de Cléomadês Se celui de Bertin , où l'on trouve beaucoup
chanfons.
Tome IL Q
<5*o ESSAI
II floriflait en info, & étaic Meneftrel & Roi d'armes de Henri Duc
ce Brabant.
Dans ce rems-là, les Poètes fe donnaient que'quefois le titre de Roi,
comme pour prouver la fupériorité qu'ils avaient fur les autres hommes.
On lit dans le roman de Cléomaies par Adene%»
« Ce livre de Cléomadès
» Rimé-}e le Roi Adenez ,
» Meneftrel au ban duc Henry ».
On a vu qu'Adam avait pris le même titre dans le Roman d'Oger le
Danois (a).
Il ne nous refte aucune chanfon d 'Adenez, quoiqu'il en ait fait un
grand nombre.
Alars de Caus. Il nous refte de lui deux chanfons qui fe trouvent dans
le manufcrie du Roi. Il vivait dans le treizième fiecle.
Alexandre de Paris , né à Bernay en Normandie , fous Philippe-Augufte ,
floriifait vers 1200.
On prétend qu'il eft le premier qui fe foit fervi des vers de douze fyllabes,
qui prirent.de lui le nom d'Alexandrins (A). 11 acheva en vers de cette mefure
le roman d'Alexandre.
Cet Alexandre de Paris fut un célèbre Jongleur.
« Alexandre nos dit que de Bernay fut nez,
» Et de Paris refiit fes furnorns appelés ».
(a) On croit que Marie de Brabant eut grande part aux ouvrages d'Adenez , fur-
lout aux Romans de Berthe au. grand pied, de Cléomadès & à'Ogler le Danois.
Cette PrincefTe aimable & éclairée , fut féconde femme de Philippe le Hardy. Jamais
elle ne fut foupçonnée de galanterie, mais elle efiuya une accufation bien plus grave,
ce fut d'avoir empoifoné Louis , l'aîné des fils du Roi & d'Ifabelle d'Arragon , fa première
femme. La Broffe , d'abord barbier du Roi , puis fon favori , & fon premier Miniftre
fut fon accufateur; mais la vérité fut reconnue, & la BroJJl pendu. Il faut lire cette
anecdote intéreiïànte , & qui fait connoître l'efprit de ce fiecle flngulier, dansla Bibliothèque
des Romans, Décembre 1778, pag. 100.
{b) Nous ne favons pas pourquoi on lui attribue l'invention des vers de douze fyllabes,
puifqu'ij n'eft que continuateur du roman d'Alexandre , compofé par Lambert li Cors ;
& que le commencement du roman eft en vers de même mefure. Ccft donc Lambert
qui en eft l'inventeur.
SUR LA MUSIQUE, ïp
L'Auteur du roman d'Athis &c de Prophylias eft aufïi nommé Alexandre;
mais on ignore fi c'eft le même : le ftyle le rai: croire.
Amiens le Clercs ( Henri ) , connu feulement par le Manufcrit du
Vatican. Il nous refte une chanfon de lui.
Amiens le Paignieres (Guillaume d' ). Il vivait , ainfi que le précédent ,'
du tems de faint Louis , & nous a laitfé deux chanfons , qu'on trouve dans
le manufcrit du Vatican.
Andeli ( Rogerin ou Rogiers d' ) , cité par Faucher, a laifTé deux chanfons
qui font dans le manufcrit du Roi. Il vivait fous Saint Louis.
Angecourt ( Perrin d' ). Il fut attaché à Charles d'Anjou, frère de Saint
Louis , à qui il adrelîa plufieurs de les chanfons : elles nous aprenent qa'il
demeurait à Paris par amour pour fa Dame.
Le manufcrit de M. le Marquis de Paulmy en contient vingt-quatre, &
Fauchet en cite vingt -fept ; mais nous n'en connailTbns que vingt-fix.
P A S T O U R E L L E (a).-
Au temps nouvel
Que cil oilêl
Sont hetie & gai ,
En un bochel
Sanz paftorel
Paftore trouvai ;
Oi\ fcfoit chapiau de flors ,
Et chantoit un fon d'amors
Qui mule cft jolis.
Li penfers trop mi guerroie
De vous , dou\ amis.
Par grant rével
Ens cl piael
Dire li allai ;
S'il vous eft bel
« Au tems nouveau que les oifeaux font
» gais & joyeux , je trouvai une bergère
» toute feule dans un bofquet où elle railbit
» un chapel ( couronne de fleurs ) , &
i> chantait un air d'amour quf cft joli. Son-
» gtr à vous me tourmente trop , doux
» ami.
» Tout joyeux, j'allai dans le bois 1
» dis : C\ vous voulez, jcpiends votre chapel ,
>• 5c me donne à vous; je ferai confiant
» & loyal , fans jamais penfer à d'autre .
{a) Les deux derniers vers de chaque couplet font des refreins d'autres chan
le Poète acommode à la liennc-j Si voilà pourquoi ils ne font jamais d: la iucuiciu.
O i
IJ*
ESSAI
Por vo chapel
Voftre Revendrai :
Fins & loiaux à touz jorz
Sans jamés penfèr aillors ;
Et pour ce vous proi,
Bergeronnette ,
Fêtes vofire ami de moi.
Sire , allez-en ,
C'eit pour noient
Qu'elles ci afîîs !
J'aim Ioïaument
Robin le gertt,
Et ferai tandis ;
Sa mie fui & ferai,
Ne j'a , tant com je vivrai ,
Autre n'en jorra.
Rohln m'aime, Robin m'a,
Robin m'a. demande fi m'aura.
Mult longuement
L'alai proiant,
Que riens n'i conquis.
Etroitement
Tout en riant
Par les flans la pris,
Sur l'herbe la fouvinai.
Mult en fut en grant eûiiai ,
Si haut a crié ,
Belle douce mère
Me ! Garde\-moi ma chafie'e.
Tant i luitai
Que j'achevai
Treftout mon defir.
Je la trouvai
De bon eflai ,
Et douce à fentir.
Alors fi me fui tornez;
Et, quant je fui remenbrez,
Si pris à chanter :
Par les Sain^ Dieu, douce Margot ,
Il a grant paine en bien amer,,
n je vous prie donc , douce bergère , failli
» votre ami de moi.
» Sire , retirez-vous ; vous avez perdu
» vos pas en venant ici. J'aime avec fidé-
» lité le gentil Robin , & l'aimerai tou-
» jours. Je fuis & veux être fa mie , Se
» jamais tant que je vivrai , nul autre ne
» jouira de moi; Robin m'aime, Robin
nm'a, Robin m'a demandée, s'il m'ob-
» tiendra.
r> Pendant long-temps je la priai Se ne
» gagnai rien ; alors tout en riant , je
» la faifis étroitement par le corps Se la ren-
» verfai fur l'herbe. Elle fut bien étonnée
» & cria de toutes fes forces ; douce vierge
» fauve\mon honneur.
» Je travaillai fi bien qiw j'accomplis
» mon défit , & la trouvai de bon aloi r
» Se ayant la peau douce. Alors je m'en-
» allai , & quand je me rappelai moi»
» aventure, je memis à chanter, par les
» faims Dieu, douce Margot , on a bien
» de la peine à bien, aimer ».
SUR LA MUSIQUE. iS3
Anjou (Charles d' ), frère de Sainr Louis, naquit en 1220, Se mourut
le 7 Janvier 1185. Gendre & héritier de Bérenger , comte de Provence,
il conquit le royaume de Naples, & y porta avec lui le génie de la litté-
rature françaife. Il commença par l'introduire à Ilorence, dont il fut maître
plufieurs années. Quelques Ecrivains ont cru que le féjour de la maifon
d'Anjou en Italie & la réfidence de la cour de Rome en Provence avaient
contribué à former, polir & enrichir l'Italien. Que cela foit ou non, il
eft certain que les Écrivains Provençaux ont contribué à faire fleurir la
littérature italienne. Le goût des romances y fît pafler infenfiblement , en
plufieurs contrées, avec le goût de la galanterie, celui de lire les romanciers
provençaux, & même l'envie de les imiter.
Chanfon du Comte d'Anjou.
Li granz defirs & la douce penfée
Que j'ai por vos , dame qui valez tant,
Dont la peine ne puet eftre celée
Ou m'avez mis & tenu longuement,
Encor tenez mon cuer en tel tonnent
Dont )'a n 'lierai nul jor de mon vivant
Se par vos non , douce dame honorée.
Li granz defirs & la paine m'agrée
A fourTrir tant de fin cuer bonement
Que par tos m'iert tote joie donnée ,
Douce dame qui tant elles plaifant ;
Et fâchiez bien, Madame, à enfeiant
Se de vos n'a aucun alégemant
Je ne fai mais où merci foit trovée.
Et fanz merci comment iert endurée
Si granz dolors par moi tant longemcnt?
Se par vos eft pitiez entroubliée ,
Douce dame à cui mes cuers s'atent,
Mon cors perdrai & ma vie enfemant ;
Et Tachiez bien , dame , certainement
Si en feroiz de fins amans blafmée.
Douce dame , car foiez remembrée
De la peine que fuefrent fin amant
Tant que par vos me foit guerredonéc
« Les grands defirs & les douces pen-
» fées que vousm'iniphés, Dame qui vale»
» tant, font G puiflans , que je ne puis plus
» celer davantage les peines que depuis long
» temps vous me caufés. Vous tenez mon
» cœur dans un tel tourment que jamais de
» ma vie il ne me fera pollible d'en for:irque
» par vous feule, douce Dame, mes amours.
» J'aime cependant à foufTrir, de bonne
» foi, «es peines & ces delîis violens, parce
» que j'efpere que par vous , me feront
» accordés tous les plaifirs ; belle qui (avez
» tant plaire , Se fâchez que fi je ne reçois
» de vous aucun foulagement, je ne fais
» plus ou l'on trouvera merci déformais.
» Et fans merci comment pourrai-je en-
» durer fi long-temps de telles douleurs?
«douce beauté, en qui fe repofe mon
» cœur, fi vous oubliez la pitié, je perdrai
» le jour & la vie ; mais Cachez au/fi que
v vous en ferez à coup sur blâmée par les
» vrai amants.
» Douce Dame, fongez fans cciTe aui
» tourmcn.s qu'enJure un amant véritable,
» jufqu'à ce que vous inc rccompenûcz de
i ;•£
ESSAI
Cele que j'ai foufferte , Se tozjors fan: :
Car onques n'oi voloir ne hardement
Ne fa n'aurai , fe Dieu plaift le poifTant ,
Que par moi foi: loïal amors ghilée.
Ja envers vos n'iert par moi porpenfe'e
Defloïautez , douce dame avenant j
La bonne foi qu'ai del cuer en convant
Lors porroiz vous , fanz blafme de la gant,
Et au maugré des félon mefdifant ,
Faire de moi ami com bien amée.
Douce dame , del tout à vos me rent ,
Aïez pitié de moi, s'il vos agrée.
» ceux que j'ai foufferts , & que je fouffre
» toujours : car jamais je n'eus & jamais
» je n'aurai, s'il plaît au Tout-Puiflant ,
» le vouloir Se la hardieffe de manquer ea
» rien au loyal amour.
» Jamais non plus je ne fongeai à vous
» être infidelle , douce Se belle Dame. Mais
» aullî quand vous aurez connu & éprouvé
» la bonne foi qui eft dans mon cœur ,
» alors vous pourrez , fans craindre le blâme
» public , & en dépit des lâches médifans,
» faire de moi votre ami comme vous êtes
» ma bien aimée. Douce beauté , je me
» rends à vous tout entier ; prenez pitié de
» moi , je vous en conjure ».
Autre Chanfon du Comte d'Anjou.
Trop eft deftroiz , qui eft defeonfortés
De cele en qui il a tout fon cuer mis ,
Et g'en ai tant foufert & enduré
Paine & travaux come loïaus amis ;
Et fachiés bien ja ne m'en retiaierai ;
Ainz ferviray à mon pooir touz dis ,
Tant que j'aurai vers ma dame trové
Aucun confort des maus où il m'a mis.
Li defeonfors m'a fi défefpéré
Que je ne fai que puifle devenir ;
Mes un efpoir m'a fi réconforté
Que il li doit de mes maus fouvenir :
Et tant me fi en fa grant loïauté
Ja por autre ne me devra guerpir ,
Quant il faura con je li ai efté ,
Fins & verais , cortois fans repentir.
Se loïauté me voloit avancier,
Bien porioie de Iégier fouftenir
Ma grant dolour, & mes maus alégier
Que bone amor me fait por li foufrir :
« Trop eft malheureux celui qui fouffre
» par celle en qui il a mis fou cœur. J'ai
» enduré comme un amant loyal beaucoup
» de peines & de travaux , fâchez cepen-
» dant que jamais je ne m'en féparerai ,
» mais que je la fervirai toujours félon
» mon pouvoir , tant qu'à la fin je trou-
» verai chez elle le foulagement des maux
« qu'elle me caufe.
» Mes douleurs m'ont Ci fort défèipéré ,'
» que je ne fai plus que devenir ; mais une
» efpérance me ranime , c'eft qu'elle doit
» fe fouvenir de mes maux ; Se je me fie
» tant en fa loïauté , qu'elle ne m'aban-
l> donnera jamais pour aucun autre, fur-
» tout quand elle faura combien j'ai été
» tendre , fidèle & courtois fans changer.
» Si fa loyauté voulait m'obliger , je
» pourrais fans peine fupporter ma douleur,
» Se voir alléger les maux qu'amour fidèle
» me fait endurer. Je fuis & ferai toujours
SUR LA MUSIQUE.
» à fon fcrvicc : Se fâchez que je ne cherche
» point à me feparer d'elle , mais que je
» la piie feulement d'empécher que le
» défelpoir ne me rafle mourir.
» Elle m'afflige celle qui devrait me fe-
» courir, & elle ne daigne avoir pitié de
» moi. Rien ne pourra me guérir pour:aat ,
» que ccllc-l.i feule qui me tient fournis
» au point que je ne puis, ni ne fais prendre
» conlèil. Je demeure étourdi Se éperdu,
» & puifqu'elle eft réfolue de me laifler
» languir, mieux me vaudrait la mort qu'elle
» veut me procurer.
» Un feul efpoir me réconforte, c'eft
» que jamais je ne fus inconftant , que
» toujours je l'ai iervie autant qu'il a été
» en moi , & que je n'eus jamais de pen-
» fées que pour elle. Cependant elle me
» dédaigne, & je fais bien que je ne l'ai
» pas mérité. Malgré cela je fuis réfolu
» d'attendre fa bonne volonté , & je l'ac-
» tendrai comme un amant loyal ».
Argies ( Meflire Gautier d' ). On fait feulement qu'il était ami de maître
Richard ( de Semilly ou de Fournival ).
Il vivait certainement fous le règne de Saint Louis , étant compris dans le
manuferit des Poètes du treizième fiecle.Noas avons vingt -fept chanfon s de lui.
Chanfon de Fournival.
Touzjours ferai Se fui en fon dangier,
Et fachiès bien ja ne m'en quicr partir,
Por ce li pri qu'ele mi veuille aidicr.
Qu'en defefpoir ne me face moiir.
Celle mi nuill qui m'y devroit aidier,
Et (i ne daigne avoir de moi merci,
Ne nulc riens ne mi puet alégicr
Se celé non qui li me tient (ài/î
Que ne me puis ne ne fai confeillier,
Ainz en rcmaing dolens Se esbahi.
Puifqu'el me veut en tel dolor laiiTier,
Melz me vendroit la mort que vuift enfi.
Un feul confort me tient en bon efpoir,
Et c'eft de ce c'onques ne la guerpi,
Servie l'ai touzjors k mon pooir
N'oncvers autre n'oi penfé fors qu'à D.
Et à tout ce me met à non chaloir,
Et fi fai bien ne l'ai pas défervi :
Si me convient atendre fon voloir
Et atendrai comme loyal ami.
Chanfon ferai mult marriz
D'amors qui tant fçut valoir
Faus l'ont leffié décheoir ,
S'en cft periz.
Li mons cft vaincuz & failliz:
« Je ferai une chanfon pour regretter
» amour qui (iit tant valoir. Les faux amans
» l'ont laifTé dépérir ; il ttl mort. Le monde
» eft dégénéré S: corrompu ; le il n'eft
»> pas étonnant, puifqu'aœoui n'a plus de
Droift cil, puifqu'amors n'a pouvoir, » pouvoir ,& que les hommes ne Talent
Que li liecles ne puet mes rien valoir. » plus riea.
Bien vos a à noient mis
Ainors qui donne favoiï ,
Dames & Barons. Valoir ,
Houor & pris
» Dames & Barons , aaiour qui départie
» le favoir vous a réduits à rien. Valeur,
» honcur St mérite eu font altérés ; &
» reniarquez-k bien , vous tous ; la:gcflè &
/
15*
ESSAI
En eft mule forment arnaie.
Et bien fâchiez vous tous de voir,
Largèce & bien fe font mes pou paroir.
Solaz gieu ... & ris ,
Cortoide & dire voir ,
Voit l'en mes mule reraanoir.
Bien eft traïz
Cil, celé qui s'en fet efchis;
Car ne puet grant j'oie avoir ,
Ne li conviengne en fine amor morir.
Amors m'ont lafehié & pris ;
Et fi ferf à mon povoir
Celi qui me fet doloir
Si m'esjoïs ,
Entant qui fui fins amis;
Se loïauté me puet valoir,
Ne puis faillir à guerredon avoir.
» belles actions fe montrent aujourd'hui
» rarement.
» On voit maintenant gaieté , jeux Se
» ris , courtoifie & franchife fe cacher.
» Celui ou celle qui les recherche eft bien
» trompé: car ils ne peuvent plus goûter
» de joie , à moins qu'ils ne perféverent
» jufqu'à la mort, dans un amour confiant.
» Amour m'a enlacé & pris , & je fers ,'
» autant qu'il eft en moi, celle qui caufe
r> mes maux. Je me réjouis pourtant d'ai-
» mer avec tant de loyauté ,• car fi la conf-
» tance peut être utile, je ne puis manquer
» d'être récompenfé »,
Arnould le Viéleux vivait dans le treizième fiecle, & a lailTé trois
chanfons, dont deux font dans le manuferit du Roi, &c une dans ceux de
M. de Sainte-Palaye.
Aubins (ou Auboins) de Sézane, vivait fous Saint Louis, Se nous a laifl»
cinq chanfons.
Chanfon d' Aubins de Se^ane.
Lonc tens ai efté » J'ai été long-temps dans le chagrin
En ire fanz joie, » fans mélange de joie , & cependant j'ai
Et fi ai chanté » chanté, parce que je m'efforçois. Je vais
Que je m'efforçoie. » être maintenant joyeux , car amour m'a
Or me vient à gré » commandé de le fervir à fon gré.
Que g'envoifié foie ,
Qu'amors m'a mandé
• Que fervir la doie
A fa volemé.
Dex ! tant fut bon nez
Cil qu'amors meftroie ,
Que quant fon grevé
Tant bel les ravoie !
Tout mi fui donné ,
» Dieu ! comme font heureux ceux qu'eix
i» flamme amour , puifque quand ils font
» daus la peine , il les ranime fi agréa-
» blement. Je me fuis livré à lui, quand
» je devrais e» mourir j & ne veux
jam ais
SUR LA MUSIQUE.
Se morir dévoie :
N'ai pas en penfé
Que partir m'en doic
A tout mon aé.
Dame, a vous me rent,
Franche débonnaire.
Par un biau femblant
Me poez liez fere.
Quant vois remuant
Votre cler viere,
Joie en ai Ci grant
Que ne m'en puis taire :
Pour ce chant.
Pafcot en chantant
Dit, cil ne vit gaires
Qui por mal qu'il fent
Se cuide retraire.
Moi n'eft à noient
De touz les maus traire ,
Se à mon vivant
Povoie riens faire
A fon talent.
Fine amour , merci :
En vos eft ma vie.
Bien m'avez traï
Se n'ai voftre aïe ,
A touz Sainz le di ,
Se je pert ma mie
Qu'en Dieu ne me fi ,
Ne liens ne lui mie :
Si l'aifi.
IJ7
» jamais m'en feparer , tant que je vir
» vrait
» Dame franche Se débonnaire , je me
» rends à vous ; vous pouvez par un regard
» favorable me rendre joyeux. Lorfque
» j'admire votre vifage brillant, je rcfTcns
» tant de joie que je ne puis plus me teoir ,
i> & c'eft ce qui me fait chanter.
» Pafcot (a) dit dans fes chanfons, que
» celui-là ne mérite gueres de vivre , qui,
■» pour quelques maux qu'il fen: , veut fe
» retirer. Moi je regarde comme rien tous
» ceux que je peux foufhïr , (i pendant
» ma vie je puis faire quelque chofe qui
» plaife à ma belle.
» Amour je vous cric merci ; en vou»
» eft ma vie, & vous me l'aurez ô:ée par
» trahifon , (i vous n'avez pitié de moi.
» Je le déclare à tous les Saints ; oui
» (î je perds ma mie , je ne me fie plus ea
»Dicu, & ne veux plus être i lui, je
» l'alTure »,
Audefrois le Bâtard eft compris dans le manuferit des Poètes avant
1300. Nous avons de lui dix-fept chanfons.
Autik ( Simons d' ) ou d'Athies. Guy tfAthxt était garde-des-fce.iux fous
Pliilippe-Augufte, depuis 1101 jufqu'en 1103.
(il) Poète aparammenc fameux alors par fes chaulons, qui font entièrement perdues.
jniifqu'il ne nous eft connu que par cette citation.
Tome II. P
ïjs ESSAI
Hugues d'Ath'us était Grand - pahetier fous Philippe - Augufte & fous;
Louis VIII. Peut-être Simon d'Athies était-il le fils de l'un ou de l'autre-
Nous avons de lui onze chanfons.
Chanfon de Simon d'Athies.
» Fou eft celui qui de fang froid veut
« femer fur le fable; mais plus fou encore
» eft celui qui entreprend d'aimer femme
Folz eft qui à efcient
Veut for gravele femer ;
Et cil plus qui entreprent
Volage femme à amer.
On n'i puet raifon trouver ,
Toft ame , & toft fe repent ,
Et toft fet celui dolent
Qui plus s'i cuide fier.
Vaillanz hom , quant à li tent,
Fet trop adès à amer :
Car c'eft cil qui fanz bon vent
S'efpant en la haute mer,
A tel feme doit béer
Un çonchieres de gent
Qui par fon conchiement
La fâche à fon droit mener.
» volage. On n'y petit faire aucun fonds ;
» elle aime foudain , foudain elle s'en
» repent , & elle caufe bien de la peine
» à celui qui ofe s'y fier.
» Un galant homme, quand il jette
» fes vues fur elle, fait trop de l'aimer j
» c'eft comme celui qui , fans un bon vent
» fe mettrait en mer. L'homme qu'il faut
» à une telle femme, c'eft un de ces ha-
» bleurs fieffés , qui par fes hâbleries vienne
» à bout de l'amener à fon but ».
AUTRE.
Tant ai amors fêrvie & honorée,
Bien mi devroit mon fervife mérir ,
Mes ma dolor n'ieft ja guerredonée
Qu'à moi ne puet joie d'amors venir,
t< J'ai fi long-temps fervi & honoré amour
» qu'il devrait bien m'en récompenfer; mais
» ma douleur n'obtiendra jamais un tel prix.,
» & je ne puis m'attendre.t fes plaifirs. Ah
He ! Diex ! comment mi porroie esjouir » Dieu ! comment pourrais-je efperer de me
Quant je esloing la riens qui plus m'agrée ! » réjouir quand je me fépare de ce qui me
» plaie le plus au monde .:
Se li miens cors fe part de fa contrée, » Si mon corps quitte la contrée qu'elle-
Ne s'en vuet pas pour ce mes cuers partir, » habite , mon cœur au moins ne veut pas
G'en port mon cors, mes g'i les ma penfee: » pour cela la quitter. J'emporte l'un,
Qui près aime , de loing ne puet haïr, >' mais je lui laifTe l'autre. Qui aime de
Ne près neloing nepuet vraiscuers mentir, » près ne peut haïr de loin, & ni de près
Ne ja amors n'iers de mon cuer fevrée. » ni de loin un cœur vrai ne peut tromper..
» Ain fi jamais amour ne fortira de mon
•n cœur.
Gel eft & belle & bone & bien fenée.
S'ele. s'amor mi daignoit confenùr,
» Elle eft belle , elle eft bonne & pleine
» d'efprit, Si elle daignait m'accorder foui
S V R L A M U S I Q U E. v$a
Adonc feroit ma dolor oubliée. » amour, j'oublhai.jrinftantmesdoubui
Je l'amerai, s'en devroic morir : » Oui, je veux l'aimer, quand j'en devrais
Car plus me pleft, pour li aimer, languir » mourir; il me plaît davantage de fouffric
Que par autrui fuit ma dolor fanée. » en l'aimant , que fi une autre guétiflâit
» mes maux.
En pou d'eure fii bien ina mort jurée » En bien peu de temps ma m i
Sanz moi avant défier & garnir. » arrêtée, fans que j'euiïê pu m'en défier
•Si œil riant, fa bouche colorée, >, ni m'en défendre. Ses yeux riar.s , fc:-
Ses biax parlcrs qui tant plcit à oïr » lèvres vermeilles , fa douce voix qu'on
Bien u i forent décevoir & traïr » a tant de plaifir à entendre , furent me
Qu'en contre aus trois n'ot ma réfon durée. >> féduirc & me tromper , & ma raifon ne
» put réfifter à eux trois.
Toute biauté eft en li aiinée; a Elle réunit toutes les beautés , & Dieu
Souffrcte en ot dex en moi cnbelir. » en manqua lorfqu'il voulut m'en ^ratifier.
Et quant biauté s'eft toute à li donée , >» Mais en les lui donnant toutes & en ne
Dex qui me fift à la biauté faillir » m'en donnant aucune, il m'a au moins
M'a donné cuer verai pour li fervir, » accordé un cœur fincere, douce diunc
Douce dame honorée. » que j'honore ».
Autieux ou Autels ( Baudoins de3 ) vivait dans le treizième fiecle, &:
nous a laifle deux chanfons.
Celles que nous avons vues de lui, ne valent rien.
Bar. ( Le Comte de ) Le manuferit du Roi renferme une de fes chanfons,
Renaud II , dit le jeune , époufa Agnes de Champagne 3 fille de Thibaud IJry
Comte de Champagne j & de ce mariage, vint, i°. Henri I, mort fans enfans
au liège d'Acre en 119». i°. Thibaut !, mort en 1117. Il fut.Comti
Bar après la mort de fon ftere, & n'eut d'enfant que Henri II, Comte de
Bar 3 qui époufa en 12.19 Philippe de Dreux, fille do Robert de Dreux,
Comte de B raine , & d'Yol.ind de Coucy, frxur ou tante de Jean de Braïne,
dont on verra un article ci-après, Se qui nous a laifle trois chanfons. Ce?
Comte de Bar fe croifia en 1239, avec Thibaut, Comte de Charopàgii
Roi de Navarre; cV s'etant laifle furprendre par les Sarazios près de Gaza
en Paleltine, avec Am.uiri de Mont tort & plulicurs autres braves "uerriers,
on a toujours ignoré s'il fut tué à cette action, ou s'il mourut en prifou j'mais
depuis ce moment, il ne hit plus mention de lui.
Henri l.l laiflà deux fils, Thibaut II & Renaud. Thibaut époufa , i°. Jeanne
P z
x6o ESSAI
de Flandres 3 fille de Guillaume de Dampierre 8c de Marguerite, Corntefle
de Flandres; z°. Jeanne de Montmorency ; 30. Jeanne Toucy.
Nous ferions bisn tentés de croire que le Comte de Bar, qui nous a: laifTé
une chanfon, était Thibaut II 3 gendre de la Comtejje de Flandres, ami du
Duc de Brabant 8c frère de Renaud 3 Marquis de Bar y circonftances qui
conviennent toutes à fa chanfon j mais un obftacle invincible s'y oppofe. A la
fin de fa chanfon, il s'adrelfe au bon Comte d'Aloft; 8c vers Tan 1240 , où
fa chanfon aurait pu être faite, il n'exiflait plus de Comte cVAloJî; le dernier
étant mort en 121 2. C'était Philippe, Comte de Namur & àA'loJl , fécond
fils de Baudoin le Courageux 3 Comte de Hainaut, qui devint aiiifi Comte
de Flandres en 1 191 , après la mort de Philippe d'Alface fon frère, tué au
liège d'Acre. Ce Philippe, devenu Comte d'Alqfi, avait époufé en 1206
Marie de France 3 âgée de huit ans, fille de Philippe- Augufie 8c à' Agnès de
Me-anie, répudiée en 1201 8c morte quelques mois après au château de
Poilîy. Marie avait d'abord été proinife au fils du Roi d'ÉcoJfej puis à Anus >
Comte de Bretagne & d'Anjou. Après la mort du Comte d' AloJl3 fon mari ,
elle époufa Henri I3 Duc de Brabant 3 qui mourut en 1235J & e'"e ^e
iuivit bientôt après, le 1 Août 1238. Le Comte 8c la Comteffe d'AloJl
étant morts fans enfans, le comté fut réuni à la Flandre j 8c depuis 1212-,
on ne connaît plus de Comtes d'AloJl'.
Le comte de Bar, auteur de la chanfon , ne peut donc pas être Thibaut.II 3.
puifqu'il ne fut Comte que vers 1 24,0. Il eft à préfumer que c'était Henri 1 3.
•mort fans enfans au fiege d'Acre en 1 191 ; 8c que la chanfon fut faite vers
11 89 ou 1190, dans le tems que le Châtelain de Coucy compofait les
iïennes; alors Philippe, dernier Comte d'Aloft, pouvait avoir dix-huit ou
dix-neuf ans. Henri I avait été probablement en guerre avec quelque Prince
Allemand qui l'avait fait prifonier j 8c pour fortir de prifon , il implora le
fecours. de Godefroy III 3 Duc de Brabant, mort en 1 190, de fa belle-mere ,
qui ne nous eft pas connue, du Comte à'AloJl Philippe 3 par le moyen
duquel il efpérait du fecours du Comte de Flandres fon père, & de fon
frère Thibaut I, Marquis de Bar, qui lui fuccéda , 8c mourut en 1217. 11
dit auffi dans le premier couplet de fa chanfon , qu'il fc fie beaucoup au Comte
Othon. Ce Comte pouvait être Othon de Brunfwick 3 fils de Henri , Duc de
Saxe j couroné Empereur en 1198 à Aix-la-Chapelle, après la mort de
l'Empereur Henri VI 3 8c qui fut appelé Othon IV le Superbe. En 11 S-
SUR LA MUSIQUE. \6\
ou 1190, lorfque Henri I , Comte de Bar, pouvait faire des clianfons, cet
Empereur n'était encore que Comte Otho.i ; & le malheureux Comte de Bar ,
conlîné dans une prifon, pouvait efpérer en fa gcnérolité.
Chanfon du Comte de Bar.
De nos Seigneur que vos cft-il avis,
Conpains Erars î dites voftre femblance:
A nos parens & à toz nos amis
Avom-i-nos nule bone atendance
parcoi foïons hors du Thyojs pais
U nos n'avons joie, foulaz, ne ris ?
« Que penfez-vous de nos Seigneurs ,
» ami Erard* dites-en votre avis. Avons-
» nous raifon de nous fier à nos parens
» & à nos amis pour fortir de cette Alle-
» magne, où nous n'avons joie, ris ni
» plailir. Je nie fie beaucoup au Comte
Ou Comte Othon ai moût grant atendance. » Othon.
Dux de Brabant, je fui jà voftre amis,
Tant con je tui en délivre poiiïànce ;■
Se vos fuiïiez de rienz nule entrepris,
Vos éufllez en moi mult gran: fiance.
Por Dieu vos proi ne me fofezefchis.
Fortune fait maint Prince Se maint Marchis,
Meiilor de moi, avenir mefehéance.
Bele-mcre, aine rienz ne vos meffb
Par qu'éufle votre male-vueillance.
Dès celui jor que votre fille pris
Vos ai fervi loïaument dès m'enfance;
Or fui por vos ici loïez & pris
Entre les mains mes morteus anemis,
S'avczbon cuer,bicnenprcndicz venjance.
Bons Cuens d'Aloft, fe par vos fui hors mis
De la prifon où je fui en doutance ,
Où chacun jor me vient de niai en pis,
Tozjors i fui de la mort en baance ,
Sachiez par voir, fe vos m'eftes aidis ,
Voftres ferai de bon cuer à toz-dis,
Et mes pooir fauz nule retenance.
Ghançon , va, di mon frerc le Marchis
Et mes homes, ne me facent faill.uice,
Et fi diras à ceus de mon pais
Que loïautez mains preudomes avance.
» Duc de Brabant , je fus votre ami
» tant que je fus puiflan: ; fi vous vous é;iez
» trouvé dans le moindre embarras , vous
» auriez trouvé en moi un fecours afTuré.
» Pour Dieu, je vous prie , ne ni'abandoncz
» pas. Souvent la fortune fe plait i humi-
» lier des Princes & des Marquis meilleurs
» que moi.
» Belle-mire, jr.mais je ne fis rien pour
» mériter votre mauvaife volonté. Depuis
» le jour où j'époufai votre fille , depuis
» mon enfance je vous ai fervie loyalement.
«Maintenant je fuis- pour vous retenu &
» emprifoné par mes ennemis moi:
» vous avez le cœur bon, vous me vengerez.
» Bon Cornu d'AloJl, fi par vo:re :i oyen
» je fors de cette prifon où je crains
» pour ma vie , où chaque jour je tombe
w de mal en pis , où toujours je m'attends
» à la mort , lâchez ccr;ainement que fi
» vous me fecourez , je vous ferai dévoué
» pour la vie , & que toute ma puiffance
» fera à vous fans exception.
» Chanfon , va & dus i mon frert le
» Marquis &: à mes vaflaux , qu'ils ne
» m'abandonnent pas. Dis i ceux de mon
>■> pays que loyauté honore les bru es gois.
i6z ESSAI
Or verrai-je qui fera mes amis , » Je verrai par là qui fera mon ami , je
Et connoifhai treftoz mes anemis : » connaîtrai mes ennemis ; & s'il plaît à
Encor aurai, te Dieu plaift, recouvrance. » Dieu , j'efpere recouvrer ma liberté ».
Barai. ( MefTîre Geoffroy de ) eft un des Poètes du treizième fîecle ,
dont les deux chaulons fe trouvent dans le manufcrit du Roi.
Baude de la Quarriere ou de la Kakerie florillait vers 1250.
Nous avons de lui un dialogue de l'amour, de fes yeux & de fon cœur.
Ses quatre chanfons ne méritent pas d'être copiées.
Baudes ( Augenon Maître ). On trouve une chanfon de lui dans les
manufcrits du Vatican, parmi les Poètes lyriques du treizième fîecle.
Bauvais (Raoul de ). M. de Paulmy a un manufcrit de lui. 11 vivait fous
Saint Louis, 6c nous a laiiTé cinq chanfons (a).
Chanfon de Raoul de Beauvais.
Puifque d'amors m'eftuet chanter
Chançonete commencerai ,
Et pour mon cuer réconforter
De nouvele amor chanterai.
Dex ! tant me fet à li penfer
Celé dont ja ne partirai
Tant com vivrai.
» Puifqu'il me faut chanter d'amour , je
» commencerai une chanfonete , & pour
» reconforter mon coeur, je chanterai un
» nouvel amour. Hélas ! elle me fait tant
» penfer à elle, celle dont je ne pourrai
» me féparer tant que je vivrai. Dieu !
» je ne puis durer aux maux que je
Hé ! Dex ! vrai Dex ! ne puis durer » foutfte.
As maux que j'ai.
Se la belle blonde favoit
Com li départirs m'ocira,
Ja de moi ne dépaitiroit
S'amor , qu'ele donnée m'a ;
Car en quel lieu que mes cors foit,
Mes cuers tosjours à li fera ,
Ne ja ne s'en départira.
Dex ! la reverrai-je tant ja
La bêle qui mon cuer a.
Je proi celé qui mon cuer a
Qu'elle vueille que foie amis ,
» Si la beauté blonde que j'aime favait
» que la perdre me donnerait la mort ,
» jamais elle ne m'ôterait fon cœur qu'elle
» m'a donné. Car en quelque lieu' que je
» vive, le mien fera toujours à elle, & jamais
» il ne s'en éloignera. Dieu ! la reverrai-
» je bientôt la belle qui a mon cœur ;
» Je prie celle que j'aime de vouloir
» m'aimer; Se que le premier qui me nuira
(a) Les couplets de la chanfon fuivante font de diférentes mefures vers la fin.
SUR LA MUSIQUE.
i6S
Et H premiers qui mi nuira
Soit de Dam le Dieu maléis.
Aucuns bien nuire mi porra;
Mes conment que foie nuilis ,
Bêle, à vous fui
Sans ami ne fuis-jc pas ?
Non fere-je ja ,
N'onques ne fui.
» auprès d'elle , foie maudit du Teigneur
» Dieu. Sans doute il cft poiïîtlc de me
n nuire. Mais quand bien même ce mal-
» heur m'arriverait , belle, je fuis tout â
» vous. Et ne fuis-jc pas fans autre amie?
» ne le ferais-je pas toujours ? ne l'ai-je pas
» toujour» été ?
PASTOURELLE.
En mois de Mai par un matin
S'eft Marion levée ;
En un bofcliet lez un jardin
S'en eft la bêle entrée.
Dui vallet , Guiot & Robirr
Qui lonc-tems l'ont amée ,
Pour li voer delez le bois
Alerent à celée :
Et Marion qui s'csjoi
A Robin perceu , (\ dift
Cette chançonete :
Nus ne doit lès le bois aller
Sans fa compaignete,
Robin & Guiot ont oï
Le ton de la brunette.
Gil qui a plus le cuer joli
Fet melz la paclete.
Guiot mult uxs-grant joie ot ,
Quant ot la chançonete :
Pour Marion failli en piez ,
S'atempre fa mofette»
Robin mult très-bien oï l'ot,
Au pluftoft que il onques pot
A dit en fa freftele :
De x ! quel amer !
Harou ! quel jouer
Fait à la paJloreUe,
(à) » Au mois de Mai , par un inatio
» fe leva Marion ; la belle entra dans un
» bofquet au bout d'un jardin. Deux jeunes
» gens, Robin & Guyot , qui 1 aillaient
» depuis long-temps , allèrent en tapinois
» le long du bofquet pour la voir; & Ma-
» rion qui aperçut Robin , & qui voulaic
» fe diveuir, chanta cette chanfonerc, nul
» ne doit aller au bois fans une com-
« pagne.
» RcLin <Sc Guyot entendirent la chan-
» fon de la brunette. Celui qui a le cœur
» plus amoureux fait mieux .... Guvot
» fut trés-joyeux d'entendre cc5 paroles.
» Il fe leva pour Marion , S: tira ù mu-
>•> fette. Ro' in de fon côté qui l'entendit r
» joua fur fon fretel , cet air ; Dieu
(a) Les vers dans les dirlcrens couplets ne font ni de même nombre ni ce même mi
Nous ne concevons pas trop comment on pouvait les chanter fur l'air du premier, chaque
r.ouplet finit par un refrein tiré d'autres ciianfons.
Kf-f
ESSAI
Guïot a rouit bien entendu
Ce que Robin freftele,
Si très grand duel en a eu
A pou qu'il ne chancelé.
Mes li cuer li eft revenu
Pour l'amour de la bêle.
Il a report : fa mufele ,
Si fecorie fa cotele ,
Un petite: ala avant
De lez Marion maintenant,
Si li a dit tout en efinai ;
He'l Marionnette,
Tant ame'i t'ai.
n Guyor entendit très- bien te fretel ue
» Robin , & il en eut un tel chagrin que
» peu s'en falut qu'il ne tombât j mai?
» l'amour qu'il avait pour fa belle lui remit
» le cœur, il ripofta par un air de fa mu-
» fette, & après avoir arangé fa cotte, il
» alla où était Marion , & lui dit tout hors
» de lui même ; Ah ! Marionette je t'ai^
B mais tant !
Marion vit Guïo: venir ,
S'eft autre part tornée.
Et quant Guïot la vit guanchir ,
Si li dift fa penlëe :
Marion mains fez à prifîer
Que famé qui foit née,
Quant pour Robinet ce Bergier
Eft fi afleurée.
Quant Marion s'oi blafmer ,
Li ceur le commence à trembler,
Si li a dit fanz nul déport;
Sire ballet, vos ave\ tort,
Qui éve'dlii\ le chien qui dort.
Quant Guïot vit que Marion
Fefoit fi maie chiere ,
Avant fâcha fon chaperon ,
Si eft; tornez arrière.
Robin qui s'eftoit enbufchiez
Sous un Chafteigniere
Pour Marion failli en piez,
Si a fet Chapiau d'ierre.
Marion contre lui alla ,
Et Robin deux fois la baifa ,
Ptiift li a dit ; fuer Marion ,
Vous ave\ mon cuer
Et j'ai vojlre amor en ma prifon
» Marion qui l'avait vu venir, s'en alla
» d'un autre côté ; & lorfqu'il la vit s'éloi-
» gner, il déchargea fon cceur. Marion,
» dit-il, eft la plus méprifable des femmes
» qui exiftent , quand elle eft fi folle d'ua
» berget comme Robin. Celle-ci s'enten-
» dant blâmer , friffonna intérieurement,
» & répondit anfli-tôt fans détour , fire
» Damotfeau , vous ave\ tort de re'veilbr
» le chien qui dort.
» Quand Guyot vit Marion le traitet
» ainfi , il remit fon chaperon & fe retira j
» alors Robin qui s'était caché fous des
» châtaigniers, fe leva peur Marion, 3C
» fit ... . Marion vint au devant de lui ,
» il l'embrafla deux fois , & dit , amie Jlfa-
» rion , vous ave\ mon cœur ,j & j'ai le
o vôtre dans ma p/ijon ».
BfiAUMARCHAl
SUR LA MUSIQUE. itfj
Beaumarchais ( Pierre de ) était frère ou coufin à'Euflache de Beau-
marchais , Chevalier d'une grande réputation, que Philippe le Hardi envoya
en Navarre j pour foutenir les droits de Jeanne, héritière de ce royaume,
que le Roi d'Arragon voulait dépouiller de fes états. 11 fe rendit à Pa.npe-
lune, y fit fon entrée en qualité de vice-roi, & y reçut, au nom de la Princeire,
les hommages de la plus grande partie de la noblelle. La bonne conduite de
Beaumatchais conferva la Navarre à fa fouveraine , qui , dés qu'elle fut en
âge de fe marier, époufa Philippe le Bel, qui n'était encore que fécond fils
du Roi , & devint enfuite l'héritier du royaume, par la mort de fon frère
aîné. Ce mariage réunit la courone de Navarre à celle de France. Nou»
avons deux chanfons de lui.
Beaumont ( Médire Gilles de ). Mathieu IIy Comte de Beaumont ^ vivait
en 1 174 & en 1190, & fut chambtier de Louis le jeune & de Philippe-
Augufte.
Mathieu III } Comte de Beaumont, chambrier de France, époufa Alienot
de Vermandois, Se mourut en 1x14.
Jean-Gilles j Comte de Beaumont, chambrier de France (peut-être notre
chanfonier, ) époufa en premières noces Gertrude _, fille aînée de Raoul de
Soiffbns ( peut-être auiîi celui qui nous a laine des chanfons ) Se (d'Alix de
Dreux. Il mourut en izxo.
Dans le manuferit du Roi, on trouve une chanfon de Gilles de Beaumont.
Il y avait un Raoul de Beaumont t maître Queux du Roi (a) qui emplova
cent livres parifis pour la dépenfe de la tranilition du corps de Saint Louis
en 1 Z98.
Jean de Beaumont était chambrier de Louis VIII (ce qu'on appelé aujour-
d'hui premier gentilhomme de la chambre. ) Guillaume de Beaumont était
Maréchal de France fous Saint Louis, Se mouruc vers 1150. Il était proba-
blement père ou frère de MeJJlre Gilles de Beaumont 3 qui nous a lailfé une
chanfon.
Ce Guillaume prend le titre de Maréchal de France dans une obligation
(a) Ou grand Queux de France. Cette charge était la première de U bouche du Roi ;
fes fonctions ont été réunies , i celles de grand Maître,
Tome U. Q
F
S
s
16$
de 150 livres, -dont le Roi faint Louis avait répondu pour lui envers Pierr*
Chambellan. Cette obligation eu datée d'Acre, en Juin 1250.
Berneville ( GilIebeTt de-) vivaic en ikjo, ôc était né à Courtray et*
Flandres. Il était attaché à Henri, Duc de Brabant, père de la féconde femme
de Philippe-le-Hardy. Ce Duc de Brabant lui a adreffé une chanfon qui
commence par Beau Gïllebert, &c.
' II' aima Béatrix d'Oudenarde, quoiqu'il avoue qu'il était marié. Il était:
perfuadé qu'on ne peut mettre trop de mauvaife foi dans le commerce des.
femmes, & qu'on n'y réullît qu'autant que l'on fait tromper.
« Nul ne fe peut avancer '
» En amour, fors par mentir ^
» Et qui mieux fçait s'en aider
» Plutôt en a fon plaifir »..
Il nous refte de lui trente- une chanfons.
Chanfon de G'Ulebert.
J'ai fet maint fers de chançon,
Et s'ai mainte foiz chanté :
Onques n'en oi guerredon ,
Nés tant c'on m'en s'euft gré.
Mes j'a pour ce n'iere fausj
T02 fins & loïauz
M'en irai ,
Et ferai
Sages : fi m'en retreirai
D'amer celi
Où il n'a point de merci»
Je ne donroie un bouton
D'amors, ne de fa fierté»
lïïuz fui de fa prifon
Ou j'ai mains mauz enduré.
Amors n'efi fors paine & mau3
Tormenz & travaus.
Joe n'ai
Quant les ai ;
Et pour celi me retrai
D'ame'r celi
O» il n'a point de merci»
« J'ai fait beaucoup de vers pour cKan-
» fons , je les ai fouvent chantés : & jama;s»
» on ne m'en a récompenfé ni fçu gré.
» Je n'en ferai pas pour cela plu'i faux ;.
» je continuerai d'être franc & loyal ; mais
» je me retirerai , je deviendrai fage , &
» je renoncerai à aimer celle dont il ne
» faut attendre aucun merci.
» Je ne donnerais pas une feuille main»
» tenant d'amour & de toute fa puhTance.
» Je fuis forti de fa prifon , dans laquelle
» j'ai tant fouffert. Amour n'eft que peine
r> & douleur, tourmens & travaux. Je n'ai
» plus de joie depuis que je le fens , &
» c'eft pour cela que je renonce à aimer
» celle dont il ne faut attendre aucun
» merci ».
SUR LA MUSIQUE.
ï57
Se j'amafle traifon
Ne mefdit, ne fauïïcté,
L'on m'euft tenu à bon ,
Et Ci m'euft-on amé.
Certes , amors déloïaur. ,
Ja n'iere de çaus ;
Ainz ferai ,
Quant voudrai ,
Guanfonj fi me retraierai
D'amer celi
Où il n'a point de merci.
i> Si j'avais aimé les trahifons , les mé-
»> difaDces , la raufTeté , on m'eût regardé
» comme un homme de mérite , & l'on
» m'eût aime. Amour trompeur , jamais
») je ne ferai de ces gens là. Mais je ferai
» une chanfon toutes les fois qu'il me
>» plaira, 8c je renoncerai à aimer celle,'
» &c.
Nus ne fe puer avancier
En amor, fors par mentir :
Et qui melz s'en fet aidier ,
Pluftoft en a fon plefur.
Qui famé juftifera,
Ja ne l'amera
Par convenc
Loïaument :
Et pour ce je me repent
D'amer celi
Ou, il n'a point de merci.
» Ce n'eu1 qu'à force de menfonges qu'on
» peut parvenir en amour ; & qui fait miçux
•» les employer , en obtient plutôt qu'un
» autre , la récorapenfe. Qui rendra juftice
■ aux femmes ,' jamais ne les aimera de
» bonne foi & loyalement. Pour moi je
•• me repens d'aimer celle , &c.
Certes ja celer nel quier,
G'enpris ma dame à (ervit.
Rendu m'en a tel loyer
Qu'ele me cuida traïr.
Voirs fu; s'amor m'otrii,
Mes elle me gaba
Por vil gent.
Vengeaient
M'en dont Dex. Je me repent
D'amer celi
Où il n'a point de merci.
t> Je ne cherche point à m'en défendre,
» j'entrepris d'aimer une belle ; & le prix
» dont elle a payé mon amour a ex de
» me trahir. Il ell vrai qu'elle m'accorda
» fes bontés ; mais elle me trompa & s'aban-
» donna à des gens méprifables. Que Dieu
» me donne le piaille d'en être veagé. Je
» me repens d'aimer celle, &c ».
• Le Poc'te fe repentit d'avoir fait cette chanfon que lui dicta la colère; il
en a laiffc une autre, où il demande pardon à fa belle, &: à l'amour, de les
avoir outrages.
Qi
1*3
ESSAI
Autre Chanfon de Gïllehert*
Li joli penfé que j'ai
Me vienent fie fine amor
Et ce que ma dame fai
Bone & fage & de vialor.
Me conforte & tient en joie,
Et fe je pooie
Paflër la meillor
C'on fâche de faire honor,
Por ma dame le feroie.
•
Jamais je n'entr'oublierai
Un ris qui vint de do'uçor
Qu'ele fift quant l'efgardai.
Mes ne dis pas tel folor .
Que pour moi fuft , je faudroie ,
Ne voir ne diroie;
Mes de tel (avoir
M'eft el cuer que nuit & joi
Me famble qu'adès la voie.
Dame je vous ai donc
Mon cuer, fanz ja départir:
S'il pooit eftre à vo gré ,
C'efl la rienz que plus deiïr.
Dame franche & débonaire,
Se favoie faire
Le voftre plaifir,
Mieuz ameroie à morir
Que nus m'en'véift rétraire.
« Tout ce que j'ai de jolies penfées me
» vient d'amour & de ce que je fais que
» ma dame eft bonne , fage & femme de
y> mérite. C'eft elle qui m'anime & me
» met en joie , & fi je favais l'honeur qu'on
» peut rendre à la meilleure des 4ames ,
» je le ferais pour la mienne.
» Jamais je n'oublierai un fouris fi doux
» qui lui échappa un jour que je la re-
» gardais. Je ne ferai pas la folie de dire
» que c'était pour moi, je tromperais 5e
» ne dirais pas la vérité ; mais ce fouris
» eft refté fi agréablement dans mon cœur,,
» qu'il me fembla que je la vois toujours.
• »Dame, je vous ai donné mon cœur,
» fans jamais le retirer. S'il pouvait vous
» être agréable, ce lirait la cholê que je
» délirerais le plus. Dame franche & douce
» M je favais faire ce qui vous fait plaifir,
>i j'aimerais mieux mourir que l'on me t'a
» y manquer ».
Les deux autres couplets ne valent rien ; maïs en voici un d'une autre
chanfon qui fe trouve plus bas, & qui eft joli :
Adès ai efté jolis ,
Bien m'en vant :
Encor le ferai toz dis
Mon vivant ,
Et ferai chançon plus lie
« J'ai toujours éie joyeux , & je m'en
» vante; mais je le ferai toujours tant que
» je vivrai, & je ferai chanfons plus gaies
» encore que je n'en fis jamais , car celle
» que j'aime me prie & me dit de chanter j
SUR L A M U S 1 Q U E.
\fi<)
•Conques ne fis por itant:
Que celé cui j'aini m'en prie
Et dit à moi que je chant ;
S'en ai le cuer plus joiant.
» ce qui roc rend le eccur plus cou-
» cuit ».
Bestourmes. Il nous relie deux chanfons de lui , que l'on trouve dans le
manuferit du Roi , parmi celles des Poètes du treizième fiecle.
Béthune ( Guillaume de). Le manuferit du Vatican nous a fait connaître
deux chanfons de lui /qui ne font attribuées nulle part à Quefnes de Béthune j
ainfi ce font deux Poètes différens.
Béthune ( Le Comte de ) (ou Meflîre Queues de ). Il nous refte de lui
douze chanfons, & il eft compris parmi les Poètes du douzième Se du trei-
zième fiecles.
Une chanfon d'Hugues d'Oify, qui lui eft adreflee, femble prouver que le
Quefnes de Béthune avait acompagné Philippe-Augufte en France à fou
retour de la Terre-Sainte y & il leur reproche leur lâcheté d'avoir fitôt
abandonné les faints lieux.
Chanfon du Comte de Béthune.
L'autrier un jour après la Saint Denife
Fui à Bcthune ù j'ai efté fouvent :
Là me ibuvient de gent de maie gtiifc
Qui m'ont mis fus mensonge à efeient,
Que j'ai chanté des dames laidement.
a L'autre jour, le lendemain de la Saint-
» Denis , jallai à Béthune où j'ai été fou-
» vent j là je me fuis rappelé les difeours
» que quelques méchants ont tenus fur moi
» par menfonge , en difant que j'ai mal
Maiz ils n'ont pas ma chançon bien aprife; » parlé des dames. Mais ils ont mal Cfcm-
Je n'en chantai que d'une feulement ,
Qui bien foifift que venjanceen futprife.
•
Si n'eft pas drois que on me deconfife ,
Si vous dirai bien par raifon comment :
Quar fe on fait d'un fort larron juftife,
Doit-il delplaire as loiaus de noient ?
Nennil par Dieu qui raifon i entent.
Maiz la raifons eft fi arrière mile
Que ce c'on doit blafmer locnt la gent,
Si locnt ce que nus autres ne prife.
A la meilleur du Royaume de France ,
» pris ma chanfon ; je ne me fuis plaint
» que d'une feule qui s'eft conduite fi mal
w qu'elle en a été punie.
» II n'eft donc pas jufte que l'on me
»» perfécute , Se je vous le prouverai bien.
» Tous les jours on fait jufticc d'un voleur ;
» Se cependant les houètes gens ne s'en
v plaignent pas. Non par Dieu , pour celui
» qui fuit la raifon ; mais la raifon aujour-
» d'hui eft fi peu eftimée , que les gen«
r> louent ce qu'on doit blâmer , & qu'ils
» louent ce que perfone n'eftime.
*
» J'ai donné mon eccur à la mcillem»
*70
ESSAI
Voire del mont , ai mon cuer atourné ;
Et non pourquant paour ai Se doutance
Que fa valour ne me tieigne en vuité,
Quant trop redout orgueilleufe biauté }
Or mi doint Dex trover vraie efpérance
Qu'en tout le mont n'a orguejll ne fierté
Qu'amours ne puift plaifller par fa puiflance.
» femme de France , te même du monde
» entier; & je crains cependant que fou
» mérite me tienne en fbuffrance ; car je
» redoute beauté orgueilleufe. PuifTe Dieu
» m'accorder véritable efpérance, puifque
» dans tout l'Univers il n'y a orgueil ni
» fierté , qu'amour > par fon pouvoir , ne
» puiflè adoucir ».
B l A z o n ( Mgr. Thibaut de ) était un gentilhomme attaché à
Thibaut , Roi de Navarre & Comte de Champagne , dont la cour refpirait
la poéfie & la galanterie. On trouve dans fes chantons (dont neuf feulement
nous reftent ) plufieurs proverbes qui font encore d'ufage.
Chanfon de Thibaut de Blason [a).
Chanter m'eftuet, fi criem morir :
Mult faz grant effors quand je chant.
Tout le monde voi resbaudir,
Las'! tout adès mi truis dolent.
Amors me fet au cuer fentir
Tele angoifle & tel forment
Que je ne cuit mie garir,
Se la bêle pitié n'en prent.
Certes à tort me plaing d'amors,
Mult en font douces les-doulors.
Certes à tort.
Biau fire Dex ! pour ce fui nez
Que je l'arnaflè à mon povoir.
Si faz-je las ! defeonfortez :
Si s'en puet bien apercevoir.
Et fe g'i muir fanz eftre amé
Tant ai fervi en bon elpoir ,
Qu'encor li fera réprouvé
Mes fervifes , 'g'el fai de voir.
Certes à tort.
« Je crains de mourir , & il me faut
» chanter. Il m'en coûte beaucoup pour
» le faire. Hélas, je vois tout le monde
» dans la joie , & moi je fuis toujours
» dans la douleur ! Amour me fait fentir
» au cœur telle angoifle & tels tourments ,
» que , fi ma belle ne prend pitié de moi ,
» je ne crois pas pouvoir en guérir. Mais
» non , c'eft à tort que je me plains d'amour^
» les maux qu'il caufe font doux, '
■» Oui , c'eft à tort , beau fire Dieu .* je
» fuis né pour aimer de toutes mes forces.
.» Aufli fais-je hélas ! malheureux que je
» fuis .* & il ne tieet qu'à elle de s'en aper-
» cevoir. Mais fi, après avoirfervi fi long-
» tems dans l'efpérance , je meurs fans être
» aimé , on lui reprochera encore mes
» (ervices , j'en fuis certain. Oui, elle a
v tort ».
Blois ( Robert de) , né à Blois , vivait du tems de Saint Louis, & nous
a. laifTé neuf chanfons.
(a) C'eft une efpecc de rondeau : le fécond couplet a deu* vers de moins.
S U R L A M V S I Q U E. i7t
Chànfon de Rcber: de Blois.
« Pour trop cacher mon amour , je ne
ï» puis efpérer de joie , & je me caufe mon
» malheur en Celant mes ptfnltes. Comme
» on ne peut fans amour , mériter louange
» & honcur, ainlî n: doit-on pas regarde»
» comme fage l'amant qui ne (ait parler.
Par trop celer mon courage
Ne puis à joie monter ,
Et fi rctieng à outrage
De trop géhir mon penlêr;
Ne plus qu'on puet fanz amer ,
Avoir prit ne vaflclage ,
Ne puet-on tenir à fage
Homme qui trop fet celer.
En toute cliofe a mefure ,
Que bien garder i fauroit ;
Mes vilaine amor n'a cure
D'esgarder réfon ne droit.
Je dis que cil le déçoit
Qui n'a foing de couverture,
Et qui plus (i aiïêure
Greigneur damage i reçoit.
» Qui voudrait y prendre garde, verrait
» qu'en toutes chofes il y a une mefure, mais
» vilain amour ne connon ni droit ni raifon.
» Je dis que celui-là fe trompe lui même
» qui ne prend aucun foin pour fe-cacher j
» & que plus il fe fie en lui-même, plus il
i> reçoit de dommage.
Rire & bêle bouche fere
Puet-on , ce dient li gent :
On note bîen au vicre
Et au fol contenement
Mainte folie fotrvent ;
Pour ce fe doit on retraire ;
Et melz en fet fon affere
Qui fe cueuvre fagement,
Blondeau de Neele, connu auiïi fous le nom de Blondel. Voyez fon
article au chapitre des Troubadours. Il nous refte de lui vingt-neuf chaulons.
Chanfon de Blondeau.
» On peut , dit-on , fourire & montre»
» un vifage agréable. Mais à l'air du vifage
» & au maintien*, on peut remarquer fou-
» vent de la folie. Ainfi l'on doit fe tenir
» fur fes .gardes ; & celui-là eit plus sûi
» de réufiir qui le cache prudemment ».
La joïe me femont
De chanter au douz ten».
Et mes cuers li relpont
Que droit eft que g'i pens ï
Car nule riens el morit
Ne faz feut fon deffens.
Dex ! quel fiecle cil ont
Qui i metent leur fenî.
A la joïe apartient
D'amer mult finement,
Et , quant H lieus en vient,
Li donaers largement.
« La joie ( l'amour heureux ) , me fait
» chanter au retour du printems , & mon
t> cœur lui répond qu'il eft jufte de m'en
» occuper.; car perfonne au monde n'ofe-
» roit défobéir à amour. Dieu ! quelle vie
ta heureufe mènent ceux qui s'abandonnent
» à lui ï
» Pour obtenir ce bonheur , il faut aimer
» loyalement , & quand l'occaiion s'en
• préfente, donner libéralement ; mais par>
» deiTus tout il faut difeours courtois. Qui
i72 ESSAI
Oncor plus i convient » pratiquera ces trois préceptes , jamail
Parler cortoifement : » n'éprouvera mauvais fuccés »,
Qui ces trois voies tient
Ja n'ira malement,
Bodel (Jean ) ou Bodeavx, né à Arras dans le treizième fiecle, nous a
lailTé cinq chanfons.
Bouloigne ( Gérard de ) eft compris dans la lifte des Poëres du treizième
fiecle , dans les manuferits de M. de Sainte-Palaye 5c dans celui du Roi.
On n'a de lui qu'une chanfon.
Bouteiller ( Colard le ). On croit qu'il était de la noble maifon des
Bouteillers de Senlis. Il était ami de Guillaume leViniers, Se vivait fous
Saint Louis. Nous avons de lui feize chanfons.
Brabant ( Le Duc de ). Henri III 3 Duc de Brabant , furnommé le
Débonaire , époufa Alix de Bourgogne , fille à' Hugues IV. Leur fils aîné fe
fit Moine. Jean 1 fuccéda à fon père; Geoffroy y feigneur d'Arfcotj était le
troifieme, & Marie leur fille, époufa Philippe le Hardi } Roi de France. Le
Duc Henri III mourut en iz<îo, & fa femme le 23 Octobre 1273. On a
foupçonné quefes chanfons étaient de fon Meneftrel Adenez, qui nous aprend
que fon maître , avant de mourir , commanda d'ouvrir fa chambre à tous
ceux qui le voudraient venir voir, pauvres & riches, ayant fait mettra
beaucoup d'or d'argent près de lui, afin de le donner aux pauvres.
Nous avons de lui quarte chanfons.
PASTOURELLE.
L'autrier efloie montez « J'étais monté l'autre jour fur mou
Seur mon palefroi anblant, » palefroi ( qui va l'amble), & il m'étaic
Et pris m'eftoit volentez » venu l'envie de faire un chant nouveau ï
De trouver un nouviau diant. » je marchais tout gaiment, quand je trou-
Tout esbanoïanc » vai dans mon chemin une bergère afliie
M'en aloie ; » à l'écart. J« la falue poliment , & lui dis,
Truis enmi ma voie g vous voyez votre amant.
Paitore feant
Loin de gent :
Bêlement
La falu ,
Et li dis , vez-ci vo dru.
Biau
SUR LA
Biau fire , trop vous haftcz ,
Dit la toufe ; j'ai amant :
Il n'eft gueres loing alcz,
II revendra maintenant.
Chevauchiez avant.
Trop m'erFroie
Que il ne vous voie,
Trop eft meferéant ;
Ne talent
Ne me prent
De vos giu :
Aillors ai mon cucr rendu.
Damoifclle, car créez
Mon confeil; je vous créant,
James povre ne ferez,
Ainz auroiz à vo talenc
Cote traînant ,
Et corroie
Ouvrée de foie
Cloée d'argent.
Bonement
Se défent j
N'a valu
Quanquc j'ai dit un feftu.
Biau fire , car en alez ,
Dift elle , c'eft pour noient ;
Voltre parole gaftez
Que je ne pris mie un gant.
Ne voflre beuban
N'amcroie,
Vos don ne prendroie ,
Ne fi autrement
Voltre argent ;
Vo prefent
N'ai eu ;
Maint prometeus ai véu.
Damoifclle , car prenez
La cainturc maintenant,
Et le matin li raurez
Tome II.
M V S I Q U E. i7î
» Beau fire , vous vous prefTcz trop ,
» dit la filière ; j'ai un amant. Conti'
» votre chemin , j'ai peur qu'il ne vous
» voie , il eft jaloux; & je n'ai nulle envie
r> d'ecouer vos badinages : mou cœur eft
» donné à un autre.
» Demoifelle, faites ce que je vous con-
» feine. Je vous donne ma parole que vous
» n'aurez plus jamais à craindre la pau-
» vre:e , mais que vous aurez à votre gré
» cote à longue queue, & ceiir.uie tra-
» vaillée en foie avec des doux d'argent.
» Elle le défend bravement , & tout ce que
» je difois ne produifoit rien , ( n'a vallu
» un fétu ).
» Beau fire, retirez -vous, dit-elle : c'eft
» inutile , vous perdez vos difeour;
» je ne prife pas un gant ). Je n'aimerais
» pas vos galanteries, & ne prend'
» vos dons ni votre a-gen;. Je n'ai p.int
» vu ces prélcns dont vous parles , &. j'ai
» fouvent rencontre1 gens qui promettaient.
» Demoifelle , recevez dés ce moment
» la ceinture ; demain matin vous aurez tout
» le tefte. Alors clic (baril & feu fus fort
m
ESSAI
Treftout l'autre convenant.,
Lrrs va orr ant,
Et foi joie.
Tant fis qu'ele otroie
JVIon gré maintenant.
Le don prent
Maintenant;
J'ai fentu
De quel manière ele fu.
A U T
Amors m'eft à cuer entrée ,
De chanter m'a efméu :
Si chant por la bêle née
A cui j'ai mon cuer rendu
Ligement ;
Et fâchent la gent ,
Mercier
Ne doit-on de mon chanter,
Fors Ii
Cui j'aim fî
Que j'en ai & cuer & cors joli.
Se j'ai dolor endurée
Por amor , .& mal fentu ,
II me plaift bien & agrée
Quant j'ai fi bien efléu ;
N'ai talent
D'amer fauiïèment :
Amender
Vueil, & loïaument amer
Por U
Cui j'aimfi , &c.
Amors eft en moi doublée
Plus que onques maiz ne fu :
Si fervirai à durée;
Dex doint c'on m'ait retenu
Tempiement
Amoroufement
Sanz fauiïèr :
Car je ne puis oublier
Celi
Cui, &c,
» aife. Enfin je fis tant qu'elle confentit
» à ce que je voulais. Elle prit le pré-
» Cent & moi je fus comment elle était
» faite »»
R E.
« Amour eft entré dans mon cœur &
» m'excite à chanter. Je chanterai donc
» pour la belle à qui j'ai fait hommage
» lige de mon ame. Et je veux qu'on fâche
» que perfonne ne doit me favoir gré de'mon
» chant , hors celle que j'aime tant que
» j'en ai le corps & le cœur joyeux,.
» Si j'ai enduré quelque douleur & ref-
» fenti des maux pour amour ; je m'en'
» aplaudis au moins & m'en félicite quand
» je vois que j'ai fi bien choifi. Je n'ai
v point envie d'aimer fauflement , mais
» je veux me corriger & m'attacher loyale-
r> ment à celle que j'aime tant , &c. ■
» Amour eft augmenté en moi plus qu'il
» ne le fut jamais. Je le fervirai conftam-
» ment. Dieu veuille qu'on me garde ten-
» drement , amouieufement , lans me trom-
» per ; car je ne puis oublier celle que, &ct.
SUR LA MUSIQUE.
Et s'amors les fuens avance ,
De moi li doit fouvenir :
Car je fui fuenz fanz faillance
A toz-jors fanz repentir.
Ententis
Serai mes touz dis
D'avancier
Amors , & fon nom haucier
Por li
Cui, &c
Adez me croift ma poifTance
Et volentez de fervir ,
Sanz celi où j'ai fiance
Ne porrai mie garir;
Si conquis
M'ont fi très douz ris :
Sanz cuidicr
Sai que ne puis eflongnicr
De li
Cui , &c.
Cuens jolis
De Flandres , amis,
Cui j'ai chiei ,
Me fauriez-vous confeilliez
De li
Cui j'aim fi , Sic.
17?
» Si amour fait profpércr fes ferviteur;
» il doit fe reflbuvenir de moi ; car je fuis
» le fien fans retour & à jamais. Toujours
» déformais je ferai occupé a honorer amour
w êcà exalter fon nom pour celle que , &c.
» Sans ceflccroîr dans mon cœur l'envie
» & l'ardeur de la fervir. Sans fes bontés,
■» dans lelquelles j'ai confiance, je ne pour-
» rai guérir. Son doux fou rire m'a con-
» quis , & je fens qu'il n'eft plus en mon
» pouvoir de m'éloigner de celle, &c.
» Joli Comte de Flandres,ami que j'aime^
s> pouvez vous me confeiller fur celle que
» j'aiine tant ». S<c.t
Braine ( Médire Jean, Comte de ) vivait fous faint Louis, cV nou<; a
kilfc trois chanfons , que l'on trouve dans le manulci.it du Rol [à) Se
dans celui de Noailles.
(a) La table ancienne & la table nouvelle de ce manuferit, attribuent faufTemcr
chanfons au Roi Jean. Le nom du Quens Jehan de Braine , elt à la tète de chacune
de ces chanfons dans le même manuferit. L'ecrnure de ces titre; elt auflî ancienne que
celle de la table ancienne , & la féconde a été copiée fur la première; ainll il efi évident
que c'eft une faute du premier copifte.
Le manuferit de Noailles renferme deux copies de la troilîeme de ces chanfons. L.t
première eft attribuée au Comte Jean de Braine , & la féconde OU Chanoi-.
Saint Quentin. L'écriture du manuferit du Roi étant du treizième fiecle , & le Roi Jean
n'étant monte fût le trône qu'au quatorzième, il eft impoflîble qu'il (bit l'auteur de ce*
chanfons.
Ri
î76 ESSAI
Bresi ( Hugues de) ou de Berci , ou de Bregy , contemporain d'Héfinand^
vivait fous Philippe-Augufte, & était le plus agréable de nos vieux Roman-
ciers Il nous a lauTé fix chanfons. L'Abbé Maflieux prétend qu'il eft le même
que Guyot de Provins, Auteur de la Bible. On le croit Moine, parce qu'il
dit quelque part :
a Y a plus de doufe ans paiïe
» Qu'en noirs draps fuis enveloppé »»
Il nous aprend que , de fon rems, l'aimant fervait à guider les vaiiTeaux..
Car, après avoir parlé de 1 étoile polaire qu'il appelé Tramontane, il dit:
Icelle étoisle ne fe muet.
Un art font qui mentir ne puet
Par vertu de la Marinette
Une pierre laide & noirette
Ou li fers volentiers fe joint.
Bretagne (Jean I de Dreux, Comte de). Il était Comte fouverain de
Bretagne & fils de Pierre Mauderc 3 fi fameux fous Philippe-Augufte. 11
époufa Blanche, fille de Thibaut, Roi de Navarre. Ce fut Cace Brûlé qui ,,
pendant fon féjour en Bretagne, lui fit naître le goût de compofer des
chanfons. Ce Prince & fon époufe furvécurent plus de trente ans au Roi
de Navarre, qui mourut en 1153 ou 1*54 {a).
Nous n'avons de lui que la chanfon fuivante.
Chanfon du Duc de Bretagne.
Bernart, à vous vueil demander « Bernard je veux vous demander quelle
De deus chofes la plus vaillant, » eft la meilleure de deux chofes , ou la
Fro ce que tant oi loer , «valeur que j'ai entendu tant louer, ou
Ou largece qu'on aime tant.. » la libéralité qu'on aime tant. Dites m'en-.
(a) I-es Souverains de cette province portaient également le titre de Duc ou Comte.
Fauchet dit que celui dont il s'agit ici, était Pierre, fijrnommé Mauderc, mais il fe
trompe.
Cette pièce eft un jeu parti entre le Duc & Bernard de la Ferté. Il y a dans les
4erniers couplets plufieuis vers qui ont une fyllabe de moins que ceux des deux premiers.
SUR LA MUSIQUE.
Si m'en dites vofcre femblant ;
Car j'ai touz jors oï conter,
Sans proece ne puet monter
Nul chevalier très bien avant
Qui d'armes foit entremétant.
«77
» votre avis ; car j'ai toujours oui dire que
» fans prouefle , un chevalier , qui fuit le
» parti des armes , ne peut aller loin.
Cuens de Bretaigne , fans faufler,
Largèce vault melz , ce m'eft vis :
Que largece fait homme amer
A treftouz ceus de fon pays ;
Méefmement fes anemis
Puet-on conquerre par doner :
Et fi en puet-on acheter
L'amor au Roy de paradis ;
Et qui l'a , mule li eft bien pris.
Bcmart de la Ferté , amis,
Ne cuit fanz proece vaille
Largece; ainçois nAft avis
Qu'en femble feu de paille :
Quant eft ars , bien fé fanz faille
Riens ne vaut ; pour ce m'eft avis
Proece doit avoir le pris ;
Car qui l'a , ne fera faille
En nul bifoing où il aille.
Cuens , & je di fans largece
Ne porroit nus cftre preudon :
Car à toz biens fere adrece
Celui qui l'a en fa meTon.
Et méefmement riches hon
Qui de doner n'a paréce ,
Si ne le fet par dél èce ,
Itcl doit avoir région ;
Et non mie le preus félon.
Bernart, j'ai touz jors oï dire
Que li cors gaaigne l'avoir;
Et fe il eft mauves (ire
Quel chofe le fera valoir?
Largece u'ia povoir
» Comte de Bretagne, franchement à
» mon avis , largefle eft préférable. C'eft
» elle qui fait aimer un homme dans tout
» fon pays. Il peut même, par fon moyen,
» gagner fes ennemis; il peut en acquérir
» l'amour du Roi du ciel ; & celui qui la
» poflêde eft un homme bien eftimable.
» Bernard de la Ferté, mon ami , je ne
» crois pas que largefle ait quelque prix
» fans la prouefle. Il me femble au con-
» traire qu'elle reflemble au feu de paille
» qui, quand il a brûlé un inftant , r.e vaut
» plus rien. Je conclus donc que prouefle
» doit l'emporter ; car celui qui eft preux
» ne manquera jamais , en quelque lieu
» qu il aille..
» Comte, je dis moi que fans largefle,
33 on ne peut être un prud'homme , car
» c'eft elle qui engage ,i taire du bien
» celui qui la poflede. J'ajoute de plus
» qu'un homme riche qui eft prompt à
» donner , & qui le fait avec grâce , devroil
» poflèder un état, & jamais le preux qui
» en même temps peut être un traître.
» Bernard , j'ai toujours entendu dire
» que l'argent ne gagne que des corps. Si
» votre homme libéral eft un mauvais Prin-
» ce, qu'aura t il pour fe (aire valoir aimer
v de fes fujets l ) largefle ne fera rien à cela.
i78 ESSAI
Ne fificien ne mire. » II n'y a médecin ni chirurgien qui y fâche
Touz jors fera de l'Empire » remède; & il (èra regardé comme un
Mis à henor en non chaloir, » homme qui fe foucie fort peu de l'honeur
Ce poez-vous favoir de voir. » de fes états : vous pouvez certainement
» compter là-defllis ».
Bretel ou Breteaux (Sire Jean) vivait du rems de faint Louis, & a
fait une foule de chanfons en jeux partis. 11 ne nous en refte que quatre.
Breteaux était ami de Lambert Fer ris Se de Cuveliers.
Burneau de Tours vivait fous faint Louis, & nous a laine deux
chanfons.
Capelains de Laon eft compris dans la lifte des Poètes du treizième
ilecle, dans les manuferits de M. de Sainte-Palaye.
La feule chanfon qui nous refte de lui, eft anonime dans le mannferit de
M. de Paulmy.
Carasauz, né à Arras, vivait fous faint Louis, &c nous a laide fix
chanfons.
Castel ou Chastel ( Robert ou Robins de) noriflait en iiô'o , & a
laide fix chanfons, dont deux font cotées en marge courantes 3 pour avoir,
félon les aparences, gagné quelque prix.
Caupains ( Arnould ),compris dans la lifte des Poctes du treizième fiecle,
nous a laille cinq chanfons.
Chancelier de Paris. La chanfon qui nous refte de lui , eft-elle de
Hugues de Bethify, Chancelier en 1186" & en izoo, ou de Guy d'Athies,
vice-Chancelier en izoï , & peut-être frère ou parent de Simon d'Athies,
l'un de nos Chanfoniers de ce fiecle, ou enfin, de frère Guerin, Garde-des-
Sceaux en 1113, mort en 1230? C'eft ce qu'il n'eft pas aifé de décider.
Chanoine de Saint-Quentin { Le ) vivait fous faint Louis, & nous
a laide trois chanfons.
Chardon de Croisilles vivait fous faint Louis. Nous n'avons que deux
de fes chanfons.
Chartres ( Matthieu Vidame de ) de la maifon de^endôme , était
Vidame du pays Chartrain , dont alors Thibaut de Champagne était Comte.
SUR LA MUSIQUE. i19
11 eft à préfumer que leur goût pour les chanfons dût les lier enfemble. Le
Vidame ne nous en a laiiTc que huit allez jolies. Il eft qualifié panetier de
France dans un état de la maifon du Roi Philippe-le-Bcl, de l'an 12S8, &
vivait encore en i2yi.
Il était fils de Geoffroy de Freteval, Vidame de Chartres, mort en 1 245 ,
qui peut être aulïi l'auteur des chanfons j mais il n'eft pas aifé de décider, i\
elles font du père ou du fils. 11 nous en relie neuf.
Les deux premiers couplets d'une de fes chanfons fe trouvent dans le
Roman de Guillaume de Dole.
Chanfon du Vidame de Chartres.
Chafcuns me femont de chanter ;
Mes n'en puis trouver l'achéfon ,
Quant celé ne me daigne amer
Qui à tort me tient en prifon.
Onques ne vout ma guérifbn
Quene , ne ma plaie faner ,
Tant m'a haï !
Bien voi fin amant traï ,
Quant amors m'a ri enhaï.
Lonc tens ai amé fans faufTer
Celé dont nos dire le non ;
Mes or la puis malc nonmer,
Conques ne me rift fe mal non.
Servie l'ai fanz traïfo» ,
N'onques n'i poi douçor trouver :
Tant m'a haï , &c
Onques ne poi fi bel fervir
Ma dame, que melz m'en féfift.
En une cure péuft mérir
Les max que j'ai , s'ele voufift :
Aies onques talent ne li prift
De moi rcfpafTcr ne guérir ,
Tant m'a haï , &c.
Dame pour qui plor Se foufpir,
Aine famé, fors vous, ne me lill :
Car quant voftre biauté remir ,
Mon cuer lo qui li haut s'allîtt 3
» Chacun m'engage à chanter, mais
» je ne puis en avoir l'envie , quand je
» vois celle qui me tien: dans fd prifon ,
» nedaigner m'aimer. Jamais elle n'a voulu,
» tant elle me hait! (bulager nus maux, Se
» guérir la bleffure qu'elle m'a faix. Quand
» je vois amour tant m'atHigcr , je vois ua
m vrai amant bien trahi.
» Long-tcms j'ai aimé, fans tromper,
» celle dont je n'ofe prononcer le nom •
» mais à préfent je puis bien la nommer
» méchante , puifqu'elle ne me rit jamais
« que du mal. Jamais je ne trouvai dou-
» ceur en elle , tan: elle me lu::. Quand je
» vois , Sec.
» Je n'ai jamais pu fi bien fervir ma.
«dame, qu'elle m'en traitât mieux. Elle
» eut pu dans une heure, li elle eu: voulu,
» guéiir les maux que je fens ; mais jamais
» l'envie ne lui vint de n . Ja tré»
» pas, tan: clic me liai; ! Sec,
» Dame pour qui je pleure Se foupire ,
>■ fama que vous ne me toucha. E:
» quand je con;cmplc vos charmes, je loue
» 111^11 cœur de i'étic aJuiîi. en lias G iuu:..
î8o
ESSAI
Et ne porquant trop i mélprift
Quant enfi mi lelT-ez morir.
Dame, merci;
Bien m'a, &c.
Cliançon, di ma dame au partir
En qui Dcx tan; de biaute mift
Qu'aine nule autre n'i pout partir,
N'ainc nule plus bêle ne rîft ;
Di li qu'à li pas n'aflérift
De fon ami leflîer morir
Tant fanz merci.
Bien voi, &c.
» Cependant il s'efr mépris, puifque roui
» me laiflèz mourir. Grâce , ma dame
» quand je vois, Sec.
os Chanfon, dis en partant à cette belle,
» à qui Dieu a départi tant de beauté,
» que nulle autre ne peut la balancer)
» & que nulle autre ne fut plus belle. Dis-
» lui qu'il ne lui convient pas de laifTer
>> mourir ainfi fon ami fans pitié. Quand
» je vois , &c ».
Chastel ( Robert du ) pourait bien être le même que Robins du Cartel,
Il nous reite deux chaulons de lui.
Chevaliers ( Guefves ). La table du manuferit du Roi fait mention d'une
de fes chaulons; mais elle a été coupée, peut-être par Henri III , qui a coupé
prefque toutes les vignettes de ce manuferit. Celui de M. de Sainte-Palaye
nous en a confervé trois, dont on trouve une dans celui de Noailles.
Chiertain ou Certain vivait dans le treizième iiecle, & nous a laiff»
une feule chanfon.
Chison ( Jacques de) ouKison, vivait en 1 150,. & a laifTé neuf chanfons
d'amour, pleines de ientiment.
Chanfon de Jacques de Chifon.
Quant reconmence & revient biaux eftcT,
Que foille & flor refplendit par bofchage,
Que li froiz tanz de l'hyver eft pafTez ,
Et cil oifel chantent en lor langage,
OC}'
Lors chanterai,
Et envoifîez ferai
De cuer verai :
Ja por rienz nel lairai;
Car ma dame qui tant eft bone & fage
M'a conmande a tenir mon ufage
D'avoir cuer gai.
« A préfent que revient & recommence
» le doux printems, que dans les bocages
» on voit briller fleurs & fruits , que la
» froidure de l'hiver eft paiTée : je chan-
» terai , & ferai joyeux de bon cœur, &
» ne me tairai pour chofe au monde ;
» car ma dame qui eft fi bone & fi foz,e
» m'a ordonné de tenir félon mon ufage
» mon cœur gai.
Cil
SUR LA MUSIQUE.
Cil qui dient que mes chans eft . remez
Par mauvaiftie Se par faintis r.orage,
Ec que perdue eft ma jolivetez
Par ma langor & par mon mariage
N'ont pas bien fai
Si amoroz aflai
Conme je ai
Qui joie maintendrai
Tôt mon vivant; ne ja par nul malage
Conment qu'il griet, ne conment qu'aiïbage ,
Ne recrerai
i2c
»#Ceux quû difent que j'ai renoncé à
» chanter par lâcheté , par manque de
» courage , & que ma nonchalance &
» mon mariage m'ont fait perdre ma gaktté ,
» ne favent pas ce qu'on fait quand on
» eft amoureux comme je le fuis , moi qui
» maintiendrai joie toute ma vie , :
» pour nulle maladie ne céderai , foit que
» l'amour me caulè des peines, foit qu'il
v me procure des plajiîrs.
Li tens d'efté ne la bêle faifons
Ne font or pas ma chancon envoifie ,
Maiz douz penfé , & jolie raifons ;
Et bone amors qui m'a en fa baillie ,
Qui de joie mon fin cuer refemont
Me fait penfer à la meillor dcl mont :
S'en doift eftre mes chanz mont pluz )'o!is,
Car or endroit clunt-je con fins amis.
Et puifqiramors eft ma droite oclioifons,
Je me dois bien tenir à fa maiftrie
Qu'elc m'aprènt &: les chans & les fons,
Et par li eft ma penfée jolie.
Quar quant recort les biaux ex de fon front ,
Et les regart amourouz qui ens funt,
Lors me confort qu'en penfans m'eft avis
4PQue d'eus me naift , en fondant, mercis.
» Ce n'eft ni le primems ni la belle faifon
» qui rendant ma chanfou gaie ; c'eft une
» douce penfée, un reflouvenir agréable, &
«l'amour qui, pondant mon coeur, le
» fomme avec joie de penfer à la plus belle
» du monde. Min chant doit donc é:re
» plus joyeux : car eu ce momf.n je ne
» chante que comme un tendre amant.
•
» Puifqu'amour eft ma véritable reflburce,
» je dois bien m'y tenir attaché. C'eft lui
0 qui m'enfeigne à chanter , c'eft lui qui
» rend mes penfees riantes. Lorfque je
» fonge aux beaux yeux de ma belle Se à
» fes regards amoureux ■> alors il me fem-
» ble que je vois merci naître en eux avec
» un fourire ».
Chrestien de Troyes , Auteur du Roman du Graal , vivait vers la fin du
règne de Louis-le-Jeune , puilqu'il y parle de Philippe d'Alf.ice^ Com:c de
Flandres } comme vivant alors; Se ce Prince mourut en iioi. Faucher.
penfe que les anciens Romans, comme Triftan, Lancclot, &c. avaieni
d'abord compofés en profe; &: que vers ce tems, ils furent remis en vers c<
en nouveau langage. Triftan parut en iioq. Le Graal le fuivit immé-
diatement.
On le fait auteur du Roman de Perce val; mais c'eft feulement Thori de
Bourges j qui n'eu donne aucune preuve. 11 a fait certainement le Roman
du Chevalier du Lyon.
Tome II. S
rS2 . ESSAI
C'eft aulîï à toit que Fauchej, & Lacroix-Dumaine lui ont attribué le
Fabliau du Chevalier de l'Epée. La preuve s'en trouve dans le préambule de
ce Fabliau. L'Auteur reproche à Chreftien de n'avoir pas parlé de Gauvain ,
lui qui avait parlé de tant de Chevaliers de la table ronde, 11 nous refte
trois chaulons de Chreftien de Troyes.
Cœsar, excellent Peintre & bon Poè'te Provençal, vivait l'an 1384,.
Colars le Bouteillier. ( Voyez au B ).
Colin Muset. ( Voyez Mufet ).
Contredit ( Andrieu, André ou Pierre ), Poé'te du treizième ilecle, nous
a laillé dix-fept chanfons.
Corbie ( MelTire Pierre de ) Pocte du treizième fiecle , nous a laiiTé iix
chanfons, qu'on ne trouve que dans le manuferit du Roi Se dans celui de.
Noailies.
Corbie ( Roufins de ) vivait à-peu-près dans le même tems, Se on ne
trouve qu'une chanfon de lui dans le manuferit de M. de Sainte-Palaye.
Corbie (Vielard de). Cinq chanfons nous reftent de lui: il était contem-
porain des précédens.
Coucy (Le Comte de) ; probablement c'était Raoul fécond, Sire de Coucy,
tué à la Mafloure en 1150. Nous n'avons de lui que cette chanfon.
Chanfon du Comte de Coucy.
De Jolis cuer enamoré
Chançonette commencerai ,
Pour favoir s'il viendroit en gré-
Celé dont ja ne partirai ;
Ainz ferai à fa volonté ,
Ja tant ne mi faura grever
Qu'el ne mi truiiïè ami verai.
« De cœur gai Se amoureux , je com-
» mencerai une chanfon pour favoir fi elle
■>■> plairait à celle dont jamais je ne me fe-
» parerai , & à la volonté de qui je ferai
» toujours dévoué. Car elle aura beau
» m'affliger , je ferai toujours fon amant
» fidèle,.
SUR LA M
#
Quant fon gent cors & Ton vis dcr
Et fà grain biauté remitai ,
Lors la trouvai fi à mou gré
Que toute autre amor oubliai :
Ce ne fut pas pour ma famé ,
Et fi cuit bien tout mon aé
Languir que j'a ne li dirai.
Réfon me blafme durement
Et dit que pas ne l'ai créu ,,
Car d'amer fi très hautement
Ai trop mauves confeil eu j
Mes pitié qui les fins amant
Fct iriez baux & joianz ,
Dit qu'amor mi fera rendu.
Dame , fe j'aim plus hautement
Que mcnicr ne mi foit eu ,
La grant biauté qu'à vous apent
A fi mon corage méu :
Si vous cri, merci bonement :
Car trop rcdout vilaine gent
Que il ne foient mes créu.
Déformés n'elt-il noïent
Du départir ne ne du mouvoir ,
Ne pour painc ne pour tonnent,
Ne pour niai que mi face avoir :
Ainz ferai tout à li fervir,
Or foit du tôt à fon plcfir
Pour merci atendre Se avoir.
V S I Q , E. 1.83
» Quand je vis fon joli co; ps , & Co»
» minois charmant , & fa beauté j>ai
» je la trouvai fi fort à mon gré que je
» renonçai à tout autre amour; ce ne tut
» pas pour ma fanté , car je crois que je
» fuis deftiné à languir toute ma vie (ànc
» que j'ofe le lui dire.
» La raifon me blâme durement, & me
» dit que c'elt ma faute d'avoir eu l'iinpru-
n dence d'aimer en fi haut lieu ; mais pitié
» qui procure joie '& plaifir aux amans
» défolés, me dit -jUC je Lrai recompenfé»
» Dame , fi j'ai eu un amour plus am-
» bitieux qu'il ne me convenoit, c'eft la
» beauté que vous avez en partage qui
» m'y a excite. Je vous crie merci , car
» je crains que les médians ne foient crus
u dans leurs «îédifauces fur mon compte.
» Déformais peu m'importe que je parte
» ou que je relie , que j'éprouve peine &
» tourment , Se les maux dont elle m'afBiee;
» Je ferai tout entier dévoué à la 1. < .
» & c'eft de fi bonne volonté uniquement
» que j'attends , & veux avoir merci ».
Coucy ( Le Châtelain ). Voyez fes chanfons au. chapitre fui vant.
Coupele ( Pierre de la) vivait en 1160, & nous, a laitle cinq chanfons.
Couroierie ( Eudes de la). Rien de bon de lui; mais il Faut remarquée
cet hânilliche fingulier dans une chanfon , dont les vers font de dix fyllabes.
Chadfon d'Eudes de la Courôîêrlf.
Apris ai d'amors treftout mon aage , « J'.'.i tend l'amour toute ma rie, k i!
Oie en fui plus fox qu'au connicnccment ; » rend maintenant plus roi q Lie je ne Pai
Aies je me pourpens q'il n'en cft nul fage, » jamais été, Mais je m'in
184 ESSAI
Ja tant n'en aura apris longuement. » fone n'eft eft exempt , quelqu'étude qu'il
Or me. face amors un tel avantage «ait faite à ce fujet. Or, qu'amour me
<)u'ele me partit , ou qu'el m'afoage » faiTe donc la grâce , ou de me quitter
Les maux qu'ai forlerc débonairement. » enfin , ou de me fouîager des maux que
» j'ai foufterts avec douceur ».
Il vivait fous faint Louis, & nous a lailfécinq chanfons.
Craon ( Pierre de ). Ce qu'avance Fauchet , que ce Pocte était de l'illuftre
maifon de Craon , eft détruit par les premiers vers d'une de fes chanfons ,
où il dit qui! aime par protection, & que fes bons feigneurs de Craon
ont aimé toute leur vie. Il était alors d'ufage que les vaflaux priflent quel-
quefois le nom de leur feigneur.
Il ne nous refte de lui qu'une chanfon.
Craon (Maurice de jetait peut-être frère du précédent, & a été confondu
avec lui.
11 dit, dans la chanfon qui nous refte de lui, qu'il aime par héritage, Se
que dans fa famille, on a toujours été galant de père en fils.
» Fine amor daim en moi par héritage.
» Droiz s'eft réfon : car bien & loïaument
» L'ont fervie de Creon leur aage
» Mi boa feigneur».
Cupelim, bon Pocte du treizième fiecle, vivait en 1260. 11 était com-
pagnon de Hugues de Braie-Selve > ftmeux Meneftrcl, & compofait les
chanfons que chantait ce jongleur.
Cuveliers (Jean le) vivait fous faint Louis, & nous a Iaifïc fix chanfons.
Doete de Troyes. Elle fe trouva à la cour de l'empereur Conrard à
Mayence.
« De Troye la belle Doete
» Y chantait cette chanfonette,
» Quant revient la faifon
» Que l'herbe reverdoie.
Bible Cuyot.
Doete était fameufe par fa beauté , fon efprit & fa voix j & elle faifaic des
thanfons , dont elle compofait auili les airs.
SUR LA MUSIQUE. 18;
Douai ( Pierre de). Nous n'avons qu'une chanfonde lui dans le manuferit
de Sainte-Palaye. 11 cft dans la lifte des Poètes du treizième fiecle.
Douche ( Andrieu ). Le manuferit de Sainte-Palaye nous a confervç deux
chanfons de lui. Il cft. dans la lifte des Poètes du treizième ficelé.
Dregnau, de Lille, ( Marotte ou Marie). 11 nous refte une feule chanfon
d'elle, que l'on trouve dans le manuferit du Roi & dans celui de Noailles.
Moût m'abelift quant je voi revenir « J'ai du plaifîr quand je rois revenir
Yver , greiïll Se gelée aparoir ; r> l'hiver & paroîfre le grelîl & la gelée ,
Car en toz tans fe doit bien refjoïr » car en tout tems jolie pucelle doit le ic-
Bele pucele , & joli cuer avoir. » jouir & avoir le cœur joyeux. Je ferai
Si chanterai d'amors por mieux valoir, » chanfon d'amour pour être plus gaie, car
Car mes fins cuers plains d'amorous defir » mon cœur cendre , plein de defirs amou»
Ne mi fait pas ma grant joie faillir. » reut , ne me donne pas lieu de m'at-
» tri (ter ».
Durand , ancien Pocte Français , vivait vers l'an 1 300 , ck compoù
plusieurs Romans , où l'on trouve des chanfons. Etant amoureux d'une
demoifelle de la Maifon de Balbi , cette demoifelle tomba malade : on la
crut morte j ck Durand, en aprenant cette nouvelle, mourut fubitemenc
de douleur. Revenue à la vie, le chagrin qu elle eut d'avoir caufé la mort
de Durand, lui fit prendre le voile.
Errars (Jean ). 11 y avait un Jean Errars , fieur de Valéry , Cham-
brier de Philippe le Hardy, & qui mourut en 1571. Il était probablement
fils de celui qui nous- a laiiTé trente chanfons. On lit dans le manuferit
du Roi : Chanfons de Jean Errars , 6' Chanfons de Jean Errars le jeune ;
ce qui laiflerait foupçonner qu'ils étaient deux frères: mais aucun autre ma-
nuferit ne fait cette diftinction.
Chanfon de Jean Errars (a).
Je ne me fai mes en quel guife « Je ne fais plus que faire ni qu'i-
Ne maintenir ne démener, » maginer, lorfque je me vois liai &
(a) Toute entière fur deux rimes. Il y en a beaucoup d'exemples.
iS6
v
S S A I
Quand celé me het & merprife
Où cuidoie merci trouver.
De moi grever s'eft entiemife
Amours dont tan; me fueil loer,
Quant à celé me fet penfer
Qù ne truis pitié ne franchife.
Mes amours m'a la voie aprife
Et la fente de bien amer.
Parquoi péréce ni faintiie
Ne me porraient tors mener
Ne deftourner de mon fervife.
Ainz vueil tant par fervir ouvrer
Qu'à j'oie puiiïe recouvrer,
Qu'eipoir la m'a adès promife.
Efpérance qui m'apetife
Mes maux , & fet entroublier,
Me témoigne bien Se devile
Qu'amors ne veut fa loi fauflër
Ne remuer pour vaillantife ;
Car là où cuers fe veut doner,
Eftuet celé part cors torrrer :
Tels eft fa force & fa juftife.
Si je vous aim , & lo , & prife ,
Dame , n'en faz mie à blafmer :
Car de biauté nature a mile
S'entente en vous faire & former.
Sage en parler, par S. Denife ,
Ce n'i fet pas à oublier.
Cil devrait bien Dieu aorer
Qui voftre amour aurait conquife.
Amours , qu'eftes-vous en moi quife ,
Que ne mi voulez conforter ?
Par vous ai fête celte enprife ,
Si vous en doi achoifoner,
Et demander- la mort qu'ai prifè ,
En fa grant biauté regarder ,
Se merciz ne me veut tenfer
Contre le mal qui fi m^tife.
» prifé par celle en qui je croyais trouver
» merci. Amour dont j'avois coutume de
» me tant louer , s'eft mis en tête de m'affli-
» ger , en m'arachant à une beauté en qui
» je ne trouve ni pitié ni comparTîon. »
« Mais il m'a apris le chemin de bien
» aimer ; ainfi ni découragement ni feinte
» ne pourront m'en faire fortir & changer
» mes fervices. Je veux au contraire , par
» ma confiance, fi bien faire, que je par-
» viendrai enfin à obtenir la joie qu'efpé-
» rance m'a de tout teins promife» »
« Efpérance qui diminue & qui me fai.t
» oublier mes maux , médit & me répète
» fans cefTe qu'un amant ne doit manquer
» à fa foi ni .changer , quelque beauté qu'il
» trouve. Car quand le cœur veut fe don-
» ner quelque part, il faut que le corps
» fuive ; & telle eft fa force & fon pou-
» voir» »
« Si je vous aime , fi je vous loue &
» vous eftime , dame , on ne doit pas m'en
» blâmer; car nature , quand elle vous for-
» ma, vous départit tout ce qu'elle avait
» de beauté. Il ne faut oublier non plus , par
» S. Denis! (forte de ferment ) la-fa-
» gefTe de vos difeours. Certes celui qui
» aurait gagné votre amour , devrait bien
» remercier Dieu. »
« Amour , pourquoi vous fixer chez
n moi , puifque vous ne voulez me foula-
» ger ? C'eft vous qui m'avez engagé dans
» cette entreprife , & c'eft vous que je dois
» acufer de la mort que me cauferont les
» yeux de ma belle , fi elle ne daigne avoir
» pitié du mal qui m'enflàme, »
SUR LA MUSIQUE.
187
AUTRE (a).
Penfer ne doit vihinie
Cuer qui aime loiauruent,
Mes baer à cortoifie
Et haïr vilaine gent ,
Et amer plus hautement
Cointe Dame renvoifie.
S'amerai la plus jolie
Qu'en treftout le monde fai :
J'ai , j'ai
Amoretes au cuer
Qui me tiennent gai.
Gai, joli toute ma vie
Serai , & plus bonement
Servirai, que que nus die,
La bcle où mes cuers s'atent.
'A mains jointes hulmement
Li pri qu'el ne m'oublit mie ;
Mes , s'il li pleft , (I m'ocie ,
Ja ne l'en (aurai maugré.
A la plus favorcufcte
î)u mont ai mon cuer donc'.
(a « Cœur qui aime loyalement , ne
» doit penfer à chofes vilaines , mais s'ocu-
» per de courtoilie , haïr les gens mépri-
» fables , & aimer de plus en plus femme
» aimable & attrayante. J'aimerai donc la
» plus jolie que je counaiiïe dans le monde.
» J'ai amourettes au cœur qui me tiennent
» gai.»
a Je ferai toute ma vie gai & Joveux ; te
» quoiqu'on dife , j'en fervirai avec plus
« d'ardeur la belle en qui mon cœur fe fie.
» Je la fuplic humblement à mains jointes
» de ne pas m'oublier. Mais lui prit-il mè-
» me envie de me faire mourir , je ne lui
» en faurais pas mauvais gré ? J'ai donne'
» mon coeur à la plus aimable du monde.-»
Doné li ai fanz boisdie ,
Cuer & cors entièrement :
Or doint Diex queotroïe
Me foit s'amor bonemenr.
SJ.le croit vilaine gent,
James nul jor de ma vie
N'iére bien comme d'amie.
J à de li ne partirai
Amoretes
Ai
Jolivetes ;
S'amerai.
« Mon cœfir , mon corps, je lui ai tout
)» donné fans tromperie ; or maintenant
» que Dieu m'acorde d'obtenir fon amour.
« Si elle croit les méchans, je fais bien que
» jamais elle ne deviendra mon amie ;
» néanmoins je ne la quitterai jamais ; /".;:
» amourettes jolies , & j'aimerai ».
(a) Cette chanfon a, comme plufieurs autres, à la fin de chaque couplet, un refr.nr.
tiré d'autres chanfons du tems ; mais ce qui eft à remarquer , c'eft que le mot qui finir
wj couplet , commence le couplet fuivant.
188 E
S'amerai fanz' tricherie ,
Si comne s'oi et entent ,
Celé où il a cortoifie
Plus qu'il n'a ui autres cent.
Treftout mes cuers à li tent j
Bêle elî et bien enfeignie ;
Tant eft bêle & bien taillie
Que je l'aim ci bone foi.
Tout li cuer me rit dijoie
Quant la voi.
PAS
Dehors loncpré el bofquel
Erroie avant hier;
Là vi mener grand revel
Emmi un fentier,
D'une jolie Toufette ,
Sage , pléfant & jonetc.
Dex ! tant m'enbéli ,
Quant feule la vi !
. Et la Toufc tout enlî
Commence à chanter.
Robin qui je dois amer
Tu puetz bien trop demorer.
Je la faluai plus bel
Que je poi raifnier :
Si li donai mon chapel
Pour moi acointier ;
Quant je vis fa mamelette
• Qui liève fa côtelette ,
Mes bras li tendi ;
Si la très vers mi
Et la Toufe , &c.
Je l'aflls for l'aibroiflêl ,
Si la veus bien béfier.
Elle dift , Sire Dancel ,
Ce n'eft mie meftier :
Je fui une jouvenete ,
Povre de dias, & nuete
Et'fachiez de fî
Que j'ai bel ami : •
Et la Toufe , &c.
S S Al
«J'aimerai fans tromper, & c'eft ainfî
» que je l'entends & l'efpere , celle qui
» feule a plus de courcoifie que cent autres
» enfemble. Mon cœur n'afpire qu'après
» elle. Elle eft belle, bien élevée & (î
«belle, fi bienfai.e, que je l'aime de bonne
» foi. Quand je la vois , mon cœur fourit
» d'aije. »
TOURELLE.
« Je me promenais l'autre jour dans un
» bofquet le long de la prairie, quand j'en-
» tendis un grand bruic parcir d'un petit
» fentier. C'était une fillette fage , jolie &
» jeunette. Dieu ! quel plaifir j'eus lorfque
» la vis feule ! La poulette chantait ces pa-
» rôles : Robin que je dois aimer , tu tardes
» bien à arivei, »
« Je la faluai le plus poliment que je
» pus ; & pour me faire bien recevoii , je
» lui dennai mon chapel. Mais quand je
» vis fes deux petites pommes qui foule-
» vaient fa colerete , j'ouvris les bras & la
» tirai à moi. La poulette alors chanta. Ro-
» bin , &c. »
« Je la fis afTeoir fous un arbriffeau , Jfc
» voulus l'embrafler. Sire Damoifeau , me
» dit- elle, vous vous trompez ; je fuis une
» pauvre bergère, mal mile &prefque nue;
» & fâchez d'ailleurs que j'ai un bel ami; &
» la poulette chanta : Robin , &c. »
Sir
SUR LA MUSIQUE.
189
Sire, j'ai ami nouvel
"Tout à fouhaidier ,
Je cuit qu'il cil el vaucel
Delez cel vivier.
Robin fonefa mufette ;
Donc dilï à moi la toufete,
Tournés vous de ci ,
Siié, je vouspri ;
Et donc recommence enfî
La belleàcanter :
Robin , Sic.
En lieu de vopaflorel,
Belle , m'aiez chier.
Ma ceinture & mon anel
A ce commencier
Aurés , ma douce amiete :
A donc la mis fur l'herbete ,
Mon bon acompli ;
Mie n'i failli :
Et la toufe , &c.
« Sire , j'ai un ami nouveau tel que je
» le puis defirer. IJ eft , je crois , dans ce
V vallon près du vivier. Robin alors fait
» entendre fa mufette", & la fille me die :
»Site, rediez-vous, je vous prie, & elle
o recommença ainfi à chanter: Robin, &c.
a Belle, lui répondis- je , aimez-moi aa
» lieu de ce berger ; pour commencer ,
») vous aurez, ma douce amie, ma cein-
» ture & mon anneau. Alors je la couchai
» fur l'hcrbette & en fis mon plaifir , fans
» que rien y manquât ; Se la poulette chan-
d ta : Robin , Sec, »
£ N V O ï.
n Sire de Longjumeau , les amans ri-
» mides n'obtiendront jamais ni fucces ni
» plaifirs. Je" brufqtiai la bergère , & fis fo-
»> lie avec elle, de fon bon gré. Quand je la
») quitai , la jeune fille ainfi recommença à
» chanter : Robin , &c, v.
Sire de Lonc-jamuel ,
N'auront recouvrier
Ne ja n'auront leur avel
Li couart laifnier.
J'entrepris la baifeletc,
Toute fis la foliete
La foie merci.
Quant je m'en parti,
Adonc la toufe^nfi
Commence à canter ,
Robin , Sec.
Le quatrième couplet & l'envoi font dans le manuferit du Vatican, mait
ne font point dans celui de M. le Marquis de Paulmy.
Autre Pajlourelle du même (4).
L'autiicr chevauchois mou chemin (a) « Je chevauchais l'autre jour le long
(a) Il n'y en a aucune juf
•• autlî irréguli-".
1
S£0
ESSAI
De j'oufte un ruiiïel;
Truis Paftore foz un pin
Novel ;
. D'un raimfel
Ot; fet chapel,
Et cote & chaperon ot d'un burel,
Freftel
Chalemel
Ot fi notait ;
Et chantait
Bien & bel :
Sovent regrete un paftorel ,
• Car foie gardait Ton aignel.
Je m'arreftai foz l'ombre d'un fraifnel .
Lès un bofchel
Laflai mon pointrel :
. Sa voix qui retendit el bolchel
De s'amor m'efprent ;
Car le cors a gent ,
Le vis cler & bel.
Lafle! fait-ele en foufpirant ,
De duel morrai ,
Robins ne m'aime de néant :
Or maudirai
Le tans de mai,
Et maudirai
Et foille & flor & glai.
Mal trai.
Si m'efmai ,
Porcoi ne m'aime Robins , je ne fai ;
• Je l'aime de cuer vrai , •
Ja par biauté nel laiflèrai ,
Jamais autrui m'amor n'otroierai,
Trop ai
Le cuer vrai ;
Mes je chanterai
Aîné l'ai,
Et s'il ne m'aime , j'el lairai ,
Certes j'el narrai.
Lafle ! qu'ai je dit ? Voir non ferai.
Quaat je.l'oï fi dementer ,
» d'un ruifTeau fur le grand chemin. Je
« trouvai bergère fous un pin nouveau ;
» elle avait fait un chapel de branches d'ar-
» bres. Elle avait cotte & chaperon de
» bureau ; elle avait fretel & chalumeau ,
» & chantait très - bien. Elle regrettait
» fouvent un berger ; car ellç gardait
» feule fes agneaux. Je m'arêiûi (bus l'ojn-
» bre d'un frêne ; je laiflai mon cheval à
» l'entrée du bois. La voix de la bergère
» qui retentiflait dans le bofquet , m'enflà-
» ma d'amour ; car fa taille était jolie , &.
» fon vifage fiais & beau. » '
« Hélas i s'écriait-elle en foupirant , je
» mourrai de chagrin , Robin ne m'aime
» pas , je» maudirai le mors de mai ,
» je maudirai verdure, fleurs & glayeul».
» Que je fuis malheureufè ! Je m'é-
» tone pourquoi Robin ne m'aime pas ,
y & n'en fais pas la raifon ; car je l'aime
» vraiment , jamais je ne le laiflèrai pour
» un berger , quelque- beau qu'il foit , ja-
» mais je îVacorderai mon amour à d'autres;
» j'ai le cœur trop vrai ; mais je dirai dans
» ma chanfon , je l'ai aimé ; & s'il ne
«m'aime, je le laiflèrai, & certes je le
» haïrai. Helas ! Qu'ai-je dit ? Non vrai-
» ment je ne le ferai point. »
« Quand je l'entendis fe plaindre ainiï;.
U S I Q U E; ipi
» je lui dis : abandonnez ce berger , c'cft un
» gueux , qui le fera toujours ; jamais vous
» n'aurez de lui fatisfa£tion tant qu'il .ivra.
» Enfin je dis & promis tant que l'ayant
u prife doucement entre mes bras , je l'aC-
» fis fur l'herbe verte , & lui baifai les yeux
« & les joues ; alors il me fembla que j'é-
n tais en paradis. J'étais épris d'elle , j'en.
» pris & repris à mon appétit , & lui dis ,
» vous n'aurez jamais pis. Alors elle fôu-
» rit , & dit : vous ferez toujours mon
» ami. »
SUR L A M
Adonc li dis ,
Le/liez efter
Cel
Paftorel :
Chaitis eft & fera toz dis ,
Jamais n'aurais de lui foulaz
Tant corne foit vis.
Tant dis
Et promis
Qu'entre mes bras
Doucement la faifis.
Sor l'herbe verdoiant la mis ,
Les ex li baifai Se puis le vis.
Lors me fembla que fufTe en paradis,
Delui fu efptis ,
S'en pris
Et repris;
Puis li dis,
N'aurez pis.
Elle jeté un ris ,
Si dit: mes amis
Serez mais toz dis.
Eriers (Thomas ). Faucher, le nomme Thomas Erars. La première de
fes chantons eft corée en marge , coronée. Nous en avons douze de lui.
Espinais ( Gautier d' ). Fauchet le nomme d'Efpinois, &: cite cinq
de fes chanfons.. Nous eu avons neuf.
11 en adreffe une ail' Seigneur de Bar, qui , apparemment, cil: t
dont il nousrefte une chanfon.
Voyez Bar ( Comte de ).
Espinais ( Jacques de ) frère ou coufm de l'autre. Ou n'a de lui qu'une
chanfon.
Esquiii i (Jean d' ). Le manuferit de Ste.-Palaye &: celui de Noailles
nous ont confervé une chanfon de lui : il vivait vers 1150.
r.usTACHE, d'Amiens, vivait dans le treizième lîecle , & a fait
beaucoup de chanfons.
T 1
ïj3 2 "ESSAI
II cfl: Auteur du Boucher d' ' Abbevillc j Fabliau.
La cinquième nouvelle de la feptieuie journée de Bocace , & la fixieme
de la neuvième font prifes de lui.
Eustache le Peintre ou de Reims. 11 ne faut pas le confondre avec
Euftache, Auteur du roman de Brut d' Angleterre, 11 mourut vers 1140,
& à fait plufieurs chanfons d'amour , dont il nous refte fept.
Il dit dans une , que Trïjlan , le Chajlelaïn de Coucy cv Blondeau. de Nèfle
n'aimaient jamais comme lui. Ce Châtelain n'était donc pas Raoul II ,
tué à la MaiToure en 1250, puifqu'Euftache le Peintre le cite comme un
modèle d'amour ., & qu'il était mort dix ans avant lui. Il n'avait donc pu
favoir l'hifcoire du cœur.
Chanfon d'Eujlache le Peintre.
Cil qui chantent de fleur ne de verdure
Ne Tentent pas la doleur que je fent :
Ainz font amanz aufi corn d'aventure,
Quant il vueknt , fi ont alégement.
Mais je ne puis chanter jolieraent ,
Car tout adès maint mes cuers en tonnent .
Et ma Dame truis de merci fi dure
Qu'à pou ne dis qu'en fon cuer faut nature.
Onques , je croi , nés une créature
Not tant de mal pour amer loiaument:
Si en inorrai , fe longuement me dure ,
Ou la bêle de moi pitié ne prent.
Merci , Dame , vous entrai à garant:
Ne doit morir qui de tout pris fe rent :
Non voir par droit. Mes tele eft m'aventure,
Pour loïauté fui à defeonfiture.
Douce Dame , bêle & vaillant & fage ,
Ou tôt biens font afftmblé pour manoir,
Pour Dieu vous pri , nel tenez à outrage
Si je vous aim , que ne m'en puis mouvoir.
« Cettt qui chantent les fleurs & la rer«
» dure , ne reflentent pas la douleur que
» j'éprouve ; mais ce font des amans à
» l'aventure qui , quand ils veulent , ont
» foulagement. Pour moi, je ne puis chan-
» ter gaiement; car mon coeur eft conti-
» nuellement affligé, & je trouve fans cefTe
» ma Dame fi dure à la pitié , que peu s'en
» faut quelquefois que je.ne croie fon cœur
» manquer de naturel. »
« Jamais aucune créature , je penfè , ne
» fouffrit autant pour aimer loyalement.
» Oui j'en mourrai, li mon mal dure, ou.
» fi ma belle ne prend pitié de moi j,
» grâce , Madame, j'entrai à votre fervice
» fous bonne garantie; & celui qui , étant
» pris , fe rend , ne doit pas mourir. Non
» certes , c'efl la juftice ; mais tel eft mon
» malheur , que je péris pour avoir été trop-
» loyal. »
« Daine douce , belle & fàge , en qui
» font réunies toutes les fortes de mérites,
» ne regardez pas comme un outrage , je
» vous en conjure au nom de Dieu , fi je
SUR LA MUSIQUE.
Ne je ncl qier , ne je n'en ai voloir ;
Et facliiez bien , douce Dame, de voir
Que (c je muir end de tel malade ,
Je,di qu'amours pert fou droit héritage.
Ors ,.ne lion n'cft, ne befte fauvage
Qui , tel fax eft , ne fraingne (bu vouloir
De fere mal & ennui Se damage.
Mes ma Dame fer adès (on povoir
De moi grever Se de fere doloir :
N'autre merci ne puis de li avoir.
Si ne fait pas feneur ne vafïclage,
Séle m'ocit , quand je li fis honmage.
GnquesTriftan n'ama en tel manière ,
Li ChaPtelain, ne Blondiax autreli ,
Com je faz vous , très douce Dame chiere j
Et encor aim c'onques nus n'ama lï.
Ne m'en créez pour ce fe le di ;
Car ce qu'on voit ne doit eftre en oubli :
Qu'à moi pert bien au vis & à la chiere ,
Que voftre amor m' eft trop cruel S: fiere.
» vous aime ; car je ne puis m'en empê-
» cher ; je n'en ai .ni la volonté , ni le defir j
» & fâchez vraiment que fi je meurs ainfi
» de chagrin , amour perdxa fon héritage
» ( un ferviteuf ). »
« Il n'y a ours , lion ni bête fauvage
» qui , quelque cruelle qu elle foit , ne
» perde fouvent l'envie de nuire Se de mat
» faire. Mais ma Dame fc fait un plaifir de
J> me tourmenter & de me défoler fans re-
» lâche , Se je ne puis obtenir d'elle rien
» autre chofe. Si die m'ôte la vie quand
» je lui fais hommage , cette acliou ne fera
» ni (âge ni génércule ».
« Jamais Triftan , le Châtelain ( de
» Coucy ) ni Blondeau ( de Néele ) n'ai-
» merent autant que je vous aime , chère
» Se douce Dame. Je crois même chérir
» plus que qui que ce foit au monde. Au
» refte , ne m'en croyez pas feulement
» d'après mes difeours ; croyez-en mon vi-
» fage , Se mes yeux vous prouveront que
» votre cœur m'elf cruel & lier, u
Ferrieres (Raoul de) vivait fous S. Louis, & nous a l.aitTc neuf
chanfons.
Ferris( Lambert ). Il y avait fous S. Louis un Fcrris Paflé , Sei-
gneur de Clialeranges , cVrc. nomme Maréchal de France , d.ins trois char-
tes : il fut envoyé en \ii6 en ambailade en Flandres, avec Raoul de
Mello , probablement neveu de Dreux de Mello, Connétable de France-,
pour recevoir de Jeanne , ComrelTe de Flandres, le château de Douay Se
plufieurs autres places. Notre Lambert herns eft peut-être le même que
Fcrris Paflc , ou quelqu'un de fes par.ens. Ce qu'il y a de certain , c eft
qu'il vivait vers 1150, &: nous a lailïc deux chanfons.
IfrtÉ ( Meffire Hugues .de la) était probablement le Seigneur de fa
Fcrcc-BcrnurJ , à qui le Comte de Bretagne adrefTa la chanl'on oui' nous
«5>4r
ESSAI
refte de lui : nous en avons trois d'Hugues de la Verte. Ce Seigneur vivait
fous S. Louis &: fous Philippe-le-Hardi.
Fontaine vde Tournay ( Jean de la ) connu feulement par le manuf-
crit du Vatican.
Fournival ( Richard de ) Chancelier de l'églife d'Amiens. On trouve
fes chanfons dans un de fes ouvrages en profe intitulé : Li Commandement
d'Amour. Il a aulli compofé le Bejtiaire d'amour [a) profe mêlée de vers.
Il vivait fous S. Louis. Il ne nous relie que vingt chanfons de lui.
Chanfon de Richard de Fournival.
Je fu l'autrier en un autre pais
Q'uns Chevaliers oc une Dame araée. '
Tant corn la Dame fa eu fon bon pris
Li a s'amor efeonduite & vée :
Jufqu'à un jor qu'ele li dift ; amis,
Mené m'avez par parole mains dis j
Ore en- l'amor conçue & donée ,
Déformés fui tout à voftre devis.
Li Chevaliers la regarda el vis ,
Si la vit rouit pâle & décolorée.
Par Dieu ! Dame , mort fui &c entrepris ,
Quant dès l'autrier ne foi cefte penfée :
Li votre vis qui femblait flor de lis
M'eft. fi torné du tout de mal en pis ,
Ce m'eft. avis que me foïez enblée. .
A tare avez , Dame , ceft confeil pris.
« L'autre jour je fus dans un pays oïl
a un Chevalier avait aimé une Dame. Tanc
» qu'elle fut jeune , elle lui refufa conftam-
» ment (on amour. Mais un jour enfin elle
» lui dit : ami , vous m'avez jufqu'à pré-
» fent beaucoup follickée, j'ai conçu à
» mon tour de l'amour pour vous , & je
» veux bien confentir à vos defirs. »
« Le Chevalier la regarda au vifage : il
» vit qu'elle était fans couleurs & fans fraî-
» cheur. Par Dieu , Madame , dit - il , il
» taut que je fois bien malheureux de n'a—
» voir pas fu autrefois quelle était votre
» bonne volonté ; mais vos joues qui me
» femblaient fleurs de lys , me paraiiïènt
» aujourd'hui , telles que je croirais voir
» une autre. Madame , vous vous êtes
» avifée trop tard. »
Quant la Dame s'oï fi rampofner , . « Quand la Dame entendit qu'on lui
Grant duel en ot; fi dift par felonnie : » faifait ce reproche ,' elle en fut très pi-
, Danz Chevaliers, on vous doit bien gaber. » quée , & dit avec mépris : Sire Chevalier,
Cuidiez-vous donc qu'à certes le vous die? «vous voulez donc qu'on fe moque de
(a) Le Bifilaire d'amour eft un traité fur la nature des différentes bitts ou animaux ,
avec des applications morales , tant mauvaifes que bonnes.
SUR L A ■ M U S I Q U E.
Nennil certes ; onc ne Toi en pcnfée.
Voulez-voos donc Dame Je pris amer i
Nennil certes ; ainz auriez envie
D'un biau vallet béficr & acoler.
Dame, fet-il , j'ai bien oï parler
De votre pris , mes ce n'eft ore mie.
Et de Troie ai je oï conter
Qu'ele fu-j'a de mult grain feignorie.
Or n'i puct-on fors les places trouver.
Par tel réfon vous lo à efeufer ,
Que cil foient refté de l'yréfie
Qui déformés ne vous voudront amer.
Danz Chevaliers, mari avez gardé
Quant vous avez réprouvé mon aage ,
Si j'avoïe tout mon jouvent ufe :
Si fui-je tant bêle & de haut parage
Qu'on m'ameroit à mult pou de biauté,
Qu'oncor n'a pas , ce cuit , un mois paire
Que li Marchis m'envoïa fon ménage
Et li Barons a pour m'amor plorc.
Fremaux de Lille , vivair dans
trois chanfons médiocres.
» vous. Quoi ! vous avez cru que je par-
» lais tout de bon: Non certes, jamais je
» n'en eus la penfée. Vous faites femblanc
» maintenant de vouloir aimer une femme
» de qualité. Je n'en fuis pas dupe , & fois
y> que vous préféreriez plutôt un beau
» garçon. »
« Madame , répondit-il , j'ai bien , il cft
» vrai , entendu parler de votre mérite ,
» mais ce n'eft pas d'aujourd'hui ; & j'ai
» entendu dire de Troie auffi qu'elle eut
» une grande puiflance ; mais maintenant
» on n'y trouve plus que la place. Ainfi je
» vous exeufe de trouver coupables de
» l'infâme hérélîe ceux qui déformais ne
» voudront pas vous aimer. »
« Sire Chevalier, vous n'y avez pas bien
f> regarde quand vous m'avez reproche
» mon âge , comme fi j'avais paffé cntierc-
» ment ma jeunefle. D'ailleurs je fuis d'une
» naiflance & d'une qualité telles qu'on
» m'aimerait encore quand je ne ferais pas
» belle. Il n'y a guercs qu'un mois , je
» penfe , que le Marquis m'envoya uni
» meiïage , & que le Baron a pleure poux
» obtenir mon amour. »
le treizième fit. le, & nous a lailTc
Gace Brûlés ( Mciïire). Prefque tous les manuferits anciens lui donnent
le titre de Monfeigneur, ik le font ami de Thibaut, Comte de Champagne.
Quelques Auteurs (j) même avancent qu'ils firent enl
chanfons les plus dtïitables & les plus mélodieufes qui jurent oneqm
Quelques manuferits l'appelent Gafie-blé (/>) ; 8c il elt certain que de
(a) ( Voyez la Chronique de Saint Denis).
(*) Il y a même dans les manuferits de M. de Sainte-Palaye une chanfon qui com-
mence ainli : Pour mieux valoir, 6i\ fous le nom Je Gajh-bU ; elle n'elt nulle pair
fous le nom de Gace»
fon t«ms , il y avait en Champagne une famille noble .de ce nom. S'il
eût été ami intime du Comte de Champagne , il l'aurait nommé dans
quelqu'une de fes chanfons , &c ce Prince l'eût nommé dans les fiennes.
Comme cela n'eft dans aucune de celles qui nous ont été confervées , il
y a orande aparence qu'ils ne fe connailfaient pas. Gace nous aprend, par
fes chanfons , qu'il féjourna quelque tems en Bretagne , & laiffe entendre
qu'il s'y était retiré ; mais fans nous en aprendre la caufe. Il paraît aulîi
que le Comte de Bretagne adoucit fes peines autant qu'il lui fut poffible.
Cace fut un des plus aimables Poctes de fon tems , Se fans contredit
celui qui écrivait le plus purement alors. 11 y a une grande différence de
fes vers à ceux de fes contemporains. Il a adreifé la plupart de fes chan-
fons à une Dame , dont il n'ofe pas dire qu'il eft amoureux , & qu'il ne
nomme pas j les antres le font au Comte & à la Comtene de Blois , au
Comte JofTroy , 4 Guillon ( fon bel ami ) à Gui de Ponceaux & à Oudin.
Gace floriifait vers 1135.
Nous avons de lui foixantè dix-neuf chanfons , dont il ne fe trouve que
quarante-fix dans le nlanufcrit de M. le Marquis de Paulmy.
Paquier cite pour la première chanfon du Roi de Navarre celle qui
commence par.
Au renouviau. de la doulfour d'été.
Mais dans tous les manuferits où nous l'avons trouvée , elle eft atri-
buée à Gace \ <Se dans l'édition de M. Levefque de la Ravaliere , qui ra-
porte foixantefixehanfons de ce Prince , il ne fait pas mention de celle-là.
Chanfon de Gace.
Les oifillons de mon païs » J'ai entendu en Bretagne les oifeaux
Ai oïs en Bretaingne. » de mon pays , & il me femble à leur
A leur chant m'eft-il bien avis » chant que ce font ceux que j'entendis
Q'en la douce conpaingne » un jour dans la compagnie de ma belle.
Les 01 jadis. » Au relie , lî je me trompe , ils m'ont inf-
Se g'i ai mefpris , » pire de fi douces penfées , que je veur
Il m'ont en fi doux penfer mis » faire une chanfon ( laquelle je chante-
Qu'à chançon fere me fuis pris » rai ) jufqu'à ce que j'obtienne ce que,
Tant que je parataingne » depuis fi longtems , amour m'a promis, »,
Ce qu'amors m'ont lonc ten s promis.
Pe longue atente m'efbahis « Je m'étone d'un fi long délai , fans ce-
pendant,
S U R L A
Sanz ce que je m'en plaingnc.
Ce me tout le gieu & les ris.
Nus qui amors enpraingne
N'cft d'el entends :
Mon cuer Se mon vis
Truis mainte foix fi entrepris
Un fox fenblant j'ai apris.
Qui qu'en amour m'cfpraingne ;
Ainz certes plus ne li meftis.
MUSIQUE. 197
» pendant m'en plaindre. Il m'ôte l'envie
» de jouer & de rire. C'eft à qu^i perfone
» ne fongera quand il commencera d'ai-
» mer. Mon cœur & mon vifage fe trou-
» vent fi fouvent affligés , que j'en ai con-
» tracté l'air d'un homme fans raifon. Voi-
» là ce qu'Amour me fait éprouver , & cc-
» pendant jamais il n'a eu à fe plaindre de
» moi, ».
AUTRE.
À l'entrant du douz termine
Du mois nouvel,
Que la flor nelt en l'épine ,
Et cil oifel
Chantent parmi la gaudine
Seri & bel ,
Lors me rafaut amors fine
D'un très douz mai
Que je ne penfe al
Fors là où mes cuers s'acline,
Onques d'autrui n'oi envie,
Ne jamais n'aurai :
Et lï mes cuers fi affie ,
De duel morrai ;
Car trop main greveufe vie
Des max que j'ai.
Hélas ! ele ne fet mie ,
Ne je ne (ai ,
Se je jamès li dirai
Belc , ne m'ociez mie.
A touz les jorz de ma vie
La lérvirai ,
Et ferai en fa baillic
Tant corn vivrai,
Ne ja de la feignorie
Ne partirai ,
Et fe briément ne m'aie
Trop Etant mal trai ,
Mes guetiz fui le g'en ai
Un biau llnblant en nu vie.
Tome II.
» Quand commence la douce faifon du
«printems, quand fleurit l'aubépine, &
» que les oifeaux chantent à l'envi fous la
» feuillée; amour alors m'ataque d'un doux
» mal , tel que je ne puis penfer ailleurs
m qu'à celle vers qui mon cœur penche. »
« Jamais je n'eus & jamais je n'aurai en*
» vie d'une autre ; & fi mon cœur perfévere
» à l'aimer, je m'atends à mourir de dé-
«plaifir; car les maux que je fens me
» font mener une vie trop douloureufe.
» Héla9 ! Elle n'en fait rien ; & je r.e fais
» moi-même fi jamais j'aurai la hardiefle
» de lui dire: Belle , ne m'ôtez pas la vie. ».
« Tant que je vivrai , je veux la fervir Si
» relier toujours fous ion empire ; jamais je
» ne me fouitrairai à fa loi. Je fais bien que
» fi elle n'a pitié de moi , j'ai tout à crain-
» dre ; mais aufli je fuis guéri , fi , dans ma
a vie, j'obtiens d'elle un regard favorable. »»
jr>8
ESSAI
G Ai di fer, n'en: connu que par le manufcrit du Vatican , qui a con-
fervé cinq de fes chanfons.
Giïvïncy ( Adam de ) Poe te du treizième fiecle, n'erV connu que
par les recueils de chanfons qui nous reftent de ce tems-là , Se il nous en a
laiffé huit.
GoBiN, de Reims, a été confondu avec La Chèvre de Reims; Se ce
font cependant deux Poctes différens. Ils vivaient tous deux fous S. Louis j
Se Gobin nous a laiffé deux chanfons.
« La douce vie que ce ferait de bien ai-
v mer , fi l'on avait , pour fe divertir , belle
» amie fans fierté , fans caprice & fans
» tromperie , qui n'eût point envie d'ai-
» mer un autre , qui ne voulût point vous
» trahir; mais , comme une amante loyale.,.
» s'atacher à celui qui l'aime d'un cœur fin-i-
» cere. »
Mult ferait bone vie
De bien amer ,
Qui aurait bêle amie ,
Pour déporter ,
Sanz orgueil , fanz folie
Et fans guiler ,
Ne ja n'euft envie
D'autrui amer ;
Ne me voufift faulîèr ,
Mes, com loïal amie,
Celui amer
Qui de fin cuer la prie..
Guillaume. Fauchet fait mention de quatre Poctes. de ce nom,, mais.
dont chacun avait un furnom.
Guillaume Viaux.
Guillaume le Viniers.
Guillaume de Lorris.
Guillaume de Villeneuve.
11 paroît que celui-ci eft un Poê'te différent. Il eft Auteur d'un poeme,
en vers de huit fyllabes intitulé : Li Beftiares ou de la nature des Bêtes. Il
dédie fon ouvrage à Raoul fon Seigneur.
Guillaume , qui ceft livre fift
En la definaille tant dift
De Sire Raol fon Seignor
Por qui il fu en tel labor :
Et li eft bien guerdonné
Et bien promis , & bien donné.
SUR LA MUSIQUE. i9<>
Ce Seigneur était probablement Raoul de Coucy j l'orthographe de ce
pocme étant un peu Picarde , Se le ftyle paraiflant être celui du liecle de
Philippe Augufte. On dit aufïi qu'il a fait des chanfons.
G ri e v i l e a n'eft connu que par le manuferit du Vatican , qui a con-
fervé fix de fes chanfons.
Guiot, de Dijon , l'un des Poé'tes du treizième fiecle , nous a laifl~é
feize chanfons qu'on ne trouve que dans le manuferit du Roi , hors
quatre qui font dans celui de Noailles.
Hedïn (Jacques de). Nous avons deux chanfons de lui , dont une
contre les femmes j de celle-ci nous avons cru pouvoir copier le premier
couplet.
Je chant comme dervez,
Com cil qui eft guiiez
D'amors coûte fa rie.
Proéce , loïautez,
Ne valor , ne bontez ,
Ne feus , ne coitoifie
N'ont mes, d'amours aie}
Car cil qui famé prie
N'iert james efeoutez
S'il n'a deniers aflez
Et la bourlTc garnie.
Il eft mort vers izyo.
« Je chante comme un homme furieux ,
» comme un homme trompé toute fa vie
» par amour. ProuefTe , loïauté , mérite
v bonté , efprit , courtoifie , tout cela eft
» inutile pour obtenir fecours de lui : celui
» qui prie une femme , peut être sûr de n'être
» jamais écouté s'ils n'apporte beaucoup
» d'argent Se la bourfc garnie ».
He lin and. Fameux Pocte fous Philippe Augulte. Paquier (page
598) nous dit qu'on le renommait particulièrement pour chanter que
belle chanjon devant le Roi.
c Quant li Roy ot mangé, s'zppclla Helinand
n Pour l'y esbanoyer commanda que il chant ».
Le roman d'Alexan.lre de Paris, d'où font tirés ces vers, nous aprend
qu'on faifait venir ce Pocte après que le Roi avait mangé, Cs; qu'alors il
chantait des vers fur quelqu'effet de la nature , ou fur quelque fujet tiré de l.i
fable à peu-près comme nous voyons dans Homère que Phemius éc LX
V:
2oo ESSAI
docus chantaient à la 'abïe d'Àlcinbiis 8c de Pénélope ; Se dans Virgile >
qu'Yopas chantait à la table de Didon.
Helinand était de Beauvais & Religieux de l'Abbaye de Fremont, ordre
de Cîteaux.
Il vécut d'abord en homme du monde & en Pocte de Cour ; puis fe
retira à Fremont , dans le diocèfe de Beauvais. L'Eglife l'a canonifé ; ce
qui n'arrive pas fréquemment aux Poètes. Le célèbre Avocat Loifel tira
fes œuvres de la poufTiere au commencement du dix-feptieme (îecle , Se
en donna une édition afTez exaéte. Il mourut vers 1220.
Hugues ( Châtelain d'Arras ) Pocte du treizième fiecle , ne nous a laifTé
qu'une chanfon.. '
Hugues le Maronniers, ami de Simon d'Authies , vivait par confé-
queut fous S. Louis. Nous n'avons de lui qu'une feule chanfon.
Hugues le Roy a fait plufieurs chanfons. Se le Fabliau du vair
Palefroi qui a été fameux.
Il vivait fous S. Louis..
Jean l'Orgueneur , vivait dans le treizième fiecle, Se nous a laifTé deux
chanfons.
Je an ( le Petit )/Nous n'avons qu'une chanfon de lui.
Josselins de Dijon. Les manuferits du Roi & de Noailles nous ont
confervé deux chanfons de ce Pocte du treizième (iecle.
Kaukesel( Maître Guibert de ). Nous en avons quatre de lui, &
Jious favons qu'il vivait vers 1250.
Lageni ( Oudart de) ne nous a laifTé que trois chanfons, & était un
des Poètes du treizième fiecle.
La Chievre de Reims a été confondu quelquefois avec Gobin de
Reims. Il vivait 5 ainfi que Gobin , dans le treizième fiecle , & nous a
iftifle cinq chanfons.
SUR LA MUSIQUE. 201
Lambert l'aveugle. Une feule clianfon de lui , que l'on trouve dans le
manufcrit du Roi , nous prouve qu'il vivait dans le treizième lîecle.
Le Moine de S. Denis. Le manufcrit du Roi nous a confervé trois
de fes chanfons , dont une prouve qu'il n'avait pas de trop bonnes mœurs j
nous n'en raporterons que ce coupler.
« Par Dieu c'eft une rage que le mal
» d'amour. Je ne puis plus fouffrir fes tour-
» mens ; s'il ne me foulage, je lui retirerai
» mon cctar, je Je quitterai. Mais cela n'eft
>» pas en mon pouvoir, car quand je la
1» vois ma belle , ma blonde , je me livre
» à elle ».
En non Dieu c'eft la rage
Que li maus d'amors ;
S'il ne m'affbage ,
Ne puis foufrir fôn outrage,
' Mon coragc
En retrairai:
De li partirai.
Mais n'eft pas par moi ;
Car quant la voi , la voi , la voi ,
La belle, la blonde,
Ali m'otroi.
Lille ( le Tréforier de ) ou Pierre le Borgne , vivait fous S. Louis , &
nous a laide trois chanfons.
Chanfon du Tréforier de Lille.
Joie ne guerredon d'amors
Ne viennent pas par biau fervir ;
Car on voit ceus fouvent faillir
Qui fervent Cuiz changier aillorsi
Si m'en air,
Quant celé ferf fanz repentir
Qui ne me veut fere fecors.
Voir cft qu'amors eft grant douçor ,
Quant dui cuer font un fanz partir ;
Mes amors fet les ficus languir
Et les ennuiz tozjors foffrir.
Bien os géhir
Que ne puis à amors venir ,
Et en li gift tout mes recors.
Li haut pris & la grant valor
De la bcle que tant defir,
« Ce n'eft pas par la fidélité des lêr-
» vices qu'on obtient les plaifirs & la re-
» compenfe d'amour , puifqu'on voit ibu-
» vent échouer ceux qui aiment fans inconf-
» tance. Pour moi je m'en courrouce quand
» je fers conllammcnt celle qui îefufc de
» me fecourir.
» Il eft bien vrai qu'amour cft une
» grande douceur, quand ceux coeurs réuni;
» n'ai font plus qu'uu pour toujours. Ma s
» amour fait languir les fiens , il leur fài:
» foutïrir des peines continuelles. J'ofc m'en
» plaindre, car |e ne puis réulfir , & en
» lui cependant eft toute mon efpérancc.
» Le mérite incomparable de la btl!c
» que je délire fi ardemment, la beauté
202
ESSAI
Sa. biauté qu'en mon cuer remir,
Ses cler vis , fa frefche coloc
Me font creïr
Ma mort, & bonement foufFrir
Les max d'amors Se les dolors.
Ha ! bêle , des non pers la flor ,
Ne fêtes votre pris mentir
Par trop merci contretenir :
Quanque vous viengne défenors,
Vueil melz morir.
Si n'aura en vous qu'aconplir ,
Ne n'en ferez rien à rebors.
Ja voir n'iert periz mes Iabors ,
Se fins cuers doit d'amors joir :
Mèî je criem par trop haut choilîr
Ne foit mes guerredons trop cors.
Par fon pléfir
Li pri de merci accueillir.
Aumolhe li eft & honors.
» dont mon cœur s'occupe , fon vifage cclat-
»tant, la fraîcheur, me font craindre la
» mort, & cependant fouffrir avec patience
» les maux & les douleurs d'amour.
» Ah ! belle , la fleur des femmes incom-
» parables, n'affcibliiïèz point ce que vous
» valez , en me refufant trop long tems
» merci ; j'aime mieux mourir que de vous
» voir faire un reproche ; vous ferez alors
» accomplie, & ne ferez plus. rien de blâ-
» mable.
» Oui certes mes fervices ne feront point
» fans fuects , fi un ' cœur confiant doit
» efpérer les jouiiïknces d'amour; mais je
» crains qu'ayant porté mes veux trop haut,
» ma récompenfe ne foit trop petite. Je
» fupplie donc ma belle de ru'accorder
» merci de fon bon gré; c'eft une aumône,
» Se elle lui fera honeur v.
Loris ( Guillaume de) Auteur du Roman de la Rofe.
« Ce eft le Roman de la Rofe
» Où l'art d'amours eft toute enclofe »,
C'eft une imitation de l'Art d'aimer d'Ovide , mais qui malheureufe-
ment ne reflemble point du tout à fon original.
Loris vivait encore en 1160 ; on croit qu'il étudiait en Droit , & on en
donne pour preuve ces vers :
« Ainfï nos dit Juftiniens
» Qui fît nos livres anciens ».
Lou v 01 s ( Meilire Jean de ). On trouve une feule chanfonde lui dans
le manuferit du Roi. 11 vivait vers 1 240.
Ma ill 1 ( Monfeigneur Bouchard de ) (a) vivait au milieu du treizième
{a) Le manuferit du Roi donne cette chanfon à Bouchard de Mailli, Se la table
ie celui de Sainte-Palaye à Boucars de JUarlù
SUR LA MUSIQUE. 203
fiecle , de a fait une longue fatyre intitulée : fEJloire li Romans de Monfeï-
gnor Thiebault de Mail/y. Elle eft cutieufe par la quantité de perfonages
qu'il y nomme. Il ne nous refte de lui qn'une chanfon.
M a 1 l l 1 ( Mathieu de ) probablement le fils du précédent , était Cham-
bellan de Philippe le Hardy en 117 1.
Maisons (Gille de ) nous a laifle deux chanfons , & vivait fous S.
Louis.
Maisons (Jean de) vivait fous S^ Louis , Se ne nous en a laifTc
qu'une.
•
Marberoles ( Meffire Robers ) Gentilhomme de Thibaut, Roi
de Navarre , nous a laifle trois chanfons qui ne valent pas grand'chofe y
on croit qu'il mourut à la Croifade de 1139 , ou qu'il demeura captif chez
les Infidèles. Il dit qu'il ne fait des chanfons tendres que par coutume -y
qu'au refte il n'aime point ôc n'aimera de fa vie , parcequ'il n'y a plus de
véritable amour fur terre.
» Mort eft amours, mort font cils qui aimoienc
» Les faux amanz l'ont fait du tout faillir ».
Nous n'avons de lui que trois chanfons.
Marche ( le Comte de ).. Ce Comte de la Marche était Hugues qui fe
révolta plusieurs fois contre S. Louis. 11 avait époufe Ifabelle d' Angoulcme ,
veuve de Jean Sans terre , Roi d'Angleterre, & mère de Henry III. né en
1207. Cette Princefte avait été promife au Comte de la Marche, avant
que d'époufer le Roi Jean ) elle s'unit au Comte après la mort du Roi ,
arivée le 1 9 Octobre 1116..
■ — ■ ■ — ^""" — .
Nous ne connaiflbns que Mathieu de Marli , de la maifon de Montmorency, à qui
on puifîe l'attribuer. Il était Chambellan de France en iî7x.
Au lieu de Bouchard, il eft polTible qu'il faille lire Thibault ,• car on lit dans les
antiquités de Picardie , par la Morliere , pas;. 131 , que Thibault de MaiUli dignement
écrit en vers , & clt eftimé entre les premiers romanciers de la France. Il eft probable
que ce Thibault était l'auteur des chanfons j il vivait en 1177.
204- E S S m. I
Lorfque S. Louis donna le Comté de Poitiers à Alfonfe fon frère , le
Comte de la Marche ne voulut point lui rendre homage. S. Louis mar-
cha contre lui , & gagna la bataille de Taillebourg , ou Hugues fut tail-
lé en pièces. Ce malheureux Comte fut obligé de venir trouver le Roi
dans fon camp vis-à-vis Pons, de fe jetter à fes pieds & de fe foumettre.
Il ne nous relie de lui que trois chanfons.
Chanfon du Comte de la Marche.
Puifque d'amours m'eftuet les maus fouffrir,
Merveilles eft c'on les puis endurer ;
• Car enfi fui du tout à fon oléfir
Que nuit ne jor ne puis aillors penfer.
Mon cuer li ai Iefîïé fanz recouvrer ;
Et s'il revient failli à amaïer,
Pour ce li pris , pour Dieu , qu'il ne m'ocie.
« Depuis que je fuis condamné à fouf-
» frir les maux d'amour , je m'étonne com-
» ment on peut les endurer; car je fuis
» tellement en fon pouvoir, que ni le jour
» iii la nuit je ne puis avoir d'autres pen-
» fées. Je lui ai abandonné mon cœur fans
» retour, & s'il ne veut s'adoucir pour moi,
» je le prie , au nom de Dieu , de ne pas
» me donner la mort.
Douce dame , quant je primes vous vi ,
Touz esbahiz le falu oubliai :
N'ell merveilles fe je m'en esbahi ,
Car à mon cuer pas ne m'en confeillai :
Si vous l'aviez, onc puis ne'l recouvrai,
Tant li fuites de bêle conpaingnie ,
Qu'ainz puis entrer ne vout en ma baillie.
Et pHifqu'en vous a fon repaire pris ,
N'a pas failli à loi bien hebergier :
Car vous avez povoir de garantir
Con.-re touz çaus qui le voudront grever.
Et fi avez feur toutes loz & pris ;
S'eftes , dame , de biauté (I garnie
Que riens ne faut en vous , ma douce amie , (a)
Fors que pitiez. Dont trop fui esbahiz :
Si que j'en fui à méfèfe mult grant;
» Douce dame , la première fois que je
» vous vis, je reliai tellement interdit que
» j'oubliai de vous faluer j & je ne dois
» pas m'étonner de cette émotion , car je
» ne pouvais plus conseiller mon cœur.
» Vous l'aviez pris dès le moment , je ne
» l'ai point recouvré depuis, & il fe plaît
» tant d'être auprès de vous qu'il ne veut
» plus revenir en mon pouvoir.
■» Au relie puifque c'eft chez vous qu'il
» s'eft logé , je ne dois pas blâmer fon
» choix : car vous pouvez le garantir des
» efforts de toutes celles qui lui en vou-
» draient : & vous l'emportez tant fur elles,
» & poiTédez tant de beauté que je ne vois
» rien à délirer en vous, ma douce amie,
» Que la pitié. Je m'en étonne , & m'en
» trouve fort à plaindre: car jamais, fi je
(a) Le fens de ce couplet ne finit qu'avec les trois premiers mois du premier vert du
couplet fuivant. Car
SUR LA MUSIQUE.
Car à nul jor, Ci conmc il m'eft avis,
Ne poi avoir de vous un biau fenblant.
Ne fai pourquoi. S'onqucs en mon vivant
Ne fis vers vous ne nul ne félonnie,
Ne en penfcr, n'en dire vilanie.
Douce dame , quant de vous départi,
Tor effréez d'ilucques m'en allai,
Si c'onques puis, pour verte le vous di ,
Ne poi (avoir quele part je tornai.
Hé ! las ! qui fet de moi que devcndrai !
Tant ai au cuer d'angoifTc Se de hafchie ,
Que je morrai , fe pitié ne m'aie.
20;
» me le rapelc, je ne pus obtenir de vo :s
» un doux regard. J'en ignore la raifon;
» jamais pendaut ma vie je ne vous man-
» quai par perfidie, par trahifon , par
» aucune penfée , ni parole déshonnète.
» Douce dame , quand je vous quittai
» (a), je fonis hors de moi-même ; rellc-
» ment que depuis ( je vous dis la féaii )
» je n'ai fu de quel cô:é tourner Hélas
» qui fait ce que je vais devenu ! J'ai au
» cœur tant d'angoiiïè & de douleur que
» je m'attends à mourir , fi votre com-
» paflion ne me fauve ».
M archis ou Marquis ( Bernard ) Chambellan de Philippe le Lon<* ;
alors Corme de Poitou en 1310. On a de lui plulîeurs chaulons en vers
Provençaux.
Martins r.EBEGuiNs,de Cambray , n'eft connu que par le ma-
nuferit du Vatican , qui nous a confervé quatre de fes chanfons.
Mathieu le Juif, vivait fous S. Louis , & nous a lailTe deux chanfons.
Mathieu de Gant , le Clers , vivait dans le même tems , & nous a
lailTé fix chanfons.
M A u v o 1 s 1 n ( Robert de ) floriffait vers l'an 1150, &: ne nous a laiiré
qu'une chanfon.
Moniot d'Arras ( Jean ). Quelques-uns croient que Moniot était fon
nom de famille ; d'autres prétendent que ce mot veut dire petit Mx
Il vivait fous S. Louis , Se nous a laillé feize chanfons.
PASTOURELLE.
Ce fu en Mai ,
Au douz tens «rai
o
Que la féfons eft bclc ;
n Ce fut en mai au doux tems gai que
» la failon eft belle , je me levai un matin
» & allai me promener près d'une foi :
(a) Il fit probablement cette chanfon après être parti pour la Tenc Sainte , en 1 : ;•■.
Tome II. \
206
ESSAI
Main me levai,
Joer m'alai
Léz une fontenele.
En un vergier
Clos d'efglantier
Oï une viele.
Là vi dancer
Un chevalier
Et une damoifelle.
Cors orent gent
Et avenant,
Et mu!t très biau d'ançoientj
En acolant
Et en befant
Mult biau fe déduifoienr.
Eb un deftor
Au chief du tor
Dui & duj s'en aloient.
De for la flor
Le gieu d'amor
A leur plélîr fefoieut.
J'aillai avant,
Trop redoutant
Que nus d'els ne me voie,,
Maz Si penfanz
Et delîtranz
D'avoir autre tel joie.
Lors vi lever
Un de leur per ,
De Ci loing com g'eftoie,
A apeler,
A demander
Qui fui Se que querroie.
3'alais vers aus ;
Di lor mes maus,
Que une dame ainoie,
A qui loïauz,
■ Sarfz élire faux ,
Tout mon vivant feroie ,
» J'entendis dans un verger clos d'églan-
» tier le fon d'une vielle , & là je vis danfei
» un chevalier avec une demoifelle»
r> Ils avaient le corps bien fait Si plcim
» de grâces, & ils danfaient tics -bien. Je
» les voyais s'accoler, fe bailèr & s'amufer
» beaucoup. Enfin tous deux s'en allèrent
» au bout du verger dans un endroit dé-
» tourné , & fur l'herbe fleurie ils jouèrent.
» i leur aife le jeu d'amour.
» Je m'approchai , quoique craignant
» qu'ils ne m'apperçuflënt , trille &penfif,
» & délirant goûter la même joie qu'eux,
» Alors je vis un de ce couple fe lever
» & me crier à l'endroit où j'étais , pour
i> me demander & mon nom Si ce que je
» voulais»
» J'allai à eux ; je leur contai mes maui ;
3> que j'aimais une dame à qui je voulais
» être dévoué toute ma vie , fîdellemcnt
» & fans tromper ; & pour laquelle j'éprou-
» vais des peines Si des tourmens tels que
» je ne pouvais en donner l'idée. Hélas !
SUR LA MUSIQUE.
Por qui plus fent
Paine & torment
Que dire ne porroie.
Las ! or mortai ,
Car bien le fai ,
S'ele ne me ravoie.
2C7
» j'en mourrai , & je m'y attends , G elle
» ne daigne me rendre la vie.
■ Chacun d'eux alors avec douceur & po-
» litefle nie conibla. Ils m'aflurercnt plu-
» fieurs fois que Dieu bientôt m'envcrraic
» ce plaifir , dans l'efpoir duquel je iburfre
» tant. Je leur fis des remercimens fans
» fin, & en pleurant je pris congé d'eux ».
Courtoifement
E: gentcmenc
Chafcuns d'els me ravoie,
E; dicnt tant
Que Diex bricment
M'envoie de celé joie
Pour qui j'acens
Grant marrement.
Et je leur en rendoie
Merciz mul grant,
Et en plorant
A Dieu les conmandoie»
M o n i o t , de Paris ( Jean ). On a de lui un ouvrage intitulé : Le Di-
tclet de fortune.
D'autres difent que cette pièce eft de Moniot d'Arras. Ils vivaient tous
deux fous S. Louis. Nous avons onze chanfons de Moniot de Paris.
Moulins ( Mefîire Pierre de). Quatre chanfons que le manuferic de
Ste.-Palaye nous a confervées de lui, nous aprenent qu'il vivait fous le règne
de S. Louis.
Mu set (Colin) était un fimple Jongleur ou Meneftrel , que fon ef-
prir éleva au grade d'Académicien de Troyes & de Provins.
M. le Marquis de P. croit que le Roi de Navarre ne lailïà pas long-
tems Colin Muftt faire le métier d'un vil chanteur, courant les champs
pour gagner fa vie \ de qu'il le prit à fon fervice.
Une tradition fort ancienne nous aprend que Colin Mufet contribua de
fes deniers à la conftrucYion du portail de Saint Julien des M
triers , qui fubfilte encore dans la rue Saint Martin, cv qu'on l'y a
représenté jouant du violon. Cet inftrument reflemble trop aux violons
X i
so8 ESSAI
de nos jours , pour ne pas avoir été ajouté à la figure long-tems après
qu'elle a été faite. On a voulu que la Vielle ait été inventée par Colin
Mufet ; mais nous lui avons prouvé une bien plus ancienne origine dans
notre fécond Livre. On l'a fait auffi à tort l'inventeur du Vaudeville. M.
le Marquis de Paulmy a raifon de le croire plutôt l'inventeur des chanfons
à danfer , du moins n'en connaiffôns-nous aucune plus ancienne que la
fienne (a). Il ne nous relie de lui que trois chanfons.
Chanfon de Colin Mufet.
Ces deux vers
Sont corrompus
tb.rts l'original.
Volez oir' la mufe Mulet?
En Mai fut fête un matinée,
En un vergier flori , verdet ,
Au point du jor ,
Où chantoient cil oifelet
Par grant baudor.
Et j'alai fere un chapelet
En la »erdor :
Je le fis bel, & cointe, & ne:
Et plain de flor.
Vis une dancele
Avenant & mult bêle,
Gente pucele ,
Bouchère riant,
Qui me rapele :
Vien ça, fi viéle
Ta mufe en chantant
Tant mignotement.
J'alai à li el praèlet
O tout la viele & l'archet ;
Si h ai chanté le Mufet
Par grant amour
« Voulez-vous ouïr la chanfon de Mufet?
» elle fut faite en Mai, un certain matin
» dans un verger verd & fleuri , au point
» du jour, tandis que chantaient à l'envi
» les oifeaux. J'allai fur la prairie faire un
» chapel ; je le fis beau , propre , bien tour-
» né , plein de fleurs. Alors j'apperçus une
» demoifelle attrayante & belle > une pu-
» celle gentille , -qui avec un joli fourire,
» m'appela. Viens-çà , Mufet , joue-moi de
» ta vielle en chantant ta chanfon fi joli-»
v ment,
» J'allai à elle dans la prairie avec ma
» vielle & mon archet (3) , je lui chantai
» mon Mufet amoureufement
..............
» en voyant fes cheveux blonds, fes cou-
» leurs vermeilles , fon gentil corps qui
(a) On la trouvera eu Mufique à la fin de ce Livre : elle a été remife en français pat
M. le Marquis de P.
(b) Il y avait alors plufieurs efpeces de vielles ; celle à roue, & celle à archet que nous
De connaiffons plus , & d'où l'on a prétendu que nous était venue la viole. On voit
que c'eft de cette dernière dont jouoit Colin Jl/stfa , puifqu'il parle de l'archet.
SUR LA MUSIQUE.
Et quand je vis Ton chef blondet
Et fans color ,
Et fon gent cors amoureufet ,
Ec fi d'ator ,
Mon cuer fautele
Pour la damoifelle
Alult renouvelé
J\la joie fouvenr :
Ele ot gonele
De drap de Cartel e
Qui reflincele.
Doux Dex ! je l'aim tant
Du cuer loiaument.
2Cp
» infpirait l'amour', & fes atours , mon cœur
» trefiaille pour la demoifelle , & mon
» plaifir augmente à chaque inftant. Elle
p avait une gonnelle de drap de Caftille
p trùs-brillant. Dieu ! je l'aime tant & fi
» loyalement !
Quand j'oi devant li viélé
Pour avoir s'amour & fon gré ,
Elle m'a bien guerredoné ,
Soe merci ,
D'un béfier à ma volenté.
Dex ! que j'aim fi !
Et autre chofé m'a donné ,
Com fon ami ,
Que j'avoie tant defiré.
Ce m'eft merci ,
Plus fui en joie
Que je ne foloie ,
Quant celé eft moie
Que je tant défir.
Je ne prendroie
Avoir ne monnoie
Pour riens que voie.
Ne rrTen quier partir,
Aincois vuel morir.
» Quand j'eus vielle devant elle , pom
» mériter fon amour & fa grâce, elle m'en
» récompenfa de fon bon gré , par un bai'"
» fèr que je pris à mon aife. Dieu ! quel
p plaifir! elle m'accorda autre chofe comme
p à fon ami. J'obtins ce que j'avais tant
» fouhaité ; & je relTentis une joie extraor-
» dinaire quand je vis à moi cette beauté
» que je délirais fi fort. Je ne céderais pas
u mon bonheur pour richefles , pour argent,
p ni pour rien au monde. Je ne veux pas
» m'en féparer, mais mourir à fon fervicç.
Ore a Colin Mufet mufé ,
Et s'a à devife chanté
Pour la belc au vis coloré
De cuer joli.
Maint bon morcel li a donné
Et départi ,
Et de bon vin fort à fon gré ,
G cl vous arîi.
» Ainfi joua Colin Mufet , & il enanta
p gaiement pour la belle aux joues ver-
•o meilles. Elle lui donna maint bon mor-
» ceau & d'excellent vin , je vous jure ,
» tant qu'il en voulut. C'eft ainfi qu'il a
» vécu jufqu'i prélènt. Il continuera de
» même; il chante gaiment , & protefte
p qu'il veut fcrvii amour. Il a grand joie ,
S S A I
» & fe plaît à retourner au Terger où il
» fe divertit à faire venir bon vin tout à
» loilîr ».
310 E
Eafi à fon fiecle mené
Jufques ici j
Oncor doignoie,
En chantant maine joie ,
Mult fe cointoie
Qu'amours veut fervir.
Si a grant joie
El vergier où doignoie
Bien (e convoie ,
Bon vin fet venir
Très tout à loifir.
Ne e l e ( Perrot de ) était l'ami de Bretel , ôc vivait du tems de S. Louis :
il nous refte de lui une chanfon.
Neuville ( Jean de ). Le manufcrit du Roi nous a confetvé dix-neuf
chanfons de lui. Il vivait dans le tteizieme fiecle.
Chanfon de Jean de Neuville.
Li douz tans de palcor
Ma guéri ,
Que vergier de colorî
Sont flori ,
Bois & pré raverdi ,
Li oilêl for la flor funt resjoï.
Or balez , fins amis ,
Por la bêle au cler vis.
Ma dame n'os proïer ,
Tant la dout,
Tant la crient avoier!
Car del tout
Me convient, fanz dire riens,
Devant fon gent cors eftre esbahis
Or, &c.
Sovent foufpir & plor
Por celi
Qui aine de ma dolor
N'ot merci ,
Hélas! porcoi la vi ,
Quant je por un regart mon cuer i mis
Or, «ce.
o Je fuis guéri par le retour du doux
» printemps , maintenant que les vergers
p font émaillés de fleurs , que les bois &
» les prés font reverdis, & que les oifeaux
» fe réjouiflent fur les arbres fleuris. Or
v danfez, tendres amans , pour la belle au
w joli minois.
» Je n'olê rien demander à ma dame ,
» tant je la redoute , tant je crains de la
» fâcher ! Je fuis réduit à refter devant fa
» jolie figure, tout ébahi, (ans dire un feui
s mou Or , &c .
» Souvent je foupire & pleure pour celle
» qui jamais n'eut pitié de ma douleur.
» Hélas ! pourquoi l'ai-je vue ce jour où
» un feul regard me coûta mon cceur !
» Or , &c
SUR LA MUSIQUE.
211
» Dame j'ai été defTervi par les médifans
» qui veulent , (les méchans ! ) fépater ce
» qu'amour avait uni. Dames Se cheva-
» liers aiment conftainment : Or , &c u.
Dame , cil lofengicr
M'ont tiai
Qui vuelent dépécier ,
Li honi !
Ce qu'amors cftabli.
Dames & chevaliers aiment toz dis.
Or, &c.
Oisi ( Meflîre Hagues d' ). Thibaud le Bon , Comte de Blois , dernier
grand Sénéchal de France, qui époufa Alix de France , ferur de Philippe
Auguftc , était fils de Thibaud IV , dit le grand Comte de Champagne ,
& frère cadet de Henry I , auffi Comte de Champagne. Ce Comte de Blois
fut tué en 1191 au fiége d'Acre, & laiflà plusieurs enfans , entr'autres
Marguerite mariée à Hugues d'Oifi, troisième du nom, Seigneur de Mont-
mi rai , probablement celui dont il nous relte deux chanfons. Vers uzo ,
il y eut un Jean d'Oifi, Seigneur de Montmiral , qui époufa une Elha-
beth de la maifon de Champagne.
Chanfon de M" Hugues d'0ijî{a). Il manque les deux prem
\itrs vers.
Maugrez tous fainz & maugré Dieu aufî
Revient Queues, & mal foit-il végnans.
Honiz foit-il , S: fes prééchemans ;
Et houniz foit ke de lui ne dit fi.
Quant Dex verra que fes befoinz ert grans ,
Il li faudra, car il li a failli.
« Malgré tous les Saints, & même en dépi:
» de Dieu , Quenes revient ; & puirTc-t-il re-
» venir pour fon malheur. Honni foi:-il lui Se
» fes prédications, & honni celui qui fur lui
» ne dira il. Quand Dieu verra que la Terrc-
» Sainte cft dans une grande détrefTe, i! l'a-
» bandonuera puifqu'il en a été abandonné.
(a) Cette chanfon eft fatyriquc; Elle cft faite contre M. Quenes de Bediune, qui arait
pris la croix, Se avait annoncé fon départ par la chanfon ,
Ahi amors ! com Jure départie.
Si elle eft de lui, comme les manuferits du Roi & da Vatican la lui attribuent. On U
trouvera dans le chapitre fuivaut parmi celles du Châtelain de Coucy.
a 12 Ë S S
Déchantez maiz , Quenes, je vouz en prie}
Car vos chançons ne font mes avenanz.
Or meniez -vous honteufe vie ci ;
Ne voufiftes por Dieu morir joïanz,
Or vous conte-on avccc les rçcréanz :
Si remaindroiz avœc vo Roi failli.
Ja dame Diex qui feur touz eft puiiTanz ,
Du Roi avant, & de vous n'ait merci.
Tout fu Quenes preuz , quant il s'en ala ,
De fermoner & de gent preefchierj
Et quant uns feuz en remanoit de ça ,
Il li difoit & honte & réprouvier.
Ore eft venuz fon lieu réconchier ,
Et s'eft plus orz que quant il s'en ala ;
Bien poet fa croiz garder & eftoïer:
E'encor l'a il tele k'il l'enporta.
A I
» Déchantez déformais , Quenes , je vous
» en prie, car vos chanfons ne convien-
» nent plus. Vous allez mener ici une vie
n honteufe. Vous n'avez point voulu mou-
» rir glorieulèment pour Dieu , on va vous
» compter maintenant] parmi les renégats.
» Vous refterez avec votre lâche Roi,
» Que le Seigneur Dieu , qui eft tout-
» puiffant, n'ait pitié, ni du Roi d'abord»
» ni de vous enfuite.
» Quant Quenes s'en alla il fit des
» prouefTes pour fermoner & prêcher les
» gens; quand il en voyait un feul refter,
» il lui faifoit honte & lui difait des injures,
n Or , maintenant il eft revenu faire caca
» dans fon nid , & le voilà plus fale que
» quand il eft parti. Il peut bien garder
» & conferver fa croix , car elle eft encore
» telle que quand il l'emporta »,
O s t u n ( Jacques d' ). Une feule chanfon de lui nous eft reftie. Il
vait fous S. Louis.
VI-
Paon ( Philippe ) a fait une chanfon, dont voici le premier couplet.
Se félon & lofengier
Ont parlé feur mi,
Or puent vif enragier
Car je di d'aus fi ,
Et ma douce dame aufi
Qui pou prife leur dangier.
Et fâchiez de fi
Pour l'amour que j'ai en li
Tien-je mon cuer fi joli.
« Si les médians & les médifans ont
» parlé fur moi , ils peuvent maintenant
» enrager tout vifs ; car je dis fi d'eux , &
» ma douce maîtrefTe aufll qui craint peu
» leurs difcours ; & fâchez fur ma foi que
» c'eft l'amour que je trouve en elle qui
u me tient le cœur fi joyeux »,
U était l'un des Poètes du treizième fiecle.
Pierre ( Robers de la) a laiflTé neuf chanfons, Se vivait fous Saint
Louis.
i Prez
SUR LA MUSIQUE. 21?
Prince de Morée (le ). Le feul manufcrit du Roi avait confervc deux
chanfons de ce Prince ; mais elles n'exiftent que dans la table , Se fai-
fatent aparemment partie de celles coupées par Henri III. Nous n'avons
pu les retrouver nulle part ," Se nous ignorons quel pouvait être ce prince
de Morée.
Quarignon (Renier de). Le manufcrit de Ste.-Palaye renferme
deux chanfons de ce Poe te du treizième fiecle.
Renti ( Jean de ) n'efl: connu que par douze chanfons de lui, qui fe
trouvent dans les manuferits de Ste.-Palaye Se de Noailles.
Robert ( de Reims ) vivait fous S. Louis, &: nous a laifle cinq
chanfons.
Robin, de Compiegne , ami de Bretel , vivait du tems de S. Louis.
Rogeret, de Cambray. Fauchet l'appelé Roger, Se dit qu'il jouait
de la vielle.
Le Poëce le dit dans la feule chanfon qui nous refte de lui : Pour U
fa\ former ma viéle.
Sauvage d'Arraz , Poëte du treizième fiecle, nous a lailfé quatre
chanfons.
Sauvage, de Béthune , vivait dans le même tems , Se ne nous en a
laillé qu'une. 9
Sauvales Cosses; Le manufcrit du Vatican qui feul en fait mention
ne nous a confervé qu'une feule chanfon de lui.
Semilli (Richard de) vivait fous S. Louis , Se était ami de Gautier
d'Argiès : nous avons quinze chanfons de lui.
Chanfon de Richard de Semilli.
J'aim la plus fade riens qui foie de mère née « J'aime la plus belle perfon.ie que
En qui j'ai treftour mis cuer & cors & penfee. » femme ai; engendrée. Je lui ai dévoue
Tome II. Y
2 1 4 E S b
Li douz Dex ! que ferai de s'amor qui me tue .'
Dame qui veut amer doit eftre (impie en rue ,
En chambre o fon ami foie xenvoifie & drue.
N'eft riens qui ne l'amaft ; cortoife eft à merveille ;
Plus eft blanche que noif; conme rofe vermeille,
Li douz Dex ! &c.
A 1
» mon cœur , mon corps Si mes penféet,
» Dieu ! que ferai-je de fon amour qui me
» fait mourir ? dame qui veut aimer doit
» dans la rue être modefte; mais dans la
» chambre avec fon ami , elle doit être
» gaie Se amoureufe.
» Il n'eft perfonne qui ne l'aimât, ma belle j
» elle eft courtoife jufqu'à étonrter. Elle eft
»> plus blanche que neige, vermeille comme
» la rofe. Dieu ! &c
Elleaun chief blondet, euz verz , boche fadete , » Elle a les cheveux blonds, les yeux
Un cors pour enbracier, une gorge blanchete : » bleus , la bouche riante , une taille faite
Li douz, &c. » pour être embraffée , une gorge blanche.
» Dieu ! &c.
Ele a un pié petit, fi eft fi bien chaucié.
Puis va fi droitement defus celé chauciée.
Li douz , Sic,
Que irai-je difant ? n'eft nule qui la vaille.
Se plaine eft de pitié , n'eft nule qui la vaille.
Li douz, &c.
Chançon, va toft, fi di la douce débonnere
Qu'el te chant, fanz merci el le faura bien fere.
Li douz, &c.
» Elle a un petit pied, & fi bien chauffe!
» Elle marche avec tant de grâce dans la
» rue 1 Dieu , &c.
» Que vous dirai je ? il n'eft point de
» femme qui la vaille , mais fi elle a pitié
» de moi, oh ! c'eft alors qu'aucune femme
» ne la vaudra. Dieu ! &c.
» Chanfon , va la trouver, & dis à cette
v beauté débonnaire qu'elle te chante} elle
» le fera fans pitié. Dieu 1 &c.
PASTOURELLE (a).
L'autrier chevauchoie de fez Paris
Trovai Paftorele gardant berbiz,
Defcendiz à terre , lez li m'affis ,
Et fes amoretes je li requis.
El me dift , biau fire, par Saint Denis,
J'aim plus biau de vous & mult melz apiis :
Ja tant conme il fait , ne fainz ne vis,
Autre n'amerai, je le vous plevis :
Car il eft biax , cortois Se fenez.
« J^chevauchois l'autre jour près de Pa-
» ris, quand je rencontrai bergère gardant
» brebis. Je mis pied à terre , m'aftis auprès
» d'elle, & lui demandai fon amour. Beau
» fire , me répondit- elle, par Saint-Denis,
» j'aime plus beau , & plus honête que vous ,
» & tant que je ferai faine Se vivante je
» n'aimerai autre , je vous le jure : car. it
» eft beau, courtois & fenfé. Dieu]! je fuis
(a) Hémiftiche à remarquer; il eft au troiîîeme pied & quelquefois placé à la cinquième
fyllabe.
SUR LA MUSIQUE. !m$
Dex je fuis jonete •jeunette, gentillette ; & j'aime tel qui
Et fadete , » efi jeune , gentil & fage aujji.
Et j'aim te-t.
Qui jones ejl
Et fades & figes affe\ (a)«
Rcbin l'atendoit en un valet,
Par ennui s'affift 1er un buiflbnec
Que ils'efcoit levez trop matinée
Pour coillir la rofe & le mufguec.
S'ot j'a à fa mie fet chapelet
Et a foiaun autre tout nouvelet :
Et dift, je me muir , bêle , en fon fonet :
Se vous demore^un feul petitet,
James vif ne me trouverez.
Très douce damoifele ,
Vos m'ocire-^ ,
Se vous voule^.
Quant elle I'oï fi defeonforter
Tantoft vint à li fanz demorer.
Qui lors les veift joie démener ,
Robin des bruilîcr Se Marot baler.
Lez un buiiïon s'alerent joer.
Ne fai q'il i firent, n'en quier parler :
Mes n'i voudront pas grinmcnt demorer,
Ainz fe relevèrent pour melz noter
Celle Pallorcle ;
Vali doriax , li doriax
Laire le.
Je m'areftai donc iluec en droit ;
Si vi la grant joie que cil fefoit
Et le grant Solaz que il dénienoie
Qui oneques amors (ërvies n'avoit.
Et di-je , maudit amors orendroit
Qui tant m'ont tenu loue tens à dcflroit.
Ges ai plus fervies q'onmc qui foit ,
» Robin était à l'attendre dans un vallon.
» D'ennui il s'aflît près d'un buiflbn , car
» il s'était levé de grand matin pour cueillir
n la xofe & le muguet, afin de ûire un
» chapel à fa mie. Il s'en était fait un aufli
» pour lui-même; Se. il difait en chantant:
» belle , je me meurs : vous ne me trou-
» vêtez plus en vie , fi vous tardez encore
» un inltant : très-douce amie, vous me
*fere\ mourir , fi vous voule\.
y Quand elle l'entendit fe défoler , elle
» vint à lui aufli-tôt. Vous les eulTiez vus
n alors montrer grande joie, Robin faire
» du bruit , Marot fauter. Ils allèrent s'é-
» battre derrière un buiiïbn , je ne fais ce
» qu'ils y firent & ne puis vous le conter ;
» mais ils n'y relièrent pas long-tems,&
» fe relevèrent pour chanter ce refrein d'une
» pailourelle: vali doriax, li doriax loin
h. {/•)
n Je m'arrêtai donc là , &: vis la joie
» que montrait & le plaifir que témoignait
n ce berger qui jamais n'avait fervi amour.
» Alors je m'écriai , je vous maudis, amour,
»> qui m'avez tenu li long-tcms dans la
» fouffranec. Je vous ai fervi mieux qu'hoin-
» me au monde, & j'amais fe n'en
(a") Chaque couplet finit par des refreins d'autres chanfons.
(3) Refrein qui probablement avait alors un fens que nous ignorons aujourd'hui.
^4 •
2ït5
ESSAI
N'onques n'en oi bien: fi n'eft-ce pas droit.
Pour ce les maudi :
Maie honte ait cil qui amors parti ,
Quant g'i ai failli.
De fi loing con li bergiers me vit,
S'efcria mule haut , & fi me dift ,
Alez voftre voie par Jhefus crift,
Ne nous tolez pas noftre déduit :
J'ai mult plus de joie & de délit
Que li Rois de France n'en a , ce cuit.
S'il a fa richece, je la lui cuit,
Et j'ai ma miete & jor & nuit,
Ne ja ne départiron.
Dance\y bêle Marion,
Ja n'aimje riens fe vous non.
» bien. N'eft-il pas jufte que je vous mau-
» diffe ? puijje être déshonoré celui qui fe
n prend d'amour, quand moi je n'en retire
r> rien.
» Du plus loin que me vit le berger ,
» il s'écria à haute voix , paffez votre che-
» min & ne troublés pas nos plaifirs. J'ai
» plus de joie & d'aife que le Roi de France,
» je penfe. S'il a des richelTes , je les lui
» laiflè ; moi j'ai ma mie jour & nuit, Se
» jamais nous ne nous quitterons. Danfe\
» bdle Marion ,je n'aime riiti que vous»»
AUTRE.
L'autrier tous feus chevauchoi mon chemin
A l'oiffue de Paris par un matin ,
Oï dame bêle & gente en un jardin
•Cefte chançon noter :
Dame qui a mal mari ,
S'ele fet ami,
N'en eft pas à blafmer.
Vers li me très, fi li dis; fuer, dites-moi,
Pourquoi parlez vous d'ami ? eft-ce defroi ?
Sire, je vous le dirai mult bien pourquoi,
Ja nel vous qier celer.
Dame , &c.
A un Vilain m'ont donée mi parent
Qui ne fet fors auner or & argent ;
Et me fet d'ennui morir afTez fouvent
Q'il ne me let joer t
Dame, &c.
Je li dis , ma douce fuer , fe Diex me faut ,
Vez-ci voftre douz amis qui ne vos faut ;
Venez- vous en avec moi, & ne vous chaut,
Si le lellîez efter ,
Dame , Sic.
« L'autre jour fortant de Paris tout feul
» un certain matin , j'allois fur mon cheval
» lorfque je vis dans un jardin daine bellï
» & gentille, qui chantait ces paroles: Dame
» qui a mauvais mari, fi elle fait un ami
» elle n'en eft pas à blâmer.
» J'allai à* elle & lui dis, feeur, dites-
r> moi , pourquoi parlez-vous d'ami ? eft'
» ce défefpoir .' fire , je vous en dirai vo-
» lontiers la raifon & ne vous la cacherai
» pas. Dame , &c.
» Mes parais m'ont mariée à un vilain
»> qui ne fait qu'amafTer or & argent , Se
» qui me fait fouvent périr d'ennui , ne
» me laiflant jamais divertir. Dame , Sec.
» Ma douce four, repris- je, que Dieo
» me fauve , vous voyez un ami qui ne
» vous manquera jamais , fîiivez-moi , &
v ne vous inquiétez pas du refte , laifièz-là
» votre mari. Dame , Sic,
SUR LA MUSIQUE.
Sire , je n'iroie pas hors de Paris ,
J'auroie perdu honeur mes à touz dis î
JVIcs ici l'accoupirai , fe trouver puis
Nus qui me veuille amer.
Dame , &c.
Quant je vis qu'avecques moi ne vont venir >
Je li fis le gieu d'amors , au départir
Puis me pria & requift qu'au revenir
AlafTe à li parler :
Dame, Sec.
21J
» Sire , je ne veux pas fortii de Paris ,
» je ferais deshonorée à jamais, mais je me
» vengerai ici , fi je puis trouver quelqu'un
» qui me veuille aimer. Dame , &c.
» Quand je vis qu'elle ne vouloit pas
» me fuivre , je lui montrai le jeu d'a-
» mour , & quand je la quittai , elle me
» pria qu'à mon retour je vinflè encore lui
» parler. Dame , &c ».
AUTRE.
Nous tenions l'autrier de joer & de refver
Moi & mi conpaing Si roi per :
Car jolis cuers nos maine ,
L'amors n'eft pas vilaine
Qui ainfi nos démaine.
De Paris encontrafmes , ce cuit ,
Le greigneur bruit
Des dames qui vont en déduit
Au pardon outre feine :
L'amors , &c.
La plus belle du mont choifi ,
Dame à mari ,
Par pou que fon nom ne vous di ,
Touz jors me met en paine :
L'amors , &c.
E!e ot euz vers, un chief fi blondet,
Vis vermillet,
Douche bouche, douz mentonet,
Une doucete alaine :
L'amors, &c.
Tuit li déduit du mont font en li ,
One ce ne vi ,
Car ele chante fanz merci
Cler conme une feraine :
L'ainois , Sic.
« Nous venions l'autre jour de jouer &
» de nous ébattre moi, mon ami & mes
» camarades , car la gaieté nous mené ,
» & amour n'er* pas vilaia, quand il naus
» fait vivre ainfi,
n Nous entendîmes venir du côté de
» Paris , je penfe, un grand bruit : c'étaient
» des dames qui allaient gaiement au par-
» don (a) outre Seine, Amour, &c.
» Je choifis dans la bande uue femme
o mariée , la plus belle du monde. Peu
» s'en faut que je ne vous dife fon nom :
» toujours elle me met en peine. Amour, Bec
» Elle a les yeux bleus, les cheveux blondi,
» les joues vermeilles , jolie bouche , joli
» menton , douce haleine. Amour , &c,
» En elle (ont tous les plaifirs du monde,
» jamais je ne vis fa pareille : car elle chante
» fans cefie doux comme la voix d'une
» Sirène. L'amour, &c ».
[a) Apparemment au mow Valcricn.
ai8 ESSAI
Roix , de Cambray, Poé'te du treizième fiecle,cité pat Fauchet.
Sendrart ou Sendrat. Le manufcrit du Vatican eft le feul qui en parle,'
& nous a confervé une de fes chanfons.
Soignies (Gautier de) vivait fous S. Louis. Nous avons fept chan-
fons de lui.
S 01 s s on s ( Meflîre Raoul de ). C'eft peut-être le même que Henri de
Soiflons qui fut pris à la Maflbure en fuivant S. Louis , & qui fit des vers
fur fa captivité.
Il y avait un Raoul , Comte de Soiflons , dont la fille Gertrude époufa
Mathieu II , dit le Grand , Connétable de France fous Philippe Augufte.
Ce fut après la mort de Gertrude qu'il époufa Emme , fille &: héritière '
de Guy V, Sire de Laval , dont il eut Guy VI , tige de la branche de
Montmorency-Laval. Mathieu II mourut en 1x30.
Ce Raoul était de l'anciene maifon de Nèfle , qui pofledait le Comté de
Soiflons fous S. Louis. 11 était grand ami du Roi de Navarre , qui , dans
fes chanfons , lui donne le titre de Sire de Vertus. Nous avons quatre
chanfons de lui.
Chanfon de Raoul de Soijfons.
Quant voi la glaie meure « Quand je vois la ( a ) mûre , &
Et le rofier efpanir, o la rofe s'épanouir , & la rofée briller fur
Et feur la bêle verdure » la verdure, alors je foupire pour celle
La roufée refplendir , » que je délire tant. Hélas ! j'aime outre
Lors foupir » mefure. Et comme la brûlure grille tout
Pour celé que tant dé(ïr. » ce qu'elle atteint, fon regard, qui vint
Hélas ! j'aim outre mefure. i> me frapper au cœur , pour me faire
Autre fi conme l'arfure » éprouver la mort, raie pâlir & changer
Fet quan qu'ele ataint brouir , » mon viiâge.
Fet mon vis taindre & pâlir
Sa (impie regardeure
Qui me vint au ceur férir
Pour fere la mort fentir.
Malt fet douce blécéure » Un bon amour caufe, quand il corn-
Bone amour en fon venir, » mence, une douce blefTure, & il vau-
Et melz voudroit la pointure » irait mieux éprouver la morfure à'aa
<^)Lc texte dit la glaie. Nous ignorons ce que c'eft.
SUR LA MUSIQUE.
D'un efcorpion fcntif,
Et morir ,
Que de ma dolor languir.
Hélas ! ma dame eft fi dure
Que de ma joie n'a cure
Ne de ma dolor guérir :
Ainz me fèt vivre manir;
Et c'eft adès m'aventure
Conques dame ne fervir
Q'ele me daignait mérir.
Hé ! très douce défirée ,
Onques dame ne fu fi :
Se vous m'aviez vée
La joie dont je vous pri ,
Enrichi
Sont mi mortel anemi,
S'aurez leur joie doublée,
Et à moi la mort donnée :
Si ne l'ai pas défcrvi.
Conques honme ne traruTi
De mort fi défefpérée ,
Et bien vueil eftre péri
Puifqu'à s'amor ai failli,
He ! Dex , je l'ai tant amée
Dès primes que je la vi ,
Conques puis d'autre riens née
Ne de mon cuer ne joi j
Ainz m'a fi
LelTïé pour l'amour de li
Que je n'aim autre riens née.
Mes fe nu dame honorée
Set qu'cle ait loial aini ,
Bien devroit avoir merci
Se loiauté li agrée.
Mes Couvent avient enfi
Que ce font li plus hai.
2ip
» feorpion & mourir , que languir airrfi
» de douleur. Hélas! ma dame eu f\ cruelle
» qu'elle s'embarrafTc fort peu de ma joie &
» de la guérifon de mes maux.. Elle mefait
» vivre martyr ; & tel a toujours été mou
» fort de fervir le* dames, Cuis lien obtenu
» d'elle;.
9 Ah ! belle tant defiréj, jamais femme ne
» le fut comme vous ; fi vous me refufez les
» plailîrs que je vous demande, mesenne-
» mis en feront joyeux , vous aurez aug-
» mente leur joie , &c à mei vous me don-
» nerez la mort. Je ne l'ai pourtant pas
» méritée. Jamais homme n'éprouva mort
» fi défefpérée , & je eonfens volontiers à
» mourir , puifque je n'ai pu obtenir votre
d amour.
» Ah Dieu ! du premier moment que
» je la vis , je l'aimai tant , que depuis
» je n'ai joui , ni d'aucun plailîr ni de mon
» cceur. Il eft tant enflammé pour elle,
» que je n'aime plus perfonne. Si celle que
» j'honore fait qu'elle pofTéde un amant
» loyal Se que mon amour lui plaife, elle
» devrait bien avoir pitié de moi. Mais (bu-
» vent il arrive que de pareils amaus font
» les plus hais.
Chançon , va-t-en, fanzatendre,
A ma dame droitement:
Prie li que fànz mefprcndrc
» Chan'bn , va-r-cn , fans tarder , et»
» droiture vers ma dame ; prie la de te
» dire avec iïanchifc fa pcofec , cax lbuvea-.
» vivre eft plus douloureux que l'état de
» celui que la mort abat. Mais fon doux
» vifage , en qui reluit tant de beauté , prend
» & enflamme le cœur ; & le charbon ne
f> brûle pas fi fecretement fous la cendre
» que le fait celui qui attend ( l'effet de
h l'amour ) »,
220 E S S A
Te die tout fbn talent :
Car fouvent
Vif plus dolereufement
Que cil que mort fet eftendre;
Mes fa douce face tendre
En qui grain biauté refplent,
M'art fi le cors & efprent,
Que li charbons foz la cendre
N'art pas fi couvertement
Com fet li los qui atent,
Soissons ( Mefïïre Tierry de). Joinville parle d'un Seigneur de ce
nom, qui acompagna S. Louis en Paleftine. Il fut pris à la journée de
la Maflbure ; & dans une de fes chaulons il procède que ni fes voyages ,
ni fa captivité , ni fes maladies , ne purent jamais changer ou affaiblir
les fentimens de fon cœur. On allure qu'il était de l'illuftre imaifon de
Soiiïbns. "
« Bien m'a amours éprouvé en Surie,
» Et en Egypte , où je fus mené pris.
» Si que je fus en grand paour de ma vie,
» Et chacun jour cuidai bien être occis.
Il nous a laine fix chanfons.
Chanfon de Thierry de Soijfons.
Amis Harchier, cil autre chantéor
Chantent en mai volontiers & fouvent ; »
Mes je ne chant pour feuille ne pour flor, »
Se fine amor ne m'en done talent t »
Car je ne fai par autre enfaignement
Fere chançon , ne chofe que je die ;
Mes quant amors & volenté m'aie ,
Sachiez de voir que j'ai affez réfon
De bien chanter & de fere chançon»
De bien amer ai mult bêle achéfon
Et de chanter trop biau conmencement ;
Car autre fi com la rofe él bouton
Croift de biauté & en amendement,
Fet la bêle qui à chanter m'aprent;
c Ami Harcher, les autres chanfoniers
font ordinairement leurs chanfons en mai;
moi je ne chante , ni pour la verdure
ni pour les fleurs, fi un amour fincere
ne m'en infpire l'envie. Car je ne fais
nulle autre raifon qui puifle me faire
chanter ou parler. Mais quand amour
& tendieffe m'animent , fâchez qu'alors
j'ai motif de faire des vers & des chan-
fons.
» J'ai un beau fujet d'aimer &. de chanter;
car , comme on voit la rofe & fon bou-
ton croître fans cefTe en beauté & en agré-
ment, ainfi voit-on croître la belle qui
m'infpire; & pour moi je trouve à chaque
Car
SUR LA MUSIQUE.
221
» inftam fa beauté s'embcllifTant & fe parant
» de courtoific, il me la faut alors aimer
»p!us tendrement encore , & chanter pou
» elle de meilleur cœur,
» Quand je regarde (on vifage brillant
» & fon joli corps de fi beau maintien ,
» je ne puis retirer mes yeux de defllis elle ;
» car j'apperçois en clic cent charmes dif-
» férents avec lefquels amour m'aflalTine
» d'une manière (t agréable que je meurs,
» Se cependaut ne me plains pas. C'cft
» cette mort au contraire qui me foutienc
» en vie ; la douleur fait mon plaiîir & ma
wfanté, & la richefle caiife ma pauvreté.
» Quand vos veux fe firent fur moi,
» douce dame , je n-eatrouve plus riche
» que fi j'avois or & argent ; mais lorfque
» je fonge que vous ne m'aimez pas , la
» richefle ne me plaît pis, car fans vous
» tout ne m'eft rien. Un fcul regard cepen-
» dant méfait pli'S opulent que le Roi d'A-
>i vcgnic(a), & le pi tifu que je goûte en vo-
» tre compagnie eft li doux qu'il me femble
a qu'ici bas il n'y ait point d'autre paradis.
s Bonne & fage, courroife dans vos
» paroles, je vous crie merci de meilleur
» cœur qu'un champion qui s'eft loué pour
» un autre ne !c crie à Dieu, quand ,!. a
» bleffc il fe trouve réduit i Ce défendre
Qu'envers fes cous ne fai riens d'eferemie , » fans bâton. Votre amour m'attaque fi
Car fa biauté voi adès enbélie
Et amender de fine cortoifîe.
Si la m'eftuet plus loiaument amer ,
Er pour s'amor plus volontiers chanter.
Quand je regart fon doux viaire cler
Et fon gent cors de bel acefmement ,
Mes eux n'en puis partir n'amefurer ,
Car en li voi de biautez plus de cent ,
Dont bone amor m'ocit fi pléfanment
Que pour li muir, & fi ne m'en plaing mie.
Mes c'eft la mort qui me fouftient en vie,
Quant la dolor m'eft déliz & fantez,
Ec Richece ma plus grant povretez.
Douce dame , quant vous me regardez ,
Plus fui riches que d'or ne que d'argent.
Mes richece, puifque vous ne m'amez ,
Ne me pleft riens : car fanz vous j'ai noient.
Et ne porquant d'un regard feulement
Sui plus riches que li rois d'Avegnie,
Car li folax de voftre conpaignie
M'eft fi plefanz que tozjors m'eft avis
■Qu'en c/ft fiede n'ait autre paradis.
Bone & fage , Cortoife de biax diz,
Merci vos proi plus débonérement
Que ne fet Deix Champion loeiz
Qui toz navrez fanz bafton fe deffent :
Car voftre amour m'aflaut fi mortieuinent
Et vous avez du champ la feignorie.
Si vous requier, bêle dame, merci,
Que vous aiez pitié de voftre ami.
» cruellement que je ne comtois aucune
» reflource d'eferime contre fes coups. Vous
» avez l'honneur du champ-dos ; & je
» vous conjure, belle dame, d'avoir pitié
» de votre ami ».
Tarduis ( Jofepli ). Le manuicrit du Roi no.is a cotifervc deux ch.ui-
fons de lui. Il vivait dans le treizième liecle.
(a) Nous n'avons pu découvrir ce que c'étair que ce Roi, peut-être femblabre au Roi de Cocagne,
Tome II. Z
222 ESSAI
Thibaut d'Amiens. On trouve une feule chanfon de lui dans le ma-
iiufcrit de Clairambaut.
Thibault IV , treizième Gomte de Champagne & Roi de Navarre ,
fut aulfi Comte de Chartres , de Blois & de Sancerre , & Vicomte de
Châteaudun.
Il naquit au commencement de 1201 , n'avait que quelques mois lorf-
qu'il perdit fon père , & hérita de tous fes biens.
Sa mère était fille & héritière préfomptive de Sanche le Fort , Roi de
Navarre. Son aïeule était fille d\in Roi d'Angleterre, & fa trifaïeule était
de la Maifon Impériale.
Sa taille haute & bien proportionne , fa vaillance , fon adrefîè dans l'e-
xercice des armes , mais particulièrement dans celui de la lance , fa magni-
ficence & fa libéralité , fes talens pour la poéfie , &c fon goût pour les
lettres , le rerMaient un Chevalier acompli.
Cependant l'ambition Se l'amour lui firent faire de grandes fautes 5 &
malgré tout ce qu'a écrit M. Levefque de la Ravaliere pour prouver que
ce n'était point la mete de S. Louis dont il était amoureux , il nous pa-
raît démontré qu'elle régna toujours fur fon cœur , & que cependant il
foupira de tems en tems pour des objets' paflagers qui lui infpirerent
suffi des chanfons. Car il faut, avouer que plufieurs des tiennes ne peu-
vent convenir à cette Reine vertueufe. Par exemple celle-ci :
« Si Diex plut que je feuiïè Si Dieu permettoit par bonheur
.» De ma dame le plus haus : Que feul je pluffe à ma maîtreffe,
» Certes bon gré l'en fçinTe , Je le remercirois d'une telle faveur.
» Mes trop pareil communaux. Mais pour trop de galants, elle a de la tendreffê,
» Moult ja de eaux Combien tft-il de ces amants '
» Qui deflient aulmoniere : Qui trouvant auprès d'elle un accès trop facile,
» S'en fout lor aviaux > Y paiîent de très doux moments,
» Et g'en fui bouté arriére ». Tandis que je me donne une peine inutile.
Louis VIII , qui n'ignorait pas la paillon du Comte pour fa femme ,
mais qui avair befoin d'un valfal fi puiffant , diflïmula jufqu'au moment
où ayant réfolu de palfer l'hiver en Languedoc , pour être plus à portée
de faire la guerre aux Anglais qui étaient en Guienne , il propofa fon
delïeiu à tous les. Princes qui l'avaient fuivi ; tous y confentirent , excepté
S U R L A MUSIQUE. 22?
Thibault , qui ne pouvait penfer , fans dTefpoir , qu'il ferait un an prive
du plaint de voir la Reine.
La manière hardie & emportée dont il refufa le Roi , irrita à un tel
point ce Prince, qu'il le menaça d'aller porter le fer'& le feu dans fes
Etats , s'il quitait l'armée. La haine que le Comte portait au Roi , était
égale à fon amour pour la Reine.
Plufieurs Hiftoriens prétendent que ne pouvant fe venger ouvertement ,
Thibault fe fervit de la voie fecrere d'un poifon lent. D'autres plus
croyables ront mourir Louis VIII d'une fièvre maligne &: contagieufe ,
Se alfurent que le Comte de Champagne était trop généreu* pour com-
mettre une action fi déteftable. Cependant il fut aulfi foupçoné d'avoir
tait empoifonner Philippe , Comte de Boulogne , oncle de S. Louis.
Quoi qu'il en foit , Louis Vlil mourut à Montpenfier le 7 Novembre
1116, Se par fon teftament , déclara Blanche, Régente du Royaume.
La conduite de la Reine prouva bien qu'elle n'avait jamais aprouvé
celle de Thibault ; car , quoique fes efpérances fifflerft augmentées par la
mort du Roi , jamais il ne fut fi maltraité de Blanche -, S: le défefpoir
qu'il en eut , le fit confentir à devenir le chef de la ligne qui f« forma
coutr'elle:
La jaloufie vint encore redoubler fa rage. Varillas nous aprend qu'il
foupçona que lindifférence de k Reine pour lui , ne venait que de la
paillon qu'elle avait conçue pour le Cardinal de S. Ange 3 Légat du Pape.
Perforie ne l'égalait en bonne mine; il avait de la délicatelTe dans l'efprit,
& on n'avait pas encore vu un fi parfait courtifan.
La Reine le confultait dans les affaires importantes , elle lui acordait
toutes les grâces qu'il follicitait : il n'en falait pas tant pour alarmer un
jaloux tel que Thibault , St pour fournir des armes aux médifans.
La Reine, qui fentit le befoin qu'elle avait du Comte de Champagne ,
fe contraignit pour le mieux rraiter, & lui fit dire qu'elle délirait le re-
voir à la Cour. L'impatient Prince abandona aulh-tôt la ligne , Se acourur
à Mont-Lhéri avec trois cens Gentilshommes qui fervirent d efeorte & V
Louis pour pouvoir rentrer dans Paris _, malgré les troupes de la ligue.
les Bourgeois de cette ville allèrent en aiTez grand nombre an devant d«
leur Roi, pour occuper l'efpicc depuis Mont I héri julqu'à Paris, cV ce P:
y rentra heurcuiement , fuivi des trois cens Gentilshommes du Ccftnte de
Z i
j?..i4 ESSAI
Champagne, qui rendirent inutiles les efforts que l'on fit pour l'enlever*
Blanche ayant réulli à remettre Thibault dans fes intérêts, ne l'en traira
pas mieux qu'auparavant, & le défolé Comte n'aurait pas tardé à trouver
les moyens de s'en venger , s'il n'eût eu befoin alors des fecours du Roi
pour défendre fes Erats contre les Ducs de Bourgogne & de Bretagne ,
qui allégeaient Troyes.
Simon de Joinville , père de l'Hiftorien , fe jeta dans cette place (a) & en
fit bientôt lever le fiége.
Le Roi vint aufli tôt à la tête d'une armée pour fecourir le Comte, &
fut joint en' chemin par Mathieu II Duc de Lorraine. Les ennemis du
Comte , qui prenaient le prétexte de faire valoir les droits de la Reine de
Chypre , à qui ils prétendaient que la Champagne appartenait par droit
de nailfance, députèrent au Roi pour l'affluer de leur foumiffion , & le
fuplier de les laiffer vuider leur querelle avec le Comre ; mais le Roi
leur ordona de fe retirer , &: condamna Thibault à payer à la Reine de
Chypre 1000 livres de rente & 40000 d'argent comptant , pour acquérir les
droits qu'elle prétendait avoir fur fes Etats. Ce fut alors que Thibault ,
c'puif par les frais qu'il avait été obligé de faire , & pour fuivre les
confeils de Blanche, Toujours toute puiffante fur fon efprit , vendit au
Roi fes Comtés de Blois , de Châteaudun , de Chartres & de Sancerre , afin
d'avoir de quoi payer la Reine de Chypre.
Alors les Princes furieux de ne pouvoir acabler Thibault , comme ils l'a-
vaient efpéré, Pacuferent d'avoir fait empoifonner Louis VIII, & fe fou-
rnirent aux peines portées par les Loix contre les calomniateurs , en cas
qu'ils ne le convainquiffent pas dans les formes.
Le Roi voyant que le feu .allait s'alumer de tous les côtés dans fon
Royaume , engagea Thibault à fe croifer , pour aller porrer la guerre aux
Infidèles , & lui promit de défendre fes Etats , fi on les ataquait. Ce
moyen pacifia tout j Thibault , qui fe voyait au moment d'être convaincu
de fon crime, fe trouvait juftifié par les fecours que lui donnait S. Louis j
& les ligués éloignaient pour longtems leur ennemi , en l'engageant dans
une entreprife prefque toujours fatale aux braves Chevaliers de l'Europe.
La réconciliation fe fit donc par les foins de la Reine Blanche j mais
• '■ ■ ■ — 1 ■ ' «
{à) Eu iîï8.
SUR LA MUSIQUE. 22$
comme le Comte fe préparait à partir pour la Terre-Sainte , Sanche le
Fort , Roi de Navarre , mourut fans enfans (a).
Il était le dernier de la ra.ce mafculine de Dom Garcie Ximenès ,
laquelle avait régné plus de 500 ans fur la Navarre ; 8c , félon la cou-
tume de ce Royaume , la courone apartenait à Thibault , comme fils de
Blanche de Navarre, fœur de Sanche & fon unique héritière.
Il fe rendit auffi-tôt à Pampelune , & y fut proclamé Roi aux aclama-
tions de tous fes fujets. Ayant trouvé dans le tréfor de Sanche dix-fepr,
cent mille livres ( ce qui ferait aujourd'hui près de trente millions ) [b) •
il fe crut a(Tez puiifant pour revenir contre la vente qu'il avait faite de
Chartres, de Châteaudun , Sancerre 8c Blois , & leva une armée pour
apuyer fa réclamation.
Mais le Roi ayant alfemblé fes troupes dans le bois de Vincennes , fe
préparait à fondre fur la Brie & fur la Champagne , lorfque le Roi de Na-
varre eut recours à la fourmilion.
S. Louis voulut bien pardonner j mais il falut que Thibault donnât &
parole de partir pour la Terre-Sainte.
Ce fut à cette occafion qu'il fit une chanfon où l'on trouve ces vers :
« Amour le veult & ma Dame m'en prie
» Que je m'en parr , & je moult l'en merci.
» Quand par le gré ma Dame m'en chafti,
» Meilleur raifon n'y voi à ma partie ».
Traduction.
« Amour le veut & ma MaitrciTe au/fi
» Que je m'en aille , & je l'en remercie ,
» Quand à mon gré ma Dame me châtie,
» j'aurois grand tort d'en avoir du fouci ».
Avant fon départ, Robert, Cotnre d'Artois, qui le haïiîait , le fit in—
(a) En 1134.
(3) Le marc d'argent en uz6 était de J4 fols, il eft aufourd'ui de fi livres. C'eft
donc dix-huit fois plus. Les 1700,000 livres de Sanche fera ent donc pris de 30 niillionsi
la (brume eft bien forte pour un teins ou les metau* étaient raies.
22<? ESSAI
fuker par fes gens. Mais le Roi les ayant fait arêter, ils furent condam-
nés à la mort ; Se Robert , pour leur fauver la vie t fut obligé d'avouer
qu'il était le feul coupable , puifqu'on n'avait agi que par fes ordres. On
fit à Thibault toutes les réparations qu'on put imaginer , &: le Roi \t
combla d'amitié Se d'honeurs.
(1139). Enfin le Roi de Navarre partit pour la Terre Sainte , acompagne
des Ducs de Bourgogne Se de Bretagne , Se d'une foule de Seigneurs
qui voulurent être du voyage.
Ils prirent leur route par. l'Allemagne, la Hongrie , la Thrace , l'Afie
mineure, le Mont Taurus , Se, après les plus grandes fatigues, ariverent
a Joppc.
II fe pafia fi peu de chofes confidérables à cette croifade , qu'à peine
les Hiftoriens en ont-ils confervé quelques détails.
Thibault revint à la fin de 1240 , Se ne s'occupa plus qu'à bien gouver-
ner fes Etats.. Tout ce qu'on fait des dernières années de fa vie , c'eft qu'il
fe fit aimer de fes fujets, <Sj en fut fort regretté.
On ne s'acorde pas fur le tems de fa mort y les Français le font mourir
à Troyes le 10 Juillet 1154 ; Se les Navarrois prétendent qu'il mourut à
Pampelune le Mardi 8 Juillet 1253.
Il avait époufé trois femmes. ire. Gertrudc , fille d' Aubert s Comte de
Met^y & veuve de Thibault } Duc de Lorraine. 2e. Agnès de Beaujeu. 3e.
Marguerite, fille à'Archambaud de Bourbon , qui lui aporta en dot 360
mille livres , fomme immenfe alors.
Ses enfans furent Blanche , fille d'Agnès , fa féconde femme , qui
époufa en 1235 Jean le Roux, fille de Pierre Mauclerc , Duc Je Bre-
tagne y Se de fa troilîeme femme il eut : Thibault V , qui lui fucceda ,
Henri le Gros , qui fucceda à fon frère mort fans enr-in» ; Pierre , (leur
de Maracaval , mort jeune \ Alienor , morte jeune ; Marguerite , mariée
en 1 2 5 5 à Ferry , fécond fils du Duc de Lorraine ; Beatrix , féconde
femme d'Hugues IV > Duc de Bourgogne.
Thibault V , qui avait époufé Ifabelle , fille de S. Louis (a) , étant mort
{a\ Henri III, Roi d'Angleterre, étant venu en France pour riiker Saint Louis , choilit
lé Temple pour fa demeure , foupa chez le Roi en arrivant, & le pria de trouver bon qu'il
j*i donnât à dîner le lendemain. Saint Louis,, pour lui faire honeur, le prefla de prendre
SUR LA MUSIQUE. ti7
fans enfans en T270, 1 Trapany en Sicile, en revenanc du fiége de Tu-
nis où S. Louis était mort, fon frère Henri lui fuccéda, & époufa Blanche ,
fille de Robert Comte d'Artois, tué en 1250 à la Maffoure en Egypte.
Il mourut à Pampelune le 27 Juillet 12-4, & laiflfa un fils & une fille.
Le jeune Prince étant mort enfant , fa lœur Jeanne devint héritière de
la Champagne & de la Navarre , <Sc époufa en 1284 Philippe II, fils de
Philippe le Hardi , qui fut depuis Philippe le Bel , & réunit ainfi pour
la première fois le royaume de Navarre à la courone de France.
Les deux époux vécurent dans la plus parfaite union , & le Roi était fi
perfuadé du mérite de Jeanne , qu'il lui laifla toujours l'adminiftration
de la Navarre & de la Champagne ; elle mourut au château de Vincennes
à 33 ans , le 2 Avril 1 504 , Se Fut inhumée aux Cordeliers de Paris. Scn
amour pour les Lettres lui fit fonder le Collège Royal de Champagne ,
vulgairement appelé le Collège de Navarre ; on voit fur la porte de ce
collège la ftatue de cette Princeffe & celle de Philippe le Bel.
La Navarre refta'à la Fiance jufqu'au 14 Mars 1335 , que Philippe de
Valois la céda au Comte d'Evrëux Si à Jeanne de France , fon époufe j
mais la Champagne fur pour toujours réunie à la courone.
a Thibaut fut Roi galant & valeureux ;
V Ses hauts faits Si. fon rang n'ont rien fait pour fa gloire j
» Mais il fut chanfonier, & fes couplets heureux
» Nous ont confervé fa mémoire » .
Ces vers font tirés de V Anthologie de Monet.
Chanfons du Roi dt Navarre , qui ne fe trouvent pas dans l'édition de
M. de la Ravaliere.
Dame d'amors & li max que je trai « La Dame que j'aime , Se les manx
Font que je chant amourous & jolis » qu'elle mecaufe, me font chanter amou-
Et en chantant rouver, ce k'ainc n'ofai , » reux & gai , & en chantant , prier (ce
Celi que j'aim , que je ne fuiïè efeondis ».que je n'ofai jamafs faire) celle qui m'eft
Di tel don que de joie : » chère , de ne point me refufer le don que
. 1
place entre lui & le Roi de Navarre; mais Henri n'en voulut rien faire, & dit au Roi :
yous êtes mon feigneur , & vous le fere\ toujours , prene^ la place qui vous ejl due .
Saint Louis céda Se s'aflît, ayant à Ca droite le Roi d'Angleterre, & celui de Navarre
à fa gauche.
yoye\ Us Mémoires hijloriques de Champagne par Baugier,
22%
Mes ce n'en ja que doie
Tel bien avoir de li ,
Se par pitié bone amor que j'en pri
Ne fait auffi, con je fui liens, foit moie
Loïal amours, de vo mal que ferai»
Confortez-moi, je fui de vos forpris.
Celerai-je ma Dame ? ou li dirai
Que por li fui en pêne & mi amis ?
Li célers me guerroie;
Se li di , ele anoie :
Toft dira , fui de ci ;
' Et il n'eft riens que je refoigne fi ;
Si me tairai, face fens ou foloie.
Fors qu'en chantant einfi me déduirai,
En défirrant ce qu'amors m'a promis ,
Merci avoir; que ne défervirai
En mon vivant ne meillor qu'il ont quis,
Et fe j'en requéroie ,
Ma Dame , & je faloie
Audi qu'autre ont falli,
Jamais déduit en efpoir fi joli
N'auroit en moi.
Très dont que vi ma Dame, me donai ;
Ains puis ne fui de li amer faintis ,
Ne ja ne vueille amors qu'en nul délai
Mete le doue penfer qu'en li ai pris,
Miex choilir ne fauroie,
Et plus je ne porroie
Aillors penfer qu'à li :
Ainz me convient , en efpoir de merci ,
Vivre & manoir : por riens ne requerroie.
Aucune gent m'ont demandé que j'ai
Qui fi porte pefme coulor ou vis ;
Et je leur ai relpondu, je ne fai ,
Si ai menti , c'eft d'eftre fins amis.
Enfi mes cuers leur noie ,
ESSAI
» j'attends pour me mettre en joie. Mai»
» jamais il ne m'arrivera de recevoir d'elle
» un pareil bien , fi amour par pitié ne fait
» qu'elle foit à moi comme je fuis à elle.
» Amours , que ferai-je de vos feux i
f> Soulagez-moi , je fuis tout entier à vous.
» Le cacherai-je à ma Dame? ou lui avoue»
» rai- je que fuis défolé pour elle, ainfi que
» mes amis pour moi ? Le lui cacher, faic
» mon tourment. Si je l'avoue , elle s'en
» irritera, & me dira, fortez d'ici : or il
» n'eft rien que je redoute autant que ces
» paroles. Je me tairai donc, foit que je fafïc
» bien ou nul.
» Je n'aurai plus déformais de plaifir que
» de chanter , & délirer ce que m'a promis
» amour , c'eft-à-dire d'éprouver la pitié.
» Jamais pendant ma vie je ne lui manque-
» rai. Et (i je demandais merci à ma Dame ,
» & qu'elle me le refusât, ainfi qu'elle l'a
» refufée à d'autres , il n'y aurait plus pour
>) moi d'efpoir ni de plaifirs,
» Dès l'inflant que je vis ma Dame , je
» devins amoureux d'elle, & depuis ce mo-
» ment je ne fus pas infidèle. Je ne
» fouhaite pas même qu'amour me fafle
» perdre les douces penfées qu'elle me
» donne. Je ne puis mieux choifir, & il ne
» m'eftplus poffîble de fonger à d'autres
» qu'à elle. Je fuis réfolu de vivre dans
» l'efpérance de la toucher, & pour rien
» au monde je ne lui révélerais ma peine.
» Certaines gens en me voyant le vifage
» fi pâle, m'ont demandé ce que j'ai, Se
» je leur ai répondu, je l'ignore. Je racn-
» tais ; mais voilà ce que c'eft que d'être
» amant loyal, Ainfi mon cœur le leur
Et
SUR LA MUSIQUE.
Et porquoi leur diroie,
Quant ma Dame nel di
Qui m'a navré ? mes tort m'aurait gari
S'elle favoit & dont s'en fuit eu voie
22^
» cache ; Se pourquoi le leur avoucrais-je ,
» puifque je ne le dis pas même à celle
« qui m'a blefle ? Elle pourrait bien vite
» guérir mes maux , fi elle les connaifTait
» & fi elle le voulait.
Au pui d'amors convenance tenrai
Tout mon vivant, foie amez ou haïs.
» Que je fois aimé d'elle ou bai , pendant
» que je vivrai je ne me plaindrai jatna ■
» au puits d'amour ».
AUTRE.
Puifqu'il m'eltuet de ma dolour chanter
Et en chantant dire ma mefeftance ,
On ne doit pas à mon chant demander
Qu'il ait envoifeure ;
Ainz chant felonc l'aventure,
Si cou cil qui ne puet merci trouver
Et qui en loi n'a maiz point de riance.
Si cum Equo qui fert de recorder
Ce qu'autres dit, & par fa (éurquidance
Ne la daig ?. NarcifTus réguarder,
Ainz fecha toute d'ardurc
Fors la vois qui encor dure :
Enfi perdrai tout, fors merci crier,
Et fecherai de duel & de pefance.
Douce Dame qui me poez donner ,
Pluz qu'autre rienz, de mes mauz aléjance,
Se mi [ailliez monr pour bien amer ""
Voftre en iert la nu-fprefurc.
Merci , franche créature ,
A la mort lui que n'en puis efchaper ,
Se loiautez Se pitiez ne m'avance.
Paintrc Se maçon qui bien lèvent ouvrer,
Et treflout cil qui lèvent d'ingremance
J porroient touzjour> lor tanz ufer
En oeuvie & en pouttraitUFe ,
Ainz que il feift la figure
Qui de bia ité la péuft neftmblcs
De cuci , de cors , de vis Se de uiublancci
iome 11,
« Puifqu'il me faut chanter ma douleur,
» & en chantant raconter mes maux, on
p ne doit pas exiger de mes chants qu'ils
» foient gais : mais je chante au hafaid ,
» comme un homme qui ne peut éprouver
» de pitié, & qui n'a plus d'cfpérance.
» Semblable à Echo, qui ne fait plus
» aujourd hui que répéter ce que prononce
» un autre, Se que Narciffe, par orgueil,
» ne daigna pas regarder , Se qui fécha
» d'amour, de façon qu'il ne lui refla plus
») que la voix; ainlî je perdra! tout, ex-
» cepté la reflource de crier merci , & je
s fecherai de deuil & de chagrin.
» Douce Dame, qui pouvez me donner,
» plus que nulle autre , foidagement de mes
» maux, G je meurs pour vous trop aimer,
» vous en efTuycrez des reproches. Pardon ,
» femme aimable, mon état cil défclpc
» & je ne puis en échaper, fi votre loyauté
» ou votre compalTîon ne me fauve.
» Pein:re Se architecte qui favent tra-
» vailler, & ceux qui connaifTcnt la mag ,
» pourraient palier leur vie à travailler Se
» à peindre avant d'attraper ù riguic ..V
» de pouvoir faire femme qui lui rcfL'i'..
u de cœur, Je corps, de ligure & de traits,
A a
250 ESSAI
Maiz amours que Narciflus fîft mirer , » Mais Narciflê que fit mirer amour ,
Quant pour Equo en voir prendre venjance » quand il voulut venger Echo , s'il eût
S'cinfi vousift pour Ii une autre amer : » voulu aimer ma belle à fa place , n'eût
Tel qui de li n'éuft cure » plus fait aucun cas de la nymphe ; il
Mis l'éuft à fa droiture » eût employé plus raifonnablemenc l'or-
Du grand orgueill qui le fait révéler » gneil qui le fit réfilter à elle , & fe ferait
Et en venift pluftolt à repeinance. » repenti bien plutôt »,
Trie ( Jean de ). Jean I. de Trie Se de Moucy , acheta en i zi i de Jean
du Fayel , une rente fur un moulin près de Mouci-la-Ville.
Jean II époufa Alix de Darnmartin , fœur de Simon de Dammartin 5
Comte de Ponthieu , Se fut bifaïeul de Matthieu de Trie , Maréchal de
France en 1320, Se qui mourut comblé de gloire & d'honeurs le 26
Novembre 1344,
L'un de ces deux Jean de Trie eft peut-être l'Auteur des deux chan-
fons qui nous relient. Il y eut auflï un Matthieu de Trie , grand-Maître
de la Maifonde Philippe-le-Eel , Se qui mourut en 1306'.
Veau ( Guillaume ). Fauchet l'appelé Viaux. Les manuferits de Paulmy
Se de Clairambaut nous ont confervé une feule chanfon de lui.
Vieux-Maisons ( Meffire Pierre-Gilles de ) vivait fous S. Louis, 8c nous
a laifle douze chanfons.
Vilains d'Arraz , vivait dans le même terns. Se nous en a laifle
trois.
Villeneuve ( Guillaume de la ). Il y a aparence qu'il vivait fous S.
Louis.
Viniers ( Gille le ), Il y a eu un Nicolas Viniers ou Vignier qui a fait
une hiftoire de la Maifon de Luxembourg. Gilles nous a laifle cinq chan-
fons ; une d'elles fut faite à fon départ pour la croifade : il était ami de
Simon d'Authie , Se vivait fous S. Louis.
Chanfon de Gilles le Viniers.
Aler m'eftuet là où je trairai paine, « Ii me faut al'er là où je trouverai
Là où Dex fu péaez & travailliez. » peines, où Dieu fouiftit Si mourut. J'y
SUR LA M
Mainte pcnTcc i aurai gicvcraine
Quant me ferai de ma daine efloigniez >
Et fâchiez bien , jamès ne ferai liez,
Jufqu'à l'heure que la verrai prochaine.
Dame, merci; quant ferai repériez,
Por Dieu vous proi, praigne vous en pitiez.
Douce dame, coiiuefTe Chaftelaine
• De t mt vouloir, qui fevrance m'icil griez,
Si eft de vous conmc de la fèraine
Qui par fon chant a plufieurs engingniez ;
N'en fevent mot, les a fi aprochiez
Que fes douz chans leur navie mal mainc ,
Ne fe guétent fës a en mer plongiez;
Et s'il vous plclr, auli fui périlliez.
.En périz fui , fe pitiez ne m'aie :
Mes fc fas cuers refenble fes dous eut
Dont fai devoir que n'i périrai m;e.
Efpérance ai qu'ele l'ait mult piteus.
Souvent recortfce que j'oï dire feus
Qu'ele difoit, mult feroie esjoïc
Se repériez; je vous feroie feus :
Oi foyez vrais comme fins amoureus.
Ha ! Dcx ! dame, cift moz me rent la vie.
Biau fire De\ '. Comme il cfl piécieus !
Sanz cucr m'en vois cl raigne de Surie ,
O vous remaint , c'eft fes plus douz hoiliez.
Dame vaillant, comment vivra cors ÙCX,
Se le volîrc ai adès en compaignie,
Adcs ferai plus joïanz & plus preus ;
Pour voftrc amour ferai chevalcureus.
U S I Q U E. 251
» aurai mainte penfée défefpcrantc, quand
» je me verrai éloigné de ma dame, &
» jamais, foyez en sûr, je n'aurai de joie
» jufqu'au moment oà je la reverrai près de
» moi. Accordez-moi une grâce, madame,
» & quand je ferai de retour, au nom de
» Dieu , prenez pitié de moi.
«Douce dame, comteffe Cbatclairc de
» mes volontés, vous dont la fifparatiort
» m'eft fi dure, vous reiïemblez à la Grene,
» dont le chant féduit pluficurs. Ils ne con-
» naiiTent pas le danger; elle les fait ap-
» piocher néanmoins, attire leurs navires
» par fes doux chants, &: ils ne s'en apper-
y> çoivent que quand elle les englouti: da:.i
» les eaux. Voilà, fi vous me permettez de
» le dire , ma véritable situation.
» Je fuis dans le même péril , fi votre
» bonté ne me fecourt. Mai 5 fi votre cœur
» eft auflî doux que vos yeux , je fuis silr
» d'avance que je ne périrai pas. j'eiperc
» qu'elle l'aura compatiflant. Je me rap-
» pcle ce qu'elle difàit un jour que nous
» étions feuls. Elle difai: : je ferais bien,
» aife , fi vous reveniez ; alors je fêtais des
» feux de joie. Gardez-moi, en attendant,
» fidélité, comme le doit un vrii amant.
» Dieu ! ces paroles , dame, me rendent
» la vie. Beau lire Dieu , qu'elles font dou-
« ces I Je pars fans cœur pour le royaume
» de Syrie. Il refte avec vous , c'eft la pi as
» douce demeure qu'il puific avoir. :
» charmante, quelle doace vie aura ce <
« fi en retour il a le vôtre avec lui. J'>.;i
moins trixte &: plus hardi , & pour
« l'amour de vous, je me montrerai preux
» cl evalier.
Douz gémis cuers, Genevre la Roïne » Doux cceur gentil, la Reine Gêner. e
Fift Lancdoz plus preuz & melz vaillant : 1» rcuJj: Lanceé^-dus cnticptcuaut »x
A a i
232 ESSAI
Pour li en prift mainte Jure aatine , » brave. II entreprît pour elle mainte pé-
Et s'en fouff'ri paines & travaus granz; » rilleufe aventure, il fouffrit peines Se
Mes au double li fu guerred nanz » grands travaux ; mais après les maux ,
Après fes maus amors loiax & fine. » un amour rendie & loyal le récompenfa
En tel efpoir ferf & ferai touz cens » au double ; c'eft dans cet efpolr que je
Celi à oui mes cuers eft atendant. » fers & que je fervirai toujours celle dont
» mon coeur attend (on bonheur ».
Vin i£R s ( Maître Guillaume le ) frère ou coufin de Gilles le Viniers.
Nous avons de lui trente-quatre chanfons.
Viniers (Jacques le) peut-être frère du précédent j nous a laifïe
quatre chanfons.
Nous croyons faire plaifir à nos Lecteurs d'ajouter au chapitre des Poé'res
des douzième Se treizième fiecle , la notice de deux fêtes inftituces vers ce
tems-là s & qui ont fubfifté pendant plufieurs fiedes.
La Fête des Fous &• la Fête de VAne (a).
On trouve à la bibliothèque du Roi un Livre manuferitj de format
in-doiq_e > coté n° 1 3 5 1 , dans lequel eft noté l'office de la fête des fous,
tel qu'on le chantait à l'Eglife de Sens le jour de la Circoncifîon , fous ce
titre : Officium Stultorum ad ufum Metropoleos ac Primatialis EccUJIa
Senonenjis. Lhie inftru&ion , placée à la tête du Livre , porte que cet office
a été compofé par Pierre de Corbolio j Archevêque de Sens, du tems que
fiéceoit à Rome le Pape Honore III (b)j & que le Livre a été tranferit
fur celui qui fe conferve dans les archives du chapitre de Sens, & dont
la couverture eft en ivoire , ( ex utraque parte foliis eburneis munïto ).
Selon Moréri, une lettre circulaire des Docteurs en Théologie de la
Faculté de Paris, envoyée en 1444 à tous les Prélats de France, pour les
enlacer à abolir cette fête , nous apprend que les Clercs & les Prêtres
créaient un Evêque ou un Pape (qu'ils appelaient l'Evêque ou le Pape des
{a) Si l'on delîre plus de détails fur ce fujet, il faut lire les Mémoires pour fervir à
THiJlcire de la Fête des Fous, par du Tilloc, I741»
(£) Honoré III a été râpe depuis 1117 juftiu'en 1141»
SUR LA MUSIQUE. 25$
fous ) entraient dans l'Eglife , les uns habillés en femmes , d'autres en
bouffons, ou mafqués de différentes manières, danfaient dans la nef, &
même dans le chœur, en chantant des clunfons diflolues, & faifant rm!'e
folies, même à côté de l'autel pendant la célébration de la mefle. Ce n étaic
pas feulement dans les cathédrales & les collégiales qu'on faifait ainfi la fête
des fous, cecte impiété avait pallé jufqucs dans les monafteres de l'un Ôc
l'autre fexe.
Quant à la fete de l'âne ou des ânes, c'était une cérémonie oui fe faifaic
anciennement dans la cathédrale de Rouen, le jour de Noc'I. Des Eccléfiaf-
tiques choirts représentaient dans une procertîon, les Prophètes qui avaient
prédit la nairtance du Meflîe. Balaam y paraiffait monté fur une ânefle ;
& c'eft ce qui avait donné le nom à cette fête. Outre les Prophètes qui
ont parlé de la naiifance du Meilie , on voyait encore dans cette cérémonie ,
non-feulement Zacharies fainte Elifabcth , faîne Jean-Baptijlt , le vieil-
lard Simeon3 mais encore la Sibylle Erithrce > & le Poëte %irgde 3 à caufe
d'un paflage d'une de fes Eglogues (a) , qu'on croyait regarder la fainte
Vierge. Chaque acteur récitair. fon partage , & l'on terminait la céré-
monie par un motet , où les perfonages fe réunifiaient à tout le chœur.
On peut croire que la fête de l'âne devait être plus ancienne que celle
des fous, puifqu'on trouve dans l'office cie celle-ci une Profe de l'âne,
qui fe chantait avant le Dcus in adjutorium. Le Livre dont nous avons
parlé, commence par une antienne qui précédait la profe , & qu'on chantaic
à la potte de lEglife ( in januis Ecclejîa ). Cette antienne, qui était
une invitation à la joie , finit par ces paroles remarquables : Sine h
procul invidis , procul omnia mxjla. L&ta volune quicumque colunt qfinariafejla.
(a) C'eft la quatrième. Eufebe de Ccrarce cire vinge-fept vers de la Sibylle "Erythrée;
qui parlaient de la première venue du Fils de Dieu, pour s'unir à notre nature, & de
la féconde , pour juger le monde.
La Sibylle Erythrée mourut dans la Troade ; Paufanias nous allure avoir vu fon tom-
beau dans le bois facré d'Apollon, avec une épi:apbe en vers élégiaques, gravés fut une
colone , & dont voici le feus :
« Je fuis cette lamcufe Sibylle qu'Apollon voulut avoir pour interprète de Ces oracles :
» autrefois vierge éloquente, maintenant muette fous ce rnarbr , & condamnée à un
s> lilence éternel j cependant, par la faveur du Dieu, toute morte que je lois, je jouis
m de la douce fociété de Mercure, & des Nymphes mes compagnes ».
©34 ESSAI
Vient enfuîte la Profe de l'âne , que nous allons tranfcrire ici en
entier (a).
PROSE DE L'ANE.
Orientibus partibus
Adventavit afinus
tulcher & fonijjimus
Sar-inis aptiffimus.
ff^l , fir'dne , he j.
Hic in collibus Sichen
Enutritus Jub Ruben ,
Tranfiit per Jordanem ,
Saliit in Bethléem.
He\ , fir'dne , he[.
Saltu vincit kïnmdos ,
Damas & Cavreolos ,
Super Dromedarios
Velox manduineos.
He\ , fir'dne , he\*
Aurum de Arabia ,
Thut & myrrham de Saba
Julit in Ecclefia
Vinus afinaria,
Hei , firdne , he\,
Dum trahit véhicula
JHulta cum famicula,
lllius mandibula
Dura terit pabula,
He\ , fir'dne he\»
Cum ariflii ordeum
Comédie & carduum%
Triticum à ya'ea
Segregat in area»
He\ , fir'dne , he\.
Amen dicas ajine
Jam Satur ex gramine
Amen, amen itéra,
Afpernare vetera.
He\ , firdne , Acj.
Air fur lequel on chantait cette Profe.
Ori- entis parti- bus Adven-tavit A fi- nus, Pulcher & for-tifli-
WêëêëêêèÊÈÊËèèèMM
—Zt.:
mus
, Sar-ci- nis aptif- fi- mus.
Hez, Sir' Ane , Hez.
(a) Toutes les ltrophes font fur ie même chant. Dans l'original , il eft noté fur quatre
lignes , comme tout le plain chant , & fur la clef d'ut à la troilïeme ligne. Nous l'avons
tranfporté à la clef de fiol, & fur cinq lignes , pour le mettre "à la portée d'un plus grand
«ombre de Lefteurs. Nous y avons d'ailleurs ajouté la mefure ordinaire à la plupart des
profes des Eglifcs de Fiance.
Les mots he\,firâne, he\, qu'on trouve à la fin de chaque Itrophe , font écrits dan*
l'original, ht\fire afiie he^. Nous préfumons que ce refrain cft une falutation à l'.me*
& qu'il faut lire : firdne, pour fin âne, he\% he\.
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Tome JI . Paye Q.3S.
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SUR LA MUSIQUE. 23 j
CHAPITRE VI.
Chanfons du Châtelain de Coucy.
Sa célébrité, celle de fes chanfons, l'hiftoire de fes amours pour la Dame
de Fayel , nous ont engages à nous étendre fur un fujet aufli intéféflanp.
Nous avons efpéré que nos Lecteurs nous fauraient gré de tous les efforts
que nous avons faits pour démêler les erreurs de plufieurs Hiltoriens «Se
Romanciers qui ont attribué à Raoul I, fire de Coucy , des chanfons qu il
n'a pas faites , Se un amour , donr fon âge & les circonftances empêchent
de croire qu'il air été fufceptible.
Nous donnerons d'abord une notice généalogique de l'illuftre Maifon
de Coucy. Viendra après un extrait de la vie du célèbre Châtelain de
ce nom. Il fera fuivi , en forme de preuves , des chanfons qu'on lui
attribue , j& qui ont un caractère de vérité incontestable.
Duchefne, Auteur eitimé , (a) aflure, dans fon hiftoire de la Maifon c!e
Coucy, qu'elle vient à'Enguçrrand de Boves , qui devint poffeiïeur en 10S0
du château de Coucy , dont il donna le nom à fes delcendans.
La maifon de Boves tirait fon origine d'un Seigneur appelle Dreux ou
Drogon 3 qui s-'illuftra fo ' ?s règnes de Robert ce d'Henri I , Rois de
France.
Enguerrand\, Comte d'Amiens, Seigneur de Boves (b) 8c de laFere,
acquit la feigneurie de Coucy (c). Un acFe qui exilte encore , lui donne
(<z) Et Dom Toufïaint du Pleflïs , dans fon hiftoire de la Ville Se des Seigneurs ds
Coucy.
(i) La Maifon de Boves fut appelée ainfi d'un ancien château voilïn de la ville d'Amiens,
qui eft devenu célèbre dans notre Hiftoire , & que Guillaume le Breton a décrit dans
fa Philipide comme une place très forte. Voyez Duchefue, pag. 188 Se. fuiv. Malbrancq ,
de Morini , //1-4. tom. i , page 89.
{c Ce château, qui a donné ce nom à l'une des plus îlluftres Maifons de France, eft
dans le Vermaiulois, Se dans une des plus belles & des plus hcureulcs politions, il eft
fur une montagne élevée. La tour qu'on en regardait comme imprenable avant llnven
du canon , a cent (bixante douze pie.'s de hauteur Se trois cent cinq de circonférence. Le
uciublement de terre du 18 Septembre i6?i l'a fendue du haut en bas.
à?* ESSAI
le titre de très noble Prince 3 mort en 1 1 16" (a). Son fils, Thomas de Marie
Seigneur de Coves & de la Ferc , ôc Comte d'Amiens , fut fameux par fa
cruauté. Il prit fon nom de fa mère A de de Marie , &c fut le premier qui
prit le titre de Sire de Coucy par la grâce de Dieu (b). Il fut un ardent
ennemi des Moines; fit maûacrer 1 Evcque de Laon, après l'avoir mutilé,
Se tua de îa propre main trente homme» qui acompagnaient ce malheureux
évêque. Il mourut à Laon en 1150 (c).
Son* fils Engucrrand II (d) époufa en n $1. Agnès de Boifgency _, dont
il eut Raoul 1 & Enguerrand.
S étant creilé, ainfi qu'Evrard -le Bréteuil fon beau-frere, pour acom-
pagner le Roi Louis-le-jeune au voyage de Jérufalem , ils y moururent tous
deux vers Tan 1 147.
Son rils Raoul 1 3 Sire di Coucy , Seigneur de Marie , de la Fere, Crecy,
Vervin, Landouiie &: Pinon , eft celui à qui on a attribué fans raifen
les chanfons que nous avons fous le nom de Châtelain de Coucy j & qu'on
prétend avec fi peu de fondement avoir été l'amant de la Dame de Fayel.
Né vers 1 134 , il avait époufé vers 115 j, , Agnès de 'Hainaulc, fille du
Comte Eeaudoin . dont il n'eut oue trois filles.
La première fut Yoland 3 qui époufa Robert II , Comte de Dreux ,
petit-fils cle Louis-le-Gros ; Se de ce mariage, vint entr 'autres, une fille ,
mariée à Renaut de Choïjcul 3 tige de tous les Choifeul qui exigent
aujourd'hui.
(a) Un acte palTé par lui à Laon , l'an r»i8, en préfence de Banhelemi , évéque de
Laon , &c. & de Gui Châtelain di Coucy , prouve qu'il ne faut pas confondre les
châtelains (ou gouverneurs) avec les jires ( ou feigneurs ) de Co.icy , puifqu'alors En-
guerrand I éiahfeigneu/ i.e Coucy , ti. que Gui en était châtelain. Cette note eft elTen-,
tielle pour la fuite. ( Voyez DucheGie, hiftoire de la Maifon de Coucy, page i>$ ).
(£>) Nous donnerons à la fin de ce Livre une note très curieufe de AI. l'Abbé Rive,
fur ces mots , par la grâce de Dieu.
(c) Ce Thomas de Marie & de Coucy écrivit en vieux français la Loi de Vervins,
dans le pays de Thisrache en Pic.rdie. ( Voy. pavag. 6\ de l'avertiif. qui elt à la tête
du titre 7 de Phift. littéraire di la France, in- a,. ) L. R.
(d) Mademoifelle de Luflàn, dans fes Anecdotes de la cour de Philippe-Auçufte , a
peint Enguerrand"!! ôo.nmc un homme dur, fëvere Se prefqu'infenfîblc , quoiqu'il :ùt le
plus doux de tous les ho imcs. >.,a fille qu'elle lui donne, &. Rogir, Comte de Rhétel,
qu'elle dit en avoir été le mari , n'ont jamais exifté; tout cet épiiode eft abfolument de
fon invention.
La
SUR LA MUSIQUE. 257
La féconde fut Ifabeau, qui époufa en premières noces ( félon Duchefne)
Raoul j Comte de Roucy ( & félon Moréri ) Raoul , Comte de Coucy ) dont
nous parlerons bientôt ) , &c en fécondes noces, Henri, Comte de Joyeufe
Grand-Pré , d'où font venus tous les Joyeufe.
La troisième fut Ade de Coucy, mariée à Thierry, feigneur de Beure.
On ne faurait trop admirer la grandeur dame de Raoul \\ car lorfque
Philippe d'Alface, Comte de Flandres, oncle 6c tuteur de Philippe- Augufle,
voulut s'emparer du duché de Valois & du comté de Vermandois , dont
il fe prétendoit héritier légitime , Raoul fut le premier à remontrer au
Roi l'injuftice du Comte, & à lui conseiller de s'y oppofer : cependant il
ne doutait pas qu'au premier fignal de la guerre , fes domaines ne fulfent
pillés & dévaftés par le Comte de Flandres, qui était fon plus proche voilin.
(a) Ce puilfant & généreux feigneur ayant perdu fa femme en 1175 ,
epoufa en fécondes noces, l'année fuivante, Alix de Dreux, Princelfe du fang ,
fœur de Robert II, Comte de Dreux , qui époufa en même tems Yolande
de Coucy, fille aînée de Raoul &: d'Agnès de Hainaut. Par ces deux alliances,
il devint gendre d'un fils de Fiance ( Robert I de Dreux , fils de Louis-le-
Gros ) beau-pere d'un Prince du fang ( Robert II de Dreux ) iSc coulîn-
germain par fa femme du Roi Phtlippe-Auguite.
En 1 190 , avant de partir pour la Terre-Sainte à la fuite du Roi, il fit-
fou teftament (b) qui nous a été confervé par l'Alouetej & ayant été tué
[a) Sa puifTance était telle, qu'avant d'avoir époufé une petite-fille de France, il avait
un chambellan, un bouteiller, &c. en uji mot, tous les grands officiers qui font réfervés
aux maifons fouveraines. Au refte cela n'était pas particulier à Raoul I de Coucy. Jadis
les Ducs & Comtes avaient les mêmes officiers, témoins les Comtes de Champagne. Voy.
pag. 2.37, 248 des Mémoires hiftonques Si critiques pour l'hiftoire de Troyes, in-S> 1774 ,
tom. 1 , L. R.
{/>) Teftament de Raoul, premier feigneur de Coucy, extrait du livre 1 de l'hiftoire de
la Maifon de Coucy , écrite par François l'Alouette.
« Moi Raoul, feigneur de Coucy , veux qu'il foit notoire à tous, préfents Si futurs,
» qu'étant prêt à partir pour Jérufalem , & craignant qu'il ne s'élève quelques difficulté»
v entre mes enfans , au fujet de la part de chacun d'eux , j'ai difpofe de mes biens , félon
» que je l'ai jugé convenable, Si après avoir pris le confei! des gens de probité qui me
» font attachés.
» J'ai donc donné à Enguerrand , mon fils aine , toutes mes terres & fcigncurici ,
s pour être par lui poiR-décs pailiblemciu , 5c lins réclamation quelconque, excepté
Tome IL B b
23S ESSAI
l'année fuivante au fiege d'Acre en Paleftine , âgé de cinquante fept ans. Son
corps fut rapporté en Picardie , à l'Abbaye de Foigny (a). Alix fa veuve ,
vivait encore en nu.
» les démembremens qui en ont été faits en faveur de mes autres enfans , Si ouï
» font tels.
» Je veux que Thomas, mon fils, ait en libre & tranquille pofTeffion , Se fans être
» inquiété de perfonne, Vetvin, Fontaine«& Landoufie; & qu'il retire annuellement fur
» les droits de vinage de Vervin Se de Landoufie foirante livres en monnoie, telle qu'or»
» l'employera dans lefdits vinages; & dans toutes fes pofTeifions, il fera homme- lige de
» fon frère Enguerrand.
» J'ai affigné à Raoul, qui pofTede un titre clérical, quarante livres Parifis de rente,
» à prendre fur mes revenus de Roye, & ce, tout le rems de fa vie.
» Quant à Robert , il aura pour fa part tous les biens qui m'ont été apportés en mariage
» par fa mère, & ma terre de Pinon, avec la redevance entière d'un certain bois que l'on
» nomme vulgairement le pafTage de Pinon ; & il tiendra tous ces biens à charge de plein
»> hommage à fou frère Enguerrand : & s'il arrive que ledit iïeur Enguerrand vienne à
» mourir fans héritier , tout ce qui lui a été allïgné pour fa part retournera à Thomas
s fon frère : & fi au contraire, un défaits enfans, quel qu'il foit , vient à décéder- fans
» laifTer d'héritier, fa pan retournera entièrement i i'aîué.
» Pour ce qui eft de ma fille Agnès , je lui donne mille & fîx cent livres , monnoie
» d'Artois , à prendre fur les revenus de Marie & Crecy ; laquelle Comme elle fera l'efpace
» de huit ans à recevoir , à commencer feulement trois ans échus après mon départ. Ainli ,
» le jour de faim Rémi de chaque année, elle recevra cent livres à Marie, & les cent
» autres livres reliantes à Crecy ; & l'on chargera l'Eglife de Prémontré du foin de lui
» faire toucher fes revenus.
» Et s'il arrive que, pendant mon voyage (TOutre-rner , je vienne à décéder, fi de
» même ladite Agnès m» fille ceflè de vivre avant d'être mariée, tout ce qui lui reftera
» d'argent comptant fera partagé en deux moitiés , dont une fera donnée à Alix fà
» mère , qui eft mon époufe , & l'autre fera léguée en aumône aux Hofpitaliers , aux
» Templiers Se à l'Eglife de Prémontré , pour être partagée par égale part.
» Et enfin s'il nous arrive, à Alix ma femme ainfl qu'à moi de mourir, une moitié
v de ladite fomme pafTera à mon fils aîné, & l'autre aura fa première deftination.
» J'entends que mes pofTeiTïons , ainfi que les droits d'Alix ma femme, ne foient aucune-
» ment grevés , voulant que mes arrangemens , même fignés de moi , foient tout le tems
» que je vivrai dépendants de ma volonté ; or , pour que cet afte de partage de mes biens
» foit authentique & irrévocable ( à moins cependant que je ne fois porté à y changer
» auelque chofe ), j'ai voulu qu'il fût écrit & fcellé de mon fceau. Fait l'an de l'Incar-
» nation de J. C. 1 190 ». Nous avons cru faire plaifir à nos lecteurs en raportantici cette
pièce intéreffante quelque étrangère qu'elle foit à notre fujet. L'original eft en latin.
( a ) Le Chanoine Motliere prétend que Raoul de Coucy ne fût pas tué au fiege
SUR LA MUSIQUE, 239
Il laifïi de fon fécond mariage. i°. Enguerrand III qui fie rebâtir
le château de Coucy _, donc on voit encore des reftes confidérables , &c fe
diflingua beaucoup à la bataille de Bouvines. Quelques hiftoriens pré-
tendent que , pendant la minorité de S. Louis, les plus grands feigneurs
de France s'étant ligues contre la maifon royale , offrirent la couronne à
Enguerrand, (a) qui eut la généralité de la refufer. Sa devife prouvait fa
noble (implicite :
« Je ne fuis Roi , ne Duc , Prince , ne Comte aufli
» Je fuis le (ire de Coucy ».
Sa mort fut auflî funefte que fmguliere, en pafTant à gué une petite
rivière (h), fon cheval le jeta à la renverfe, & fon épée étant fortie du
foureau, il tomba fur la pointe. Sa branche fut éteinte en 1311 , en la
perfone d'Enguerrand IV, fon fécond fils; l'aîné Raoul II (c) fut tué en 1 250
d'Acre, mais que ce fut Robert de Boves ; pag. 160 , des illuftres maifons de Picardie,
in-fbl. Quand il auroit raifon, cela ne nuiroit pas à notie opinion fur le Goucy qui
a été l'amant de la belle Fayel & l'Auteur des Chanfons. L. R.
(a) L'Alouetc prétend que le Coucy qui fut élu Roi fous la minorité de S. Louis ,
fut Enguerrand II ; il fe trompe. Voy. fol. 136 de fon Traité des Nobles, & des vertus
dont ils font formés, &c. A Paris, chez Robert le Manier, m. d, lxxvii, m-40. L-R.
(b) Auprès de Cer/is, château à une lieue de Vervins & à trois ou quatre de Marie,
fur une petite rivière qui prend fa fource auprès de l'Abbaye de Thenailles.
(c) En rapportant la chanfon du Roi de Navarre dans laquelle il parle de Raoul en
ces termes :
Raoul, Turc ne Arabi ,
N'ont riens du votre failï
Rcvenés par tans en arriére.
M. Leveque de la Ravalliere ajoute ces mots : « Je ferois tenté de croire que le Raoul
» de la chanftn était le Châtelain de Coucy , célèbre par Tes poélies & par l'es amours».
Nous nous flattons de prouver que ce Raoul tué en Egypte n'eft pas l'auteur des clian-
fons ; mais il eft trés-pofliblc qu'il foit celui dont parle Thibaut. Il était petit - (ils de
Raoul /, Sire de Coucy , & Joinvillc nous aprend qu'il fut tué à la MafTourc , « la ,
» dit-il , fut tué le Comte d'Artois , & le Sire de Coucy qu'on appelait Raoul ». La chanfon
que M. Leveque de la Ravalliere dit être de Raoul de Couiv , Si qui eft adreflec au Roi
de Navarre, n'eft pas de lui , mais de Raoul de Soiflbns. On la trouve dans -le manuf-
trit de M. le Marquis de Paulmy. Elle commence ainfi : Roy de Navarre Sire de f'ertu ;
Se elle eft fous le nom de Raoul de Solfions ; ce qui prouve eiîcore que M. de la Ra-
Bb 1
240 ESSAI
à la Malïbure en Egypte , près du Comte d'Artois , frère de Saint Louis, qu'il
défendait au prix de fon fang (a). Ce fut cet Enguerrand IV qui fit pendre
trois gentilshommes Flamands qu'il avait trouvés chaffant fur fes terres.
Saint Louis l'ayant fait arrêter, voulut qu'il fût jugé par les Pairs 8c les
Barons ; mais les Juges devant fe récufer , lorfqu'il s'agit de juger un
'parent, ceux d'Enguerrand' fortirent de l'afTemblée l'un après l'antre, &
le Roi refté feul , s'aperçut qu'il n'aurait pas dû fortir le dernier. Ehguerrand
fut cependant condamné par le Roi à une amende coniidérable , qui fervic
à fonder un hôpital à Pontoife , 8c les écoles publiques à Paris (/>).
2°. Thomas , qui eut par le teftament de fon père Raoul la feigneurie
de Venin 3 Scïwt l'auteur d'une branche long-tems illultre , mais qui
perdit fa fplendeur fous le règne de Henri II. On accufa Jacques de Coucy
Vervin 3 gendre du Maréchal du Bietz , d'avoir trahi l'état , en rendant
Boulogne aux Anglois en 1 544 , après cependant la réfiftance la plus vigou-
reufe pendant fix femaines. Dès que Henri II fut parvenu au trône en
1547, fes ennemis produifirent des faux témoins & parvinrent à le faire
décapiter en cette même année. Ce qui prouve que la haine feule dicta
ce jugement , c'en: que tous ceux qui avaient compofé le confeil de guerre ,
où il avait déterminé de rendre la place , furent renvoyés abfous : il n'y
eut que le lïeur de Longueval qui paya fon abfolution : il poffédait la
terre de Marchais , à trois lieues de Laon : cette terre convenait à un
valliere a fait une erreur lorfqu'il dit (tome 1 , page 79 ) que les manufcrits ne le nom-
ment Amplement que Raoul de Soijfons, puifque celui de M. le Marquis de Paulmy
l'appelé Metfîre Raoul de Soijfons ,• ce qui prouve qu'il était parent, & peut-être frère
de Jean , Comte de Soiffbns , qui vivait alors»
Thibaut adreffe une autre chanfon au même Raoul , qui commence par ces mots :
Sir Loes moi à ckoijîr. &c. Il lui propofe une queftion à décider; c*eft de (avoir lequel
eft préférable de fentir & baifer fa maîtreffe , fans la voir & lui parler ; «u bien de la
voir & de lui parler , fans la fentk ni la toucher.
(a) Jean le Carpentier a prétendu que ce Raoul II fût l'amant de la dame Fayel ;
Voy. p. xj8> t. 1 , Hifl. de Cambray , in-tf. Leide Chez l'Auteur, cididclxiv. Il y
a apparence qu'il fe trompe , puifque le même Roman dit que l'amant de la dame de
Fayel fe croifa avec Richard , Roi d'Angleterre , qui était parti pour la Terre-Sainte
environ 59 ans auparavant. Jovet & Mezeray ont fait la même faute. L. R.
(b) Enguerrand IV eut une fœur , qui fut mariée en premières noces au Roi d'Ecoffe;
& en fécondes aoces à Jean de Briennc , Roi de Jérufalera , & depuis Empereur d'Orient,
SUR LA MUSIQUE. a&
Miniftre : on fit peur à Longueval, qui la donna pour recouvrer fa liberté.
Henri II eut des remords fuperHus , & .fit reftituer au fils de Vervin la
plus grande partie de fes biens qui avaient été confifqués; mais ce ne fut
que fous Henri III , en 1575 , qu'on revit ^e procès, & que la mémoire
de Vervin fut réhabilitée avec un éclat fans exemple.
La poftérité mafculine de cet infortuné finit à fon petit-fils, mort en
bas-âge.
Jacques de Coucy Vervin avait trois frères , Raoul, J«an & Robert; ces
deux derniers furent Aumôniers du Roi , & Raoul a été la tige de M M.
de Coucy Polecourc 3 qui exiltent aujourd'hui en Champagne, «Se dont M,
de Belloy a prouvé la filiation d'une manière irréliltible.
Cette feule maifon de Coucy Polecourt jouit d'un double avantage bien
fingulier : c'eft que la Maifon Royale defeend de Louis-le-Gros par les
mâles , & de Raoul I de Coucy , par les femmes -y & que Meilleurs de
Coucy defeendent de Louis-le-Gros par les femmes , & de Raoul par les
mâles (a).
Revenons maintenant à Enguerrand de Coucy s frère de Raoul J (/>). Une
charte de l'an 1 141 prouve qu'il fut baptifé cette même année par Barthelemi,
Évcque de Laon. On n'a pas la date précife de fa mort \ mais il était
déjà décédé, félon l'Auteur des antiquités & recherches de l'Abbaye royale
de Saint-Denis, en 1174, & enterré dans cette Abbaye (c).
(a) Raoul I, Sire du Coucy , laifla encore de Caa fécond mariage Jeux garçons &
une fille, dont il eft inutile ici de faire mention.
(£) M. de Belloy n'en fait pas mention , Se c'étoit cependant très - nécelTaire 2 fes
recherches , comme on va le voir. Voici ce qu'en dit feulement Don TouiTaint Duplcflïs
dans fon Hiitoire de Coucy , page 49: « Enguerrand II ne laifTa que deux enfans;
» Raoul I, qui hérita de la plus grande partie de fes biens, &: Enguerrand .... qui
» eut deux enfans vivans encore en 11 87 »• ( apparemment que Don Touflaint avait
vu la pièce dont nous allons parler ). « L'un nommé Raoul qui prit le parti de l'Egljfe,
» & l'autre nommée Marguerite , qui fut mariée a Joubert , Seigneur de la Ferte" Beliard o.
(c) In nomine fanilce & individiue Trinitatis. Ego Radulfus D<i gratia Cociaci ù
Jllarlic Dominus , &c. Noverit tam futurorum pojhritas quant pnefentium indu/tria,
Quod ego Radulfus Engelranni NobiliJJim filius , ob remeiliun anima: me<x Agnetis
uxorismeee, & antecefforum nojlrontm, & Jpecialittr pro anima fia tris mei Engel-
ranni cujus corpus in Ecdejia. Beati Dionyfii Gallorum Apojloli hononjic< Jipulium
5242 ESSAI
Cet Enguerrand laifla deux enfans , Raoul 8c Marguerite , mariée à
Joubert j feigneur de la Ferté Beliard. Duchefne, dans l'hiftoire de la
Maifon de Coucy , ne parle point de ces deux enfans dans la généalogie
qu'il donne de cette maifon , mais il en fait mention dans les pièces
juftificatives , page .3 j 1. De plus, un extrait des archives de la Maladrerie
de Laon, prouve qu'ils exiftaient, puifque Raoul I } fire de Coucy 3 y dit,
dans un aéte daté de \ 187 , Hujus ni tejles Radulfus Clericus [a) nepos (b)
meus j Margareta de firmitate neptis mea3 &c. Il exprime bien clairement que
Raoul eft fon neveu, 8c Marguerite fa nièce; & puifque Raoul I n'avait
point de fceurs , & qu'il n'avait pour frère qu Enguerrand y il fallait bien
que Radulfus Clericus & Margareta neptis , flirtent enfans à' Enguerrand.
Ce Raoul, qui était Clerc en 118-7, ayant perdu fon père en 11 74,'
avait donc alors au moins treize ans , 8c peut-être vingt. En 1 1 9 1 , année
du ficge d'Acre & de la mort de Raoul I3 ainfi que de la iïenne , il
pouvait donc avoir vingt à vingt-cinq ans , âge où les pallions font les
plus vives , 8c où les têtes ardentes font fufceptibles des idées les plus
lîngulieres , celle d'envoyer fon cœur à une amante qu'il adorait , eft bien
plus aifée à concevoir dans ce jeune homme éperdu d'amour, que dans
ejl , fancîœ Congregationi ejusdem Ecclefiœ contuli centum folidos Provinenfium in
Nativitate Beatat Maria femper Virginis in vuinagio nojlro apud Mariant fingulis
annis per folv endos , Sec. datum apud Marlam anno mclxxiiii. Liv. 4, des Antiquités
que nous venons de citer.
(a) Comme les mots nepos & neptis lignifient auffi petit-fils & petite-fille, on pourrait
nous objecter qu'il n'eft pas queftion dans cet aéle , d'un neveu & d'une nièce de ce
Raoul , mais .d'un de fes petits-fils & d'une de fes petites - filles. Nous prévenons cette
obje&ion , en difant que ces deux mots ne peuvent lignifier dans cetie pièce , que neveu
Se nièce. Parceque Raoul I, qui s'était remarié faute d'hoirs mâles , en 1174, ne pouvait
avoir de ce fécond mariage, aucun petit-fils, ni aucune petite-fille en état de fervir de
témoins en 1 187. 11 eft vrai qu'il pouvait en avoir, des filles qu'il avoit eues de fon premier
mariage; mais comme il ne délîgne ces deux témoins que par leurs noms de baptême,
c'eft une preuve qu'ils étaient les enfans. de fon frère. S'ils étaient ilîus de fes filles , il
n'auroit pas manqué d'ajouter quelques furnoms à leurs noms de Baptême , pour ôter
toute équivoque. On fait que les furnoms font au moins du dixième fiecle-. L. R.
(5) Ce mot Clericus eft équivoque , & il lignifie un eccléfiaftique , un homme de
lettres, un notaire, un copifte, &c. mais nous croyons qu'il doit lignifier en cet endroit,
Un eccléfiaftique. Notre fyftême ne ferait que mieux fondé, fi nous -lui donnions la figni-
cation d'homme de lettres. L. R.
SUR LA MUSIQUE. 243
Raoul I , Jïre de Coucy > alors , âgé de ciuquante-fept ans , mari d'une
PrincefTe du rang, preux Chevalier , donc la fagefle & la prudence étaient
connues de tout le monde.
Il y a dans la bibliothèque du Roi une hift-oire manufcrite du Châtelain
de Coucy (a). Elle a été compofée, à ce que l'on prétend, vers l'an 1218.
(a) L'inventaire des livres de Charles V, Roi de France, indique que ce Prince avait
un rnauufcrk intitulé : Du Châtelain de Coucy & de la Dame de Fayel. On ne fait
ce qu'il eft devenu ; il paroît que celui qui a pour titre : Roumans du Châtelain de
Coucy & de la Dame de Fayel, doit être une copie de celui-là, ou peut-être celui-
là même. Cet inventaire était en 17 15 dans la bibliothèque de M. l'Archevêque de Rouen,
& il a appartenu à François I, comme on le voit par fa lignature que l'on a effacée,
mais quife lit encore. Foy. Mémoires de Littérature , /«-40. tom. î, pag. 694 & 69 j.
C'eft un grand volume en papier couvert de cuir rouge, découpé par fleurons, qui
a pour titre : Inventaire des livres du Roi notre Seigneur, ejlans en /on Chajlel du
Louvre. Sur le fécond feuillet, on Jit : Cy après en ce papier font écripts les livres
de très-Souverain & très-Excellent Prince Charle-le-Quint de ce nom, par la graco
de Dieu , Roi de France, ejlant en fon Chajlel du Louvre en trois chambres , l'une fur
l'autre , l'an de grâce mccclxxiii. Enregiflrés de fon commandement , par moi Ciles
Malet , fon Valet de Chambre. Il y avait alors 909 volumes. En 1413, après la mort de
Charles VI , la bibliothèque du Roi fut examinée & prifée. On y trouva 853 volumes
cftimés 1323 liv. 4 fols , fomme confidérable alors. En 141? , le Duc de Betfort, Régent
du Royaume, fe fit repréfenter ces mêmes livres. Garnier de Saint-Yon, alors bibliothé-
caire , lui en rendit un bon compte , & en demeura chargé jufqu'en 1419 , que le même
Duc en déchargea entièrement Saint-Yon , & lui en-donna quittance; on n'a jamais (ça
ce qu'il fit de ces livres ; mais il eft bien probable qu'il les fit paflèr en Angleterre»
Foy ibid. pag. 701 & 701, & tom. 15 des mêmes Mémoires, pag. 705 & 706.
Il y a dans la bibliothèque du Roi, un manuferit cotté 703 1 , Si qui a pour titre Ra-
tional du divin Office; on y lit à la fin le feing de Charles V , Se ces paroles écrites
de fa main; c'efl livre, nommé Raftonal des divins offices , efl à nous Charles y de
noflre nom , & lefifmes tranflater , eferire & tout parfaire en l'an mccclxiv. Charles.
Ibid. p. -03 , au commencement de ce même volume , au revers de la couverture , on
lit : Ce livre efl à Jehan , Conte d' Engofteme , lequel l'acheta, à Londres en Angle-
terre, l'an de grâce 1441. ( in eâd. pag. ).
Ce livre était donc de la bibliothèque de Charles V , & avait été porté en Angleterre
par les ordres du Duc de Betford. Probablement les autres auront eu le même Sfft. AI.
Félibien allure que dans les Regiftres de la Chambre des Comptes, il eft dit que les
livres de la tour du Louvre furent achetés lioo francs, par le Duc de Betford, &: que
cette fomme fut comptée à Pierre Thury , Entrepreneur du Alaufolee de Charles VJ
&. d'Ifabeau de Bavière, fou époufe.
244r ESSAI
Son titre eft , Romans (a) du Châtelain de Coucy & de la Dame de Fayel.
Le Châtelain qu'elle a pour objet, y eft nommé Renaut de Coucy (b) : on
y lit qu'il n'était pas riche. Cela ne peut convenir à Raoul I , qui était un
des plus riches Seigneurs de France , mais cela convient parfaitement à
Raoul fon neveu : il était entré dans l'état eccléliaftique, fon titre clérical
ne devait pas être plus confidérable que celui de {on coufin-germain Raoul ,
fils de Raoul I , qui ( ainfi que nous l'avons vu ci-delTus ) n'était que de
quarante livres Parifis. Il n'était pas encore pourvu de bénéfices. Il était
par conféquent fans fortune. L'amour dont il était embrâfé pour la Dame
(a) On n'entendait pas alors par le mot Roumans ce que nous entendons aujourd'hui
par le tnême mot. Ce mot fignifîait tout livre écrit en langue Romance , foit en vers
(bit en proie; parmi ceux qui font en vers, on remarque l'hiftoire de Philippe-Augufte ,
écrite en rimes par Guillaume le Breton. Cette hiftoire commence au couronnement
de ce Roi, arrivé en 1179, du vivant de fon frère Louis VII. Elle finit en 1117, après
la bataille de Bouvines. Une page & .demie qui n'eft plus de lui , contient le récit de
la mort de Philippe, arrivée en 1113 , & la defcription de fes funérailles. Guillaume
le Breton était en Bretagne vers 1170. Il fut précepteur du fils naturel de Philippe-
Augufte, Pierre Carlotte, qui mourut, en 1149, Evêque de Noyon, & accompagna
Philippe-Augufte dans plufieurs de fes campagnes; entr'autres à la bataille de Bouvines
où il fit l'office de Chapelain de Sa Majefté. Qu'on nous permette de tranfcrire ici quelques
dérails que Guillaume le Breton nous rapporte dans fon Hiftoire , & qui nous ont parus
allez curieux pour ne pas les pa'fler fous fïlence.
« Le Roi, dit- il, ayant harangué fes troupes; les foldats- lui demandèrent fa bénc-
» diûion , & la charge ayant fonné auftî-tôt, ils donnèrent tête baifTée fur l'ennemi,
» & combattirent avec toute la valeur poflîble ,• comme nous étions au même inftant
» derrière le Roi, & aiTez près de fa perfonne, un de fes Clercs, & moi fon Chapelain
» qui écris ceci , dès que nous eûmes entendus lé bruit des trompettes , nous entoilâmes le
» Pfeaume Benediclus Deus meus qui docet, que nous chantâmes d'un bout à l'autre, enfuite
« celui à'Exurgat Deus & Domine in virtute tua lœtahitur Rex , autant que nous le
» pouvions faire au milieu des gémiflemens & des cris que faifaient les combattans ; Se nous
» ranimâmes de notre mieux leur confiance , en leur failànt fentir l'avantage qu'ils avaient
» de combattre pour un Roi protecteur de l'Eglife , contre des Princes qui en avaient
» toujours été les perfécuteuis ».
(b) Dans le recueil de l'origine de la Langue & Poéfie Françaife du Préfîdent Faucher,
donné à la Bibliothèque du Roi en 17*1, par l'Abbé d'Olivet ( n° X, 8185 ), & où
il y a plufieurs corrections de la main de l'auteur , on voit, page 124, à l'article du Châ-
telain de Coucy , le mot le effacé, 5c à la marge on lit, de la main de Fauchet , Raoul
au Regnaut,
de
SUR LA MUSIQUE. 24;
de Fayel , lui fit quitter l'état eccléliaftique. Il prit le parti des armes \
mais fi fon changement d'état ne nuifit pas à fes amours , il n'augmenta
vraifemblablement pas fa fortune. Cela étant , ce Raoul doit être celui que
le Roman a en vue. Il eft certain qu'aucun autre que lui ne peut avoir
été le Châtelain de Coucy de ce tems-Ià. Il n'exiftait alors d'autre Coucy
que lui , auquel on puiiTe attribuer les amours. Les fils de Raoul I étaient
encore en trop bas-âge, pour qu'un d'eux ait pu être le héros de ce Roman y
le plus âgé d'entr'eux n'avait que treize ans, lorfqu'ils eurent le malheur
de perdre leur père. Ce qui confirme notre opinion , c'eft l'ordre qui règne
entre quelques chanfons du Châtelain de ce manufcrir. Elles n'y font qu'au
nombre de fix , mais elles y forment , par la manière dont elles fe fuivent,
un tableau dans lequel il eft impollible de ne pas reconnaître le Raoul
que nous venons d'indiquer. Nous en donnerons une copie à la fin de
cet article, & nous y joindrons toutes celles que nous avons recueillies
d'après divers aunes manufcrits , fous le nom de ce Poète infortuné. 11 n'y
en a aulîi aucune d'elles qui ne s'acorde avec quelques-uns des faits qui
font racontés dans ce Roman.
L'Auteur du manufcrit du Roi nous dit que le Châtelain n'arriva en
Paleftine, avec Richard , Roi d'Angleterre , qu'après la prife d'Acre (a) ( où
Raoul I, lire de Coucy, avait été tué ).Ce n'était donc pas le lire de Coucy.
Tous les anciens Auteurs, ainfi que celui de ce manufcrit, Froijfart ,
Chrijtine de Pif an 3 &c. lui donnent le titre de Châtelain , & non pas
celui de Sire que prenait Raoul I. Nous avons déjà obfervé qu'on nommait
tilors Châtelains les gouverneurs des châteaux, mais non pas les feigneurs;
nous en avons. plufieurs exemples, entr'autres , celui d' Engucrrand l'A
Coucy (/>) j châtelain de Cambrai 3 dont il n'était pas feîgneur, mais gou-
verneur pour le Roi.
(a) Hume dit que Richard aborda devant Acre pour partager feulement la gloire de fa
prile. Cependant Meferay afïlire que !e liège dura cinq mois , & que Richard y ai riva
deux mois après Philippe , trois mois avant la prife. Le Prélident Hainault dit qu'Acre
fut prife par les Français ; les Anglais n'y étaient donc pas. De plus , dans fon édition
i«-4°. ( tom. premier page 166 ), il dit que le liège d'Acre dura trois ans : M. de
Bclloy allure que Richard ne joignit Philippe qu'après la priié d'Acre : nous avons fuivj
fon opinion.
(£) Un manufcrit du Roi, qui contient une grande quantité de Chanfons du douzième
Tome II. C <
Mtf $ S S, A /,
Raoul I n'était donc pas le Châtelain de Coucy. Une preuve encore plus
forte, eft que l'Auteur du manufcrit parle plulieurs fois du Sire de Coucy ,
tué au fiége d'Aere.
Le Châtelain & le Sire font donc deux différens Chevaliers.
D'ailleurs nous avons déjà dit qu'en 1 191 , que Raoul fut tué, il avait
environ cinquante - fept ans , était marié avec une Princefle du Sang
qu'il aimait beaucoup, & avec laquelle il vivait dans l'intelligence la
plus parfaite. Peut-on le croire fufceptible à cet âge d'une paillon fi vio-
lente, & qui produisît des effets fi extraordinaires ?
11 eft bien plus vraifemblable que le véritable héros de cette tragique
hiftoire ait été Raoul fon neveu. 11 était Clerc en 11 87 ( voye% ci-dejfus
page 242 ) : il avait alors au moins treize ans } mais il pouvait en avoir
vin<n: il était né avec des talens diftingués pour la poéfie (a) & avec les
pallions les plus vives. Il y a apparence qu'il fe dégoûta de fon état,
& qu'il l'abandonna peu de tems après l'acte dont nous venons de
parler. Peut-être l'amour qui vint s'emparer de fon cœur pour la
Dame de Fayel , entra-t-il pour beaucoup dans ce changement d'état.
Peut-être auffi le defir de la gloire , & l'envie de fignaler fon cou-
rage en Paleftine , le déterminerent-ils à prendre le parti des armes ?
Ce fut en 1187 que Lufignan , Roi de Jérufalem , fut défait à la jour-
& du treizième (îecle, en a confervé plulieurs du Châtelain de Coucy , & une du Comte
Je Coucy : ce Comte pouvait être Raoul I, Enguerrand III ou Raoul II , Sires de
Coucy; mais cette diftinftion prouve indubitablement que le Châtelain n'était pas le Comte.
Nous avons raporté cette chanfon, Tome II , page 181.
(a) Dans le manufcrit, le Châtelain eft repréfenté
« Biaux , courtois , plains de lavoir.
» Onqs Gauvains ne Lancelos
p Retinrent d'armes plus grant los.
1* . . . . »
» Parlures lavoir faire & chans »...».
îl eft dit aufli qu'il n'était pas riche , & notre Raoul ne l'était pas , ainfi que nous l'avons
déjà die.
SUR LA MUSIQUE. 247
née de Tibériade , &c la perte de Jérufalem fuc la fuite de cette déroute.
La croifade fut aufiitôt annoncée , l'Empereur Frédéric donna l'exemple à
toute l'Europe, partit le premier, & fe noya en traverfant le Cydnus,
ce même fleuve dans lequel Alexandre -le -Grand avait penfé pair.
Ainfi le peu de fortune de ce jeune homme, l'exemple de tant do bra-
ves Seigneurs, qu'une fureur facrée emportait en Orient, l'ardeur bouil-
lante de fon tempérament, & vraifemblablement le dépit de ne pouvoir
être' heureux de long tems , l'auront fait voler en Paleftine. Une autre
raifon s'y fera peut-être jointe , c'efr qu'il s'imagina que le Seigneur de
Fayel fe croiferait , & qu'il emmènerait fa femme avec lui.
Il peut donc être devenu amoureux de la Dame de Fayel vers la fin de
1187 ou au commencement de 1188, l'avoir célébrée par fes chaulons
plus de deux années avant fon départ pour la Terre-Sainte , & y avoir
terminé fa vie, par les fuites d'une blelfure ou par une maladie.
Comme Moréry dit que Raoul I , Sire de Coucy, donna à un Comte
de Coucy, qui s'appelait auffi Raoul, Ifabeau , fa féconde fille , qui , après
la morr de fon mari, époufa un Joyeufe Grand-Pré j ce Raoul ne peut ê:re
que le nôtre, puifque nous avons déjà prouvé qu'il n'exrftaft alors aucun
autre Coucy. Ce nouveau fait ne peut être expliqué que par d autres con-
jectures. Les voici : elles ne nuiront aucunement à celles que nous avons
<iéja produites. Raoul I s'appercevant de la paflîon nailîante de (on neveu
pour la belle Fayel , aura voulu l'éteindre , en lui faifant époufer fa féconde
fille. Il lui aura fait quitter l'habit eccléfiaftique , 8c lui aura donné le
gouvernement de fon château. Mais voyant que la digue qu'il avait voulu
oppofer au torrent des feux de ce jeune homme, n'avait fait que les irriter,
il l'aura forcé de fe croifer avec lui , pour épargner à fa fille la douleur
d'avoir une rivale dans fon voilinagej car le château de Fayel cuit peu
éloigné de celui de Coucy.
Raoul I fera parti avant fon gendre pour le fïége d'Acre. le ch.uJain,
retenu en Europe par les charmes de fon amante, aura prétexté des lon-
gueurs. Mais obligé en qualité de brave chevalier , d'obéir au ferment
que (on beau-pere aura exigé de lui avant fon départ, il ne lera arrivé
en Afie qu'après le fiégc d'Acre. Si nous mettons un intervalle entre l'on
départ & celui de fon beau-pere, c'eft parce qu'on lit, dans le Roman
C c z
248 ESSAI
que nous avons déjà cité, que le Châtelain de Coucy (a) n'arriva en Afre
qu'après ce fiége. Nous aurions pu nous pafler de ces nouvelles conjectures ,
Moréri eft fi inexaér , qu'il mérite bien peu de confiance. Il y à lieu de
préfumer qu'il s 'eft trompé, puifque Duchefne ( page 348 ) donne le nom
de Raoul de Roucy au Comte que Moréri a appelé Raoul de Coucy (b).
Il nous paraît donc démontré que l'erreur des Hiftoriens n'eft fondée
que fur le même nom que portaient l'oncle & le neveu, & fur ce qu'ils
perdirent tous deux la vie en Paleftine, l'un peu de tems avant l'autre.
Nous allons prouver maintenant que la Dame de Fayel n'était point de
1 illuftre Maifon de Vergy ; & c'eft à M. de Belloy que nous devons la
découverte de ce fait intérefTant.
Le nom de la Dame de Fayel ne fe trouve point dans le manufcrit du
Roi. FroifTard (c) a été le premier qui lui a donné le nom de Vcrgy ou
(a) On lit dans le fuperbe manufcrit de M. le Marquis de Paulmy , à la fin des chanfons
Je Cace Brûlé: « Cy /aillent les Chançons Monfeigneur Cace Biule' , & comment
» cent les Chançons le Châtelain de Coucy ». .
Il était alors d'ufage de distinguer les états & d'écrire les qualités des gens que
l'on citoit. Gace Brûlé était un Chevalier diftingué. Aufiï le copifte écrit-il , de Mon-
feigneur Cace Brûlé; ailleurs il dit, Chançons de Mlondiaux de Néele , parceque ce
.Blondiau était un (impie Mufîcien.
En nommant celles du Châtelain de Coucy, s'il eût voulu parler de Raoul I, Sire
de Coucy , l'eût-il nommé Simplement le Chafielain de Coucy ■ Il eft évident qu'il eût
écrit Chançons de Monfcigneur le Sire de Coucy.
S'il a donné le titre de Monfeigneur à Gace Bridé Se à Thibault de Blason , celui de
Meflire à Raoul de Soiffbns , à Morife de Creon , à Robert de Marberoles , à Thierry
de Soiffbns , &c. aaraît-il refufé celui de Monfeigneur â l'un des plus grands Seigneurs
de France? Ce Châtelain de Coucy n'était donc pas Raoul I, Sire de Coucy , mais
Raoul, cadet de cette maifon \ & alors on ne donnait le titre de Monfeigneur qu'aux
aînés.
(b) Don Touflaint le nomme auffi Comte de Roucy.
{c) FroifTard vivoit fous Charles V. On voit ces vers dans un recueil de fes poéfies
Hianufcrites , écrites - vers 1380.
« La Châtelaine de Vergy
» Et le Châtelain de Coucy
1 douleur » Qui outremer mourut de doël 1
» Tout pour la dame de Faïpl :
SUR LA MUSIQUE. ^
de Vergie (a). Quelle apparence qu'une auflî grande Maifon que celle de
Vergy fe fût alliée avec un fimple gentilhomme tel que le Seigneur de
Fayel, tandis que, fous le règne de Philippe-Auguftc, il n'y avait que
trois filles de cette Maifon, qui étaient:
Première, Alix ^ mariée en 1199 à Eudes III, Duc de Bourgogne ,
moire le 3 Mars 125 1.
Seconde, mariée au Comte fouverain d'Auxonne.
Troifieme, Agnès, fille Se héritière de Hervé de Vergy-Donzy, Comte
de Nevers (b).
S'il y en eût eu une quatrième , n'eût-elle époufé qu'un gentilhomme ?
L'héroïne de l'hiiroire n'eu: donc pas une Vergy ?
M. de Belloy croit avec plus de vraifemblance, qu'elle était de la Maifon
de Lcvergies , Maifon qui exiftait alors dans le Vermandois , & dont
l'exiftence eft démontrée par plufieurs preuves inconteftables.
1 jeune Chevalier. » Après la mort du 2 Baceler
» On ne le peut, ne doit celer
» Pour ce qu'on voulait fe vangier
» Des vrais amans, on fit mangier
» La dam' , le cœur de fon ami . . •
» Jamais plus boire ne me faut,
3 morceau, » Car fur 3 morcel fi precious
» Si dous & fi delicious
» Nul boire ne pourai prendre.
» On ne l'y put puis faire entendre
4 voulut » Qu'elle 4 vofift manger ne boire ,
$ vraie » Cette mattere eft toute j voire.
(a) Cette illuftre maifon tiioit fon nom du Château de Vergy près d'Autun, iJ lut
miné en 1 609 par ordre d'Henri IV.
(b) Elle fut accordée à Pliilipe de France, fils aîné de Louis VIII, 4: le mariage
ne fut point accompli à caufe de la mort du Prince, arrivée en l'an iz:8, cinq ans avant
celle de Philippe-Augufte. Le jeune Prince n'avait alors que 9 ans , & Agnès en avait fïx
ou fept. Cette priiiccflc époufa dans la fuite Gui de Châlillon , & de ce mariage vint
Yolande de C/idtillon, mariée à Archambaud IX ', Sire de Boni bon : Leur fille cadete
Agnès, dame de Bouibon , époufa Jean de Bourgogne , Sire de Cbarotois , fécond fils
de Hugues If, Duc de Bourgogne, & de leur mariage vint Beatrix de Bourgogne ,
femme de Kobert de France, Comte de Clermont, tige de la Mailon Royale de France.
a;o ESSAI
Le château de Levergies eft voifin de Fayel (a)-, qui appartenait en 1770
à M. Laillier } beau-pere de M. le Préfident de Bonneuïl j après avoir celle
d'appartenir, dès 1340, à Meilleurs de Fayel. Quoi- de plus vraifemblable
qu'une alliance entre un Seigneur de Fayel &: une Demoifelle Levergies >
fa voiline , que l'amour d'un Châtelain ( ou gouverneur ) du château de
Coucy en Vermandois, pour une Dame de Fayel, dont l'habitation était
aux environs de la fienne (b) j enfin , que toute la fuite de cette hiftoire ,
fondée dans notre hypothefe fur des pièces encore exiftantes (c).
Nous regardons donc comme démontré, que jamais Raoul j Sire de
Coucy j n'a aimé une Dame de Fayel du nom de Vergy j & que les
chanfons que plufieurs Auteurs lui attribuent, ne font pas de lui, mais
que leur véritable auteur eft Raoul de Coucy 3 Châtelain de Coucy j neveu,
& peut-être gendre de Raoul 1 ; & qu'il eft le feul qu'on doive regarder
comme le héros de cette hiftoire , fi toutefois elle eft véritable (d).
■ — m
(a) On montre encore dans un mur du Château de Fayel , finie à une demi-lieue de
Saint- Quentin , une très-ancienne figure de pierre que l'on dit être le portrait de la mal-
heureufe amante du Châtelain de Coucy.
(3) Le manuferit dit pofitivement que Coucy allait & revenait en une nuit de chez lui
chez la dame de Fayel.
(c) La tradition qui fubfifte encore à Saint-Quentin Se à Fayel, fait que les enfans
répètent d'après leur père cette déplorable aventure.
(d) On lit dans le fécond volume de l'Hiftoirc de Provence ( pag. z 66 ) , une note dans
laquelle l'auteur prétend prouver que l'hiftoire de Cabeftaing avec la dame de Rouflillort
eft plus ancienne que celle du Châtelain de Coucy ; Se que parconféquent , elle pourak
bien n'être qu'une imitation de l'autre.
Voici les preuves qu'il en donne :
« Il eft confiant que ce Poète ( Cabeftaing ) mourut vers l'an 118 1 , fous le règne
» d'AIfonfe, puifque Raimond de Miraval, qui florifloit à la fin du XIIe fiecle, parle
» de la mort de Cabeftaing , comme étant arrivée il y avait déjà plufieurs années. J'ai
» oui conter, dit-il , ce qui fait horreur à entendre , qu'un Chevalier vint faire l'amour
n.avec la femme du Seigneur de Cajlelnou; le mari, à qui cela déplut, entra fans
» en être prie' & lui coupa la tête » i
L'hiftoire de Cabeftaing & de la dame de Rou/Tîllon ( que l'on peut lire dans celle
des Troubadours , par M. l'Abbé Millot ) , nous apprend que le Comte Raimond de
Rouffillon, ayant attiré Cabeftaing hors de fon château, le tua, lui coupa la tête , fie
apprêter fon coeur par fon cuifinier comme un morceau de venaifon , & après l'avoir fait
manger à fa femme , lui montra la tête de fon amant , pour lui prouver que c'était de
fon cœur qu'elle venait de fe nourrir.
SUR LA MUSIQUE. aSi
Extrait du Roman du Châtelain de Coucy & de la Dame de
Fayel , qui cft à la bibliothèque du Roi fous le numéro i$59
& qui a été écrit vers 12281
Comme nous ne raportons ici que la plus exacte vérité , nous ne
cacherons point à nos Lecteurs que l'Auteur de ce manuferit affine dans
fon début, qu'il a entrepris d'écrire ce Conte } pour plaire à fa Dame.
« Amours qui eft principaument
» Voie Je vie honneftement
» M'a donné vouloir de retraire
» Un Conte de très noble araire ».
Quel rapport a cette hiftoire avec celle dont parle Miraval ? & qu'a de commun un
Seigneur de Caftelnou , qui furprend fa femme en flagrant délit , & coupe la tête à celui
qui le déshonore , avec Raymond de Roufllllon qui fait manger à fa femme le coeur de fon
amant ? c'eft par cette feule circonstance que l'hiftoire de Raoul de Coucy & celle de
Cabejlaing fe refTemblent ; & il eft impoflîble qu'elle ait pu avoir lieu dans l'hiftoire
dont parle Miraval; car le feigneur de Caftelnou, après avoir tué fon rival devant fa
femme , n'avait plus befoin de lui faire manger fon cœur pour lui apprendre fa mort ,
ni de lui montrer fa tête puifqu'il la lui avait coupée en fa préfence ; bien plus , Jiliraval
ne parle*point de la circonftance du cœur; il eft donc évident que ce font deux hiftoircs
différentes. Mais fuppofons que ces deux hiftoires aient pour objet le même fait, il ne
s'enfuivrait pas que la mort de Cabcftaing fût arrivée en 1181 , ainfî que ledit l'auteur
de l'hifloire de Provence. Car Miraval vivant encore en I2i3,( puifqu'il fc trouva en
cette année à la bataille de Muret en Efpagne,) & n'étant mort que depuis à Lérida
(entre les années 1120 & ixjo), peut avoir parlé de cette aventure tragique, comme
arrivée depuis plufieurs années ; en effet elle peut s'être paffée au commencement du
XIII' fieclc; quand même on en remonterait la date vers iico, elle ne ferait artivée
qu'environ dix ans après la mort du Châtelain de Coucy. L'hiftoire de ce Châtelain n'eft.
donc pas une imitation de celle de Cabeftaing, puifquc le calcul de l'auteur de l'hiftoire
de Provence n'eft fondé Cas aucune preuve, mais Amplement fur des probabilités.
S'il eût connu le Rounums du Châtelain de Coucy & le manuicrir de M. le Marquis
de Paulmy, il n'aurait pas dit que le témoignage de Froijjfard , qui vivoit en 15R0, lui
a paru le plus ancien qu'on puiffè alléguer en faveur du fentiment qui attribue au
ChàtiLiin de Coucy , l'aventure dont il efl queftion. L'Abbé Leriglet a cité une copie
de ce Roman, fur laquelle on lifoit qu'il a été compolé en 1110 ( tom. », pag. i;i ,
Jiibhoth.des Romans ). Voilà uue pièce q,ui cft certainement plus ancienne que FroiiTaiJ.
2jî ESSAI
Il die encore à la troifieme page :
« Fait mon cœur à compter un conte
» Qui n'eft ne de Roi ne de Conte,
» Ains eft d'un Chevalier fi preu ». . . .
Refte à favoir fi le mot conte fignifiait alors ce qu'il fignifie aujourd'hui.
Dans ce cas , l'Auteur aurait imaginé la plus grande parrie des faits de
ce Roman , & fur-tout fon dénouement tragique , qui n'eft raporté que
par lui Se par l'Auteur de la vieille chronique , dont parle Fauchet; mais
cependant le fond de cette hiftoire ne ferait pas moins vrai , puifque les
chanfons du Châtelain exiftentdans des manuferits qui ont près de quatre cent
cinquante ans d'ancienneté, que tous les Auteurs contemporains en parlent ,
de que les Poètes de fon tems le citent fouvent comme un modèle d'amour.
Renaud (a) , Châtelain de Coucy , devient amoureux de la Dame du
Fayel , dont le château était près de Saint-Quentin. Un jour qu'il faic
qu'elle eft feule , il va lui déclarer fa pafiion. Elle répond que jamais elle
ne manquera à (on mari ; de retour chez lui , il eflaie de l'attendrir par
une chanfon qu'il lui envoie par un ménétrier (b). Quelque tems après,
il retourne à Fayel, le mari allait aux plaids, il exige que le Châtelain
refte au château ; celui-ci en profite pour prefter de nouveau la Dame. Elle
fait la même réponfe , mais elle confent à lui donner quelque chofe qu'elle
ait porté. 11 lui demande un de fes manches (c), dont il veut orner {d) fon
bras droit au tournoi que le Sire de Coucy (e) doit donner bientôt entre
(a) L'auteur du chef-d'œuvre d'un inconnu, donne le même nom au Châtelain du Coucy.
Voy. pag. 146. La Haye, 171e.
(J>) Voye\ à la fin de cet article la première chanfon du Châtelain ; Pour verdure
ne pour prie. Elle eft dans le manuferit.
(c) De Belloy , dans fon extrait fait de cette manche un bracelet. Il y a cependant
dans l'original :
« Vouroie une mance de vous
» Ridée as las large deflbus ».
(d) Voye\ la chanfon ci-après, qui commence par la douce voix du Rojfignol,
^(«ï Le Châtelain Se le Sire de Coucy, font donc deux perfonages différens; l'auteur
des chanfons, qui eft le Châtelain, ne peut donc être ni Raoul I, ni Raoul 11 , qui
tous deux étaient Sire de Coucy. Mais ce Sire de Coucy , qui préiidait à ce tournoi ,
devoit être Raoul I, quoique l'auteur ( apparemment par méprife ) le nomme Enguer-\
rdid;on en verra bientôt des preuves. Ce tpumoi doit être en 1188, 8p ou j?o.
ta
SUR LA MUSIQUE. *fj
la Fere Se Vendeu.il s près de l'Oifc , & la Dame la lui donne. L'Auteur
fait du tournoi une longue defeription qui rient environ le q*m de fo.i
ouvrage. 11 paraît qu'il était fort inftruit dans le blafon ; car il n'y a pas
un feul Chevalier, dont il ne blafone l'écu (a). Renaud fe diftingue au
tournoi par fa valeur & fou adreife. Il eft cependant blefTé au bras; mais
cette blellure ne l'empêche point de fe trouver au feftin que le Sire de
Coucy donne dans la prairie aux Dames Se aux Chevaliers : il y vient avec
le bras en écharpe, 8c on lui adjuge le prix du tournoi. C'eft un faucon
que lui préfente la ComtelTe de SoiiTons à la tête des Dames.
La Dame de Fayel qui avait été témoin de fa valeur , cède enfin à*
(a) Les Seigneurs & Gentilshommes qui adlftcnt au Tournoi , font entr'autres : le
Duc de Limbourg , le Comte Philippe de Namur, le Comte de Hainault , Mellire Ar-
nould d'Oudenarde , Mellire Philipe de Jafcelle , Gautier de Sorel, Enguerrand de Ran-
don ( qui jouta contre le Sire de Coucy ) , Geoffroy de Lofengnon , Lambert de Lon-
gucval, le Comte de Blois , Gautier de Chàtillon , Falleni , Gobart d'Apremonr, Jean
de Hangefi , Arnoud de Mortagne , Hugues de Rumigny , le Sire de Manteviîle, le Sire
de Gauvillc , le Comte Simon de Montfort, Gaulas de Moi, le Seigneur de Mont-
morency , le Seigneur de Fayel , le Seigneur de Bcr , Hugues de Loart, Dreux de Chau-
vigny , Charles de Rembecourt. Une Dame après qui précède le Tournoi , chante cette
efpece de triolet, que nous rapportons pour prouver l'ancienneté de ce genre de poeùc.
Toute voftre gent
Sont li plus joli du tournoiement.
S'aime loïaument
Toute voftrc gent ;
Et pour celé di qu'il ont maintien gen ( gentil )
Toute voftre gent.
A un autre repas , dans une autre circonftance , des dames chantent aufîî des trioleti
que tout le monde répète en choeur. L'auteur en rapporte deux. Le deuxième chante
par la dame de Fayel , mérite feul d'être connu , parecqu'il eft exactement coupe comme
les triolets de nos jours.
J'aim bien loïaument ;
Et s'ay bel amy
Pour qui di fouvent ,
J'aim bien loïaument.
Eft miens ligemenc;
Je le fai de fy. ( certainement )
J'aim bien loïaument,
Et s'ay bel amy.
Tome II, D d
25"4 ESSAI
tant de mérite, &c lui permet de fe rendre chez elle à certain jour où.
fon mari devait être abfent. Là ils prennent des précautions pour fe voir
en sûreté & cacher leurs amours. La Dame met dans fa confidence Ifabelle
fa femme-de-chambre, qui était fa coufine-germaine : c'eft à celle-ci que
le Châtelain doit faire palier fes lettres , & il fe fert pour fon meflager
d'un commilïionnaire gagné par argent, auquel il fait accroire qu'il aime
la chambrière.
Près de la garderobe de la Dame, eft un bofquet, dont la porte donne
dans le bois voifin. On promet de la tenir ouverte la nuit , & l'on y donne
un rendez-vous au Châtelain. Cependant , d'après quelques réflexions de
la confine , la Dame fe propofe de l'éprouver encore. tlle fe rend la
nuit à la porte du bofquet , mais elle ne l'ouvre pas. Elle entend le Châ-
telain faire fes complaintes ; il baife cette porte qu'elle a touché de fes
belles mains , & enfin , quand le jour paraîr , il fe retire défefpérc [a). 11
tombe malade fi dangereufement qu'on craint pour fes jours.
A cette nouvelle, la Dame fe repent de l'épreuve qu'elle lui a fait
fubir. Heureufement elle eft invirée à une noce qui doit fe célébrer à
Chauvigny, elle y entend dire à la Dame de Changis, parente du Châ-
telain, qu'elle veut aller le voir} elle lui dit fur le champ : « Puifque
si vous allez chez le malade , mon char a été verfé en route , ma femme-
r> de-chambre en a été bleflee; lauTez-moi la vôtre pour me fervir , je
»> vous en fuplie. Malgré cela, la mienne eft en état de vous acompagner ».
Telle eft la rufe qu'elle emploie pour faire dire par fa femme-de-chambre
un mot de fa part à fon amant.
Le troc a lieu, Se Ifibelle trouve le moyen de remettre au Châtelain
des tablettes qui lui rendent la joie & la fanté. 11 obtient un rendez-vous
nouveau, où il eft plus heureux que la première fois. Il jouit pendant
quelque tems fans trouble de fon bonheur , mais enfin on le trahit.
A une fête où il fe trouve avec fa Dame , il laiflè échaper un regard &
un foupir qui font apperçus par une Dame (b) jeune , aimable , mais qui
(a) Voy. la chanfon , Quand II été' & la douce féfon.
(b) L'auteur ne nomme point cette dame , & de Bclloy remarque judicieufement que
c'eft pareeque peut-être elle vivait encore en in8, aruiée où le inanufcrit peut avoii
été mis au joui.
SUR LA MUSIQUE. 2j;
aimait le Châtelain , & qui , foupçonnant aufli-tôt la vérité , le fait épier ,
& découvre qu'il fe rend la nuit au château de Fayel , quand l'époux eft
abfent.
Aufli-tôt qu'elle en eft sûre, elle avertit l'époux, qui, pour s'en con-
vaincre, feint de s'abfenter 8c va fe cacher dans le bois. Bientôt il voie
entrer le Châtelain qu'on avait averti de fon abfence. Certain alors de fon
déshoneur , il fe propofe de furprendre les deux amans enfemble. A la
faveur de l'obfcurité , il entre par la petite porte en même tems que lui,
6c appelle aufli-tôt fes valets. Cette Dame indifpofée, était reliée au lit,
la fuivante feule avait été ouvrir. Le Châtelain a la préfence d'efptit de
dire qu'il ne vient que pour Ifabelle , qui , par attachement pour fa maî-
trefle , en convient. L'abfence de la Dame favorifait ce menfonge. Fayel
veut charter Ifabelle ; Gobert , fon écuyer & fon parent , obtient de lui
que, pour éviter l'éclat (a), elle reftera encore huit jours au château (b).
Hors d'état de fervir déformais fa coufme dans fes amours , la pauvre
Ifabelle, avant que de partir, lui confeille de s'attacher Gobert, & lui
répond de fa fidélité. Le confeil eft fuivi. L'Ecuyer promet de fervir fa
maîtrefle j m?.is comme la jaloufie de Fayel ne lui permet plus de s'éloigner
de chez lui , Gobert prend le parti de quitter fon fervice , fous prétexte
qu'il a befoin, pour acquérir quelque gloire de fuivre les tournois. Fayel
y confent : il lui permet même de pafler au fervice du Châtelain , qui
était fort renommé dans ce genre de combats.
Ce dernier avait appris par Gobert quelle était la caufe fecrete de tout cet
éclat, Se il fe propofait de fe venger de la Dame qui l'avait trahi. 11 fe rend
chez elle , la cajole , Se lui demande ce qu'elle ne demandait pas mieux que
d'acorder. Le rendez-vous eft fixé dans un bois ; mais au moment qu'elle
fe prépare à lui donner la dernière preuve d'amour, Ifabelle 3c Gobert,
avertis par le Châtelain , & qui s'étaient cachés , le montrent tout-à-coup ,
& la malheureufe le retire couverte de confulîon , après avoir elfuyé une li
terrible leçon.
(a) Il reprêlente à fon Maître que le Châtelain eft trop bien aparente pour que la
famille ne foit pus à redouter. Il était donc de la maifon de Coucy, Si s'il en était, il ne
pouvait être que Raoul, neveu de Raoul I, puifqu'ils étaient les deui feuls C
qui exiftaHènt alors.
(£) Foy, la Chaulbn Au rcnouvcl.
DJ I
2-6 ESSAI
Gobert procure une entrevue aux deux amans pendant l'abfence du mari.
11 vient au château, avec un écuyer qu'il dit bielle , & qui avait un linge
autour de fa tête : cet écuyer n'était autre que le Châtelain , qui paile toute
la nuit auprès de fa belle. Quelque tems après, Fayel allant, avec fa
femme, à Saint Maure des-Folfés , Renaud a encore le même plaifir dans
leur route, chez un Meunier qu'il a gagné. Une autrefois il pénètre dans
Je château, déguifé en Mercier.
A cette dernière entrevue, il apprend que Fayel a déclaré qu'il voulait
fe croifer. Gobert , qu'il confulte , lui confeille de prendre aûili la Croix ,
pour pouvoir fuivre fa maîtreife (a). Il paiTe donc en Angleterre, fous
prétexte d'alhfter à un tournoi qu'a annoncé le Roi Richard; mais il favait
devoir y trouver un Cardinal qui venait d'y palfer, pour prêcher la croifade ;
il y prend la Croix avec Richard 6c un grand nombre d'autres Seigneurs.
Le Cardinal repaffe en France , la Dame de Fayel veut fe croifer ; mais fon
mari s'y oppofe , & il déclare que fa fanté ne lui permettant pas de faire
un voyage auilï long, il reftera en Europe.
Défefpoir des deux amants. Renaud eût bien voulu ne pas partir; mais
c'était fe déshonorer & fe trahir. Il ne lui reftait qu'un feul efpoir, celui
de revenir bientôt auprès de fa Dame , déguifé en aveugle : il trouve le
moyen d'entrer chez elle pour lui faire fes adieux. Elle lui donne pour
gage de fon amour des trejfes de fes cheveux (h) , qu'elle coupe & qu'elle
envelope dans un morceau de cendal ( taffetas ) (c).
Le Châtelain défefpéré, s'embarque à Marfeille, avec Gobert, fur la
flotte de Richard : ils arrivent devant Acre , qu'ils trouvent au pouvoir des
Chrétiens. Richard qui veut acquérir quelque gloire , va attaquer les Sar-
rafins. 11 remporte une viéloire , à laquelle contribue le Châtelain , &
dont le fruit eft la conquête d'Afcalon 8c de Céfarée. Mais un jour qu'il
était dans un château , il fe trouve tout-à-coup attaqué par les Sarrafins.
Le brave Renaud fait une fortie à la tête de quelques troupes ; il les
repoulTe , mais il eft bleffé d'une flèche empoifonnée, 8c les médecins lui
annoncent qu'il en mourra. Il veut palfer en France pour voir encore fa
p — ■
(a) Voy. la chanfon , Au nouvel tems que mai & violette.
(b) De Belloy y ajoute un anneau, mais il n'en eft pas queftion dans le inanufcri^
(f ) Voy, la «hanfon 3 A vous am.mt plus qu'à tout autre.
TomeJX f Fane a £~? .
Fai/el donnant la Lettre du (nate/am a sa Femme .
î^Fisde du Châtelain a /a Dame, de Fai/et '.
Cea dei/a- Su/ei<i jo/itz/rawS donne.* doua- Des<rmt fia. jorvù —
danô le manuscrit <zeô an/ours du Châtelain de. Coucy .
On y voit leô Gwtumea du douzième Siècle*.
.Vis-,/.
\enu i '<-/■/"
SUR LA MUSIQUE. 257
mie , dans l'efpoir que fa préfence le guérira. Un vaiffeau allait mettre à
la voile , fur lequel étaient deux Cardinaux Se d'autres paflagers ; il y
monte. Mais dans le palfage fon mal empire, Se il fe voit fans efpérance.
Alors i) baife amoureufement les trèfles chéries, fait venir un Clerc,
auquel il dide une lettre pour elle : il ordonne au fidèle Gobert, dès
qu'il fera mort, de le faire ouvrir , de prendre Se d'embaumer fon cœur ,
Se de le porter avec les trefTes Se fa lettre à la Dame qu'il aime. Il fe
confelfe enfuite à un des Cardinaux , qui le communie , en l'exhortant à
efpérer pour fon falut , puifqu'il meurt au fervice de Dieu. Un initant
après , il meurt en recommandant à Gobert de faluer fa Dame. Le fidèle
écuyer accomplit les ordres du Châtelain. De retour en France , il veut
fe rendre au château de Fayel. Malheureufement il rencontre l'époux ,
qui, furieux contre lui., pareequ'on l'avait inftruit que Gobert avait fervi
les amours du Châtelain , Se foupçonnant qu'il vient encore pour le
même motif, veut le tuer. Gobert demande grâce Se avoue la vérité.
Le jaloux prend la bocte qui renferme les trefTes , la lettre 8c le cœur.
11 appelé fon cuifinier (a), lui ordonne d'apprêter ce cœur j Se le fait fervir
à fa femme , qui vante beaucoup ce ragoût , Se convient que jamais :
« ne mangea plus favoureus mes ». Fayel lui apprend que c'eit le cœur
de fon amant; & pour l'en convaincre, lui lit la lettre & lui montre les
trefTes. La malheureufe fai fie d'horreur , fe contente de répondre, qu'après
avoir pris une telle nourriture, ce fera la dernière de fa vie {b) ; or»
l'emporte fans connaifiànce; mais elle ne reprend (es fens que pour regretter
fon fidèle amant , Se meurt bientôt après.
Fayel craignant que les parens de fa femme ne vengeafTent (à mort, la
fait inhumer avec beaucoup d'honeur , 8e part pour la Terre-Sainte, afin
de fe fouftraire à leur colère. Le fouveuir de fa barbarie le pourfuic par-
(a) « Son mtflre queux mift à raifou ,
» Er li comandc eitroitcmcnt , &:c »•
On nomme encore aujourd'hui maitns-queux , les cuiliniers du Roi , qui font en charge,
(^) » Je vous affi certainement
» Qu'an nul jour mes mengeray :
» D'autre morcel ne mettenv
» Delcure li gentil viaiider.
2j& ESSAI
tout : iorfqu'il fut revenu chez lui , on ne le vit jamais rire , & il furvécut
fort peu à fa femme ; ainCi dit l'Auteur :
..... Vous finirai l'hiftoire
« Et li cornes des vrais amans. . . « •
» Ec tel doivent être fi fait
» Tout cil qui (ont amant parfait ».
Il ajoute qu'il n'a entrepris cet ouvrage que parceque l'amour l'enflâme
auili pour une Dame aimable. Il dit qu'il va rimer fon nom , mais de
manière que perfonne ne pourra le deviner , il ajoute que , oourvu que fa
belle le fâche 8c l'en récompenfe , il fera content (a).
Chronique écrite vers 1380, & citée par Faucher.
« Au rems que le Roy Philippes régnoic & le Roi Richart d'Angleterre vivait , il y avait
» en Vermandois un autre moult gentil , gaillard , & preux Chevalier en armes , qui
n s'appelait Regnaalt de Gouci, & eftoit Chaftelain de Couci. Ce Chevalier fut moult
» amoureux d'une Dame du Pais , qui eftait femme du Seigneur de Faïel. Moult orent
» de poine & travail pour leurs amours , ce Chaftelain de Couci & la Dame de Faïel :
i> fi comme l'hiftoire le raconte , qui parle de leur vie : dont il y a Romans propre. Or
« advint que quand les voyages d'outre mer fe firent, dont il eft parlé ci-demis, que les
» Roys de France & d'Angleterre y furent, ce Chaftelain de Couci y fut, pour ce qu'il
» exercitait volontiers les armes. La Dame de Faïel, quand elle fçeut qu'il s'en devait aller,
m fift un laqs de foye moult bel & bien fait , & y avait de fes cheveux ouvrés parmi
» la foye : dont l'œuvre femblait moult belle & riche , dont il lioit un bourrelet moult riche
» par deiïus fon heaume : & avait longs pendans par derrière , à gros boutons de perles.
■> Le Chaftelain alla outre mer, à grant regret de laifTer fa Dame par deçà. Quand il
» fut outre mer, il fit moult de chevaleries : car il était vaillant Chevalier, Se avait grant
c joye que on rapportait par deçà nouvelles de lès faits , à fin que fa Dame y prill
» plaifir. Si advint qu'à un fiege , que les Chreftiens tenoyent devant Sarrafîiis oultre
» mer , ce Chaftelain fut féru d'un quarel au cofté bien : du quel coup il lui convint
» mourir. Si avait à fa mort uiout grant regret à fa Dame : & pour ce appella un fie»
» Efcuyer, & lui dit, je te prie que quand je feray mort, que tu prennes mon cœur,
» & le met en tel manière, que tu le puifle porter en France à ma Dame de Faïel, Se
» l'envelope de ces longes icy : & lui bailla le las que la Dame avait fait de fes cheveux ,
» & un petit eferinet, où il avait plufieurs anelez Se diamans, que la Dame lui avait
(a) Du Verdier fair mention d'un Roman de la Chaftellaine de Vergy , imprimé à
Paris, in-\6 , par Denis Jannot (p. 14; , anc. édit. ) : il n'a pas obfervé (I ce Roman
eft en vers ou en profe. Il eft peut-être un abrégé en profe de celui qui vient d'être analyfé.
SUR LA MUSIQUE. 2;p
» donnez : qu'il portoit tousjours avant luy, pour l'amour & la convenance d'elle. Qi:and
» le Chevalier fut mort, ainfi le fit l'Efcuycr : & priit I'eferinet, Se lui ouvrit le conj
» & prift le emir, & fala & confit bien en bonnes cfpices, & mit en i'eferinet avec
» le las de Tes cheveux, & plufieurs anelez & diamans, que la Dame lui avait donnez,
» & avecques une letres moult piteufes , que le Chaftelain avoit cfciite à la mort &
» fignée de fa main. Quand l'Efcuyer fut retourné en France, il vint vers le lieu od
v la Dame demeuroit : & fe bouta en un bois près de ce lieu : & luy me fadvint tellement,
» qu'il fut veu du Seigneur de Faiel , qui bien le cognent. Si vint le Seigneur de
» Faiel à tout deux fes privez en ce bois, & trouva cet Efcuyer : auquel il voulc courir
» fus en dcfpit de fon maître qu'il hayoit plus que nul homme du monde. L'Efcnver
v lui cria merci : & le Chevalier luy dit, ou je te occiray, ou tu me diras où cft le
i> Chaftelain. L'Efcuyer luy dit, qu'il eftoit trefpafTé : & po'ir ce qu'il ne l'en vouloir
» croire, & avoit ceft Efcuyer paour de mourir, il luy monftra i'eferinet pour l'en faire
» certain. Le Seigneur de Faiel prift I'eferinet , Se donna congé à l'Efcuyer Ce Seigneur
» vint à fon queux, & luy dit qu'il mit ce cœur en fi bonne manière,' Se l'apareillaiTe
» en telle confiture qu'on en peut bien manger. Le queux le fit : Se fit d'autre viande
» toute pareille , & mit en bonne charpente en un plat : & en fut la Dame fervie au
» difner : & le Seigneur mangeait d'une autre viande qui luy refTembloit : & ainfi mangea
» la Daine le cœur du Chaftelain fon ami. Quand elle ot mangié , le Seigneur luy
» demanda, Dame, avez-vous mangé bonne viande? & elle lui refpondit, qu'elle l'avoir
» mangée bonne : il luy dit, pour cela vous l'ay-je fait apareiller ; car c'eft une viande
» que vous avez moult amée. La Dame qui jamais ne penfàft que ce fufr , n'en dit plus
» rien. Et le Seigneur lui dit de rechef : fçavez que vous avez mangé / Se elle répondit
» que non : & il lui dit , adonc , or fâchiez que vous aves mangé le cœur du Chaftelain
» de Coucy. Quant elle ot ce, fi fut en grand penfée pour la fouvenance qu'elle eut de
s fon ami : mais encores ne peut-elle croire cette chofe , jufqucs a ce que le Seigneur
i> luy bailla I'eferinet, Se les lettres. Et quant elle vit les chofes qui cftoyent dedans
I'eferinet, elle les cogneut : fi commença lire les lettres, quant elle cogneut fon fîgne
» manuel & les cnfeigr.es. A donc commença fort à changer, & avoir couleur : & puis
» commença fortement à penfer. Quand elle ot penfé , elle dit à fon Seigneur : il eft
» vray que celle viande ay-je moult amée : & croy qu'il foit mort , dont cft doma^e
» comme du plus loyal Chevalier du monde. Vous m'avez fait manger lbn coeur Se eft
» la dernière viande que je mangeray onques : ne onques je ne mangé point de fi
» noble, ne de fi gentil. Si n'ert pas raifon que après fi gentil viande, je en doye
t> mettre autre defus ; Se vous jure par ma foy que jamais je n'en mangeray d'autre
» après cefte cy. La Dame leva le difner , Se s'en alla en fa chambre , faifant
» moult grant douleur ; & plus avoit de douleur qu'elle n'en monftroit la chère. Et en
» celle douleur , à grands regrets Se complainte de la mort de fon ami , fîna ù vie Se
» mourut. De cefte chofe fut le Seigneur de Faiel courroucé , mais il n'y peut mettre
„ remède, ne homme ne femme du monde. Cette chofe fut fçeue par tout le Pats, Sz
» en ot grant guerre le Seigneur de Faiel , aux amis de fa femme ; tant qu'il convint
» que la choie fut rapaifée du Roy Se des B.uous du pais »,
v
z6o ESSAI
CHANSONS DU CHATELAIN DE C O U CY.
Chanson Ire. (a)
Pour verdure ne pour prée ,
Ne pour feuille , ne pour flour ,
Nulle chançon ne m'agrée,
S'il ne vient de fine amour.
Mes li faignant priéour
Dont ja Dame n'iert amée ,
Ne chantent fors en pafcour;
Lors fe plaignent fans dolour.
Dame tieng à efgarée
Qui croit fans druz menteour :
Car honte a longue durée
Qui avient par tel folour ;
Et joie a povre favour
Qui en tel lieu eft galtée.
Celle atent de lui valour,
Qui chace fa déshonour,
Fauffé drue abandonnée
Veut les nos & puis les lor :
Ne jà s'amours n'iert enblée ,
Que ne le fâchent pluifour.
Mes à Dame de valour,
Belle & bone & acefmée,
Qui ne croit losengéour ,
Doit-on penfer nuit & jour.
Mult m'a amours atornée
Douce paine & dous labour :
Ne jà pour riens qui foit née ,
N'oublierai cefte honour
D'amer toute la meillour
Qui par les bons foit louée.
Mes de ce fui en errour,
Conques n'aimai fans paour.
a Qu'on chante les bois , les prairies , les
» verds feuillages , les fleurs naifTantes ; ces
» chanfons ne m'agréent , fi un véritable
» amour ne les infpire. Pour qui feint d'ai-
» mer & n'aimera jamais la Dame qu'il fa--
» tigue de fes prières , le defir de chanter
» ne revient qu'avec pâques. Il fe plaint
» alors fans douleur.
» Je tiens pour folle, Dame qui croit
» ami faux & perfide. La honte qui fuit
» fa folie eft de longue durée ; le plaifir
» qu'elle prodigue eft eu pure perte & de
» pauvre faveur. Peut-elle s'attendre à être
» eftimée de qui cherche à la désho»
» norer î
»> Amie perfide Se imprudente veut avoir
» amis vrais & diferets , fans renoncer aux
» indiferets & faux amis. Si l'on penfe à
» s'en faire aimer, il faut que mille rivaux
v le fâchent. Oui , ce n'eft qu'à Dame
» eftimable , belle , bonne , de naturel
» gracieux & ennemi des flatteurs, qu'or»
» doit penfer nuit & jour.
•a Amour m'a préparé peine bien douce,'
» bien douce occupation. Jamais pour
0 créature au monde, je n'oublierai l'hon-
» neur d'aimer la meilleure de toutes celle»
» qui ont mérité l'éloge des vrais amans.
» J'ai tort fans doute de n'avoir jamais
» aimé fans craindre.
(a) Cette chanfon eft la première que fit le Châtelain félon le manuicrit du Roman.
On ne la trouve fous fou nom que dans ce raanuferit , par-tout ailleurs elle eft anonyme.
Tant
S U R L A
Tant s'eft amours afermée
En mon cuer à bon féjour,
Que j'ai plus haute penfée
Que tout li autre améour.
Mes li faus enquéréour
Font œuvre mal eurée,
Enging de mainte coulour,
Pour tourner joie en triftourt
Dame , ecle part me tour
Que m'amour ne foit doublée,
Et mon defeonfors grcignourj
Dont je mourai fans retour,
Se par vous ne fout menour.
MUSIQUE. ïtft
» Tant s'eft affermi l'amour dans mon
b cœur, tant il y a féjourné pour mon
o bien , que j'ai ofé élever ma penfée plus
f> haut que nul autre amant. Mais je crains
i> la calomnie des curieux qui manœuvrent
» & s'intriguent de toutes façons pour
■ changer ma joie en triikflc.
» Dame , mon unique recours , loin Je
» vouloir que l'activité de mon amour
» étant doublée, ce même amour & mon
t> déconfort s'accroifTent , faites qu'ils di-
u nikuem > ou j'en mourrai u,
Tome II.
Ee
2 62
ESSAI
I i.
Nouvele amor où j'ai mis mon penfêr ,
Me fet chanter de la plus débonuere
Qu'on puilt el mont ne voer ne trouver
Si m'en femont mes cuers de joie fere :
Et quant j'ai mis en li m'entencion,
Dont ne doi-ie chanter fe de li non.
jTout mi penfet font à ma douce amie,
Puifque je fai mon cuet en fa baiilie.
« Nouvel amour occupe mon ame St
» m'infpire de chanter la plus aimable
» femme qui foit au monde. Docile aux
» mouvemens de mon cœur, je m'aban-
» donne à la joie : fidèle au delîr de plaire
» à la beauté que j'aime, je ne dois chanter
» que pour elle. Audi toUï mes penfers
» font-ils à ma douce amie , la fouveraine
» de mon cœur.
Et quant mes cuers s'éft mis en iîsmer,
Je ne m'en doi mie arrière retraire :
Ainz me convient otroier & graer
Les volontez de mon cuer fans deffere»
Et fe je truis ma Dame o le douz non ,
Plaine d'orgueil fans nifiin guerredon,
Donques ai-je toute joie enhaïe :
Mes, fe Dieu pleft, ce ne m'avendra mie.
Se je trai mal , je n'en fais qui blafmer
Forz fes douz euz & fon fimple viére,
Dont li mien font traï en efgarder :
Mes n'i voient riens qui face à defplere
N'en cors, n'eu bras, n'en bouche, n'en menton,
Fors feul itant qu'ele ne me fet don
De li amer por alongier ma vie:
S'ele le fet, ce fera cortoifie
» Quand ce cœur fuit fon penchant à
» l'aimer , dois-je en éprouver un contraire?
*> Non , c'efl: à lui de me faire la loi , à
» moi de l'agréer & d'y obéir. Mais û
» ma Dame , dont le nom promet tant de
» douceur, n'a pour moi qu'ingratitude Se
» fierté , adieu toute ma joie. Loin de moi ,
v bondieu, un femblable malheur,
» Las ! fi j'étais malheureux , à qui m'en
» prendre ? A ces yeux fi doux , à cette
» phyhonomie fi naïve Se fi attrayante i
v Comment réfifter au plaifir d'admirer des
» charmes fi parfaits! quelle taille, quels
» bras ! quelle bouche ! quel menton ! tour
» plaît en elle & féduit. Faut-il qu'elle
» mérite le blâme de ne vouloir que pro-
» longer ma vie en me pardonnant moa
» amour ! Encore ce pardon elt-il une
» courtoifie.
Douce Dame, je ne vous os rouver
Ce dont amors ne me rueve pas terc :
Mes fe voz euz où l'on fe puet mirer,
Qui tant font cler, ne mi fon: de mal aire;
Vous poez bien oïr à ma chançon
Et à mes diz que je n'aim fe vous non :
» Douce Dame , amour n'exige pas que-
» le lentiment foit muet : mais je n'ofe
» le faire parler. Si vos yeux fi fins & (î
» brillans, ces yeux où chacun veut lire
» fon bonheur, daignent fe fixer fur moij
» fi votre oreille eft attentive à mes chan-
» fons , à mes plaintes, vous entendrez,
SUR LA MUSIQUE.
26*3
Et que mes cuers au vortre s'umelie
Ki de toute fa dolour vous mercie.
De la dolor vous doi-je mercier
Et des penfiers que vous me fêtes traire :
Qu'aufi com vos les me poez doner ,
Quant vous plera les me porrés retraire.
Et quant je fai en vous ma garifon ,
Se je vous aim , g'i ai afTez réfon :
Aies quant j'aurai de vous haïr envie,
Jà puis honour n'aie jour de ma vie.
» vous verrez que )e n'aime que vous , Se
» que mon cœur, efclave du vôtre, chérit
» (on efdavagc, & vous en remercie.
» Oui , je vous remercie d'un efclavage
» qui ue me laiflTe que la liberté de penfer
» à vous : liberté que vous pouvez m'in-
» terdire comme vous me l'avez permife.
» Pourrais-je ne pas aimer l'objet bien-
» faifant de mes penfées, & dans lequel
» je trouve la guérifon de mes peines. Si
» j'étais jamais tenté de le haïr, que je fois
» déshonoré pour la vie.
ENVOL
Douce Dame debonaire , prifoa
Avés doné mon fin cuer ki vos prie
Que voftre foit , fanz point de vilonie.
» Douce Dame, vous avez donné une
» agréable prifon à mon cœur. Il vous
» prie qu'il foit toujours à vous, fans ceiïèr
» d'être fidèle ».
Cette chanfon eft mutilée, & fans nom d'Auteur dans le manuferît du
Vatican, & l'envoi n'eft pas dans celui de M. de Paulmy. Elle paraît avoir
été faite dans les commencemens de l'amour du Châtelain.
I I I.
Bien cuidai vivre fans amour
Dès-ore en paix tout mon aé ;
Mais retrait m'a en la folour,
Mes cuers dont l'avoie efeapé»
Enpris ai grenour folie ,
Que li fous enfis ki crie
Pout la belle eftoile avoir,
Qu'il voit haut &: ciel feoir»
Coumcnt que je me défefpoir ,
liicn m'a amours guerredoune
Che que je l'ai à mon pooir
Servi fans dcsloiautc,
Que roi me fait de folie.
Si fe gart bien qui s'i fis
« J'efpérerais vivre fans amour & en
» paix le refte de mes jours ; mais le
» penchant de mon cœur m'cntraiae vers
» une paflion folle à laquelle je le croyais
» échape. Aulli fuis- je plus fou que l'en-
» faut qui crie pour avoir l'étoile qu'il
» voit fixée au haut de la voûte cclefte»
» Au refte, quelle raifon de me défef-
» pérer ? amour ne m'a-c-il pas bien re-
» compenfé de l'avoir Iovalement fervi de
y» tout mou pouvoir ? Grades à lui , je
» fuis roi de folie. Q.ii fera plut (à ]
»» moi , fc gardera bien de fe fier à l'tfpoir
S 2
2.6 '4
ESSAI
De fi haut mérite avoir ;
Mais n'en pu.s mon cuer movoir.
N'eft ps rmrviilles fe m'aïr,
Veis amour qui tant m'a grevé,
•Diex ! l'or le peuffe tenir
•Un feul jour à ma voJenté ;
El comperroit cier fa folie.
Si me fâche, Dieus aïe,
A morir li convenroit
Se ma Dame me vaiucoit.
Ai! frans cuers qui tant convoit,
Ne baez à ma foleté.
Bien fai qu'en vous amer n'ai droit,
S'amour ne m'i euft donné :
Mais d'esforcier fais folie,
Si con fait nés que venz guie,
Qni va là où il l'enpaint,
Si ke toute efmie & fraint.
Ha ! Dame , où nus biens ne fe faint ,
Merchi pour franchife Se pour gré.
Puifqu'en vous font tôt mal eftaint ,
Et tout bien vif & alumé ,
Connoifïïez dont la folie
Me vient qui me toit la vie :
Qu'à rien n'ofe faire damor ,
S'a vos non de ma dolor.
Carichon , ma plaifans hachis
Me falue , & fi li prie
Que pour Dieu & pour s'onnour,
N'ait jà fus de traitour,
Que bien fevent li plufour,
Que Judas fift fon Seigneur,
» d'obtenir faveur d'aufTï grand mérite que
» celle à laquelle mon cœur ne peut re-
» noncer.
» Ce n'eft pas merveille , fi je me cour-
» rouce contre amour qui m'a tant grevé .
» Dieu ! que ne puis-je le tenir un jour
» en ma puiffance ! Il payerait cher fa
» folle tyrannie. J'en jure Dieu que je
» prie de m'aider : il mourrait, fi ma Dame
» ne le défendait & n'était pas vi&orieufe»
>i Ah ! cœur plein de franchife , objet
«de tous mes defirs , foyez infenfible à
» l'excès outrageant de ma folie. J'aime ;
» & je fais bien que le droit d'aimer eft un
» bienfait de l'amour. Mais l'effort impé-
» tueux d'une palTion violente fait dû'irer
» la raifon. G'eft le vent en furie qui tour-
» mente en mer un vaiffeau & le pouffe
» contre l'écueil où il doit fe brifer.
» Dame , en qui nulle vertu n'eft trom-
» peufe , hélas ! pour franchife & pour
'» fatisfaétion , je vous demande merci. Puit
» qu'en vous fe trouve la guérifon de tous
» maux , avec le principe fécond de tous
j» biens , daignez connaître d'où me vient
» cette folie qui me fait mourir, A vous
» feule , j'ofe me plaindre de ma douleur»
» Chanfon, falue pour moi celle qui caufê
» mon agréable tourment, & la prie que ,
» pour Dieu & pour fon honeur , elle n'ait
» jamais, l'ufage de l'art de trahir, quefavent
» fi bien tant d'autres: art odieux qui rendit
» Judas coupable envers fon divin maître &
» Gauelon envers l'empereur Charlemagne»
Et Guenes l'emperaour.
Cette chanfon , anonime dans le Rec. des Anec. poét. fr. manufe. avant
1 300 , eft attribuée au Châtelain dans les anc. Poéf, fr. manuf. du Vatican»
n° 1490.
SUR LA MUSIQUE,
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chant et de * port J/err/11
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ESSAI
I V.
Coument ke longue demeure
Aie fait de canter,
Or eft bien raifons & eure
Q_- je me doive atourner :
K'amours m'a fait oublier
L'anui qi lontans m'arnort,
Et doune nouvel confort.
Dame, pour qui chant & déport,
Merchi.
« Bien que je fois demeuré long-remS
n fans defir de chanter , il eft heure & raifon
»» de préparer nouvelles cnanfons. Amour
» m'a fait oublier mes longs & mortels
«ennuis; il me réconforte. Dame, pour
» qui je chante & m'égaye, je vous
t> crie merci.
Chertés , Dame , moût s'onneur
Qi courtois eft contre tort:
J.î, de crueul, au defeur,
N'orrés dire bon recort.
Et fe l'amours que jou port,
Me fait plus que moi amer ;
Vous , dame , doit-il membrer
Qu'en jentil cueur doit-on trover
Merchi.
» Courtoifie à l'épreuve des torts eft
n louable & fait honneur : mais de cruauté
» jamais on ne vous fera l'éloge. Dame ,
» fi l'amour que je vous porte , me fait
» vous aimer plus que moi-même , qu'il
» vous fafle fouvenir qu'en gentil cœur
» on doit trouver merci.
De périlleufe avanture
M'avez amours atourné,
Quant por vous n'a de moi cure
Chele à qi m'avés donné.
Mors me fui por votre gré :
Grant honte i aurés por voir ,
Se vos nel faites doloir
Tant qe defgnât de moi avoir
Merchi.
Grant pechiés eft- &• grans paine
D'amours fervir faintement,
Si con la fauffe gent vaine
Qi font femblant fans talent.
Et Dieus porqoi le confent^
K'jI fe veut fi bel mentir ,
Et jou qi fui au morir ,
Ne fai c'un mot, tant le defir,
Merchi.
fi Vous m'avez mis , amour, en périlleufe
» aventure. Celle à qui vous m'avez donné,
» de moi ne fe foucie. Je mourrai donc
» pour vous plaire : mais en vérité, ce fera
» grande honte à vous, fi vous ne lui faites
n partager ma douleur , tant qu'elle daigne
» avoir de moi merci.
» C'eft pécher grièvement & s'expofer
» à grieve peine, que de fervir l'amour,
» en feignant comme ces hommes faux
» & vains qui, fans aimer, font femblant
» d'être amoureux. Comment Dieu con-
» fent-il que le menfonge foit plus élo-
» quent que la vérité. Pour moi, qui meurs
» d'amour, je ne fais dire qu'une chofe ,
t tant je la defire vraiment : dame , merci'.
SUR LA MUSIQUE.
2(5 7
Mule fait l'amours que vilaine
Qi commenche por faillir :
Car plus de more eft grevaine
Puis qu'il li convient guerpir.
Mieus ne puet èle traïr
Chelui qi à li fc prent ,
Faire Roi Se puis noient.
Dame , por chou qu'à vous me rem ,"
Merclii.
» Amour, qui commence pour finir, eft
» une infamie : la mort eft moins doulou«
ï> reufe que la néceflité d'en voir la fin,
» Qui s'y. laifTe prendre, peut-il erre mieus
» trahi ! Il eft roi , puis rien. Dame ,
» puifqu'à vous je me rends , merci ».
Cette chanfon eft anonime dans le manuferit de M. de Paulmy Se dans
celui de Clerambaut. Les deux derniers couplets n'y font pas j & à leur
place , il y en a un qui ne dit pas grand chofe.
Elle eft toute entière dans le majiuicrjt du Roi & dans celui du Vatican,
26$
ESSAI
v.
Moult ai été longuement efbahis,
Que je n'ofai chaînon à fère enprendre •
Car de ma joie eftoie départiz.
Or me refait amors en li entendre,
Qu'une biauté m'eft venue devant ,
Qui me femont & prie que je chant
Et je fuis fi fiens quites ligement,
Que tout me puet & engagier & vendre
Par tantes fois ai efté aiïailliz ,
Que je n'ai mais pooir de me deftendre:
Ne je ne fui (i forz ne fi hardiz,
Que vers amors ofaiïe point contendre.
Puifquc de moi vuet faire fon talent,
Soffrir m'efhiet (ï débonairement
Que fe jaines contre li me deffent,
Face en bon droit que bien le me puet rendre.
S'onques granz biens dut eftre deiïerviz
Por mal avoir , bien doi merci attendre:
Car j'en fui fi meuz & afFoibliz
Qu'amorz en puet li plus faiges aprendre.
Si vos en trai la plus bêle à garant
De cui james nus vos life ne chant
Mais ne fai pas encor certainement
Quel guierredon ele me voudra rendre.
James mes eulx ne fuiïent aiïbviz
De recarder fa douce face tendre,
Ses blanches mains, fes doiz Ions & traitie,
Qui font amor enflamer & .efprendre ;
Ne fi beaux braz , ne fi gent cors vaillant ,
Ne fon col blanc , fon chief blonc Se luifant.
Toute biauté qui for autre refplant
Eft mife en li qu'il n'j a que reprendre.
» Je fuis refté fi long-tems étourdi ds
» mon malheur, que je n'ai pas eu le cooi-
» rage d'effayer une chanfon. J'avais re-
» nonce à la joie : mais l'amour m'y rap-
a pelé. Une beauté vient m'ordonner, me
» prier même de chanter. Qu'elle difpofc
» de moi comme de fon homme-lige ,*
» comme de fon efclave, fi elle veut m'en-,
» gager ou me vendre.
» J'ai foutenu tant d'afTauts , qu'il ne
t> m'eft plus polTîble de me défendre. D'ail-
» leurs je ne fuis ni aiïez fort ni afièz hardi
» pour ofer rélifter à l'amour. Puifqu'il veut
» faire de moi fa volonté , il me faut le
» fouffrir de fi bonne grâce , qu'il m'en
» fâche gré & fe venge avec moins de
» rigueur, fi jamais je me révolte,
» Si jamais on mérita grand bien pour
» avoir eu grand mal, j'obtendrai merci.
» Je fuis fi affaibli , fi défait , qu'amour
» peut me donner comme la meilleure leçon
» vivante de fon pouvoir. J'appele à témoin
» de l'excès de mes maux la plus belle
» qu'on ait jamais célébrée en vers Si par
» des chanfbns. Comment m'en recompen-
» fera-t-elle ? Je ne le fais pas bien encore,
» Non ? jamais mes yeux ne fe raflafie-
» ront de regarder fa figure douce & tendre,
» fes blanches mains, fes doigts longs &
» bien filés , dont la vue enflamme d'amour.
» On brûle en voyant fes beaux bras , fa
n taille gentille , la blancheur de fon cou
» & le blond luifant de fes cheveux. Toute
» la beauté dont brillent les femmes , eft
» réunie en elle pour la rendre parfaite.
James
SUR LA MUSIQUE.
26 $
James nus chant par moi ne fut oiz ;
Portant peult mes cuers de dolor tendre.
Mais or ferai de grant joie efbaudiz ,
Por ce qu'amors le vuet à fon oes prendre j
Qu'ele voit bien & conoift Se entent
Qu'il n'en .elt plus qui fi aint leaument.
Et s'il li prait , por Deu fi face tant ,
Qu'en ma dame face pitié defeendre.
» Jamais on ne m'entendit chanter pour
» me plaindre; mon cœur eût-il dd fendre
» de douleur. Mais je ferai déformais ravi
» de la joie la plus vive, puifqu'amour
» veut bien me prendre à fon fervice , puiC
»> que la beauté que je fers , voit , recon-
u noit & fent qu'il n'eft pas d'amant plue
» loyal que moi. Ah ! Amour puifle-je
*> lui infpirer le befoia de m'aimer comme
u je l'aime » !
Il n'eft pas difficile de voir que cette chanfon eft une des premières dil
Châtelain.
Elle ne fe trouve que dans le manuferit de Meilleurs de Paulmy , de
Sainte- Palaye Se Clairembaut.
Tome IL
Fi
%*jù
ESSAI
V I.
Li nouviau tems, & Mais, & Violete,
Et Roffignoz mi femont de chanter :
Et mes fins cuers me fait d'une amorette
Si douz préfent, que ne l'os refùfer.
Or me dont Dex eu iele honor monter ,
Que celé où j'ai mon cuer Se mon peafer ,
Tienne une fois entre mes bras nuete y
Ainz que j'aille outre mer.
Au comencier la trouvai fi doucete ,
Qu'onc ne cuidai por li maus endurer ;
Mais fes douz vis & fa frefche bouchete,
Et fi vair oeil qui font riant & cler,
M'orent ains pris que m'i puiïïe donner;
Mais s'or me veut retenir ou quirer
Melz aing à li fallir , fi me promerc,
Qu'à une autre achever.
las ! porquoi l'ai de mes eulx regardée ,
La douce riens qui fauffe amie a non ,
Quant de moi rit, & je l'ai tant plorée.
Si doucement ne hi trahis nuls hon.
Tan: com fu miens , ne me fift fe bien non ;
Mes or fui fions , fi m'ocit fans réfon ,
Et c'elt por ce que de cuer l'ai amée :
Ne fet autre achefon.
De mil foupirs que je li dois par dete
Ne me veut pas d'un tout feul acquiter ;
Ne fauffe amors ne veut que s'entremete
De moi laiHîer dormir & repofer :
S'ele m'ocit moins aura à garder.
o
Je ne m'en fai vengier fors au plorer;
Car qui amors deftruit & deshiretej
L'en ne fet où damner.
» Le Printems , le mois de M'ai , la Vïo-
»> lete & le Roflignol ; tout m'invite à chan-
» ter : & mon cœur fènfible me fait d'un
» amour fi doux préfent , que je n'ofè le
» réfuter. Dieu veuille donc , qu'avant mon
» voyage d'outremer, jeparvieneàl'honeur
» de tenirune fo's nue entre mes bras, celle
» où j'ai mis mon cœur & mes penfées !
r> D'abord je la trouvai C\ douce , que je
» n'imaginai jamais Ibuffrir aucun mal par
» elle; trais fbnvifàge attrayant, fa bouche
» fraîche, fes beaux yeux bleus, rians &
» clairs , le lont emparés de mon cœur
» avant que je puffe le donner. Qu'elle
» veuille le garder ou me le rendre, j'aime
» mieux ne pas être heureux avec elle ,
» pourvu qu'elle me fafie efpérer, que d'être
» heureux avec une autre.
» Hélas ! pourquoi l'ai-je vu , ce doux
» objet qui mérite C\ bien le nom d'ingrate,
» quand elle rit de moi , de moi qui ai
» tant pleuré pour elle ! Nul homme ne
» fut fi doucement trahi. Tant que je fus
» maître de mon cœur , elle n'eut pour moi
» que de la bonté : aujourd'hui qu'elle en
» efè fouveraine maîtreffe , elle me fait
» mourir C'eft fans doute pour l'avoir trop
» aimée , du moins n'y fai-je autre raifen»
» De mille foupirs que je lui dois , elle
i> ne me ferait pas grâce d'un feul ; elle eft
» R cruele qu'elle ne me pardonerait pas
» de repofer & de dormir un feul mflant.
» Si je meurs , ce fera un fêrviteur de
» moins pour elle. Je ne fai m'en venger
•a qu'en pleurant; car à qui demander
» juflice contre une ingrate, qui anéantit
» l'amour en le privant de fes droits i
SUR LA MUSIQUE.
Seur totes joies eft celé coronce
Qui d'amors vient. Dex ! i faudrai-je donc !
Oil par Dieu, tels eft ma deftinée,
Et ce deftin m'ont doné li félon.
Si fevent bien qu'il font grant mefprifons ;
Car qui ce toit dont ne puet faire don ,
Il en conquiert enemis & mellée,
N'i fait fe perdre non.
[a) Si coiemenr ai ma dolor celée ,
Qu'à mon fcmblant ne le reconnoift-on.
Se ne fuITent la gent mallieurée ,
N'eufte pas fopiré en pur don.
Rendu m'eut! amors mon guierredon :
Mais en ce point que dui aroir mon don,
Lors fu m'amors enfeignie & moftrée;
Jà n'aient jl pardon.
271
Le bonheur qui naît d'amour eft fîipé-
» rieur à tout autre. Dieux ! ne L'obtien-
» drai-je jamais ? Non , fans doute. Telle
» eft la deftinée où me réduifént le* mé-
» dilans; ils fâvent bien qu'ilsme fomgran.
» de injuftice : mais quiconque prive un
» autre d'un bonheur dont il ne pojrait le
» faire jouir , s'expofe à avoir des ene«
» mis & des quereles : il ne fait qu'/
» perdre,
» Je fus toujours fî bien le maître de me*
» fêntimens douloureux , qu'il me fèmblait
>> impoffible d'en pénétrer le fecret. Sans
» les médifàns , je n'eufle pas (empiré en-
» vain : l'amour m'eût récompeniè. Mais à
« l'inftant où j'allais être heureux , on
» découvrit mon amour , & on le publia.
» Puiflent les médifàns n'obtenir jamais
» pardon » !
Probablement le Châtelain ne fit cette chanfon que pour faire tomber les
bruits qui couraient fur fon bonheur; ôc pour tâcher de tromper, s'il lui
était pollible, les regards curieux qui s'efforçaient d'éclairer fa conduite.
(a) Ce couplet n'elt pas dans le nunuferit de M. le Marquis de Paulmv , mais dans
edui du Vatican, dont on trouve une copie chez M. de S:c. Palave,
'27-
ESSAI
V I I.
Par quel forfait & par quel mefprifon
M'aies , amor , fi de vos efloignié ,
Quant de vos n'ai confort ne garifon ;
$c fi ne truis qui de moi ait pitié.
A tort m'avez fi fanz merci laiffié ,
Conques de vos ne me vint fe mal non.
N'encor , amors , ne vos aire prochié
Mon feirvife : mais ore m'en plaing gié,
Et di que mort m'auez fanz achoifon.
Bien deufTiez, Dame : garder raifon
En moi grever, qu'ai fervi & proie
Tant longuement en bone enteucion.
N'onques un jor ne me fifres lié.
Maternent ai mon fervice. emploie ,
Se par merci ne veing à guierredon.
Merci, amors, trop m'avez travaillié :
Ne me lai'fiés enfi defconfoitlié
Que ma Dame ne me giet de prJfon§
Proi vos , ma Dame , par vo très grans valours ,
Que vos amés voftre loial ami.
Alegiéz moi mes maux & mes dolours ;
Car je fuis cil ki mieux vos a fervi.
De vos atent guierredon & merci ,
Ne ma joie ne puet venir d'aillouis;
Et fe g'i fait, mors fui & mar vos vi.
Dit ai que fox , ainz m'en teing à gari :
Mais trop vient lent, Dame, voftre fecours.
Ne cuidiès pas , Dame , ce foit folours
Se je vos aing & dout , & fer & pri.
Tant ai fervi , voftre en fera l'onours
Quant vous m'aurez mon feriyfe meri.
t< Par quel forfait & par quelle injuftice,
» Amour , éloignez-vous de moi toute con-
» folation & tout efpoir de guérifon ? je ne
» trouve perfonne qui ait pitié de moi. C'eft
» bien à tort que vous me laiffez fans merci.
» Jamais je n'éprouvai de vous que des
» rigueurs. Cependant je ne vous ai poinc
» encore reproché mes fervices : mais enfin
» je m'en plains , & dis que vous me
» faites mourir injustement.
» Dame , vous devriez bien être plus mo-
» dérée en me grevant ; moi qui vous ai lî
» long-temps fervie , & dont l'hommage
» eft fi pur. Jamais je n'obtins de vous le
» plus léger adoucifTement à mes maux.
» J'aurai bien malheureufement employé
» mes fervices , fi pour récompenfe je n'ob-
» tiens votre merci. Merci donc, amour,
» vous m'avez trop tourmenté; eufeignez-
» moi du moins le fecret d'empêcher que
» ma Dame ne me rende ma liberté.
» Dame , aimez votre loyal ami; je vous
>» en conjure par tout ce qui vous rendaw
» niable. AdoucifTez mes maux & mes dou-
» leurs. Qui vous a mieux fervi que moi î
«J'attends de vous merci & récompenfe ;
» de vous l'unique principe de mon bon-
» heur. Si vous me les refufez, je fuis mort j.
» & ce fera malheureufement que je vous
» aurai vue. Mais , que dis-je? non , fe ne
m mourrai point ; cependant vous tardez
» trop , Dame , à me fecourir.
» Non , ce n'eft point une folie de
» vous aimer & refpecter , de vous fervir
» & prier.Je vous ai fervie fi conftamment ;
» m'en récompenfer ferait une jufticc qui
SUR LA M V S î Q U E.
De vos proier me dont, & f -i î ^ hardi :
Qu'en ainors a hardemenz & paours.
Ne out ne coil mon cuer, ne tout nel di ;
Et (è je riens par paour i obli ,
Vainque pitiez, douce Dame, &c amours.
Se fins amis dcftroiz & angoiflous"
Doit joie avoir por fervir leaument ,
Donc doi-je bien par droit eftre joïoux ;
Car je fuis cil qui plus a de tonnent.
Si vos ai in tant, Dame, finement,
Que je ne puis pour autre eftre amouroux
Et mes chançons fais por vos fouleraient ,
N'onques nul for ne chantai fiuiêmcnt.
Si me lait Dcx , Dame, joir de vous.
2-3
» vous ferai: honneur. Je crains & j'ofe
» tout à la fois vous prier ; cane il cft vrai
» qu'en amour on efl en même temps ti-
» rnide & hardi. Pilon cœur ne vous cache
» pas tout , mais il ue vous dit pas tout :
» & fi par timidité j'oublie certaines chofes,
» douce Dame , qu'amour & pitié vous les
» fanent deviner,
» Après de longues foufFranccs , fi un
» amant pour avoir été loyal & iidele , doit
» enfin être heureux : j'ai bien droit de
» l'être. Qui plus que moi a fouffert
» pour vous que j'aime fi coiiftammcnt ,
» qu'il m'eft impoilïble d'être j^m.'.is air.ou-
» reux d'une autre. C'cft pour vous feule
» que je chante ; & mes chantons furent
» toujours I'exprcdion vraie de mes fenti-
» mens. A Dieu plaifc , douce Dame.
» qu'enfin je fois heureux ».
Cette chanfon , attribuée au Châtelain de Coucy , dans le rnânufctit
de M. de Paulmy & de Clérembaut, pourrait bien n'être pas du Châtelain,
mais de Rogier d'Anidys. Elle eu: tronquée dans le mariuferit de M. de
Paulin}'.
274
ESSAI
VIII.
Lorfque rofe ne faille
Ne flour ne voi paroir;
Que n'oi chanter par bruille
Oifel ne main ne foir ;
Adonc florirt mon cuer , à fon voloir,
En bonne amour qui m'a en f_>n povoir
Si qu'ainz n'en poi i/Tir.
Et s'il efl riens qui m'en puiiïè partir:
jamès nel quier favoir, ne Dex ncl vuille.
« Je ne vois paroître feuilles ni fleurs:
» la rofe tarde à éclore. Je n'entends matin
» ni foir les oifeaux amoureux chanter dans
» les bocages Cependant, femblable à la
» fleur qui s'épanouit aux rayons du foleil,
» mon coeur s'ouvre volontiers à ceux de
» la beauté que j'aime. J'en fuis & ferai
» à jamais l'efclave. S'il eft un moyen de
» m'affranchir, puifTai je l'ignorer toujours ï
» Dieu veuille le rendre impoffible !
C'efr bien droiz que m'enduille ,
Quant ma dolor delîr :
Car j'aim plus que je ne fuille
Ce dont ne puis joir.
Et connois bien que n'i puis avenir:
S'amors ne veint raifon , je doi faillir;
Ce fai je bien de voir.
Por Deu , amors , fai tes- en non chaloir
Mètre raifon tant qu'ele me rectulle.
Dame , nul mal que j'aie
Ne tieng fors à legier ;
Car fans vos ne porroie
Vivre un foui jor entier.
Sans voftre amor , ne m'a vie meflier ;
Ne je ne vuil tôt le fiegle en muer,
Ou 2ler à mort vivant.
La! Dame- Dex, ne mi lai: vivre tant
Qu'au fiegle ennui où ma mie vefroie.
Par mainte fois mVffroie
S'amors & fait pendant;
Et adés me ravoie
Et donne cuer joiant.
Enfi me fait vivre mefléemenc
D'ire & de joie j mais ne fai s'a talenc
» Le defir de ma Dame, eft pour moi
» une loi de fouffrir. Auflî l'aimai-je plus
m que jamais , fans efpoir d'être heureux,
» Je connais même l'impolTibilité de par-
» venir au bonheur. Si l'amour ne triomphe
» de la raifon , je le fais; toujours je ferai
» malheureux. Pour Dieu, Amour, fais que
» la raifon foit moins écoutée, & que je
» fois mieux accueilli,
» Dame , je trouve légers tous les mauï
» que j'endure pour vous: fans vous , je ne
» pourrais vivre un feul jour entier. Si je
» n'aimais, que me fervirait la vie ! Je vivrais
» un (îecle que je ne veux point changer;
» dut ma vie être une mort continuelle !
» Hélas ! grand Dieu ! me laifTerais-tu vivre
*> de façon <]u'un fiecle de vie ferait un
» fiecle de tourment, même en voyant ma
» mie !
» Mainte fois amour m'effraie & me rend
»penfif:puis il me raffùre & me rend
» joyeux. Ainfi ma vie efl: un mélange de
» joie & de triftefTe. Je ne fais fic'eft envie
» de m'éprouver : mais non ; je foupçonne
» plutôt le ddTein de m'afflige: & d'eflaye*
SUR LA MUSIQUE.
Que me veuille cfprover.
Nenil : efpoir ains cft por moi irer ,
Por effaier fe por mal re:roic.
Mainte lon<nie femaine
a
Tïui, quant fui loing de li :
Le penlant à grant poine ,
Sovent les en maudi
Quêtant durent. Las ! & je defir fi
Revoir ccli dont jamès pas n'obli
Les moz ne les femblanz :
Ainz mi confort quant en fuis rcmenbrant.
Si me délit, quant efl de moi lôintamne.
277
» fi ma confiance à fouffrir peut- être
« ! allée.
» Que les feinaincs me femblent longues,
» quand je fuis loin de ma Dame : Plein
» d'une idée fi trifte, fouventjeles maudis,
» ces femaines dont la longueur contrarie le
» defir que j'ai de revoir celle dont je ne puis
» oublier l'cfprit & les charmes ! Quand je
» me les rappelé, ce fouvenir me ranime:
» c'eft ainfi que je charme l'ennui de fon
» abfence >>,
zi6
ESSAI
. I X.
Je chantafle volenticrs liemenr,
Se j'en trouvafTe en mon cuer l'achefon :
Mes je ne puis dite, fe je ne nien: ,
Qu'aie d'amors mile riens fe mal non.
Pour ce ne puis fere lie chançon,'
Qu'amors le me defenfaigne ,
Qui veut que j'aime 6c ne vue: que je tiengne.
Enfi me tien: amors en defefpoir ,
Que ne m'ocit ne me lec joie avoir.
Je ne doi pas amors grant mal voloir,
S'a la plus bcle du monde mon cuer rente :
Conques biauté ne fift fi fon povoir
D'eftre avec li (i efmeréemeiu ,
Comme ele fet de Ton très biau cors gent ,
Que riens qu'à grant biauté tiengne.
Ne truis qu'en li n'en fa façon sofrraigne ,
Fors qu'un pe:it li medîet , ce m'eft vis,
Ce que trop tient fes euz de moi efchis.
Quant je refgart fon debonaire vis ,
Et je la pris fanz biau relpons avoir ,
N'eft merveille s'en refgart m'efbahis ,
Quant je conois ma mort & fai de voir,
Puifque merci ne m'i daigne valoir ,
Ne fai où nul confort praingne;
Car fes orguelz m'ocit & li mehaigne.
Ha! douce riens cruelz, tant mar vos vi ,
Quant pour ma mort nafquhes fans merci.
Que ferai , Dex ! partirai moi de li ,
Aiaz que s'amors me parait tout ocis ?
Nenil voir : las ! il ne puet élire enfi ,
Qu'amors me tient, & m'a volentiers pris ,
Qui a mon cuer en li pour mourir mis,
fl Je chanterais volontiers avec joie,
» fi je trouvais en mon cœur raifon de
» chanter. Mais puis-je, fans mentir, dire
» qu'en aimant j'aie éprouvé autre chofe
» que peines & chagrins ? Comment donc
» faire chaufons joyeufes ? Amour me les
» fait oublier; lui qui veut que j'aime &
» ne veut pas que je fois aimé. Il prolonge
» ainfi mon defefpoir, m'interdifant la mort,
» comme il m'interdit la joie de ma vie.
» J'avoue , Amour, qu'on ne doit pas
« vouloir mourir , pour s'être re«du à la
» plus Belle du monde. Jamais Beauté ne
» put fi bien qu'elle , par les grâces vives
» & enjouées de toute fa perfonne, égayer
» l'ennui de la captivité. Je ne trouve en
» elle rien que de beau, de parfait. Une
>> feule chofe; à mon avis, lui me/lied un
» peu; c'eft trop de crainte que je ne life.
» dans fes yeux.
»> Quand je regarde fa figure ingénue ;
» & que je prie fans avoir bonne réponfe ;
)> ce n'eft pas merveille fi je me trouble.
»*Je vois alors & je fens que je n'ai plus
» qu'à mourir , puifque merci ne daigne
u venir à mon fecours. Quel peut être
» mon reconfort ? la fierté de ma Dame ,
» pénible à elle-même, me fera mortelle.
» Doux & cruel objet ! ah ! que malheu-
» reufement je vous connus, vous qui pour
» caufer ma mort , naquîtes fans merci :
» Dieu , quel parti prendre ? Romprai-
» je les liens qui m'attachent à elle, avant
» que d'avoir fenti fe rompre tous ceux qui
» m'attachoient à la vie ? hélas ! non , c'eft
» chofe impofllble. Amour me retient en
efclavage ,
SUR LA MUSIQUE.
Ne famés tant me melpraigne ,
Que fanz merci ou fanz mort en revicngne
Qu'afTcz vucil melz morir en doux delîr ,
Que vivre iriez, & ma vie haïr.
Dès que mes cuers ne s'en veut revenir
De vous, Dame, pour cui il vm'a guerpi,
Aumofnc aurez s'el daigniez retenir ;
Car s'il revient i moi , a il failli.
Pour voflre honour & pour Dcu vous en pti ,
Que de li pitié vos praigue :
Qu'il n'afrieit pas à vous que nus s'en plaingne,
Qu'el mont n'a voir fi cruel traifon ,
Com biau fcnblaru à corage félon.
. 277
» efclavagc , & l'cfclavage où i! m'a mis >
» eft volontaire ; j'y dois mourir. Loin de
» moi à jamais l'idée d'en fonir fans avoir
» obtenu merci ou la mort. J'aime bien
» mieux mourir dans une douce efpérance ,
» que de vivre avec le repentir d'une faute
» qui me ferait liait la vie.
» Puifquc mon cœur ne veut point fe
» féparcr de vous, Dame pour qui il s'eft
» féparc de moi , ce fera charité , fi dai-
1» gnant le retenir , vous le gardez de faillir
» en revenant à moi. Pour Dieu , pour
«votre honneur, prenez pitié de lui , je
» vous en prie. Non , ce ne fera jamais
» de vous qu'on fe plaindra, en difânt
» que rien au monde n'eft Ci cruellement
» traître que beau femblant avec cœur félon.
ENVOI.
Dame, cornent qu'il m'en preingne,
Merci amors de ce qu'cle me daigne
Tenir à fuen : ne jà de fa prifon
Ne quiers ifGr , fe mors ou amés non.
» Dame, quelque foie mon fort, je re-
» mercie amour de ce qu'il daigne m'agréer
» pour fon captif. Je ne fortirai jamais de
» fa prilon que mort ou aimé ».
Cette chanfon efi: auffi attribuée dans le maintient du Roi à Hugues
de la Fertp \ mais :011s les autres la donnent au Châtelain.
Tome II.
G
27S
ESSAI
X.
Bêle Dame me prie de chanter;
Si eft bien droiz que je face chançon.
Je ne m'en fai ne ne puis deftorner :
Car n'ai povoir de moi , fe par li non.
Elle a mon cuer que jà n'en qier ofter;
Et fai de voir q'il ni trait fe mal non.
Or le doint Diex à droit port arriver j
Car il s'eft mis en mer fans aviron.
Preuz & Cage, je ne vous os conter
La grant dolor que j'ai , s'en chantant non.
Et fâchiez bien , plus n'en orrez parler ;
Car je n'en voi nule droite réfon.
J'aim mels enfi fouffrir & endurer
Ces très douz mai , fans avoir guérifon ,
Que d'un autre quanqu'on puet demander ;
Ce fâchiez bien , débonnere au douz non.
De celte amor qui tant me fet péner
Ne voi je pas com je puiiïe partir :
Car je n'i voi réfon de l'efchiver ,
Ne n'eft pas droiz que j'en doie joïr.
Mes fol delîr fet fouvent cuer penfer
En fi haut lieu q'il n'i puet avenir :
Et fine amors fi ne doit pas grever
Ceux qui painent tosjors de li fervir.
S'onques amis ot joie pour amer ,
Je fai de voir que n'i doi pas faillir :
Car riens, fors moi, ne porroit endurer
Les granz travaus que j'ai por li fervir.
A fon pléfir me fet plaindre _& plorer,
Et foufpirer , & veillier fans dormir.
Mes itant fut à moi réconforter,
Que nuit & jor en plorant la rcmir.
« Belle dame me prie de chanter , il eft
» bien jufte que je lui obéifle. Je ne puis
» ni ne fais m'en défendre : car je n'ai de
» volonté que la Genne. Elle a mon cœur
» que je ne cherche point à lui ôter. Je fais
» néanmoins qu'il n'éprouve que douleur.
» PuilTe Dieu le faire arriver à bon port,
» car il s'eft mis en pleine mer fans aviron.
» Difcret & fage , je n'ofe vous dire
» qu'en chanfons la douleur que j'endure.
» C'eft même pour la dernière fois que
» vous entendez ma plainte. Il me femble
» peu raifonnable de la renouveller. Le
» doux mal que je fouftre , j'aime mieux
» l'endurer fans efpoir de guérifon , que
» d'obtenir d'une autre tout ce qu'on peut
» demander: foyez-en sûre, vous quifavea
» adoucir la rigueur même d'un non.
t> Je ne vois pas comment je pourrais me
» {épater de cet amour , quoiqu'il me tour-
» mente. Je ne vois même aucune raifon de
» le vouloir. Ce n'eft pas que je me flate d'en
» mériter la récompenfe; mais le defir égare
» quelquefois un cœur, en le dirigeant vers
» un objet qu'il ne peut atteindre. D'ailleurs.
» l'amour ccfle quelquefois d'être contraire
» à ceux qui s'efforcent de le fervir avec
» confiance.
» Si jamais un amant fut récompenfe
» pour bien aimer, je doisefpérer de l'être»
» Quel autre que moi pourroit endurer
» ce que je foufte depuis que je fers l'amour.
» Comme il lui plak, je meplains, je pleure,.
» je foupire , je veille toutes les nuits : une
•» chofe au moins me confole , c'eft que
» nuit & jour en pleurant je fonge i ce
» que j'aime.
SUR LA MUSIQUE.
Je ne me fai tenir ne conforter
De vos biax cuers fervir entièrement ;
Et quant je plus vous doi merci crier,
Lors vous truis-je cruels fi durement
Que jà à moi ne ferez biau (èmblant ;
Ainz les fêtes autrui por moi grever.
Mes quant voftre oeil me vuelent regarder,
Et je remir le vofhe biau cors gcnt ,
Tant fui je hors de paine & de tonnent.
2 75
» Quelque peu confolant que foit l'amour
» auquel je me fuis voué, je ne puis m'en
» affranchir Plus j'acquiers le droit de vous
» crier merci, plus je vous trouve de cruauté-,
» Elle cft telle que pour m'affiiger , vous
» prodiguez aux autres l'accueil favorable
» que vous nie réfutez. Il eft vrai que dès
» que vos yeux daignent fe fixer un inflant
» fur moi, & que je puis admirer vos grâces,
» je ne fens plus ni peines ni tourmens »,
On ne trouve cette chanfon que dans les mar.ulciits de M. de Paulmy ,
«\: de C'cranibaut.
X I.
Tant ne me fai dementer ne complaindre
Que puiiïè avoir de ma dolor faloz :
Ne de mon cuer ne puis la flambe citaindre
Dont tante fois me claim dolent Si laz.
Celé nt'ocit vers qui ne me fai faindre ;
Ainz fui tozjors en paine & en poichaz,
Se jà porrai jufqu'à s'anior ataindre.
Tant faz pour li gréveufe pénitance
Que touzjors fui en plor Si en foufpir;
Et fi fet bien que je l'aim fanz doutance.
Tant corn li plct me puet fere languir :
Jà par autrui n'i aurai délivrance ,
Se n'efr par li que tant aim & defir ,
Que tout i met mon cuer Si ni'cfpérancc»
« J'ai beau me lamenter & me plaindre,
» je ne puis trouver de lbulagement à ma
» douleur. Je ne puis éteindre dans mon
» coeur cette fiante dont l'ardeur me fait
» pouffer des cris doulourcufenien: répéta .
» Elle me fait mourir, cette Beauté avec
» qui jamais je ne fus feindre ; toujours
» je luis dans la peine Si l'inquiétude de
» favoir fi je pourrai m'en faire aimer.
» Ma vie eft une vraie pénitence. Pour
» elle je pleure & (bupiro fans cefîe.
» Elle fait bien pourtant que je l'aime :
» comment pourrait-elle en douter ? elle
» peut tant qu'il lui plaira me faire lan-
» guir : jamais autre ne me guérira , puif-
» que je l'aime Si defire tant , qu'en clic
i> feule j'ai mis mes penfées &: l'efpoit de
» ma guérifon.
Adès amors me femont & atife » A tout initant amour me preffe de l'ai-
De li amer; mes n'i truis fors dangicr. » mer, & m'y excite ; cependant je n'y
Et fi l'aim tant de fin cuer fanz fanitize, » trouve que danger. Je l'aime avec tant
Que ne me puis tenir de li prier. » de violence & de vérité , que je ne pui<:
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Ne fai fe jà l'aurai à moi conquife;
Et ne porquant ce me fet rehétier,
Que i'eve feut percier la pierre bife.
Dame, mar vi le eler vis & la face
Où rofe & lis floiiflëin chafcun jor.
Tant m'efbahis que ne fai que je face,
Quant je regart voftre frefche color,
Et vo douz front qui plus eft cler que glace.
Dame, merci; car trop à grant dolor
Muir & languis : voftre pitié le fâche.
Vainque pitié, douce Dame, droiture;
Ne mi le/liés morir à tel tonnent.
Tant par vous truis tous tensfauvage & dure
Que m'ocirés , fe vous vient à talent :
De vos penfer ne puis fere mefure.
Dame , merci ; trop me fecorrés lent :
Si me merveil cou voftre cuers l'&ndsre.
» me tenir de folliciter un tendre retour.
» Je ne fais fi je pourrai l'attendrir ; une
*> chofe pourtant ranime mon efpéranee ,
» c'eft que l'eau qui tombe goutte à goutte
» perce le plus dur rocher,
** Dame , c'eft donc pour mon malheur
n que je vis cette figure charmante, & ces |
« joues où fleurifTent chaque jour rofes &
» lis. Quand j'en admire la fraîche couleur
» & ce front plus uni que glace , je fuis
» tellement tranfporté que je perds l'ufige
» de ma raifon. Dame , je vous crie merci ,
» je fouffre trop : je languis, je meurs,
» que votre pitié le fâche.
» Dame, que la pitié l'emporte fur le
» devoir : ne me Iaiflèz pas mourir dans
» ce tourment. Je vous trouvai toujours fî
» farouche & (î cruelle ! oui vous me fe-
» rez mourir, fi vous le voulez. Je ne
» puis me rafTafier du plaifir de penfer à
» vous. Je vous crie merci ; vous tardez
» trop à me fecourir, & je m'étonne que
» votre cœur le fouffre ».
SUR LA MUSIQUE.
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232
ESSAI
x i i.
Quant li Rofïgnol jolis
Chante feur la flor iFEfté,
Que naift la rofe & le lis
Et la roufee el vert pié :
Plains de bone volonté
Chanterai con fins amis.
Mais d'itant fui esbahis
Que j'ai fi très haut penfé,
Qu'à paines iert acoraplis
Li fervirs dont j'atens gré.
Liement ont entrepris
Ce qui trop m'aura grevé ,
Mi fol œil volenteiz
Qui fovent ont efgardé
Là où je n'ai mie ofé
Dire que j'eftoie quis.
Œil , par vos fui-je trahiz. '
Voir eft, mal avez ovréj
Mes or en aiez merci ,
Et fi vos foit pardonné.
OU , ce eft mains que noient ,
Je ne vous puis mal vouloir :
Car quant je me reporpenz
Comme ele eu bêle à veoir ,
Souvent me fêtes doloir
En ce que trop vous truis lent.
Mes li raiïbagemens
Des biens que g'en cuit avoir,
Me fet doubler mes talens
De fervir à mon povoir.
Benois foit li hadimens
Où je pris fi boin efpoir ;
Car eurs , fervirs , & talens
M'i porroit encoir valoir.
Se doi-je mole bien voloir
» Quand le rolîîgnol joli fait retentir de
» (es chants les bocages que l'été pare de
u fieurs , quand le lis & la rofe fe hâtent
» d'éclore, & que la rofée tombe en perles
» fur la verdure des prés ; plein de vo-
» lonté amoureufe , je dois chanter comme
» loyal amant. Mais une chofe me trouble :
» j'ai élevé fi haut ma penfée, que j'aurai
» peine à m'acquitter du fervice, dont j'at-
» tends qu'on me fâche gré.
» C'eft avec gaieté que mes yeux vo-
» lontairement & follement indiferets ont
» entrepris choie dont j'aurai trop raifon
» d'être fâché. Ils ont fouvent regardé l'ob-
» jet vers lequel je n'ofais dire qu'amour
» m'attirait. Vous m'avez trahi mes yeux ;
» en vérité , vous en avez mal agi. Mais
» vous aurez votre grâce, je vous par-
»> donne.
» Votre indiferétion n'eft rien moins
» qu'impardonnable. Comment vous en
» voudrais-je , moi qui ne me rappelle
» jamais combien ma Dame eft belle à
» voir, fans me plaindre de ce que vous
» avez été trop lents à l'admirer ? Mais
» quelles que foient mes plaintes , l'idée des
» biens que j'attends d'elle, me foulage &
» me fait redoubler d'ardeur pour la fervir
p à mon pouvoir,
» Heureufe la hardiefle qui m'infoira
» l'efpoir de fi grand bien ! Bonheur , foins
» & favoir faire peuvent encore le réalifer,
» Oui, je ferai toujours à ma Dame; je
p dois le vouloir , & je le defire. Si j'ai
S U R L A
Ke liens foie ; car g'i pens.
Voire , fe j'ai tant Je fens
C'on ne s'en puift parchevoir.
Encoir venta lieus & tens
De ma très grant joie avoir.
Se je m'en dueil & foufpir
Ne m'en doi pas efmayer :
Tant ne porroie fervir
Q'il me poift ennuyer.
N'en donroie le defir
Pour tout l'avoir de fouz ciel
Que je ne me voie félir
De l'amor que j'ai tant chier.
MUSIQUE. 223
y> l'efprit de ne pas laiiTcr appercevoir le
» fecret de mon cœur , je pourrai (a) encora
» rencontrer le lieu & le moment favorable
» à mon amour.
w Si maintenant je foupire & me défolc,
» je ne puis m'en affliger. Quelque longs
» & infructueux que foient mes fervices ,
» jamais l'idée ne me viendra de m'en
» impatienter : & m'offrit-on tout ce qui
» exifle fous le ciel , je ne le troquerais pas
i> avec le (Impie defir de voir un jour mon
» amour couronné ».
Le dernier couplet de cette chanfon eft de huit vers , & les quatre
premiers de dix ; ce qui fait foupçonner que les copiftes fe font trompes ,
ou que ce dernier couplet appartient à une antre chanfon.
(a) Il l'avait donc déjà remontré.
284
ESSAI
XIII.
Quant li Elles & la douce faifons
Fait foille & flors & les prés raverdir ,
Et le dois chans des menus oiûllons
Fait à pluifors de joie fofvenir;
Las! chacuns cante, & je plore & fôfpir.
Et fi n'eft pas droiture ne raifons :
Ains c'eft adès tote m'entendons,
Daine, de vos honorer & fervir.
Se j'avoie le fens k'ot Salemons,
Si me feroit amors por foll tenir-*-
Car trop ert malle Se crue* fa priions ,
Si me le faut efTaier & fentir :
Si ne me veult à fon eus retenir ,
Ne enfeingnier quelle eft ma garifons.
Car j'ai amé longuement en prudons ,
Et arriérai tosjours fans repentir.
Merveilles n'ai dont vient celte oquoifons,
Qu'elle me fait à tel dolor languir.
C'eit par ce qu'elle croit les félons ,
Les lofengiers, que Diex puis maleïr.
Tote lor peine ont mile en moi traïr :
Mais ne lour vaut lor mortex traitons ,
Quant le faront quex iert li guerredons ,
Dame, de vous qui aine ne feu mentir.
Aine ne le feue lofengier , ne fiater ,
Ne jà Diex fens ne m'en doinfl ne talent ;
Mais ma Dame fervir & honourer,
Et faire adez à fon comandemenr.
Et faichiés bien , le beau fervir ne ment ,
Ou li miens cuers ki bien ne puet grever
Aia nies mes cuers ki adès s'i aient»
« Dans la faifon nouvelle, la verdure
» des bois & des prairies, le parfum des
» rieurs , les doux concerts des oifeaux , ré-
» veillent dans le cœur des amans heureux
n le fentiraent de leurs plaifirs. Ils chantent,
» hélas ! tandis que je pleure & foupire,
» Mais quelle rai fon de m'attrilter en cédant
» au defir de vous honorer, ma Dame, &
» de vous fervir ?
» J'aurais la fagefle de Salomon , qu'a-
.» mour faurait la changer en folie. Quelque
» pefante que foit fa chaîne, il me la faut
» traîner malgré moi. Cependant il me
» dédaigne pour fon efclave , fans m'en-
» feigner le moyen de recouvrer ma liberté.
v> Quel remède à mon malheur ? j'ai long-
» tems aimé avec confiance : c'eft d'aimer
i> toujours de même, fans m'en repentir.
» Dois- je m'étonner que l'objet de mon
» amour s'obfline à me faire ainfi languir
» dans la douleur = Elle écoute les médi-
» fans , ces flatteurs que Dieu puifle mau-
». dire. Lamédifance qui s'efforce d'em-
» poifonner un bonheur que la malignité
» leule imagine , fera bien déconcertée ,
» lorfqu'elle faura que tant de conftance
» me fut toujours inutile, & qu'elle le faura
» de vous, Dame, qui jamais ne mentîtes,
» Jamais je n'eus le talent de tromper
» ni de féduire. A Dieu ne plaife que j'en
» connailTe l'ufage ! je ne veux que fervir &c
» honorer ma Dame : fa volonté fera tou-
» jours ma loi. A vous bien fervir, j'éprou-
» verai fans doute mille peines; mais elles fe-
» ront chères à mon cœur, s'il peut, fans trop
» fe flatter, en efpérerun jour la récompenfe.
Se
SUR LA MUSIQUE.
**1
Se vous daignés ma proicre efcouter ,
Douce Dame , je vous proi &: déniant
Ke vous pcnfés de moi guerredoner ;
Je penferai de bien fervir avant.
De tous les maus que j'ai ne m'eft notant ,
Douce Dame , fe me volés amer :
En poi de tens poés guerredoner
Les biens d'amors ke j'ai atendus tant.
« Douce Dame , daignez écouter m»
n prière , & perme:tcz-moi l'efpoir d'ctre
» récompenfé. Mon unique foin fera dé-
» formais de vous faire agréer mon fervice;
r> fi vous voulés m'aimer , tous mes maux
d me deviendront doux. II ne vous faut
» qu'un inftant pour réalifer le bonheur
» après lequel j'ai tant foupiré ».
7, te II.
Hh
2.SS
ESSAI
X I V.
En aventure coumenj .
Ma tlaerraine chançon.
Si ne fuis lies, ni dolens ;
Si ne (ai fe vive ou non,
Ou fe j'ai tort ou raifon ,
Ou fe j'aim , ou e'eft noient
Mais itex eft mes talens ,
Que fans nule repentance ,
Pens à la millor de France.
« Je haftrderai une dernière chanfon.
f> Sans joie comme fans triftefTe, je ne lais ,
» hélas ! fi je fuis vivant ou mort , raifon-
» nable ou déraifonnable , amoureux ou
» non amoureux. Mais une choie que je
» fais , & qui m'elt naturelle ; c'eft, que ,
» fans m'en repentir jamais, je veux tou-
» jours penfer à la meilleure femme de
» France.
Et li très doux penfemens
De fa très belefaiçon,
Me fait renouvellemens
De toute /oie fans non :
Mais tant enquierent félon,
Lofengier & maie gens.
Mais enlî l'ai en porpcns,
Ke por mal ne por grévance,
Ne feront ma méfeftance.
» Je penfe à fa très belle façon ; & ce
» très doux penfer renouvelle en moi un
» fentiment de joie inexprimable. En vain
» la gent félonne & curieufe des médifans
» s'enquiert malignement de l'état de mon
> cœur ; elle ne le (aura pas. Quelque
» malheureux , quelque douloureux qu'il
» puifTe être , j'ai réfolu de lui en dérober
» la connaifTance.
Aine n'amai à repentir,
Ne jà ne l'enquier favoir.
Ains ai mis ens li fervir
Cuer & cors, force & povoir.
Et s'ele me fait doloir ,
Bien me le pora merir j
K'ele a pooir d'accomplir
Mon voloer tote ma vie ,
Ma très Jouce chiere amie.
» Jufqu'aujourd'hui Amour ne m'apprit
» à me rep:ntir, & je ne délire pas encore
» de l'apprendre. J'ai mis cœur & corps,
» force Se pouvoir, à fervir la Beauté donc
n je fuis amoureux. Si elle me fait fouffrir
» des peines , peut-être m'en récompenfera-
» -t-elle ! Ma très ùouce & chère amie
» peut bien accomplir mon vouloir : j'ef»
b pérerai toute ma vie.
SUR LA MUSIQUE.
Chanson XI^e
287
Lent
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-'fûu/t m'est oeJe la, douce cez/unens-can^ce- du nouv uut, ter/u a l en ■
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- 1& ri/ - cnor ne sai les quel s'e/uujoie, et eae/siqesoueentc/ta/it-
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■ ltôuli /riestleiela douce commenazn -ce .ù/.-ieuviau te/nsa ten
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tra/it de paseor,qiW' boisetpre\. sont ds maints se// lola/iee vert
et vetyneu couper 6 deroeet de,/lor et ;e suis lus a*. •' tel
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lida/i - ce que /nut/isjouitcs aour /n.i lele mert eu nui naît -
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- t&ri-.cAer /te sut le quel s'en ai /aie cipa-or si qcseitr.':,' ./utsit
bptj^=y^feg^^i»ga^
Lieu de citer p/er <<//■ le/ie repw /nes-/n.ite et mes. le - ,i/tt\
V'
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Tome 11 I' .1 v > . ;■-
288
ESSAI
X V.
Moult m'eït bêle la douce coumencance ,
Du nouviau tens à l'entrant de Paicor,
Que bois & prez font de mainte femblanee ,
Vert & vermeil , couvert d'erbe & de flor !
Et je fuis, las.' du tout en tel balance,
Qu'à mains jointes aor
Ma bêle mort, ou ma haute richor.
Ne fai lequel , s'en ai joie ou paor ;
Si qe fouvcnt chant là où de cuer plor;
Car lonc refpis m'efmaie Si m'efcKeance.
« Que je me plais à goûter les douceurs
» de la faifon nouvelle aux approches de
» Pâques : tems où les bois & ies prés fe pa-
is rent de verdure & de l'email des fleurs !
» Cependant ce fpeftacle ne peut charmer
» l'ennui de mon aine incertaine. Je de-
» mande à mains jointes , ou ma mort ou
» mon bonheur ; Se je ne fais quel fera mon
» fort. Delà naît mon elpoir, ou ma crainte.
» Auilichantai-je fouventlorfque mon cœur
» eil trifte : car uiiejongue attente m'alarme
» fur mon fort futur.
Jà de mon cuer n'iltra mais la femblanee
Dont me conquift, à moz plain de douçour,
Celé cui j'ai tozjors en remenbrance ,
Si que mes cuers ne fert d'autre labour.
Ha! franche riens! en cui j'ai ma fiance,
Merci pour voftre honour ;
Car s'en vos truis femblant menteour
Vos m'aurés mort à loi de traïtour.
S'en vaudra raout noans voflre valour,
Si m'ociés enfi par decevance.
Las ! com ma mort de débonere lance,
S'enfi me let morir à tel dolor !
De fes beaux eulz me vint fans défiance
Ferir au cuer qu'ainz n'i ot autre eltor.
Moult volentiers emprefife vengeance ,
Par Dieu le criator ;
Tel que mil fois la peufTe le jor
Ferir au cuer d'autretele favor.
Ne jà certes n'en feifTe clamor ,
Se j'eufTe d'enfinc vengier poiffance.
Ne cuidiés pas , Dame , que je recroie
De vous amer, fe mort nel me deffent :
» Jamais de mon coeur ne fortira l'image
» de celle qui me conquit avec un langage
» plein de douceur, de celle à qui je fonge
» toujours ; fi bien que c'eft l'unique oc-
» cupation de mon cœur. Ah H franche
» créature, en qui j'ai mis tout mon e poir,
» pour votre honneur, ayez pitié de votre
» amant; car fi vous m'euffiez furpris par
» un faux femblant , ce feroit en trahifon
» que vous me feriez mourir ; & pareille
» aiftion diminuerait votre mérite.
» Hélas ! comme je mourrai d'une douce
»mort, s'il me faut mourir du trait dont
» elle m'a bleffé ! Ses regards me le lan-
» cerent au moment où je. ne m'en défiois
» pas , & avant que je puffe m'en défendre.
«Bon Dieu, qu'avec plaifir j'entrepren-
» drois de me venger, fi mille fois le jour
» je pouvois faire à fon cœur une femblable
» bklTure ! Certes je ne me plaindrais plus ,
» fi je pouvais ainfi me venger.
» Dame , ne penfez pas que je renonce
» à vous aimer, fi la mort ne m'y coiv-
SUR LA MUSIQUE.
289
Car fin amors tient mon cuer Se maifrroic ,
Qui tout me doune à vous entièrement.
Si que jou n'ai confort de moi ne joie,
Et qu'il m'avicnt fouvent
Que je m'oubli penfant entre la gcnt»
Et tel délit ai en mon pcnfemcnt
De vous, Dame, à qui amors me rent,
Que s'a vous n'en, ji parler u'enquciroie.
Ha! franche riens, puifqu'en vortre manoie
Me fui tous mis, trop me fecorés lent;
Car nus dons n'eft cortois qui trop délaie :
Si s'en efmaie ici! qui s'i atent.
Uns pctiz bien vaut mieuz, fe Dex , me voie
Qu'on fait cortoifement ,
Que cent greignor fais ennieufement.
Car qui le fuen donne retraiamment,
Son gré en pert : & lî cofte auiimenc
Cbn à celui qui bonemeut ôutroie.
» damne. Un amour confiant tient mon
» cœur captif & le maitrife. Il me donne
» à vous tout entier; fi bien que je n'ai de
» moi-même ni confolation ni joie, & que
» fouvent il m'arrive de m'oublicr en rêvant
» dans les fociétés : rêverie délicicuiê , &
» que le plaifir de vous parler, à qui l'a-
» mour me fouinet, peu: feul interrompre.
» Ah! franche créature, vous me fe-
» courez trop lentement ; moi qui fuis en
» votre puiflance. Un don trop^différé n'eft
» plus une courtoifie ; & celui qui croit y
» avoir droit, s'en fâche. Un petit bienfait,
» accordé avec courtoifie, (j'en attefteDicu)
» vaut mieux que cent autres plus grands ,
» faits de inauvaife grâce ; car celui qui voti-
» droit retenir ce qu'il donne, perd Ton droit
» à la reconnaifTance; quoique cependant il
» lui en coûte autant qu'à celui qui donne
» de bonne grâce.
ENVOI.
Chançon, va-t-en là oi\ mes cuers t'envoie: » Chanfon, va-t-en où mon cœur t'en-
\jk troveras, ne l'os dire autrement, » voie: là tu trouveras, je n'ofe le dire au-
Cuer fanz merci, cors graille, blanc Se gent, » trement, cœur fans merci, corps fvclte ,
Et vis riant & grant biauté veraie. » blanc & joli, vifage riant, Si beauté fans
» fard (a) ».
(a) Ces vers prouvent peut-être qu'on mettait du rouge dès ce tems-li.
*#*
2<?o
ESSAI
X V I.
Quant voi venir le bel tanz & la flour ,
Que l'erbe vers refplent aval la prée ;
Lois me fouvient d'une douce dolour,
Er du douz lieu où mes cuers tent & bée.
S'ai tant de joie , & s'ai tant de douçour
Que partir n'en porroie à nul jour :
Et quant je fui pluz loinz de fa contrée ,
Tant eft plus près mes cuers & ma penfée.
Voir il n'eft riens dont je foie en triftour,
Quand me fouvient de la très bêle née ;
Et fi cuit bien que je fiiz graad folour ,
Quar maintes fois l'ai mult dure trouvée.
Maiz biauz femblanz me remet en vigour :
S'emploïerai moult bien la grant amour
Dont je l'ai tant dedenz mon cuer amée ,
Se Ioïautez ra'i laift avoir durée.
Dame, merci , Ce je fuis fins amis;
N'efprouvés pas feur moi voftre venjance :
Car voftre fui & ferai à touz dis ,
Je non tairai pour mal ne pour gtevance.
Se par vos fui de bien amer efpris ,
Douce Dame, ne m'en doit eftre pris;
Er fe por vos trai ire ne pefance ,
Jà n'en charrai en mauvaife efpérance.
Biau fîre Dieu ! coument portai avoir
Icefte amour que tant aurai requife?
Jà nel deuft ne fouffrir ne voloir
La douce riens qui tant eft bien aprife,
Puiz qu'ele m'a du tout en fon pooir.
Ne me feift fi longuement doloir
S'ele feuft com s'amors me juftife ;
Jà ne faufift pitiez ne l'en fuft prife.
« A l'aproche du beau tems, à la vue des
» fleurs qui émaillent la verdure des prés,
» je me fouviens avec une douce mêlan-
te colie, du lieu charmant où mon cœur
» tend & afpire. Ce fouvenir eft fi doux ,
» que je m'en occupe fans ceiïè : plus je
» fuis loin de ma Dame , plus mon cœur
s en eft près.
» Non , rien ne m'attrifte , quand il
» me fouvient d'elle. Ce n'eft pas qu'y
» penfer foit choie laifonable; car maintes
» fois je l'ai trouvée trop cruelle. Mais
» l'image enchanteref'è de fa beauté ranime
» mon délire. L'ardent amour , dont mon
» cœur depuis lî long-tems brûle pour elle,
t> pourra faire mon bonheur , fi loyauté
» continue d'en nourrir la flamme.
» Dame, je vous crie merci ; vous aimer
» conftamment , feroit-i! donc un crime, qui
» méritât votre vengeance ? Je vous apar-
» tiens, & c'cït pour la vie; quelles que foient
» les peines auxquelles je m'expofe. L'a-
» rnour que vous m'avez infpiré , & dont
» je fuis fi vivement épris, ne me doit pas
» rendre plus malheureux : il peut me faire
» fouffrir, mais non me défefpérer,
» Grand Dieu ; comment pourrai-je ob-
» tenir ce retout que j'ai tant follicité ! une
» beauté fi heureufement née peut-elle vou-
» loir le malheur de l'amant qu'elle affervit î
» Elle abrégerait ma douleur , fi elle con-
» noiffait le fuplicc que j'éprouve en l'ai-
» mant , & Ci pitié l'intéreffërait en rca
» faveur.
Cette chanfon ne fe trouve pas dans le rmnufcrit de M. de Paulmy,
& ne fe trouve que dans celui du Roi.
SUR LA MUSIQUE.
201
Chanson XFJI»
Très lent
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Cv/nmen-ce ment Je douce sejv/tl>e~le aue /e votsre - ve - *ttr
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-^ ■ '^»t-j ♦ »^~i — ♦ • H:
/w«<vîiW//tV dimwrs oui/iienn/el-ledont/a ne trier aar^tùf
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*& Z? ou but mi l'o/i<lss;- sont et se - /ont c fiW auau /ue-nr
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Rei/ie/ivra/u?e d iv/iours oui /ne/\i relie don/ /a/te aierpar -tir
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<»/// matlPlx auteonu/w/i eea ten -tiret le dou~ sons de ru
^fcuJuU-^Ëmi
/?<?/• le riva - -</e atte/e rets /•ese/at/ev /n.r.iti ressoti - re -
H • i i I i^g^nrTr tt^M? j ■• il
- nu- de Il su ht// //it len destr.ro/it et se re/;i nu au au /ne - /-ir
Tome 11 pas** -<i '
2£2
ESSAI
x v i i.
Commencement de douce fèfon bêle
Que je voi revenir ,
Remenbrance d'amors qui me rapele
Dont jà ne puis partir,
Et la mauviz qui coumence à tentir,
Et li douz fons dou ruiflèl de gravele
Que je voi refclaircir ,
Me font reiTouvenir
De la où tuit mi bon defir
Sont & feront jufqu'au morir.
Touz tens m'eft plus amor frefche & novelle,
Quant recort à Ioifîr
Ses eulx ■> (on vis, qui de joie fiutele,
Son aler , fon venir ,
Son biau parler, & fon gent contenir,
Son douz regart qui vient d'une eftencele
Mon cuer au cors férir ,
Sans garde de périr.
Et quant je plus plaing & fouipir ,
Plus fui joians & plus ra'aïr.
« Commencement de douce & belle fai-
» fon dont je vois le retour , fouvenir
» d'amour qui m'attire, & dont je ne puis
» plus me départir, le chant nouveau de
» l'alouette, l'agréable murmure du ruif-
» feau qui s'éclaircit en roulant fur le gra-
» vier; tout me rappelé l'idée de la Dame
» pour qui font & feront jufqu'i la mort
n tous mes vrais defirs.
» Mon amour pour elle fe renouvelle
» en toute faifon , & me femble plus dé-
» licieux chaque fois qu'à loiûr je penfe à
» les veux, à fa phyfionomie qui pétille
» de joie, à fa façon d'aller & venir, à
» fon parler gracieux , à fon gentil main-
» tien , à fon regard doucement étincelant
» d'un feu qui pénètre jufqu'à mon cœur,
» & le brûle fans le confirmer. Alors plus
9 je me plains Se plus je foupire; plus je
» m'enflamme & plus je- jouis du plaifir
» d'aimer.
Loiaus amors, & fine & droituriere
M'a fi en fon povoir ,
Que ne m'en puis partir ne trere arrière ;
Ne je n'en ai voloir.
N'eft pas amors dont l'en fe pue: mouvoir ,
Ne cil amis qui en nule manière
La bée à décevoir :
Dont faz-je bien favoir
Qu'enfemble convient remanoir ,
Moi & amors par efïouvoir.
» Amour loyal , confiant & fidèle, exerce
» fur moi tel empire que je ne peux m'y
» fouftraire. La volonté même eft impof-
» fible. L'amour dont on peut fe dégager,
» n'eft point de l'amour , c'eft une trom-
p perie ; & qui vile à tromper, eft indigne
» du nom d'ami. Auïïi fais-je favoir, que
» de toute néceflîté amour Se moi demeu-
» ferons engagés l'un à l'autre.
Se li ennuis de la gent malpailicre
Ne me feift doloir ,
J'eufTe bien joie fine & entière
D'efgarder, de veoir.
» Dame, fans la médifance qui me nuit
» & me défoie, je pourrais bien jouir de
» la vraie & entière (àtisracïion de vous
» voir Si de vous regarder. Mais ce que
Mis
SUR LA MUSIQUE.
Mes ce que n'os por aus ramentevoir,
ConoilTiez, Dame, au viz & à la chiere,
Qae je n'oi mon voloir
Dire, por percevoir :
Mes bone Dame doit favoir ,
ConoifTance <5c merci avoir.
Vos merci-je , ma douce Dame chiere ,
Quant vous daigniez voloir,
E: qu'il vos plaît à oir ma proierc
End com je l'efpoir.
Mais fe pkiez me pooit efcheoir,
Granz fuit ma j'oie & peine légicre , ,
Sanz point de mefclicoir :
Mais mont me fait bien voir
Amors, qu'elle vos trait à oir
De moi faire à voftre voloir,
Chançonete, por voir,
A celé que tant fois valoir
Te feras en Flandres favoir :
Philippe , â mon pooir ,
Pri amors que vos lait veoir ,
Ce que fins amanz doit avoir.
i> mes yeux n'ofent vous dire, vous le dc-
» viriez (ans doute à mon air Se i ma
» figure. Le dcd'r que je crains de laifler
» appercûvoir, doit vous être connu; &
» le connaiflant, vous devez, fi vous êtes
» bonne, en avoir merci,
» Je vous remercie, ma douce & chère
» Dame , de ce que vous daignez , eu
» agréant mou defir & en écoutant m»
• prière, flatter mon amoureux efpoir. S'il
» arrivoi: que pour moi vous fuifiez touchée
v de pitié , grande feroit ma joie & toute
» peine légère ; c'eft chofe confiante. Mais
» Amour me fait trop bien voir que vous
»» n'acceptez un ami que pour en faire
» votre efclave.
» Chanfonnerte, je n'en doute pas; la
» Dame, de qui le mérite eft tant connu ,
» voudra bien t'apprendre en Flandres S:
» te chanter ; & vous , Philippe, vous faurez
v qu'à mon pouvoir, je prie Amour de vous
» laiiïer voir ce que parfait aniaut doi
» pofieder ».
Tome H.
i$4
ESSAI
xviii.
La douce roix du Rofignot fauvage
Qu'oi nuit & jor cointoier & ternir ,
Me radoucit mou cuer & rafouage ;
Lors ai talent que chant pour esbaudir.
Bien doi chanter , pui'fqu'il vient à pléfir
Celi qui j'ai de cuer fait lige hommage:
Si doi avoir grant joie en mon corage ,
S'ele me daigne à fou oes retenir.
« La douce voix du Roffignol fauvage
» que j'entends nuit & jour s'égayer &
» chanter, adoucit les peines de mon cœur
» & les foulage. Pour me réjouir, je veux
» chanter moi-même. Je le dois, puifque
» c'eft le plaifir de celle à qui j'ai fait l'hom-
» mage lige de mon cœur. J'aurai bien;
» grande joie, fi elle daigne me retenir à
a fon fervice.
Onques vers li n'oi faus cuer ne volage,
Si m'en devrait por ce melz avenir.
Aine l'aim Se ferf, & aor par ufage ,
Si ne li os mon penfer defeouvrir:
Car fa biauté me fet fi esbahir,
Que je ne fai devant li nul langage;
Ne regarder nos fon (Impie vifage,
Tant en redout mes etalx à. départir.
Tant ai en li ferm aflis mon corage
Qu'ailleurs ne pens : & Dex m'en doint joir.
Conques Triftans , cil qui but le ouvrage,
Si coriaument n'ama s'en repentir:
Car g'i met tôt cuer , & cors & defir t
Sens & favoir. Ne fai fe fas folage ;
Ançois me doute qu'en treftout mon aage,
Ne puifle IL, ne s'amor defervir.
Je ne di pas que je face folage ,
Nés fe pour li me dévoie morir:
Qu'el mont ne truis fi bêle ne fi fage ;
Ne nule riens n'eft tant à mon pléfir.
Mult aim mes euz qui me firent choifir :
Lues que la vi ,, fi leflai en oftage
» Moi , qui n'eus jamais pour elle un
» cœur ni faux ni volage , je devrais être
» plus heureux. II m'eft fi naturel de l'ai—
» mer , de la fervir & de l'adorer ! Ce-
nv pendant je n'ofe lui découvrir ma pen-
» fée. Sa beauté me trouble au point
» que devant elle je ne fais que dire.
» Je n'ofe même l'envifager , tant je
» crains de ne pouvoir foutenir fon re-
» gard.
» Je l'aime d'un amour fi confiant , que
» je ne puis penfer qu'à elle. A Dieu ne
» plaife que j'en fois aimé ! Triftan, même
» après avoir bu fon fameux breuvage
» ne fut pas plus amoureux que moi , &
» avec moins de repentir. Car je mets à
» l'aimer cœur & corps , raifon & fenti-
» ment. Je ne fais fi c'eft folie ; mais je
» doute qu'en toute ma vie , je puifle
» mériter d'elle un amoureux retour.
«Non, ce n'eft point folie, dufle-je
w mourir pour elle! Je ne trouve au monde
» rien de fi beau , de fi fage , rien qui me
» plaife autant. Que je fais bon gré à mes
v yeux qui fixèrent mon choix. Lorfque
» je la vis , je lui laiiïai mon cœur eu
SUR LA MUSIQUE.
Mon cuer qui puis i a fet lonc eftage ;
Ne jamès jor ne l'en qier départir.
Chançon' va-t en pour faire mon meiTage
Là où je n'os treftorner ne guenchir :
Que tant redout la maie gent ombrage
Qui devinent ains que puiil avenir
Le bien d'amors. Dex les puiiïè malcir !
Qu'à main: amant ont fet ire & outrage j
Mes de ce ai tousjors mal avantage,
Q'il les meftué, fus mon gré obéir.
» otage; il y efl depuis long-tems, & ja-
» mais je ne veux l'en retirer.
» Chanfon , fois ma meflagere , »oi»
» celle que je n'efe approcher d'aucune
» façon , tant je redoute ces gens ora-
» brageux & malins, qui devinent le bou-
» heur d'un amant avant qu'il foit réalifé.
» Puiffe Dieu les maudire. Ils outragent , ils
» dcTefpércnt maint amant , Se tel eft moa
» malheur, que pour eux , je fuis obligé
» de me contraindre ».
Dans cette chanfon le Châtelain commence à fe plaindre de ce qu'on
s'eft apperçu de fon amour, & qu'on en jafe.
li ;
2p<5
ESSAI
X I X.
Merci clamanz de mon fol eirement,
Ferai la fin de mes chançons oïr :
Car trahi m'a & mort à mien efcient
Mes jalous cuers cui je doi tant haïr.
Tel mal m'a fait, por le dit d'autre gent;
Tuit font parti de moi joïous talant :
Et quant joie me faut , bien eft raifons ,
Qu'avec ma joie faillent mes chançons.
Bien fai qu'il eft tans , & lieus , & raifons
Qu'à tous les biens du mont doie faillir ;
Car porquis l'ai , & moie eft l'acoifons ;
Et qui mal quiert , il doit bien mal fofïrir.
Dex doint que mors en foit mes guerredons,
Ainz que de moi face lies les félons.
Mais por martir vivrai, & por veoir
Ma bêle perte, & por plus. mal avoir.
De pou me fert qui me Tuet conforter
D'a'utrui amer ; mieuz le voudrait taifir.
Car en mon cuer ne porroie trover ,
Que je de li panifie mon defir.
Se ce me fait que me vaille grever ,
Puifque s'amor m'a faite comparer ,
Tôt li pardoing à mon definement ;
Et fi mes cuers li faut , m'amour li rent.
S'ainz nus amanz out de meffa:t pardon ,
Donc me devrait bien par droit tieus tenir ;
Car je forfis en bone entençion ,
Et bien cuidari que me deuft mérir ;
» Merci de mon fol égarement ! Je le
» déplore en cette chanfon , la dernière
» que je ferai entendre : mon cœur m'a
» trahi : qu'il doit m'ètre odieux 1 Je meurs
»> pour en avoir fuivi les jaloux mouve-
» vemens. Trop prompt à croire les rap-
» ports , il a caufé mon malheur. Audi
» n'ai-je plus talent d'être joyeux. Quand
» ma joie finit, il eft bien railon qu'avec
» elle finifient mes chanfons.
» Je fais trop que je dois perdre tous le*
» biens de la vie : tout me condamne a une
» peine que j'ai volontairement encourue.
» Qui cherche fon malheur , le trouve &
» doit le fouffrir. Puiffé-je , en me réfi-
»> gnant à la punition de ma faute, mériter
» de Dieu la grâce de mourir avant d'avoir
» vu la joie des félons ! Mais non ; je vivrai
» pour prolonger mon martyre , pour voir
» la Beauté dont j'ai perdu l'amour , pour
» fentir des maux plus cruels que la mort.
» Quel fervice me rend celui qui , pouf-
» me confoler , me dit d'en aimer une autre ?
» Mieux vaudrait fe taire ; car je ne poar-
» rais obtenir de mon coeur la liberté de
» changer l'objet de mon defir : objet qui
» ne me captive que pour éternifer ma
n fouffrance. Que j'ai payé bien cher le
» plailîr de l'aimer ! A l'approche de ma
» fin , je lui pardonne tout ; & fi mon
» cœur eft coupable d'une faute , mou
» amour faura l'expier.
» Si jamais on pardonna la faute d'un
» amant , on devrait bien pardonner la
» mienne. C'eft un forfait , je l'avoue ;
w mais trop d'amour en fut la caufe. Mot.
SUR LA MUSIQUE.
Mais ma Dame ne quieit fe mal non j
Por ce li hé moi & ma gaiïfon ;
Et quant mi mal li font bel & plaifanz,
Por ce me hé & fui mes malvuillanz.
As fins amanz pri qu'il dient le voir j
Liquelx doit mieuz par droit d'amors joïr ;
Ou cil qui aime de cuer, à fon pooir,
Et ne s'i fet mie très bien covrir ;
Ou cil qui prie fans cuer, por décevoir,
Et bien s'i fet garder par fon favoir.
Dites amanz, qui vaut mieuz par raifon ,
Lcaus folie, ou fage trahilon.
» défefpoir me fcmbla raifonnable , & je
» crus mériter quelque pitié. Mais ma
» Dame ne fe plaît qu'à me voir mal-
» heureux : elle me hait pour toujours , &
» mon malheur durera autant que fa haine.
» Quand elle s'en fait un plailir , puis-je
u en vouloir la fin 1 Je dois me haïr moi-
» même.
» O .' vous, loyaux amans, parlez vrai ,
» je vous prie. Lequel a plus de droit aux
» faveurs d'amour ; ou de celui qui aimant
» avec franchife & de tout fon pouvoir ,
» ignore l'art de maitrifer les mouvemen*
» de fon cœur, ou de celui qui, favant
» en ce même art, ne feint d'aimer qu'au-
» tant qu'il faut pour féduire. Dites amans :
» une franchife imprudente ne vaut-elle pa*
» mieux qu'une fage trahifon i »
Il paraît par cette chanfon que le Châtelain n'avait pu contenir un
mouvement de jaloufie mal fondée, qui avait caufé une légère tracalTcrie
entre lui & fa Dame.
apS
ESSAI
X X.
A la douçor dit tens qui raverdoie ,
Chantent oifel & floriiTent vergier :
Mes je ne fai dont resjoïr me doie,
Quant à merci fail , quant plus je la quier.
Je chanterai fanz joie & fanz proier,
Que ma mort voi , ne faillir n'i porroie ,
Puis qu'amors veut que contre moi la croie.
a La douceur de la faifon où la rer-
» dure fe renouvelle, fait chanter les oifeaux
» & fleurir les vergers. Pour moi , qui
» plus je demande merci , moins je l'ef-
» père ; je ne fais chofe dont je doive me
» réjouir. Je chanterai néanmoins fans être
» joyeux; & n'eflayerai point d'éloigner
» par des prières une mort que je vois
» inévitable. Puifqu'araour le veut , je m'y
» condamne moi-même.
Dex ! qu'a Amors qui touz les liens guerroie ,
Ceus qu'ele puet grever ne meftroïer :
Li biax femblans qu'en ma Dame tronvoie ,
M'a trop grevé , n'ainc ne mi vout aidier.
Celé mi fu cruels à l'acointier ,
Je fai de voir qu'à fon tort me m'eftroie :
Si me convient qu'à fa volenté foie.
Puifqu'enii eft qu'à li ne puis contendre ,
Ou vueille ou non , fervir la me convienr.
Qui cuide avoir grant joie por atendre ,
Bien doit fervir ; mes cil qui faillir crient
Eft fi deftroiz, quant fecors ne li vient;
Mes je ne puis moi ne mon cuer défendre
Pe plus amer , qu'amors ne me veut rendre.
Grand péchié fet qui fon homme veut prendre
Par biau femblant monftrer tant q'il le tient :
Enfî me fit ma Dame à li entendre ,
Dont or me fet tel cuidier fe devient
Qui en veillant faut & en dormant vient;
» Dieu ! faut-il toujours être en guerre
» avec l'amour? Ne fe rend-il donc maître
» d'un cœur que pour s'en faire le tyran ?
» Le beau femblant de ma Dame a caufe
m mon malheur. Il eft fans remède , puif-
» qu'en laconnaifTant mieux, je l'ai trouvée
» cruelle. Je fais qu'elle a tort de me traiter
» en efclave : mais elle le veut, & je dois
» me foumettre.
» Puifque je ne peux m'oppofer à fà vo-
>> lonté , il faut que bon gré malgré je fois
» fon efclave. Qui croit à la récompenfe
» de fes longs fervices, doit fervir de tout
» fon coeur : mais qui craint de la man-
» quer-, perd courage , fi elle eft trop
» rétardée ; hélas ! comment ne plus ai-
» mer î Je ne puis m'en défendre ; encore
» moins mon cœur qu'amour ne veut pas
* dégager.
» C'eft grand péché de ne montrer beau
» femblant à un homme que jufqu'à ce qu'il
» foit retenu dans le piège auquel on vou-
» lait le prendre. Tel fut l'artifice de ma
» Dame, pour m'attirer à elle & exciter
SUR LÀ MUSIQUE. i^
S'en neft l'amor & croift qui jà n'iert mendre, » en moi un efpoir qui , en veillant, s'a-
Dont el nie fet & flamber & efprcndre. » néantit & renaît en dormant. Ainlî fe
r> nourrit & fe fortifie un amour qui ja-
» mais ne s'aôaiblira : aiufi s'accroît la
» flamme dont je fuis épris.
Je ne tieng pas l'amor à droit partie
Dont il convient morir en trop amer :
Si me couvient qu'en morant chante & rie,
Et faz fenblant de ma j'oie cuidier.
Amors me dit qu'enfï doi endurer,
Mort efpérant & en atendant vie.
Morir en puis, mes ne fai que g'en die.
Dame, valour, beauté & cortoifîe
A tant en vos qu'on n'i fai qu'amender j
S'auvec ces biens acuilliez félonie ,
Par achoifon de voftre ami grever ,
Voflre fin cuer en feriez blafmer ,
Qui voftre fui en voflre feignorie ,
En voflre amour qui donra mort ou vie.
Li cuens de Blois devroit bien mercier
Force d'amours qui li dona amie.
Amer pot-il ; mes il n'en morue nue.
r> Je tiens qu'il eft contre tout droit de
» prétendre que, pour trop aimer, il faille
» mourir. Efr-ce un devoir en mourant ,
«de chanter, de rire, de feindre qu on
» ne penfe qu'à la joie? Amour me dit
» que je dois ainfi braver la mort, fans
» défefpérer de ma vie. Mourrai- je? Je ne
» fais plus trop qu'en dire.
» Dame, vous en qui l'on ne peut defirer
» plus de courtoiûe & de beauté , plus de
» qualités eftimables , fi vous joigniez à
» ces mêmes qualités la volonté de rendre
» votre ami malheureux , ce ferait fclonieg
» On vous en blâmerai:, parce qu'amour
» vous a fait ma fouveraine , avec pouvoir
» de me donner la mort ou la vie.
» Le Comte de Blois devrait bien re»
» mercier Amour , qui pour lui força le
» cœur de fa Mie. Il a aimé : mais il n'eo
» eft pas mort ».
Le manuferit de Clairambaut donne cette chanfon à Blond eau de Nèfle ,
&' celui de Noaillcs, au Châtelain.
Le Comte de Blois , dont il eft parle , était Thibault I , dit le Bon,
Comte de Blois 6V de Chartres , dernier Grand-Sénéchal de France en
1153, qui fut tue au fiege d'Acre en 1191. L'office de Sénéchal fuc
fupprimé à fa mort. Le Connétable & le Grand-Maître partagèrent les
fondions de cette charge.
*%&
jOtf
ESSAI
X X I. (a)
A vous, amans , plus qu'à nul autre gent ,
Eft bien raifon que ma dolor complaingne,
Quant il m'eftuct partir outréement,
Et deffevrer de ma loyal compaingne :
Et fe la pert , n'eft rien qui me remaingne.
Ei fachiés bien , Amours , certainement ,
Si nus morut por avoir cuer dolent,
James par moi n'iert leus vers ni lais,
Beau fire Dex ! que iert donc , Se cornent
Iert tex la fins qu'il m'eftuet congié prendre ?
Oil , par Deu ; ne puet cfhe autrement :
Aler m'eftuet morir en terre effrange.
Or ne cuit nus que granz duel me fouffraingne,
Quant de Ii n'ai confort ne garifon ,
Ne de nule autre avoir j'oie n'atent.
Fors que de li ! ne fai fe c'iert jamès.
Beau fire Dex! que iert du déiîrrer,
Du douz folaz & de la compagnie ,
Et de l'amour que me foloit moflrer
Celé qui m'en Se compaigne & amie ?
Et quant reçoit fa fimple cortoilîe,
E: les douz moz dont fuet à moi parler ;
Comment me puet li cuer au cors durer!
Quant ne me part, certes moult eft mauvss.
Ne me veut Dex pas por noïant doner
Treftous les biens q'ai eus en ma vie ;
« Amans , il eft bien raifon que , de
» préférence à tous autres , vous foyez les
» confidens de ma douleur Se de mes plain-
» tes; quand pour aller outre-mer, ilf aut
» me féparer de ma loyale compagne. En
» la perdant , je perds tout au monde. Sa-
» che, Amour, que fi jamais homme mourut
» de douleur , on n'entendra plus de moi
» lais ni chaulons,
» Bon Dieu! que faire? Cette féparatioa
» eft-elle Jonc une néceflité à laquelle je
» doive enfin obéir? Oui, fans doute : il
» faut que j'aille loin de ma compagne
» mourir en terre étrangère. Qu'on ne croie
» pas que mourir foit chofe fi douloureufe
» pour moi , de qui elle voit le tourment
» fans le foulager , pour moi qui d'elle feule
n efpere toute ma joie; efpérance que peut-
» être elle ne réalifera jamais.
» Bon Dieu ! comment vivre fans les
» defirs qu'infpire la prélence de ma com-
» pagne & amie , fans le plaifir confolant
» d'être avec elle , fans les douceurs de fon
» amitié. Quand je fonge que je ne verrai
» plus la manière fimple & affable dont
» elle m'accueille, que je n'entendrai plus
» le ton flatteur dont elle me parle, corn-
» ment mon cœur n'abandonne-t-il pas
» mon corps. C'eft bien mal à lui de ne
v vouloir pas s'en féparer.
» Je le vois : Dieu ne veut pas que j'aie
» pour rien tous les biens dont j'ai joui en
(a) Les huitièmes vers de chaques couplets riment enfemble.
LlllZ
SUR LA MUSIQUE.
Ainz les me fet chierement compcrer,
Quant il m'eftuct départir de ma mie.
Merci li cri qu'ainz ne fis vilanie ;
Car vilain fet bone amor defevrer.
Ne de mon cuer ne puis s'araor ofter j
Si me convient que je ma Mie lès.
(a) Or font tout lie li fol lofengcour
Que il pefoit des biens qu'en avoie.
Ji pèlerins de ce n'iere à fcj'our ,
Que ji vers eulz bonne volenté aie.
Se je puis bien perdre toute ma joie ,
Que tant mal m'ont fait li traïtour.
Se Diex volait que euflent mal jour ,
Marne. poroit charger plus pcfanc fais.
Je m'en vois, Dame : à Dieu le créafour
Vous commant-je , en quel lieu que je fois.
Je ne fai mes fi verrez mon retour ,
Et fi ne cuit que jamès nous revoie.
Mes je vous prie que où que mes cuers traie ,
Que nos convens vous me teigniés.
Si prie Dieu qu'auffi m'envoit honnour
Com je vous ai clic amis & vrais.
.... Va , chançon , fi t'en proie ,
Que je m'en rois fervir nofïre Sugnour :
Et fâchiez bien, Dame de grant valour ,
Si je revieng , que pour vous lervir vois.
5©I
» ma mie. Qu'il me les fait chèrement
>» payer, en exigeant que je m'éloigne de
» celle que j'aime ! Je lui cric merci pour
» un amour dont il devrait permettre les
» douceurs à qui fut toujours honnête. Q i
» ne l'eft pas, mérite feul d'en être K. .
» Hélas ! je ne puis l'arracher de mon
» cœur cet amour ; & il faut m'arrachec
» de ma Mie :
» Quelle joie pour les envieux à qui
» mon bonheur faifait peine! mon pélcri-
» nage finirait , que je ne finirais pas de leur
» en vouloir. Il elt pollible que pour moi
» tout bonheur foit perdu .- ils m'ont faic
» tant de mal, les traîtres. Oui, fi Dieu
» voulait me venger d'eux , s'ils éprou-
» vaient des malheurs , le mien , fût-il Cn-
r> corc plus accablant, me deviendrait fiip-
» portable,
»> Je pars, ma Dame. En Quelque lieu
» que je fois , je vous recommande à Dieu
» notre créateur. Incertain de mon retour,
» j'ignore fi vous me reverrez, fi je vous
« reverrai. Mais vous favez nos conven-
» tions ; par-tout où je ferai , mon cœur les
» réclamera : je vous prie d'y é:re fîJellc.
» Je prie auffi Dieu d'égaler la gloire que
» j'acquerrai , à la vérité de l'amour qje
» j'ai eu pour vous.
» Clianfoivjc t'en prie, preiTc-toi d'
j) annoncer que je pars pour le ù:
» notre Seigneur : & ri 15 , D ...,.■ .} rars
«mérite, foUveitec-VOUS , li j'en ix
» que c'etf pour vous que je luis par:; u.
(a) Ce couplet & l'envoi ne font que dans le manuferit du Roman.
Tome II. K k
302
ESSAI
XXII.
Ahi! amors, com dure départie
Me convendra fere pour la meillor
Qui onques fuit amée ne fervie !
Dex me ramais c à li, par la doucor
Si vouement com g'an part à dolor.
D.x ! q'.ii-je dit? J.i ne m'en part- je mie
Ainz va mes cors feivir notre Seicnor,
Mes cuers remaint du tout en fa baillie.
Pour lj m'en vois fofpirant en Surie;
Car nus ne doit faillir Ion Criator.
Qui li faudra à ceft befôin d'aïe ,
Sachiez de voir qu'il faudra à greignor.
Et fâchiez bien li grand & li mener
Que là doit-on fere chevalerie;
C'on i conquiert Paradis & lionor,
Et pris , & lox , & l'amor de fa Mie.
Qui ci ne veut avoir vie honteufe ,
S'aille morir pour Dieu liez & joïeus :
Car celte mors elt b;ne & glorieufe,
Qu'en i conquiert le raigne glorieus.
Ne jà de mort n'en i morra un feus ;
Ainz nefhont tuit en vie glorieufe.
Je n'i fai plus qui ne fuit amoreus ,
Trop fuit la voie Sc^bone Se deliteufe.
«Hélas! amour, qu'il elt crue! de fe fépare-
» de la meilleure femme qui lut jamais ai-
» mée &: fervie! PuilTe Dieu , par fi bonté,
» me ramener auprès d'elle avec un p'ailir
» égal à la douleur que j'éprouve en m'en
» féparanf. Dieu, qu'ai-je di; ? Je ne m'en
» fépare point. Mon corps va férvir le Sei-
» gneur, mais mon cœur demeure tout er.-
» tier près d'elie.
» Soupirant pour elle, je m'en vais en
» Syrie. On ne doit pas manquer à fon
» Créateur. Qui manquerait à le fecourir
» dans ce befoin , lui manquerait fans doute
» dans un befo;n plus prenant. Sackez tous
» que c'eft li où l'on doit fe fignaler par
» mille exploits de Chevalerie. On y gagne
» paradis , honneur , gloire , louange , Se
» l'amour de fa Mie.
» Que celui qui craint de vivre avec
» honte , aille mourir avec joie pour fon
ao Dieu. Quelle mort plus belle Se plus
» glorieufe: Le royaume des cieux en elt
» la réc"ompenfe. Que dis-je? ce n'eft point
» une mort. Mourir ainfi. c'eft naître pour
» la gloire, c'eft commencer à vivre. Ah :
«fans l'amour, que ce voyage aurait de
» charmes !
Dex eft aflls en fon faint héritage :
Ore i parra comme cil le fecorront
Que il geta de la prifon honbrage,
Quant il fut mis en la croix que Turc ont.
Bien font honi tuit cil qui remanront,
Se nés retient pouretez ou malage :
Et cil qui îiclie & fain & fort feront
N'i puent pas deraorer fans hontage.
» Dieu eft alTiégé dans fon faint héritage»
» Il s'agit de voir comment le fecoureront
» ceux qu'il a racheté de l'enfer , en mou-
» rant fur la croix que les Turcs profanent.
«Honte, déshoneur, à quiconque, fans
» raifon de maladie ou de pauvreté . ne
» vole pas à fon fecours. Voilà le partage
» de ceux qui demeureront.
SUR LA MUSIQUE. 50;
Tuit li clergié & li honme d'aage «Les prêtres, le? vieillards quiy-con-
Qui en aumofnes & en bienfet nieinront, » tribueront par leurs aumônes & leurs
Partiront tuit à ceft pèlerinage, » bienfaits; les femmes, qui malgré l'ab-
Et les Dames qui challée tenront , » fence , garderont fidélité à leurs amans
Se loiauté font à ceux qui i vont. » partageront la gloire de cette pieufe er-
Et s'eles font par mal conlcil folage , » pédition. S'il en était d'aflez folles pour
A lafehes gens mauvefes le feront; » devenir infidelles , elles ne le feraient que
Car tuit li bon s'en vont en cclt voyage. » pour des lâches : tous les braves cheva-
» liers font du voyage ».
M. de la Ravalliere cite cette chanfon comme femblable à-peu-près à celle
du Roi de Navarre , commençant ainfï :
« Signor , faciez, ki or ne s'en ira
» En celé terre , ù Diex fu mors & vis , &c.
Il la donne à Raoul II de Coucy , tué à la MafTotire , Se la prétend
imitée du Roi de Navarre ; mais le Châtelain de Coucy qui en était le
véritable auteur, étant mort en 1191, c'clt le Roi de Navarre qui a été*
l'imitateur.
Le manuferir du Vatican la donne au Comte de Bcthune • mais il fe
trompe vifiblement. Cette chanfon cft absolument du même ftyle que celles
du Châtelain, & fa paliïon y perce, malgié ce qu'il croit devoir à Ditu.
^■f'**
^ e
*v
504
ESSAI
XXIII.
S'onques nus lions gour dure départie
Ot cuer dolent, je l'aurai par réfon :
Onques turtre qui pert fou conpaignon
Ne remeft jor de moi plus efbaliie.
Cliafcun pleure fa terre & fon pars ,
Quant il fe part de fes coriax amis :
Mes nul partir fâchiez, queque nus die,
N'cft dolereuz que d'ami & d'amie.
Se je fçufTe autretant à l'enprendre
Que li congiez me tormentaft enfi , .
J'euffe mife m'ame en voftre merci ,
S'alafTe à Dieu grâces & merciz rendre
De ce que ainz fouffriftes à nul jor,
Que je fufTe baanz à voftre amor.
Mes je me tieng apaiez à l'atendre ,
Puifque chafeun vous aime (î fanz prendre,
Li remenoir m'a mis en la folie
Dont je m'iere gardez mainte féfon.
D'aler à li ore ai qui l'achefon
Dont je morrai; & fe ne muir, ma. vie
Vaudra bien mort : car cil qui a apris
A eftre liez, renvoifiez & jolis,
A aiïèz pis , quand fa joie eft faillie,
Que s'il moroit tout à une hafchie.
Un confort roi en voftre défevrance,
Que je n'aurai à Dieu que reproehier.
Mes quant pour li me convient vous lelfier,
Onques ne vi fi dure défevrance.
Car cil qui voit tele amor défevrer,
Et n'a povoir q'il puifte recouvrer ,
A aflez plus de duel & de pefance ,
Que n'auroit jà li Rois s'il perdoit Fiance.
« Si jamais homme , au momqii d'une
» féparation cruelle, eut le coeur navré de
»> douleur, je l'aurai à bien jufte raifon.
» Jamais tourterelle qui perd fon îourte-
» reau , ne fut plus délblée qu: moi. On,
« pleure , on regrette fon héritage 5: fort
» pays , quand il faut dire adieu à fes
» amis de cœur : mais fâchez qu'il n'eft
«adieu, quoiqu'on dife , vraiment don-
» loureux que celui d'ami Se d'amie.
» Lors de mon entreprife, fi j'euffe fu
» tant foufFrïr en prenant congé , Dame ,
» j'aurais mis mon anie en votre merci, Si
» ferais parti rendant grâces à Dieu de ce
» que vous ne m'aviez jamais permis d'af-
» pirer à votre amour. Enfin , je l'ai cette
» perrnifTion, & je m'en contente, puifque
» c'eft en defirant fans jouir, que chacua
» vous aime.
» En reftant, fai fait la folie dont fe
» m'étais fi long-tems gardé. J'ai cherché
» l'occafion d'aller vous voir , & je vous
» ai vue. J'en mourrai , ou fi je n'en meurs
» pas , ma vie fera une mort véritable.
» Pour qui fut toujours d'humeur gaillarde
» & enjouée , perdre la joie & la gaieté
» eft pis que recevoir le coup de la mort.
» Ma feule confolation, en me féparanr
» de vous , eft de n'avoir rien à reprocher à
«Dieu, qui voitmon amour avec indulgence.
» Mais quand il me faut vous laiffer pour
» lui , eft-il un devoir auffi rigoureux ? Qui
» fe voit féparé de l'objet de fon amour,
» fins la pollibilité de s'y réunir, éprouve
» une peine plus accablante que ne ferait
» celle du Roi, s'il perdait fon royaume de
» France.
SUR LA MUSIQUE.
Pardieu, amors, tout fui hors de balance :
Partir m'dtuet de vous fani demorer.
Tain en ai fet que ne puis plus durer.
Et s'il ne fuit de remenoir viltanec
Et reproclie, j'allafTe demander
A ma Dame congié de retorner :
Mes elleeft, voir, de fi très grant vaillance,
Qu'à fon ami ne doit faire faillance.
50J
» Amour, je n'ai plus à balancer; il
» faut partir. J'ai tant fait , qu'un plus long
» délai m'eft impoiTiblc. Si ce n'était la
» crainte de m'avilir en reftam, & de m'at-
» tirer un reproche, j'irais demander à ma
» Dame la permiffion de retourner (a) fur
» mes pas. Mais la nobleffé des fentimens
» qu'on prife en elle, s'oppofe à une com-
» plaifance qui la ferait manquer à fon
(a) Que veut dire cette permiffion de rttourner qu'il ferait tenté de demander à fa
Dame ? Eft-ce la permiffion de ne point partir & de renoncer à fon vœu , ou celle de
revenir en Europe après quelque tems , & de ne point relier dans la Paleftine jufqu'â
là mort , comme s'y engageaient certains croifes.
II paraît par ce dernier couplet, i°. que cette chanfon efl la dernière de toutes celles
du Châtelain, & qu'elle fut faite au moment qu'il allait monter à cheval; i°. que fa
inaîtrcfTe ne demeurait point auprès de lui , puifqu'il craignait qu'on ne lui fit un reproche
d'aller lui demander une permiffion ; ce qui n'eût point retardé fon départ, fi le château
de la Dame n'eût été qu'à une ou deux lieues du lien. 3°. Enfin, que le Châtelain avait
probablement obtenu les faveurs de fa belle. Il fcmble au moins l'indiquer dans ces deira
vers, où il fe repofe fur l'eftime qu'elle lui a infpiré pour croire qu'elle fera ridelle.
50(5'
ESSAI
XXIV.
Chanfon anonyme (a).
Li Chaftclains de Couci ama tant ,
Qu'ainz poramors nus n'en ot dolor graindre:
Por ce ferai ma complainte en fon chant,
Que ne cuit pas que la nioie foit maiudre.
La mort mi fet regreter & conplaindre
Voftre clcr vis , bêle , & voftre cors gent.
Morte vos ont frère & mère & parent ,
Par un très fol défevrement mauves.
Por qui ferai mes ne chançon ne criant,
Quant je ne bé à nule amor ataindre ?
Ne jamès jor ne quier en mon vivant
M'ire & mon duel, &: ma dolor refraindre.
Car veniit or la mort por moi deftraindre !
Si que morir m'efteut maintenant;
Conques mes hom n'ot un mal (i très grant ,
Ne de dolor au cuer li pefant fais.
Mule ai veu & mult ai efprouvé
Mainte merveille eue & endurée :
Mes celle m'a le cors fi aterré ,
Que je ne puis avoir longue durée.
Or maudirai ma maie deftinée ,
Quant j'ai perdu le gent cors acefmé,
Où tant avait de fens & de bonté;
Qai valait melz que le roiaume d Ais.
Je départi de li outre mon gré :
C'eftoit la riens dont je plus me doloie.
Ore a la mort le départ confermé;
A touzjors mes c'eft ce qui me tout joie.
Nule dolor ne fe prent à la moie :
Car je fai bien , jamès ne la verre.
a Tant aima le Châtelain de Coucy, que
» pour aimer, on n'éprouva jamais douleur
» plus grande. Je ne crois pas moindre la
» mienne. Aullî prendrai-je fon ton dans
» ma complainte. La mort, ô ma belle, me
» fait regretter votre figure jolie , votre
» gentil corfage. Mère , frère , parens vous
» ont fait mourir , en s'obftinant mécham-
» meut à notre féparation.
» Pour qui ferais-je encore airs & chan-
» fons, quand je n'afpire plus au bonheur
» d'être aimé ; Je ne veux de ma vie affaiblir
» le fentiment de ma colère & de ma dou-
» leur. Que la mort ne vient-elle me faille
» de façon qu'à Imitant je meure. Non ,
» jamais nomme n'eut mal aulli grand ,
» affliction aulïï accablante.
» J'ai vu , j'ai fenti , j'ai enduré peines
n merveilleufes. Mais ce dernier coup m'a
» fi fort aterré , qu'il eft impoflible que j'en
» relevé. Je ne peux y furvivre long-tems.
» Maudite foit ma deftinée, quand je fonge
« que j'ai perdu créature l\ gentille , fi
» fenfée, li bonne, & valant mieux pour moi
m que le royaume d'Ais ( peut être d'Allé).
» Je me féparai d'elle bien malgré moi.
» Cette féparation , plus douloureufe pour
» moi que chofe au monde, la mort l'a
» rendue éternelle. Aufli la joie m'eft-elle
» i jamais ravie. Il n'eft douleur conipa-
» rable à la mienne. Je ne la verrai plus,
(a) Le dernier vers de tous les couplets cil fur une rime particulière, & ces vers riment
entr'eux , fans rimer avec ceux du couplet.
SUR LA MUSIQUE.
Hélas ! chétif, ou iré ? que feré ?
S'or ne me muir, je vivrai touzjors mais.
Pardieu , amors , je ne vos pris noient,
Car morte eit cel pour qui je vous prifoie :
Je ne pris rien ne biauté , ne joven: ,
Or, ne argent, ne chofe que je voie.
Pourquoi? pour ce que !a mort tout mefhoie.
Je cuit ainors , & adieu le conmant.
James ne cuit vivre fors en forment;
Joie & déduit tout outréement lais.
3°7
» je le fais. Malheureux que je fuis! hélas!
» où aller? Que faire? Si je ne meurs pas
»> à préfent, je ne mourrai donc jamais?
» Oui , amour, je ne vous prife rien.
» Celle pour qui je vous prifais , n'eft pins.
» Je ne prife ni beauté ni jeuncfTe , or ni
» argent, ni chofe que je voie. La raifon?
» c'elt que la mort difpofê de tout en maî-
» trèfle fouveraine. Je renonce à l'amour
» &: lui dis adieu. Ma vie déformais fera un
» tourment. Plaifirs, joie, je vous laifle ».
Nous n'avdfcs rapporte cette chanfon que parcequ'elle prouve combien
l'amour du Châtelain de Coucy était célèbre ; puifque l'auteur anonyme
de cette chanfon y dit, que pour aimer , on n'éprouva jamais une douleur
plus grande que la fienne. L'hiftoire amoureufe de ce Châtelain n'eu, donc
pas un conte.
3oS ESSAI
Nous avons cru faire plaifir à nos Le&eurs, en leur donnant la Table
fuivante de toutes les chanfons des douzième Se treizième fiecles , qui
nous ont été confervées dans les précieux manuferits que nous avons exa-
mines avec le plus grand foin.
Il faut avoir pris la peine de les parcourir plulieurs fois , pour juger
de la difficulté qu'il y a de corriger les er-reurs des copiftes. On trouve
plulieurs de ces chanfons attribuées à differens auteurs ; d'autres y font
tronquées ; 8c ce n'eft qu'en les comparant plulieurs fois que l'on peut
découvrir la véritable leçon.
Nos fix colonnes indiquent en quels lieux font les" manuferits que nous
avons cités: V } fignifie la bibliothèque du Vatican; .Réelle du Roi;
: Sa
Pj celle de M. le Marquis de Paul'my; Sj celle de M. de Sainte-Pahye ;
Cj celle de M. de Clairambaut ( maintenant difperfée ) \ 6c N3 celle de
la maifon de NoaUles.
Chaque étoile ou aftérifque apprend que la chanfon fur la ligne de
laquelle elle fe trouve , eft dans le manuferit qui appartient à fa colonnej
& les notes qui font au bas de chaque page , rendent compte des chanfons
qui fe trouvent fous differens noms dans les manuferits.
Cette Table a le double avantage de faire trouver en peu de rems les
chanfons dont on a beloin , & d'indiquer les auteurs d'un grand nombre
de chanfons, qui, peut-être , font anonymes dans d'autres manuferits.
CHAPITRE VII.
SUR LA MUSIQUE'.
}0f,
CHAPITRE VIL
TABLE des Chanfons des XII £ & XIIIe fiecles , quife trouvent
dans les Manufcrits du Vatican , du Roi , de M. le Marquis
de Paulmy , de M. de Sainte-Palaye , de M de Clair ambaut 9
& de MM. de Nouilles ( i ).
A
Adam de le Halle ou le Bojfu d'Arras.
J\ chanter ai volenté curieufè
Amours ne me veut ouïr
Dame , vos hem vous eftreine
D'amoureux cuer voeuil chanter
De chanter a! volonté curîeufè
De cuer penfieu & défirrant
Glorieufê Vierge Marie
Grant déduit a et s'amoureufe vie
Hélas ! il n'eft mais nus qui aîm
Je n'ai autre retenance.
Je ne chant pas
Je Cens en moi l'amour renouveler
Il ne muet pas de (ans celui
Ki à droit veut amour fèrvir
Li douz. mauz mi renouvelé
Li jolis mauz que je fens
Li maui d'amer me plaid mieux
Madame , je vous eftrene ,...e
Ma douce dame & amours
Mais amors f\ de me plaindre
Merci , amour , de la douce doulor
Merveille ert quel talent j'ai
Moult plus fe paine amours
( i ) Les afK-riques marquent que les Clunfoni fe trouvent dins les
îlanul'crits où on les voit placées.
£. Les ;a) delignent qu'elles y font anonymat,
Tome II.
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On mi deffènt que mon cuer ,
Or demande moût (buvent
Or vois-je bien qu'il fbuviene
Pour ce Ce je n'ai été
Pourquoi Ce plaint d'amour ,
Puifque je fiii de l'amoureufê loi ,
Qui a Pucele ou Dame amée ,
Sans elpoir d'avoir fêcours ,
Se li maus qu'amours envoyé .... ,
Tant me plaint voire enamoureux ,
Alars de Caus. ( MeJJlre )
A tous amans pri qu'il dient le voir
Hé ! ferventois , arrière
Amiens le Paigneres. ( Guillaume a" )
Amours me fait m'en veut ,
Puilque chanter onqes nul hom aida ,
Amiens le Clere. ( Henri y
Feuilles ne flours ne mi font pas , . . . ,
Andeli. ( Rogerin ou Rogiers a" ' )
Ja pour ce Sedain ,
C i ] Par quel forfait & par quelle occifôn
Angecourt ou Angecors* [Perrïn a")
Amors dont (ens & cortoifîe ,
Au tems nouel que cil oilel
Biau m'eft du tems ,
Bone amer , confèilliés moi
Chançon vueil fere de moi
Haute efpérance garnie
Heneur & bone aventure
J'ai un joli fbvenir ; .
James ne cuidai avoir _
Je ne chant pas pour verdor
11 convient t'en la candeille ■
Il feroit trop bon morir »
Il ne me chaut d'efté
[ l ] Attiibuc au Châtelain de Coucy , dans le Manufcrit de M.
«te Paulin)-.
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SUR LA MUSIQUE.
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Lî jolis maïs ne la flors
Lors quant je vois le Buiflon ....
Onques ne fui (ans amor
Onques pour éloignement
On voit fôuvent en chantant..,
Quant je voi l'herbe ce matin.,
[ i ] Quant li biax eflé repère
Quant li cinceius s'elcrit
Quant partis fui de Provence
Quant voi à la fin d'elle
Quant voi le félon tens fixé
Quant voi l'herbe amalir
Très-haute amor qui tant
Anjou ( le Comte d' )
Lî grans dé/irs & la douce penfée
Trop eft dellrois qui eft déconfortés . . . .
Argies. ( Gautier d' )
À Dex tant font mes de vilanie. . . . . ...
" Ains mais ne fis Chançon
Autres que je ne fueill
[ i ] Bien font amors leur talent
Bien ne cuidai de chanter
Ceft gent me
Chançon ferai mult marriz
De celé me plaig
Dez que ci ai touzjors chanté
En grant aventure ai mifë
En icel tens que je voi la fadour
Hé diex ! tant font mois
Humilités & franchiiês
J'ai maintes fois chanté de joie
Je ne me doi plus taire
La douce penfée me vient d'amer
La gent dient pourquoi
Ma douce penlée
Maintes fois m'a l'en demandé
N'eft pas à foi qui aime
Or chant nouvel eft longuement
.«.
[ i ] A Gonrîeri de Soignics dans Noaillei.
[2] Atttibuée à Thibaut de BJal'on , dans le nunufetit du Roi.
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Quant il ne pert fueille ne Bor .
Quant la félons s'eft démilè • »
Quant li tens pert fa chalor
Se cela me plaig .
Se j'ai eflé longtans hors du pays
Une chofè ai dedans mon coeur
Arnous le viéieux , de Gatïnois.
En enceinte curieux
Penfis , chief enclia un matin
[ i ] Por conforter mon corage ......
Aubïns ou Aubouins de Se^ane.
Bien cuidaî toute ma vie ■ .
Contre le dous tens novel ,
Londens ai elle en ire
Quant voi le tems félon ....
£ i ] Tant lai d'amours
Audefrois le bâtarde
Amours de qui refmuet
An nouviau tans pafcor
Bêle Emmelos elprès
Bêle jiàbiaux pucele
Bêle ydoine le lîet
Bien dot faire mes chauchoir
Corn esbahis m'eiluet '.
De/trois , penfis
En Chambre a or.
En l'ombre d'un vergier
Fine amors en efp.érance.
Ne fai mais en quel
Onques ne fêntant chanter .:
Por travail ne por
Quant voi le tens
Se par mon chant me povoit
Tant ai eflé penfis
Aude ou Athie. { Simon d' )
[ 3 ] Amour qui fet- de moi tout (on cornent. ..........
- i ■ ' — ■ "
[ i ] Attribuée à Jean Errars , dans le même Manufciic
|_2] A Pierre de Molira , dans le manufcrit du Roi.
[ 3 ] A Jean l'Orgiieneui Jam Clairambaut, & à Sauvage j'Ai.-
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SUR LA MUSIQUE.
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Sons amors que * •>•• "
Fols eu qui a .il. lent ,
[ 1 ] Li beaux elles le refclair ■ •
Li noviau jens qui fait paroir .......•••••
Nouel arnors on j'ai mis mon penfêr .
On ne peut bien . . , • 1
Quant li dous eflé défine
Quant je voi le grant
Quant la fàifbn défine......
Tant ai amor fërvi Si honoré
furieux ou des Autels. ( Baudoin des )
[ i~] Avriex ne mais
[ 3 ] M'ame & mon corps doig à celi. • . ,
B
Bar. ( le Comte de )
De nous Seigneur que vous eft-il
Baral. ( Meffire Geoffroy de )
A nul homme n'avient.
Chançonette por pedier ,
Baude de la Quariere ou de la Kakerie.
Chanter m'eftuet & fi ni (ai ._
Coros d'amors mau talens ,
1er main penfif chevachaî
Main lé Léon la bien faite ,
Baudes Augenon. ( Maître )
Loyal amours ce puet nus efprifôir
Beauvais. ( Raoul de )
Delès un pré verdoient
El mois de Mai par un matin
Puisque d'amors m'eftuet chanter
Quant la féfon renouvelle M
Remenbrance de bon amor.
[ 1 1 A Gace Brûlé- , dans le- nunufcrit du Roi , où elle cil
double.
[ï] Attribuée dans le mime manufcric à Kuilîns de Corbie.
I 3 1 A Kufiins de Corbic, dans le annulent de NoaillC! •
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5*4
ESSAI
Beaumarchais. ( Pierre de )
[i ] Bien cuidai toute ma vie , .. t
Douce Dame ce (bit «...
Joie & jouvent , valor & courtoitie ......
Beaumont. ( MeJJire Gile de )
Cil qui d'amors a droite remenbrance .........
Berneville. ( Gilbert de )
Adès ai eflé jolis bien
Amors , pour ce que mes chanz.
Amors , votre Seignorie
Au befoin voit-on l'ami. •
Aucunes gens m'ont enquis
Au nouviau tems que l'ivers
Comment qu'amors me
Cui doient li Lo/.angier
D'aller lonc pré
D'amors me vient H fens
Elas ! me fuis relûtes
Foi & amor & léauté
J'ai fet mains vers de chançon ••
J'ai fôuvent d'amors chanté
Jamais ne perdroit mane. •
James chançon ne ferai
Je chant , mes c'eft mauvais fîgne.
Je feiiïe chançons.
Je n'euiïe j'à chanté. .
J'oi tout avant blafmé
Joliement de chanter
Joli vetes de cuer •
[ i ] Hé amors , je fais norriz.
L'autre choie a en amor.
L'autrier d'aix à la Chapelle
Li joli penfé que j'ai
Merci amors , car j'ai vers vous
Onques d'amors n'aime les grief peines
Onques mais fi esbahis
[ i ] Attribuée dans le même manuferit à Guyot de Dijon , &
dant celui de Nouilles à AuSin de Sefarte.
[s] Attribuée a Robert de la Pierre, dant le manuictil du Roi.
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SUR LA MUSIQUE.
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Puifqu'amors le veut ...»
Tant me plefl à être anus 1
Bcjlourmés.
Or (êroit mercîs de (aifon
Sire Diex en tante
Bethune. ( Guillaume de )
Gn me reprend d'amours
Fuifque jou fui de l'amoureufe loi
Bethune. ( MeJJire Comte ou Quefnes de )
Au commencier de ma nouvelle
Au point d'y ver
Bêle douce dame chiere
Bien me deuiïe
Chançon légiére à entendre
Dex eft affis en fin fàint
Gente m'cft la (aifon d'été
L'autrier auint en cet autre
[ 1 ] L'autrier un jour après la St. Denis
Moût me lêmont
De rage & de rêverie »
Tant ai amé c'or
Blason. ( MeJJire Thibaut de)
Amors , que porra devenir
Au main par un ajornant
[1] Bien font amours ,
Bien voi que ne puis morir
Chanter & renvoilier
Chanter m'eftuet, fi crient mourir
1er matin par un ajornant
Li miens chanter ,
Quant je voi elle venir ,
Blols. (Robert de)
1 5 ] Li départir de la douce contrée ,
Merveil moi que chanter puis
[ 1 1 Atirihuîe aufli à Jean Errars , dans le minuter» du Roi,
[ 2 ] A Gauthier d'Argics, dans celui de M. de Paulniy.
[ i ] Attribuée à Chardon dc'Cr»ilille, dans U roanuluii de M-
de Paulin»-,
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ESSAI
Par trop celer mon corage
Puitque me (ïii de chanter entremis •
Tant con fus fors de ma contrée ,
Blondcau de Nejle.
Ains que la foille detêende
[ i ] A la doucor du terris que reverdoie
A l'entrée de la faitôn . » •
A l'entrée d'elle que le tens commence
Amors dont lui efpris
Bien doit chanter qui fine amor
Chanter m'eftuet , car joie ai • .
Cil qui tous les maux effiiye
Coument que d'amors me dueille
Cuer détiroux . . . . .
De la -plus douce amor
De mon délir ne fài mon melz élire . . , ,
En touz tens que vent & bize
J'aime par cou ft u me & par us , ,
Li plus le plaint d'amors.
Li Rofîîgnoz annoncie la nouvelle
Mes cuers me font. . ,
M.i joie me témoin., .......••
Ne fâvoient mon torment
Onques mats nus hons ; ,
Puitqu'amors dont m'otroïe à chanter
Quant je plus lui en poor de ma vie ,
Quand voi le teins félon ,
Quique 1ère de joie ,
[ 1 1 Rote ne lis ,
Si amors veut que
Tant ai en chantant proie
Tant aime & veuill ,
Tant de Soulaz g'i ai . ,
Bodel ou Bodeau. ( Jean )
[ 5 ] Contre le dous tans.
£i] Attribuée au Châtelain de Couey , dans le manufcritdu Roi.
[ 2] A Chardon de Croifille , dans le manufetit de Noaillcs.
[î] Attribuée aufli dans le même manufetit à Guyot de Dijon.,
Jk à Aubias de i cfane , dans celui de Noaille*
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SUR LA MUSIQUE.
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Entre le bois & la plaine
Hui main me chemin
L'autre jor les un bofchel
Lès uns prè verdoyant
Bouloigne. ( Gérard de )
Bonn* amours m'a à (on fervice mis
Brabant. ( le Duc de )
Amour m'eft au cuer entrée
Biau Gillebert , dites , s'il vous agrée
L'autrier eftoie montez. > •
Le Calcuns del monde fàvoit
Bruine. ( MeJJîre Jean , Comte de )
Je n'ai chanté trop fort ne trop fouvent
[1] Par deflbus l'ombre du bois
Pends d'amours , dolenu
Breji , Bregy , ou Bercy. (Hugues de )
Auflî corn cil qui
Lonc tans ai fèrvi
Nus hom ne il t d'amis
Oncor ferai une chançon perdue
Quant voi le tens
S'onques nus hom
Bretagne. ( le Comte de )
Bernard , à vous vueil demander
Bretcl ou Bretiaux. ( Sire Jean )
Jamais nul jour de ma vie
Li miens canter ne puet plaire
Onqs nul jours ne cantai
Uns dous regars en larrechin Soutiens
Bunùau de Tours.
Ha ! quanz fôupirs me viennent
Quant voi cheïr la froidure
[ 1] Le manuferit de Noailles le donne aufli au Chanoine de Saint
Quentin.
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Un pet! devant le jor
Carafaux.
Com amans en déîefpérance
Fine amor m'envoy e ,
N'efl pas fàges ki me tourne ,
Pour ce me fuis de chanter entremis
Puifque j'ai cliançon meue
Puifque la rofè fôit fleurie
Cajlel ou Chajlel. ( Robert ou Robïns du )
Amours qui mult mi guéroie
Bien ai amours qui m'a donné
En loyal amour ai mis
Nus fins amans ne le doit efmayer
Pour cou(è j'aim & joune fuis
Se j'ai chanté fanz gueredon
V. R. P. S. C. N.
Caupins. ( Arnoult )
De l'amour celi fui t. . . .
Entre Godefroi & Robins
Hélas ! k'ai fourfet à la gent
1er main penfïs
Quant j'oi chanter ces oilêaux
Chancelier de Paris.
Li cuer Ce voit de l'ueil plaignant
Chanoine de S. Quentin.
[i] A l'entrant d'où tens Salvage
Jherufàlem Ce plaint
Proie ne flor, chant d'oiiiax
Chardon de Croifille.
jVIarvis raifôn qui
[i] Li départirs de la douce contrée
Chartres, (le Vidante de )
Avant la faifbn del doc tems
[i] Attribuée dins le- manufcrit de Noailles à Gilles de Vieux-
mailon.
[2] A Robert de Blois , dam celui du Roi.
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SUR LA MUSIQUE.
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Chalcuns me fémont de chanter
[i] Combien qu'aie demouré ,
[i] D'amors vient joye & honours ,
[3] Li plus delconfbrtei del mont t ,
Quant foilliffent li bolcage 1
Quant la fjlonz del douz tans
[4] Tant ai d'amors qu'en chantant ,
[j] Tant con je fuiïe fors de ma contrée
Chevaliers, ( Guefvres )
Au commencier de ma novelle amour
Chanter m'efluet que pris m'en eft corage 1
Chan j'ori legiere à entendre ferai
Chiertain ou Certain.
Sendrat s'il eftoit ainfi qu'en Religion
Chiforiy {Jacques- de) appelle Jakemon de Cifûfi
dans le manuscrit du Vatican.
Contre la froidor
[6] Novele amor , qui m'eft
Li noviau tems que je voi
Li tens d'elle ne la bêle
Quant foille , vers & flors
Quant la faiton eft paiTée
[7] Quant la failons del doux tens
Quant l'aube elpine florilî
Quant recomance & revient
Chrétien de Troye.
D'amour qui m'a tolu à moi ,
[O Attribuée à Gautier de Soignies, dans le manufcrit de M. rit
Paulmy.
[2] A OuJart de L.ice.ii , <l.ms le moine manufcrit.
[j] A G.icc lkulcdans le mime & dans celui do Cairambaut ; à
Tibaut de filazon , dans Noaillcs.
[+] A Jacques de CUifon , dans le manufcrit du Roi.
[si A Robert «le Blois, dans celui de Clairambauc.
[<S] A Alars de Catix , dans Noaillcs.
(7] Au Vidamc de Chartres t dans Claiiambaut c\: dans M. de
Paulniy.
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§20
ESSAI
Jo) e ne guerredoli d'amours
Quant li douls elle décline
Cqlars le Bouteillier.
Amor & bone eipérance
Aucunes gens m'ont
Ce que aprend en France
Guillaume trop ell perdu
J'avoie laiiïîé le chanter
Je n'ai pas droit acheilôn
Je ne puis laiflîer que
Je ne fai tant merci
[ i ] L'autrier par un matinée
Li biaux tens d'elle
Li cuer le voit de l'oeil
Loiaus amors & déïïrriere
Merveil moi que de chanter
Onques mais en mon vivant
Par une rail on qui • •
Quant vei le tens
Colin Mufec,
En Mai quand li roffignolet
Sire cuer.s , j'ai viélé
.Valez oir la mufe mulet
Contredit, ( Andrieu ou André ou Pierre } Maître )
Amors m'a fi del tout à (on voloir...,
Autans que je vois.
Bonn & belle & aimant m'a prié . . . . ,
[i] Dame, pour vous m'eiloit
De belle Ifabel ferei ,
El mois d'Avrill
Ja pour nul mal ,
Je ne me dois d'amors
Iriés , penlîs , chantai
Moulft m'ert belle ,
[1] Attribuée à Jean de Neuville , dans le manuferit du Roi.
[ij Dans le manuferit de Noailles cette Chanfon commence par
Dame pour voui m'esjois boinemeat : c'elt <]ue .dans tous les cou-
plets l'ordre eft rcaveifi.
V. R. P. S. , C. | N.
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SUR LA M U S 1 Q U E.
32s
Fcnfcrsme doit villaine . . . .
Pré ne vert bois
Quant je voi le dous tens ...
Quant je vois partir fjille.. . .
S'il peut maint déconfort oïr
[1] Très haute amors
Vivre m'eiluet
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••.#...•••*«•■••••«...
Corbie. ( Pierre de )
Dame , ne vous doi
En aventure ai chanté
Esbahis en lonc voiage ,
Li mounier du mariage. ,
Par un ajournant
Penfîs que fins amourenx
Corbie. ( Roufcns de )
M'ame & mon cors ,
Corbie. ( Vielars de )
Cil qui me prient de chanter..
De chanter me fémont amors
Desconfortés , plains d'ire
Mains ai joie que je ne fuel
Coucy. ( le Comte de ) ( probablement Raoul II ,
Sire de )
De joli cuer énamouré ,
Couey. ( li Châtelain de )
\z] Ahi ! amors com dure départie
[ 3 ] A la douçour du tens que reverdoie
A vous amanz. plus qu'à nule autre gent
Belle dame , me prie de chanter
Bien cuidai vivre fans amour
[4] Comencement de douce félon bêle
[1] Attribuée aurti au Roi de Navarre , dans le manuferic du Roi ;
k à Pcrrin d'Angccourt dans ceux de M. de Paulmy £\ de Cl.ur.un.
baut.
[a] Attribuée au Comte de Eethune, dans les manui'crits du Roi
Pc du Vatican.
[îl A Blondcau de Nèle . dans le manuïcrii de M ■' P
{+] Atitibuic dans le sunufciit duRoi iGautict d'filpùiiii,
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32*
ESSAI
Coument que Ion que demeure
En aventure coumens
[i] Je chantafTe volontiers liement
La douce vois du roflîgnol fauvage
L'an que rofê ne fueille ,
Li nouvîau tans, & mais, & violete
Merci clamant de mon fol erement
Mult ai efté longuement esbahis ,
jVIuIt m'eil bêle la douce començance ,
[i] Nouvele amor ou j'ai mis mon penfèr....,
[j] Par quel forfêt & par quele achefon
£4] Pour verdure ne pour prée ,
Quant li eftés & la douce fàifôn ,
Qnant li roifijnoL jolis
Quant voi venir .
f 5 ] Sonques nus lions pour dure départie . «. . ,
Tant ne me (ai démanter ,
Coupele. ( Pierre de la )
A mon pooîr ai fervï 1
Chanson fais n'eiî pas
Je chant en aventure.
Quant li tans jolis revient
Quant y vers & frois
Couroirie. ( Eudes de la )
Chançon ferai par grand déièfpérance
Defconfortés coin cil qui eft fiins joie
Ma dernière vuel fere en chantant
Tout fôit mes cuers en grant déïêfpérance.. . . ,
Trop ai longuement
Craon. ( Mejjire Maurice de )
AI entrant del douz. termine •
........
[1] Elle eft double dans le manuferit du Roi; eft attribuée la pre-
mière fois au Châtelain , S: h féconde fois à HugueJ de la Ferté.
[2] A Simon d'Auihie , dans NoaiDes.
[j] A Roger 4'Andeli, dans le manuferic deNoailles& dans celui
du Roi.
[4] Attribuée au Châtelain dans le manuferit de fes amours , com-
jofévers Iz;8; attribué aufli àGaceBrulé, dans le manuferit du Roi.
[: j Attribuée à Hugues de Eregjr , dans le manuferic du Rei.
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SUR LA MUSIQUE
Craon. ( MeJJlre Pierre de )
Fine amor claim en moi
Cuveliers , ( Jean le ) d'Arras.
Anvis & déit fpérance m'ont fait
Au coumencier de •
J'ai une dame enamée • ••••
Jolive:és & jovence •
Moût me plaifênt à fentir
Four la meilleur qu'onques forma nature
D.
Douai. ( Pierre de )
Quant je vois eftés , a donc fui jolis • •••• ••«••"■
Douche. ( Andrieu)
Jehan amis, par amour je vous prie
Quant je vois la fâifôn venir
Dregnau de Lille. ( Marotte ou Marie )
[ 1 ] Moût m'abélifl quant je voi revenir
E.
Empierre. ( Jaques dy )
Cors de fi gentil faiture
D'amours naiil fruits vertueux ,
Eras. ( Jean )
Amours dont je me cuidai
Au tens nouuel que c'ell
Au tens Pafcor l'autrier
Bonne amour qui (bu repère
Dehors lonc prc & bofquets
De la légier entrepris
De pafcor un jour alloie . . . .:
Encore fuis cil ki a merchi
Je ne cuidai nus chanter
Je ne me (^ai en quel guilê
Hardis fuis en la confiance
Her main penfis chevauchai
[1} Auributc aufli à Jean de Neuville , dons le màuc DUnufcrih
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[ï] L'autreîer chevauchai mon chemin
L'autriec par un matin . .
L'autrier par une vallée
L'autrier paflor •••
L'autrkr une paftorele
£ i ] L'autrier un jor après la St. Denis
L'autrier un jors
Lès breuil d'un vert feuillage,
Nus chanters mais le mien...
Mus cuer n'eft mis à moi <
Pafiorel lès un bofchel. «
Por conforter mon corage <
Par un très-bel jour de Mai
[ 3 ] Penfer ne doit vilanie. * . .
[ 4 ] Penfis , chief enclin
Pré , ne vergié , ne bofèage ....•#•-•••<
Quant voi le tens
Très-penfànt d'une amorette
Erriers. ( Thomas )
Aine mais nul jor ne chantai. ..... • ....
Bien me fui aperceus
Diex ! qu'^ft le grand dolour
Hélas ! je me fuis donnés
Je ne luirai mon vifage
Ne doi chanter de foille ne de flor
Nus ne fet les maux d'amours
Onques ne forme mon penfer
Quant la froidure eft partie
Quant voi le tems repoivier
Tant ai amé & proie
Un defêret y aurai retraite. .
Defpinais. ( Gautier a" )
Amanz. finz & verais
Comencement de douce
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[ï] Attribuée à Richard de Semilly, dans le manulcrit de M. de
Paulmy.
[2] Au Comte de Bethune, dans le manuferit du Roi.
[3] Attribuée à Guyot de Dijon, dans le même manulcrit.
U] AArnoujtle Vicieux, dans le mcuie.
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Deiconfortez
SUR LA MUSIQUE.
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Defconforlez & de pie partiz
[ i ] Jérulalem , grant domage
Outrecuidiers & ma folle
Puifi^l'il in'efluet de ma douleur
Quant voi y ver & froidure ,
Tous efforciez aurai chanté
Tout autre fi con l'aymant
Efpinais. ( Jacques a")
[i] Au comencier de ma nouvel amor.
Efquiri. ( Jean d )
Jolîvetés & boine amors m'enfègne
Eujlache le Peintre , de Reims.
Amours, coument porroie chanfon ,
Clianter me fet pour mes maux
Cil qui chantent de fleur ne de
Ferme & entier , Ca.ni me faulfer
Force d'amours me deflraint
Nient plus que droiz puet eftre
Tant ell amours puilfanz
F.
Feriere. ( Raoul de )
Encore m'efhiet-il canter
[j] J'ai oubj^é pau mes travaux
L'an ne puet pas à deux
Par force chant coum es. 'h! ,
[4] Quant je voi les vergiers
[^] Quand il ne pert fueille ne rlours
Quant li io.aleignols jolis chante
[1] Attribuée à Jean de Neuville , dans le manuferic du
Roi.
Il) A Jean le Cuvcliers, dans le même m.iiiufcrit.
[jl Attribuée .i Gautier d'Argics , dans le iuJiui:uic de M. de
Pauliny & ■l.lns celui de ClairamKiut.
[tlA G illet de Vieux-ltuifons , dans celui du Roi.
[S] A G.ice Bri*lc , dans celui de M. de Pauliny &: celui de Clii-
tambaut; &: i Gilles de Vicux-mail'ons, aimi .]u à Raoul de Fer-
tiectl , dans celui du Roi.
Tome U
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ESSAI
Quant yvers a tel poilîance
Se j'ai chanté ce poife
Si fui du tout à fine amor
Une haute amor qui elprent
Feras. ( Lambers )
Amours qui m'a du tout en fa
Li très-doux tans ne la faifon
Ferté. ( Mejjîre Hugues de la )
En talent ai ke je die on..
[il Je chantalTe volontiers liement.
Or loi mes a convenu
Fournival. ( Richard de )
Ades m'eftoye
Aine ne vi grand..
Ce fut l'autrier en un '. ■ . . •
Chafcun , qui de bien amer cuide avoir non
[i] Gente m'eft la faifon
Joie d'amours ne puet •
L'amour demand ou che en franche
Lon tans me fuis efeondis
Mère au Roi omnipotent
Oies Seigneur père rens pas oifèufê
Par mintes fois penfé ai
Puifiu'il m'efluet de ma dolor
[3] Quant chante oiiîaux
[4] Quant chiet la foiile
Quant jou voi la douce faifon d'efté
Quant la juflice eft faifië
Se j'avoie pooire . . , ,
Talent avoit d'amer
Tex s'entremet de garder . . .'.
Un chafcun qui de bien amer
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[1] Attribuée au Châtelain de Coucy danj toui4c> autres manuf-
ctits ; mais on n'avoir pas examiné qu'il n'y a que les deux premiers
vers de femblables.
\z\ Attribuée à Richard de Semilly, dans le manuferit du Roi.
[3] Idem.
[4] Jdero.
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SUR LA MUSIQUE.
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Frcmeaux de Lille. ( Jean )
[1] De loial amor •
[z] Ma bone foi & ma loyal
Onques ne chantai
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Gace Brûlé. ( Monfeigmur )
A la douçor de la belle faifon
A la joie que defir tant
£5] A l'entrant d'un douz termine
A malaitè où qui s'eil
Au renouviau de la douçor d'elle
Avril ne mai, froidure ne le tems
Fiaux m'efl étés
Bien ai l'amor dont l'on cuide
Chanter me pleft qui de joie eft norri
Chanter m'eftuet irrément
Cil qui d'amors me confeille
[4] Cil qui tous les maus u
Compagnon je lai tel. . . :
Contre le froii
Contre le tens que voi.
Dame merci
[5] D'amors <jui ma tolu à moi
De bien amer grande joie
De bone amor & de loyal
Defconfonés , plein de dolor & dire
[é] Defconfonés , plein dire & de péfànce ....
Déformés veuille voir
Douce d.irne grez & grâces
En cil tens que je voi
Encore à fi grande poiflan ce
En douz tens & en débonere
[O A Jacquet le Viniert , dans le minuterie de Nos
[1] A Gayot de Dijon, dans le même manufcrii du Roi.
(jj A Joffelins de Dijon, dans le maoufcrlc du Roi.
[+] Aîtribucc à Blondeau de Neik , dans le manuferic de M. de
Paulmy.
[$1 A Chrétien de Troye, dam NoaiHcs.
[6] A Yiclatd de Corbic, dans Noailles.
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N 2
J2&
ESSAI
En tout tans Ma'ame.
[i] Fine amour & bone efpérance . . .
Fine amour & bone & franche
Foille , flour , ne routée
Grant péch;é fet que de chanter
Ja de chanter en ma vie ,
J'ai été Ion tens hors du pais ,
[i] J'ai oublié poine & travaux
Je n'eu pieça nul talent. ,
Je ne puis pas le loing •.
[5] Ire d'amors qui en mon cuer repaire
Iriez & deftrois &. pends
L'an que fine foille
L'an que voi l'erbe
[4] Li biaux elle/.
Li conhrrers de non ,
Li oilêllons de mon pais
[ç] Li plus dèfconfortés du mont
Li plufbrs ont d'amors ;..
Mains ai joie que ne (iveil
Mel n'eft quant voi
Merci amours qui efl il
[5] Moût ai efté longement
Ne mî font pas acoifon de chanter
Ne puis faillir à bone chançon
[-] N'elt, pas à loi qui aime coriaument
Oez pourquoi plaing & (opir ............
Penfis d'amors vueil retrere ,
Por ce dame grez
[8] Pour verdure ne por prée
Quant bone dame & fine amor
Quant define fueillc & flor
R. P. S. C. , N.
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[1] A Pierre de Molins . dans le ni.inufc.Tit du Roi.
[2] Attribuée à Giles de Vieuxmailbns , daqs le manufctit du Roi,
linfi qu'à Raoul deFerieies.
[j] Le Dante l'attribue à tort au Roi de Navarre.
[4] A Simon d'Authie3 dans le nianuftiiwde M. dePaulmy.
[5J Au Vidante de Chartres, dans le manulcrit du Roi.
[6] A Jean de Neuville, dans le niême manufctit.
[7] A Gautier d'Argics , dans le manufcrit du Roi.
[8] Au Châtelain de Coucy , dans Je roman de i'es amouri.
I 1
SUR LA MUSIQUE.
Q <ant de foulas < • <
[i] Quant fine amors
Quant fleurs & glais
Quant je vois la noif remiie i . .
Quant je vois l'erje reprendre
Quant l'erbe meurt
Q iant li tens reverdoie
Quant ma mené
Quant reverdit la glais
Quant voi & geil & froidure
Quant voi la flor boutonner
Quant voi le tens bel & cler
Quant voi paroir la fueille
Que bien aimer granti
Qui fèrt de faufle proiere
Sanz attente de gueredon
Savez pourquoi plait
Si grand déduis ne fi fôuveraine
Scrprîz d'amours & plains d'ire
, Tant de îôlas comme j'ai por
Tant m'a mené force de . . '.
Gaïdifer.
Amours ki fur tous a pooir
Je me cuidoie bien tenir
Las! pourkoi ris ne jus •. .
Par grant effors m'eftuet dire
Quant Dieus ne veut tout fi faint , .
[2] Gevenci, ( Sire Adam de )■
Amis Guillaume, ami Ci fage
Aiïez plus que d'efire amis
Compains jéhan , un jeu
La douce concordance
Marri loial voloir
Per li fervir en bonne
[1] Au Roi de Navarre , danj le manni'crit de Paulmy & de C!ai-
ramkiut.
[2] Il y a deux Cbanfcou de Gevenci , doue tous les couplets font
en mulï<]ue difKttnte dans le nUBUlcnt du Roi. C'cft une chofe peu
connu une.
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330
ESSAI
Si que fortune d'amors
Trop efl coutumiere
Gobin , de Reims.
On fôloit à en arrière
Pour le tems qui verdoie
Gantiers , de Soignies.
A la joye des oifêaux
Bel m'efl quant voi naitre le fruit
Chanter m'efluet de recomens
Doloureulêment cornent.
Douce amors qui m'a talenti
Je n'en puis mon cuer blâmer
La flors nouvele qui refplane
L'an quant voi eiclaircîr
L'an que la froiior
L'an que la lâifons s'agent
L'an que li bouillon
L'an que li dous chans
Li tans novaus & la douçours
Li tans que foille & flors deftruit..jj
Ne me done pas talent
Quant joi & bel
, Quant joi tentir & bas.- & haut
Quant li beaus cens a .nous
Se li oifiel baifènt lor chant .. . . |
S'ofters me fuis de chanter
Tant ai mon chant '.
Uns maus k'aime
Y ver aproiffne & la lâilôns
Grieviler.
Amours envoifié ,
Dolens, iiés, plains d'àrdure
Entre rai(ôn & amour.
Joli amours ki m'a en là...
Joli efpoirs & amoureux
Pour boine amour & ma dame
Guyot , de Dijon.
Amours m'a afïifè rente
Amours m'ont fi enfeignié.
V.jR. P.
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SUR LA MUSIQUE.
33»
[i] Bien cuidai toute ma vie
Chanterai par mon corage
Contre le dous tens nouvel
Déformais eiï railôns
D'amors me doit (ûuvenir
[r] De mon dolereus vous
Hélas qu'ai forfait » •
[3] Joie ne gueredon d'amors
Li dous tens nouviau
[4] Ma bone foi & loiauté
[5] Penfer ne doit villenie
f>] Qnant je vois plus félons
Quant li dous elles
[7] Uns maus corne mais ne
H.
Hedin. ( Jacques )
Je chante coume dervez
Se part mon chant mi pouvoie *,....
Hugues Châtelain , d'Arras.
[S] Aller m'eftuet la où je le trouvai
Hugues li Maroniers.
Robert or me confeilliés
I.
Jean de la Fontaine , de Tournay.
Amours me fait de cuer joli canter
[1] Attribuée dins le même manuferit à Pierre de Beaumarchais.
[s] Attribue; à Gillebert de Betneville, dans N'oaillcs.
3 Au Tr.ioricc de Lille , dans le maiiul'ciit de M. de Paulin
à Chécien de Troyc dans Nasilles.
[+1 A Fcemeau de Lille dans le Roi, Paulniy, &: Clairaml au:.
[s] A Jean Errais , clans Paulrny.
;<> Cette Chanibnflt la pi cédenceont à la fin de chaque couplet
un refi lin de plusieurs chantons , vraifcml laidement en vogue dans
ce tenu li.
[7] A Gantier de Soignies , da,i NoaUIes.
[»] A Gilles le Vuuets, dam l'julmy Se Clairambaut.
V.
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33z ESSAI
Jean l'Orguer.eur.
Amours qui fait de moi tout fon cornent.,...,..,
Au tens que voi la froidnre
Jean, (Peut) peut-être l'Orgueneur.
J'ai amé très-tout mon vivant ..,..,..
Jojfelins , de Dijon,
A l'entrée d'un doux ,
Par une matinée.
K.
Kaukefel. ( Ma 'tre Guibert de )
Chanter vaudrai d'amours
Fins cuers enamorés ,
Quant voi le dous tems
Un chant nouvel
L.
Laceni. ( Oudart de )
[i] Amours & deftuis & joie
D'Amours vient joie & hor
[i] Flor qui s'efpant ,
La Chèvre j de Reims,
[3] Bien s'eft amors honiê .,,,
Jamais portant glaire ,
Jamais portant que l'ame
[4] Plaindre m'efluet de la bêle ' ,
Qui bien veut amors
Lambert 3 l' Aveugle. •
L'autrier quant cors fut elclarcis ,
Le Moine . de Saint Denis,
Amors m'a éprîie
Amours me doit fouvenir
V. R. P.
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[1] Attribuée au Vidame de Chartres , dans le manufcrit du Roi.
[z] Aufli à Gilles le Viniers , dans le manuferic de Noailles.
01 A Robert de Reims , dans Clairambaut.
C+J Idem.
Et
SUR LA MUSIQUE.
3 53
Et mon Dieu , c'efl la rage ,
Le Treforler de Lille j ou Pierre le Borgne.
Haut honor d'un commandement
[1] Joie ne guerdon d'amors
Li loufèignols que j'oi
Louvois. ( MeJJire Jean de Louvois )
Chant ne me vient de verdure • <
M.
Mailli. Ç MeJJire Bouchart de Mallll )
Trop me puis de chanter taire
Maifons. ( Gilles de )
Je chant , mes c'eft mauves fignes
[ij J'oi tout avant blafine puis voir
Maljons. ( Jean de )
Je ne cuit pas qu'en arnors tra'i Ion
Marberolles. { Rolerc de )
[;] Chanter m'eftuet, car pris m'en eft
Qui d'amors a remembrance
Sire Dex ! en tante guifê
Marche. ( Monjeigncur le Comte de la )
L'autrier chevauchoie (bus par une con:rce
[4] Puifque d'amours m'eftuet les maux
Tout autre fi com li Rubiz.
Martin le Béguin , de Cambray.
Poine aventure ait madame
Loiaus amours , bone de fine
[1] AGuyot de Dijon, dans le minufcrit du Roi; Se à Clirt'ticn
de Troycs, dans No.iilles.
[1] Ces deux chantons l'ont attribuées i Gilles de Vieuxtnaifoni
cijns NoaiUes.
[j] Attribuée i Gillet de Vieuxmaifoni , d.ms lemanufcricduRoi,
[+] A Jeun Erars, dans Clairainluut.
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334
ESSAI
Loiaus defirs & penfèe jolie.
Pour demeurer en amour
Mathieu , le Juif.
Par grand franchifè me convient
Por autrui mouvai mon chant
»••••••*<
■ ••••••••<
Mathieu de Gant , le Clers.
Corn plus aim & mains ai joie
De faire cançon envoifie
Je fers amors en mon pooir
Mahieu de Gant , refpondés ,
Mahieu , jugiès fè une dame
Onqnes de chanter en ma vie
Mauvoijîn. ( Robert de )
Au tens d'elle que voi vergier florir ,.
Moniot , d'Arras. ( Jean )
••••••••
A l'entrant de la faifon
A ma dame ai pris congié ....
Amors me fait renvoifier
Amors , n'eft pas j'en die
Amors , s'onques en ma vie
Après le définiment
Chanlbnette à un chant
Ce fu un mai au douz tens gai
'Dame , ains que je voile
De joli cuer enamorée
Encoir à fi grand poiffànce. . ..
Li doux termine m'agrée
[i] Ne me done pas talent...
Nus n'a joie ne fblaz. . •
Plus ami que ne foloie
Quant voi les près florir
Moniot, de Paris. ( Jean )
A une ajornée
Au nouviau tems que nait la violette.
De haut lieu muet'la cancon
R.1P. 1S. IC.
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[i] Atttibute à Gontiers de Soignics , dans Noailles,
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SUR LA MUSIQUE.
33>
Je chevauclioie l'autrier
L'autrier par un matinée
Li tens qui raverdoie .'
Lonftens ai mon tens ufc
Pour mon cuer reiïèccier. . ,
Quant ]'oi chanter l'aloette
Qui bien aime à tart oublié
Qui veut amors maintenir
Moulins. ( Mejjire Pierre de )
Chanter me fait ce dont
Fine amor & bone
Quant foillillent li bocage
Tant (ai d'amers
N.
Nele. ( Pierot de )
Douce vierge roifte
Neuville ( Jean de )
Amors à qui toujors
[t] A tous amans
D'amors me plain ne Hii •
[ i] Deioremais efl railôns
En tout le mont ne truis
Gautier de Formefeles
Guillaume li Viniers , amis
[j] Jherufalem grant
La douçor d'eftée
L'an que la froidure faut
[4] L'autrier par un matinet
Li dous tens de pafcor
[5] Moût ai été longement
[6] Moût m'abéli
[j] Auflî attribuée à Alars de Caus , dans le manuferit du Roi.
[2] Attribuée à Guiot de Dijon, dans le imnufctit du Roi.
[3] Dans le même manuferit, elle ell fous le nom de Gautier
d'Efpinais.
[•*] A Colars le Bouteiller , dans le manuferit de Patilmy.
[5] A Ga(Tc , dans le même manuferit
[«] A Marie de Drcgnau de Lille, dans le racme uianufctit , &
dans celui de Noailles.
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Puiiqu'enfi l'ai entrepris...
Quant je voi par la
Quant li bofêages retentit.
Quant voi la flor
Quant voi fenir y ver,...
ESSAI
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Oifi. ( MeJJlre Hugues £)
En lax que chevalier
[i] Maugrez tous feins
OJlun. ( Jacques d' )
Bêle , (âge , fimple 8c plefânt i
P.
Paon. ( Philipe )
Se félon & lozengier
Pierre. ( Robert de la )
Celé que j'aime.
Contre le doux tens de may
[z] Hé amers
J'ai chanté moût liement
Joliment me doit chanter
Je chantai de ma dolor .
Je ne cuidai mais chanter
Par maintes fois ai chanté liement
Si j'ai chanté
Prince, de Morêe.
Au nouviau terns que j'oi .
Loiaux amors qui m'alume
P.
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Quarignon. ( Renier de )
Andrieu dou che
Jehan , li quiex a miendre ..............
[i] A Giice Eiulé, dans Clairanibaut.
li] Attribuée i Guilbert de Bctneville , dans Paulmy.
SUR LA MUSIQUE.
337
R.
Rcnti. ( Jean de)
Amours paffà courtoifie.
J'ai grand picca délacé de chanter
Jehan Bretel , un chevalier
Je m'efmerveille forment
L'autrier errai
* Li roiïignols jolis
N'eft pas fage qui enprent
Onques ne Cent chançon .
Plus ke mais ne fuel
Qui n'auroit bone amour
Se che n'eftoit pour dame «
Se loiautés en amour pooic
Robert , de Reims.
Bergier de ville champêtre
L'autrier de joute
Quant voi le douz tens venir
Quand feuilliflent li buiiïbn
[ i ] Qui bien veut amors deicrire
Rogerin , de Camb.ray.
Nouvele amour qui fi m'agrée
S
Sauvage , £Arras.
Amour qui fait de moi tout (on
[i] Quant li tens pert (à chalor
[3] Quant voi paroir la feuille
Robert de Bethune
Sauvage de Rethune.
[4] Quant voi paroir la fucille
Sauvale Cojfes.
Amors qui fait de moi tout (on cornent. . ,
• • ■ • •
V. R. P.
1 • * 1 .
* Chaque couplet commence par le mot qui a fini le prîccdcnc.
[1] Attribuée à la Chèvre, de Reims, dans Noailîcs.
[2] A Gautier d'Argies , dans les manufcrici du Roi & Je
Noiillcs.
[ jj A Sauvage de Bethune , dans le même.
[+] A Sauvage d'Arras , dans le mèuict
S. C.'N.
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ESSAI
Semilli. ( Richart de )
Ame ne vi grant hardement
Chançon ferai plain d'ire & de penfée ,
Dex s'entremet de garder
De chanter m'eft pris corage ,
[i] Gente m'eft la failôn d'efté ,
J'aime la plus fade riens qui fôit. ....
Je chevauchai l'autrier la matinée
[i] L'auttier chevauchai mon chemin
L'autrier tout feus chevauchoie
Mult ai chanté , rien ne mi peut valoir .....
Par amors ferai chancon '. . .
Nous venions l'autrier de joer
[5] Quant chiet la fueille
Quant la failôn renouvelé
[4] Quant chante oiliaux
Sendrart ou Sendrac.
Doy home lônt auquiftout d'un eage
C5] Soig(iies. ( Gautier de)
Au tens gent qui raverdoie
Conbien que j'aie démoré
Doleroufèment tourmenté ,
El mois d'efté qui li tens raflbage
Li tens noviaux & la doçor
L'an que florift la bruiere.
Merci amors , or ai mèsfet
Quant j'oi tentir haut & bas
Tant ai mon chant entrelaillïés
V.\R. P. S. C. N.
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Soijfons. ( Raoul de )
Chançon m'eftuet & fere, & comencier ..
Quant je voi & fueille & rior .
[1] A Richard de Fournival , dans le même.
[1] A Jean Erars , dans le manui'crit du Roi.
[j] A Richard de Fournival , dans le même.
L4] Idem.
[s] Peut être ce Gautier de Soignies elt-il le même que Gontiers
de Soignies. Ceuendam aucune chanfon n'cfl donnée de l'un à
l'autre , dans les difnuens manuscrits.
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SUR LA MUSIQUE.
339
Quant voi la glaie meure
Ro) s de Navare , fire de Vertu
Soijfons. ( Thierry de )
A la plus fige & à la plus vaillant
Amis Harchier , cil autre chanteor
Chanson legiére à chanter
Deftrece de trop amer
[i] Encor n'eft pas rélôn
Helas ! ère ai-je trop duré
T.
Tardais. ( Jofeph )
L'an queles jou rs fùnt
L'on nues mes d'avrill
Thibaut, d'Amiens.
J'ai un cueur trop lent
Thibaut , Comte de Champagne , & Roi de Navarre.
[i] . A enviz Cent mal qui ne l'apris
. Amours me fait comencier une chançon
. Anfîs comme unicorne fui
. Autant plein de félonie
. Bauduin , ils (ont dui amant
. Bien me cuidoie partir
. Bons Roi Thibaut, Sire , coniêillés moi
. Chançon ferai que talent m'en eft pris
. Chanter m'eftuet , que ne m'en puis tenir ,
. Comencerai à faire un lai ,
. Contre le tans qui desbrife ,
. Couftume eu bien , quant l'on tient
. Cuens , je vous port un jeu
. Dame , cil voftres fin amis
— Dame d'amors
. Dame enfî eft qu'il m'en convient aler
. Dame l'on dit , que l'on meurt bien de joie
[i] Attril'u'-c à Guillaume le Vinicrs, dans le manufcrit du Roi.
[i] Les chantons marquées par un ^oint , l\jnt dani l'cdilion de
M. de la Ravalicrc.
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ESSAI
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. Dame merci , une riens vos demant . , . . ,
. De chanter ne me puis tenir
t De fine amor vient fcience & beauté
. De grant joie me fuiz. touz. efmeuz
. De grant travail & de petit exploit
. De ma dame fbuvenir.
. De novel m'eftuet chanter ,.
. De tous mes maux, n'eft nus plus plaifâns
. Diex eft enfi corne li pélicans
.. Douce Dame , tout autre pan(è:nent.
. Dou très-donc non à la Vierge Marie
. En chantant voel ma dolour delcouvrir
.En mai la roufée , que neft la flor
. Enpereres ne rois n'ont nul pooir
. Feuille ne flors ne vaut rien
. J'aloie l'autre ier errant ,.,...,
. Je ne puis pas bien mettre en non chaloir
. Je ne vois mais nuluî , qui gieu ne claim
[i] . Je n'ox chanter trop tard ne trop (auvent
. L'autre ier par la matinée
•• L'autre nuit en mon dormant
. Les douces dolors
. Li douz penfers & li douz (ôvenirs
. Li roflignoz chante tant
. Mauves arbres ne puet florir.
. Mi grant defir & tui mi grief torment
. Nus hom ne puet ami réconforter
. Ne por mau tens ne por gelée
. Par Dieu , (ire de Champagne & de Brie
, Phelipe , je vous demant
. Phelipe , je vous demant k'eft devenu
. Pour coufe d'amer me due
. Pour conforter ma péfance....
. Pour froidure ne pour yver félon
[i] Puisqu'il m'eftuet de ma dolor
[ij Attribuée au Comte de Braine, ainfi qu'au Roi de Niv.irre ,
dans le manufetit de Noai'les &: dans celui du Roi.
[2] Dans la TaMe ancienne du manufetit du Roi , cette chanfon e.t
attribuée au Roi de Navarre. Cependant à la tête de la chanfon , on
voit écrit en lettres vertes , Maître Richirt , fins doute de Fournival ;
fit le manufetit de Noailles la lui donne deux fois. Celui de Ciai-
i aaibaut la donne à G.iuucrs d'fiffinaji,
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Quant
SUR LA M US I Q
, Quant fine amors me prie que je chant • .
. Qui plus aime plus endure . ...
. Robert , veez. de perron ,
. Rois Thiebaut , fire , en chantant
, Sayés , pourquoi amors a non amours
. Signor , faciès ki or ne s'en ira .
. Si j'ai lonc tens été en Romanie
. Sire , Ioez moi à choifir
. Sire , ne me celés mie
. Tant ai amors fêrvies longuement <
• Tout autre fi corn fraint nois & yver ,
. Tout autre fi com l'ente fet venir
[i] , Très-haute amors , ki tant s'efl abaiflée ,
. Une chançon encor voil .
. Une chofè , Bauduin , vous demande
« Une dolors enoiïee i
Trie. ( Jean de )
fione dame me proie
Li Ions confirs ■ '.«'■
V.
Veau. Guillaume.
J'ai amé trefiout mon vivant
Vieuxmaïfons. ( McJJire Pierre Cillée de )
[i] A l'entrant del tans fâuvage
[3] Chanter m'eiîuet , quar pris
Encore m'efluet-il chanter
[4] J'ai oublié peine & travaux
JVIt fui del tout à fine
Pluie , ne vens , gelée
[1] Attribuée à Pétrin d'Angecort , dans Pjuîmy & dans Gai
rambaut; & à Pierre Conrredit. dans celui du Roi , & celui de
No.iillcs.
[2] Attribuée dans le même manuferit au Chanoine de S. (Jucn
tin , & dans celui de Noailles.
fc [j] A Robert de Maibcrolles , dam Pauln-.y & Claifambauu
U] A GafTe Brûlé , dans Paulmy.
Tome JT,
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142
ESSAI
[i] Quant je voî les vergers.. ...... ........
[i] Quant iver à tel
Quant il ne pert
Quant li louiïeignols
Se j'ai chanté ce poiiïe
Se par chanter me
Vilain , cCArras.
Beau m'eft del . . . .
Joious talent eft de moi départis
Se de chanter ne poiffe tenir
Viniers ( Gilc le ) ou Vigneres.
A ce m'acort que mon chant i
£3] Aler m'eftuet là où je trevai
Au partir de la froidure dure
Amors qui me le comande.
Beau m't il printens au partir
Viniers. ( Jaques le )
£4] De loyal amor jolie
Je fuis chil qui tojors foloie , .
Loiaux amors qui en moi
Viniers. ( Guillaume le )
A Hors ne glais ne voit
Amours graffi , ,
Amours voîlre fers
Bien doit chanter ,
Bone amour cruel
Chançpn renvoilîé ne puet
Dame des ciels moût
De bien amer croit
[5] Encor n'eft raifôn que ma joie
En mi-mai quant c'efl
En tout tans fè doit , ,
R.
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[I] A Raoul de Fertierej , dans le même,
[a] Idem.
lîl A Hugues Châtelain, d'Arras , dans Nouilles,
[4] Attribuée à Jean Fremiaux de Lille , dans Noailles , &
«Lins le manulcric du Roi &: celui du Vatican.
\$\ AThietry de Soiffons, dans PaulmT,
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SUR LA MUSIQUE.
34*
Elpris d'ire & d'amor
Flors ne glai
Frère , qui fet mieux
Glorieufè Vierge pucelle
Je me chevauchai pends..
Ire d'amors & doutance
La tlnr d'y ver
Le bien amer croift fens & cortoifie
Le premier jour de May
Li loutèignols avrillous
Moines ne vous
Moût à mon cuer
Qui merci crie merci doit avoir...
Quant ces nioiflons
Qui que voie en amor
Ramanbrance d'amors
Se chans ne defcars ,
Sire frère, faites mon jugement...
S'onques chanteurs
Tel fois chante la Jbnglere
Thomas , je vous vueil
Virgene pucele royaux
Voloirt de faire chançons ,
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P-p X
544
ESSAI
TABLE des Chanfons anonimes , qui fe trouvent dans les
Manufcrits du Vatican , de M. le Marquis de Paulmy , de
M. de Clairambaut , de M. de Sainte-? alaye , & de MM..
de Noailles*
A
J\ ia douçor dont H oifiaux . . . . , .
A la fontanele
A la fàifôn dou tems
A l'entrant de May ,
A l'entrant , dou tems novel,
A l'entrée de Pafcor.
Amis , quel eft li mieus vaillant
Amors de chanter m'avoie .,
Amois me femont & proie de chanter . . .. ,
Amors me fèmont & prie de canter , mais
Amors me tient en efpérance.* ,.
Amors ne fe puet celer
Amors qui m'a en fit baillie reçu
Amors qui fôrprent
Amors dont je me cuidoie ,
Amours eft une merveille
Amours m'a pris & mis en fa prifon
Amours me donne achoifôn de chanter . .
Amours m'eft el cuer entrée
Amours, que porrai devenir
Amours qui a fon oes
Amours qui m'a doné je l'en merci
Apris ai qu'en chantant plorer
Avant hier en un vert pré
Au comencier del'amor qui m'agrée....
Au comencier de totes mes chanfons
Aucune gcnt ont dit par félonie
Aucun vuelent demander
A une fontaine lès un bois ramé .,,,,,,
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SUR LA MUSIQUE.
Au nouviau tems toute riens s'cjoïft
Au par ifllr de la campaigne
Au partir d'elle & de flor
Au renouvel du tems
* Attribuée à Gaffe dan» le manufetit du Roi, & au Châtelain
de Coucy , dans le Roman
Au reparier que je fis de Prouvence •
Au tems d'Aouft que feuille de bolchet. , ,
B.
Bel avantaige a de chanter
Bêle & blonde à qui je fuis tout
* Chaque couplet finit pat le mot qui commence le l'uivant . .
Biau m'eft quant voi verdir ,
Bien ai perdu le grant ,
Bien cuidai garir amors
Bien cuit dou frais ne goûtera
Bien doit amors guerredonner ,
Bien doit chanter quant dire
Bien me deulfe targier , ,
Bien font amours leur talent ,
Bien m'ont amor entrepris.
Boîne amours ki m'agrée ,
Bois ne lis ne roiê en Mai ,
c.
Car me contêilliés , Jehan ,
C'eft en Mai quant reverdoie •
Chançon de pleur & de (ôpirs. ,
Ctvafcun un voi le tens ,
Chanterai par grant envie ,
Chanter me convient plain d'ire
Chanter me font amors & resjoir
Chanter m'efluet plain d'ire & de pefance
Chanter vueil d'amors ,
Chanter vueil en nouviau fon
Cornent qu'amors me deftreigne . . . •■
Com ire d'amours
Confors me prie & le mont
Confeillcs moi , Jean de Gritvikr. .,,..,..,.
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E S S A 1
Contre le frois tans d'y ver
Contre le tems d'eue qui
Contre le tems que je voi qui repaire.
Cuveliêr , & vous , Ferris
Cuvelier , s'il efl enfi
Cuveliêr, vous amerés
D.
Dame qui cors honorés.
D'amours me plaing plus ,
Dame merchi , une riens . . • <
De cuer dolent & plein d'ire
Dedans mon cuer naift une
De la joie que des eflant
De la proceffion au bon abbé
Déformés ne me puis taire
Deflroiz. d'amours & penfîs
Deftroii de cuer & de mal
Devers chaftel vilain me vient
De vous, amors, me complaing
Dex ! con m'ont mort norrices
Dex ! Je n'ofe nommer amie.
Dex faut madame & douce
Dites , feignor , que devroit
Donc ère d'amors enlêigné
Douce dame mi grant defïr
Douce dame , mult fui liez
Dous rouffeignols jolis
Dous efl li maux qui met
* Donnée à Adam le Boffii , dans le manuicrir de Noialles . . .
V.
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En Avril au tems pafcour .......
En cède note dirai
En chantant rm'eftuet
En chantant me vueil complaindre.
En chantant plaing & fbpir
Encontre efté qui nous argue . . . . .
En douce dolor aurai longuement.
En eCnai & en confort ne fçai....
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SUR LA MUSIQUE.
34*
En efpoir d'avoir
En la douce fàifôn d'efley ......
En ma foreft entrai l'auirier. . ,.
En mai au douz. tems nouvel....
En mai la roulée
En mars quant la violette
Ennui & dcfèfpérance
En pafcor un jour eftoie
Ens ou cuer m'eft entrée ,
En une praele lez. un vergier..
En une praielle trouvai l'autrier
E fêrventois t'en iras droit
Enlî con cil qui cuevre .......
Fine amors me fait chanter. . .
Flor ne verdure de pré
Flor ne verdour ne m'a plu..
Force d'amors me fet dire . .
Force d'amors qui m'a en lôn
G.
Gent de France mult efhe.
Grand pieça que ne chantai.
H.
Hui main par un ajournant
J.
'ai bon efpoir d'avoir joie
'ai chanté mult liement
'ai cuer & gent doit avoir
'ai maintes foiz. d'amours
J'ai novel comandement
J'ai oublié paine & travaus
Ja nus lions pris ne dira fa réfôn . ,
Jean Bretel , par raifôn
Je chant par droite raifbn
Je n'aurois Jamais yoloir de nule , , ,
V. P.
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ESSAI
Je ne chant mais dou tems qui reverdit ...............
Je ne mi vueil de bone amor retraire
Je ne puis entr'oublier mon grant domage
Je ne tieng mie à fage auffi ne fait
Je n'oi pieça nul talent de chanter
Je foloie entrenvoifïés s
Je fris efpris doucement.
Je fuis votre ligement
Je vous proie , dame , marvie
Il covient qu'en la chaudoire
Il me covient renvoifier , ,
Il m'eft avis que nus ne puet chanter .
Joie d'amors que j'ai tant defirée
Jolis plain de mon amor
J'ofaiïe bien jurer n'a plus Ion tems
K.
ti bien veut amours delcrivere . ,
L.
L'amours dont fin elpris me femont
Là où la foible & la flor
Las ! pourquoi m'entremis d'amer
LaiTe ! pourquoi refufai.
L'autrier en une praiele
L'autrier eftoie en un vergier
L'autrier m'en aloie.
L'autrier par une matinée » . . . .
L'autrier quant je chevauchoie
L'autrier quant je chevauchoie tout droit
L'autrier tout feul chevauchoie ,
Léaux amors puifiju'enfin
Le Brun tems voi refêlarcir
Les gens me dient que g'enpir
Li Châtelain de Coucy ama tant
Li douz. chant de l'oilèillon que
Li joli tems d'eftey que je voie
Li maus d'amours me plaît
Li roflïgnox que j'oi chanter
* Le mot qui huit un couplet elUe même qui commence Iefuivant...
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SUR LA MUSIQUE.
Lï cens d'elle renvoifiez & jolis...
Lî Vtïi. daus maus que j'endure..
Loia! amour qui oi'eft el cuer...,
Loiaus d-firs Se penfée jolie
Lons defîrs & longue atente
LorPjue rofê ne fueille ne flor . . . .
Lorfque vois le boifTon en verdure.
M.
Ma chançon n'efl pas jolie i
Madame me fait chanter
Ma douce dame, on ne crois..
Ma douce dame , que j'ai encor
Marvis refbn qui convoilè
Mère à dous Roi
Mère au Roi Poiifant
Merveilles eft que toujours
Moines ne nous ennui pas
Mult m'a deruoré .
• • • • • i
N.
Ne lairai que je ne die de mes maus. .
Ne rofè ne flor de lis.
N'eft pas fâige ki me torne à folie . . ,
Ne fui pas fi esbahi por yver, ...,..,
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o.
Oi mî amors fi dure départie
On me deftent que mon coer.
Onques mais jor de ma vie
Onques ne mes poi parcevoir
Or ne puis-je plus celer le mal d'amour
Or (crois merci de fâilôn
P.
Panfêr mi font & voillir gran;.
Par force quant m'esbahîz
Par le tems bêle . ,,,,.,
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N.
3jû
ESSAI
Par mainte foîz ai chanté. .........
Par mon cuer à ma joie
Pe-'/îf contre une bruye-e
?'.u( T i'amours , joie-os & corrodez. .
,_■ triftece & !a défefpérance ..
' ne vens , gek'e ne froidure...
P ine d'amors & li mal que j'en trei
Pot ^ele où m'entente ai mife
Por mon cuer à joie atraire
Pour d.-morer en amour (ans retraire
Povre vieillefie m'afàut
Pour faire l'autrei volume
Pour moi renvoifier ,
Puifpe li maux qu'amours me fait . . . .
Puiqu'en chantant covient que me déport
..*■».. .«...j.
Quant
Quant
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Quant
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Quant
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Q.iant
Quant
Quant
Quartf
oi fèntir & bas & haut ......
fine yvers que cil arbres . . . . .
florilènt la prée
e chevauchoie
e voi efté , àdonc fui jolis . . .
e voi frémir la brueille
e voi la flor novele
e voi yver retorner
e voi le roffignol chanter , , . .
la flor de l'elpinete voi
la roufée au mois de mai . . . ,
la laiton defirée eft entrée
li botcages retenait
li nouveau tens define
li noveax tems d'elle
li oilèllon ,
li tens tome à verdure .......
Mars commence & Février. . .
neft flor blanche & vermeille
par doucour dou tems novel . .
voi blanchoiei la flor
voi elle & le tems revenir...
voi faille & flor d'elle
voi la prime floreue , ,,,,,,,
V. P.
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SUR LA MUSIQUE.
Quant vci la flor novele t • •
Quant voi le tems & froiduie
Quant voi li doux tems bel & cler
Quant voi li douz. tems revenir...,
Quant voi le novel tens venir
Quant voi née
Quant voi reverdir l'arbroie
Quant voi raverdir vergier
Quant y ver trait à fin
Quar eufle-je cent mile marcs
Qje faic porquoi amors
Qui à chanter veut entendre
Qui porroit un guierredon
R.
Rofé , ne flor , ne verdure.
S.
Se j'ai du monde la flor
Se j'ai chanté , ne m'a gaires
Se par forez de merci
Se valors vient de mener
Sire Michiel , refpondés
S'onc ire d'amors enlëigna
Sovent m'ont demandé la gent
Souvent me vient au cuer
Souvent fôufpire
T.
Tant ai au cuer ire & cruel.
Tant ai d'amour apris Se
Tant ai d'amours qu'en
Tant me plailt à l'ellre à mis
Telx nuit qui ne peut aidier
Tout autrefi con dou loleil
Trop efl cift mondes cruaux
Trop m'abélilt quant j'oi
Trop fui d'amors enganési.. . . . .. .
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ESSAI
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Vers, & réfôn & mefûre....
Un main me chevauchoie. . ,
Un petit avant le jour......
Volés-vous que je vous chant
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On trouve dans ces Manufcrits plufieurs autres Chanfons anonymes ;
mais ayant reconnu quels en ct.ient les auteurs , nous les avons
portées à leur article.
SUR LA MUSIQUE. 5n
CHAPITRE VIII.
De quelques Poètes lyriques Français du quaton^ieme. & du
quiwjeme ficelés.
•"•lain ChartieR, ne en 138(5, floriiTait en 1436, fut Sarrétaire
des rois Charles V, Charles VI & Charles VII, & eut une fi grande
réputation , qu'on l'appelait le père de l'éloquence.
Pafquier prétend que Marguerite d'Ecolîe , femme de Louis XI , alors
Dauphin, palïant un jour dans une falle où Alain Chartier dormait, elle
alla baifer fa bouche devant ceux qui l'accompagnaient ; & voyant qu'on
était étonné de ce qu'elle baifait un homme fi laid, elle leur dit, ce
n'eft point l'homme que je baife , c'eft la bouche de laquelle font fortis
tant d'excellens mots & tant de difeours fi fages.
Albret (Le Capdct Delebret), celui dont il eft queftion dans les
poéfies du Duc d'Orléans, était, félon les apparences, frère, coufin ou
neveu de Charles d'Albre:, Connétable de France, tué à la bataille d'A-
zincourt, le 1$ octobre 1415» où il commandait l'avant-garde.
R O N D E L.
Dedens I'abifme de douleur >
Où tant a d'amere faveur
Auffi d'angoiiïeufe détreiïë,
Me trouve tourmenté fans cefiè.
Madame , par votre douceur,
Secourez ce bon fcrvi'.eur ,
A qui l'on fait tant de rudefle.
Dedens , &c.
Las! oftez-lui tout malheur ;
Ou autrement il fe tient feur
De jamais n'avoir que tiiflciïe;
Dont fauldra que fa vie ccflè ,
Piteufement en grant langueu».
Dedens , &c.
3;4 ESSAI
Alençon (Le Duc d' ). Jean I, Duc d'Alençon , petit-fils de Charles
de Valois , qui était frère de Philippe de Valois , Roi de France , naquit
le 5) Mai 1385, & embralfa le parti des enfans du Duc d'Orléans,
affaflîné en 1407 , contre le Duc de Bourgogne , auteur de cet affaiiînat.
Ce fut en leur faveur que le Roi érigea le comté d'Alençon en duché-
pairie en 1414. Il commandait l'armée à la fameufe bataille d'Azincourt,
donnée le 25 Octobre 1415 , & y fut tué, après avoir vaillamment
combattu. Il était bifaïeul du Duc d Alençon , beaufrere de François I ,
qui mourut à Lyon le 4 Avril 1515 1 de regret de n'avoir pas combattu,
comme il devait , à la bataille de Pavie. Ln lui s'éteignit la branche des
Ducs d'Alençon qui avait duré deux cent ans ; le duché fut alors réuni à
la Couronne, quoique le Duc d'Alençon lailfât.deux fceurs mariées, l'une
au Duc de Vendôme , & l'autre au Marquis de Montrerrat.
Jean II, fils de Jean I , né à Argentan le 22 Mars 1409 , fut pris à
la bataille de Verneuil en 1424, & fervic enfuite Charles Vil avec la
plus grande fidélité. Cependant il fut foupçonné d'être auteur de la méfin-
telligence de Louis XI , alors Dauphin avec fou père ; il fut aufli accufé
de diverfes intelligences avec les Anglais ; on lui fit fon procès , & il fut
condamné à avoir la tête tranchée le 10 Octobre 1456 (a). Cette fentence
11e fut pas exécutée, & le Duc d Alençon fut remis en liberté par Louis XL
Mais étant retombé dans le même crime , il fut une féconde fois arrêté ,
fon procès fait de nouveau, & condamné à mort le 14 Juillet 1474.
Deux ans après , il fortit du château de Tours & mourut immédiatement
enfuite. On l'enterra aux Jacobins. Il avait époufé Jeanne d'Orléans , fille
de Charles 3 Duc d'Orléans , Cv de Jeanne de France , fille de Charles VI
ôc dlfabeau de Bavière.
On ne fait lequel de ces deux Princes a compofé des poéfies.
Angoulême ( Comte d' ) Monfieur. Jean d'0> ans , furnommé le Bon ,
fils cadet du Duc d'Orléans & de Valentine de Milan , ôc petit-fils de
Charles V, Roi de France , eut du goût pour la poéfie , ainfi que fon
frère Charles d'Orléans. Il demeura en otage en Angleterre, depuis 141 2
jufqu'en 1444 , pour les cent mille écus pièces par les Anglais à la
. m
(a) On peut voir, dans le manuferic des poéfies de M, le Duc d'Orléans, le difeours
que ce Prince prononça en faveur du Duc d'Alençon,
SUR LA MUSIQUE. 3??
Maifon d'Orléans, pour faire la guerre à celle de Bourgogne. 11 mouruc
à Cognac le 30 Avril 1467, & lailla de Marguerite de Rohan, Charles,
Comte d'Angoulème, marié à la fameufe Louife de Savoie, 5c de ce
mariage vint
i°. François I , Roi de France. i°. Marguerite de Valois , Reine de
Navarre, fi célèbre par fa beauté & par fon efprit.
R O N D E L.
Crié foit à la clochette ,
Par les rues fus Se jus , ( haut & bat )
Fredet , on ne le voit plus ;
Efl-il mis en oubliette i
Jadis il tenoit bien compte
De vifîter les amis ;
Eft-il Roi, ou Duc ou Comte,
Quant en oubli les a mis ?
Banni à fon de trompette ,
Comme marié confus ;
Entre Chartreux ou Reclus,
A-t-il point fait fa retraite î
Crié foit , Sec.
Auriol ( Blaife d' )t de Caftelnaudari , où il était Chanoine, né vers
1480, a fait plufieurs poèmes & des chanfons , pillées entièrement des
ouvrages de Charles , Duc d'Orléans. Les Auteurs des annales poétiques
ont dit qu'en 1533, d'Auriol harangua François I à fon partage à Touloufe ,
au nom de l'Univerfité; &: que fur fes représentations, le Roi accorda à cette
Univerlité la qualité de noble , cv aux Profe-lFeurs le privilège de faire
des Chevaliers. D'Auriol fut le premier décoré de ce titre. Ils rapportent
aulli, d'après Bodïn , que d'Auriol avait tant de foi dans l'altrologie, que
plulieurs Aftrologues ayant annoncé un nouveau déluge pour l'an 1514,
il fe fit faire un bateau pour tâcher de fe fauver.
Belle-Perche ( Gautier de ) , Auteur du Roman de Judas Machah .
n'eut pas le rems de l'achever avant de mourir (a).
(al 11 y avait un Pierre de Belleperchc, Evoque d'Auxcrrc , Chancelier fous i
le-Bcl, mort en 1308»
3S$ ESSAI
Blosseviixe , Pocte du quinzième fiecle, dont on a confervé quelques
rondeaux dans le manufcri: de Charles , Duc d'Orléans.
Boucicault ( Le Meingre de ). Dans le manufcrit des poéfies de Charles
de Valois , Duc d'Orléans , on en trouve quelques-unes de Boucicault. 11
n'y avait alors que deux Seigneurs de cette Maifon ; i°. Jean de Bouci-
cault , fécond Maréchal de France de ce nom , fon père l'ayant été fous
le Roi Jean, après la bataille de Poitiers. z°. Jean fon fils, qui mourut
avant l'âge de vingt ans. Nous croyons que les poéfies doivent être attribuées
à fon père, qui ayant été fait prifonnier , ainfi que le Duc d'Orléans, à*
la bataille d'Azincourt, fut conduit avec lui en Angleterre, & put, ainfi
que lui, charmer fa captivité , en faifant des vers. 11 ne fupporta fa prifon que
fix ans, &y mourut en 141 1 , après s'être démis de fa dignité de Maréchal
de France en 141 8. Son fils avait été tué à la bataille d'Azincourt en
141 5 j & Antoinette de Beaufort, fa femme j était morte en 1416, de
regret de la mort de fon fils, 8c de chagrin de la captivité de fon mari;
R O N D E L.
Moaflrer on doit (ci) qu'il en defplaize
Du meffait, à qui n'a povoir
De fervir ; car û cru pourvoir
En parler , il femble qu'il plaize.
Qui ne peut , pour le moins fe taize ,
Et face en dueil lermes plouvoir.
Monffr*er on doit, &C.
Du meffait, &c.
Mais dire qu'on n'a temps, ne ailé,
Pour aage, d'y faire devoir,
Chafcun feet bien apparcevoir
Que peu courée tort fe rapaife.
Monftrer on doit, Sec.
Boulainvilliers ( Philippe de ). Robert de Boulalnviliiers avait époufe
en 1450, Marguerite d'Harcourt j qui époufa en fécondes noces Raoul
d'Eftouteville , Seigneur de Rames.
00 ( Quand on n'a pas le pouvoir d'empêcher une mauvaife aftion , on doit aumoiiu
léttoigner qu'elle déplaît ; car en parler fans courroux a'eft montrer qu'on l'approuve ),
Jean
S V R L'A M U S 1 Q U E. 357
Jean de Boulainvilliers, Seigneur d'Offignier , avait époufé vers 1370
Béatrix de Chûtillon , qui époufa depuis Collard de Tanques , lequel fut fait
premier Ecuyer du Roi le 10 Janvier 1576.
Philippe, dont nous faifons mention, était probablement le petit-fils
de l'un des deux. On trouve des chanfons de lui dans le manufçrit des
poéfies de Charles , Duc d'Orléans.
CRANS ON.
Ho!a, Ho!a, foufpir, on vous hoit (a) bien ;
Vous vous cuidez enibler (b) trop croyement.
Contrcfaifaiu un peu le (c) cayement ;
Grant fain avez que on vous die , tien
Vous ne querez que d'un cueur le fouftien ,
C'eft de telz gens cousjours l'cibatemem,
Hola , hola , &c.
Vous vous , &c.
Trop vous haftez de vray , comme je tien ,
Car l'on congnoift voftre fait cleremenc.
Une autrefoiz , faites plus faigement ,
Car maintenent vous n'y gagnerez rien.
Hola , hola , &c.
Bourgogne ( Le Duc d' ). Ce Prince était Philippe III , furnommé le
Bon, né le 30 Juin 1596, qui inftitua l'ordre de la toifon d'or le 10
Janvier 1439 , & mourut le 15 Juin 1467. 11 était père de Charles-le-
Téméraire , dernier Duc de Bourgogne.
Balade en réponfe au Duc d'Orléans 3 pnfonnier en Angleterre.
S'il en cftoit à mon vouloir ,
Mon niailtre & ami fans changier ,
Je vous affeure , pour tout voir ,
Qu'en vo fait n'auroit nul dangier;
Mais par deçà, fans attargier {d),
(a) Entend.
(h) Echapper trop fecrétement.
(c) Le crocodile.
(1/) Sans tarder.
Tome II. R r
3SS ESSAI
Vous verroye hors de prifon ,
Quitte du tout , pour abregier ,
En celle préfente faifon.
Se cel don povez recevoir.,
Par la grâce Dieu , de légier ,
Pourrez tel à paix efmouvoir
Qui la délire efloigner :
Nul contre n'ofera fongier.
Par confort aurez bel & bon ,
Se Dieu nous veut alïoulagiei
En celle préfente faifon.
Mettons-nous en noftre devoir,
Qu'en paix nous puiffions herbergier j
Il n'elt au monde tel manoir ,
Qui defir a de s'y logier :
Abrégeons fans plus prolongier ;
Il en eft temps , ou jamais non ,
Pour nous de guerre s'éloigner
En celle préfente faifon.
ENVOL
Or penfons de vous allégier
De prifon pour tout engaigier,
Se n'avons paix & union ;
Et du tout m'y vueil obligier
En celte préfente faifon.
Cadier, Poëte du quinzième fiecle , dont on trouve un rondeau dans
le manufcrit des poéiies de Charles , Duc d'Orléans.
CaillAu ( Maître Jean ). On trouve quelques petires pièces de lui ,
ainfi que de Simon Caïllau , dans le manufcrit des poéfîes de Charles ,
Duc d'Orléans. Ils vivaient en 1420.
Châtelain (Georges), Gentilhomme Flamand, élevé dans la Maifon
<\es Ducs de Bourgogne , compofa un recueil des chofes merveilleufes de
fon tems.
Jean Moulinet était fon difciple. Il mourut en 1475.
SUR LA MUSIQUE. 5;p
Chevalier ( Maître Pierre), Pocte du quinzième liecle, dont on trouve
quelques pièces dans le manufcrit de Charles, Duc d'Orléans.
Clermont ( Comte de ). Charles I , nommé Comte de Clermont du
vivant de Jean I , fon père , Duc de Bourbon , à fa mort embraffa le
parti de Charles VII , alors Dauphin , & lui fut toujours fidèlement attaché.
11 mourut en fon château de Moulins, le 4 Décembre 1456. On trouve
plufieurs pièces de lui dans le manufcrit du Duc d'Orléans.
BALLADE.
J'amaiïe ung tréfor Je regrez
Que ma tant amée m'envoye j
Mais jufqu'à ce que je la voye.
Ne partiront de mes fecretz.
La caufe pourquoy je la celé ,
Ses griefs maulx qui ine font mourir,
C'cft pour garder l'onneur de celle
Qui ne me daigne fecourir.
Plus l'eslogne (a) , plus d'elle eft près
Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye (£) ;
Il n'eft doleur que la moye (c) ;
Car quant j'ay aiïez plaint après ,
J'anufTe , &c.
Coçhjillart était en 1478 Officiai de Rheims ; & fit des vers fort
libres, fur-tout pour un homme de fon état. Il mourut de regret d avoir
fait une perte considérable au jeu de la moire.
Marot s'eft ainfi égayé fur fa mort :
« La mort eft jeu pire qu'aux quilles
» Ni qu'aux échecs , ni qu'au quillart.
» A ce méchant jeu, Coquillart
» Perdit fa vie & fes coquilles.
i , ■ . ■ I ... Il ■!"
(a) Plus je m'éloigne.
(k) Pleure.
(i>) Que U mienne.
36o ESSAI
Allulion aux coquilles d'or que porrait Coquiliart dans fes armes;
Un galant mignon certain foir,
Se préfentanc à l'huis derrière ,
Pour fa douce amie aller voir ,
Ne trouva que la chambrière.
La chambrière qui fut belle,
Bien ufa de l'occafion ;
Elb prit ce bien-là pour elle,
Et eut cette provifion :
AlTavoir fi punition
Doit iouffiir, comme làronnefîê ,
E: quelle refHruiion
Elle doit faire à fa maîtreffe?
Cuise ( Antoine de ) , PoL'te du quinzième fiecle , dont on trouve
quelques rondeaux dans le manùfcrit des poéfies de Charles d'Orléans.
D.'.mien ( Benoit ), Poé'ce du quinzième fiecle , dont on trouve quelques
vers dans le manùfcrit de Charles , Duc d'Orléans.
Escurel ( Jehannot de 1' ) a fait paraître vers le commencement dit
quatorzième fiecle des chanfons fur l'amour & la galanterie.
Chanfon de l' Efcurel.
Vieux langage. Traduction.
Amours aux vrais cueurs commune «Amour, qu'éprouvent ordinairement Ies-
M'a à amer adonné » cœurs vrais, m'a forcé d'aimer une noble
Noble Dame en qui fortune, » Dame, que fortune, grâces & nature IV
Nature & grâce ont ouvré. » plurent tellement à orner, qu'en bonté
Si qu'en bonté, n'en biauté, » ainfi qu'en beauté elle n'a point d'égale,
Je crois , n'a point de pareille. » & que qui la voit en eft étonné.
Qui la voit s'en efmerveille.
Franc cuer ha , dous fans rancune ; » Elle a le cœur franc & doux fans ran-
S'a le cors fi bien fourme » cime , & le corps fi parfait , que lelon
Qucr je n'en fai au monde une » moi il n'eft point au monde une femme
Tant belle à ma voulenté. » auffi belle. Elle a les regards amoureux,.
J'a regard énamouré , » les joues blanches & vermeilles. Qui la
Face à point blanche & vermeille, » voit en eft étonué.
Qui la voit s'en efruerveille»
SUR LA MUSIQUE.
Pour ce qu'aim fi haut, aucune
Gent m'ont nice clamé'.
Mal font, car Amour chacune
Perfonnc efprcnc à fon gré j
Ce m'a fait ainfi ofé.
Par quoi s'en m'en defconfeillc,
Qui la voit s'en efmerveillc.
Vo vair euil m'i font atraice,
A vous, Dame débonnaire.
Ne j'a ne m'en quier retraire,
Ains vous ferviré
Tant com vivre.
3*1
» Certaine? gens en me voyant aimer
y> fi haut, m'ont traix d infenfé ; ils ont
» tort , car amour enflamme chaque homme
» à fon gré : c'eft lui qui m'a rendu fi hardi.
» Par quoi fi l'on me défaprouve , qui la
•» verra en fera étonné,
» Vos yeux bleus m'attirent vers vous ,
» douce Dame , & je ne délire pas m'en
» retirer ; mais je veux vous (érvir tan; que
» je vivrai.
Eustache Deschamps , dit Morel , vivait fous Charles VI. On voie
par le manuferit de fes poéfies , qui eft à la bibliothèque du Roi , qu'il
craie châtelain de Fîmes, Ecuyer Huiilîer d'armes de Charles, Se fon Bailli
de Senlis. Il a compofé un grand nombre de ballades, chanfons royaux,
chanfons balladées , rondeaux, virelais, Lus, traitiés , farces, moral
dits, lettres miflïbles , commiliions , fupplications , & autres pièces. On
trouverait dans ce recueil beaucoup de morceaux intéreflans pour l'hiltoire
de France, depuis 13 50 jufqu'en 14ZO. Cette dernière époque ferait croire
que Defchamps furvécut fort peu au Roi Charles. Il /ait mention dans
fes poéfies , de Mâchant , de Sohier Se de plulieurs autres Poètes de l'on
teins. On trouve auliï d; lui dans le manuferit une complainte de 1 LçLife,
en profe latine, fur le fchifme de Pierre de Lune, datée du [3 Avril
1393. Sa pièce principale, Se l'une des plus curieufes , eft celle dans
laquelle il dépeint d'une manière très ingénieufe tous les embarras, les
fuites f.icheufes , & les maux tant moraux que phyliques du :
Elle eft intitulée, Miroiter du Mariage , é\' n'eft point achevée ; la more
n'ayant pas permis à l'auteur de la tiiur,
Le Songe du vieux Pèlerin } ouvrage du même ficelé , dont l'Aboie le
Beuf a donné une notice très curieule dans les mémoires de l'Académie
des Belles-Lettres, parle avec éloge de Defchamps. L'Auteur s'adreftant
au Roi Charles VI, c\' lui conseillant de s'abftenir îles lectures danqereufes
ou frivoles, Se de fe livrer à celles qui font utiles, dit : Tu peux .
lire & ouïr aujjî les diciie^ vertueux de tonferyitcur <& officier Eufiacàfi
Morel. .
362 ESSAI
Eujlache De/champs parle plusieurs fois de quelques inftrumens > dont
il ne nous refte aucune connaifiance.
Plus ne fera chancon , livre, ne champs,
Ainçois joura de la turlurette ,
Et s'en ira dire comme u# truans
A Montagu qui l'y paye fa debte.
Page 208.
Il parle aufli du contrepoint.
Je vous montrerai la figure
Dj contrepoint, & la mefure
Des femi brèves accoider ,
De raindre la voix , de monter
Et de defehanter à rebours....
Allés , qu'on puift vous ; • : gltt ,
Doit-on ainfi parier d'amours ?
Page 311.
Le mot folfier était déjà en ufage.
Marion qui s'entendi
A folfier mift cueur & cure ,
Quant 'la douçour de l'art fenti ,
Qui du livre fift l'ouverture.
Idem.
Le manuferit du Vatican lui donne cette chanfon.
Souffrez , mari , « Souffrez, mon mari , & qu'il ne vous
Et fi ne vous anuit. » ennuie pas. Vous m'aurez demain , &
Demain m'avés & mes amis anuit. » mon ami aujourd'hui. Souffrez , mon
Je vous deffenc k'un feul mot n'en parlés. » mari , & ne murmurez pas. La nuit
Souffres, maris, & fi ne vous mouvés. » eft courte, vous m'aurez à votre tour,
La nuit eft courte, a par mains me raurés, » quand mon ami aura pris fon plailîr.
Quant mes amis ara fait fon déduit. » Souffrez. . . .
Souffrez , maris , &c.
Ballade pour Mâchant , pat Euftache Defchamps.
Armes , Amours , Dames , Chevalerie ,
Clercs Muficans t fai-titres en François ,
SUR LA MUSIQUE. ^3
Tous fophiftes, toute pocterie,
Tous ceuls qui ont mélodieufe voir ,
Ceulx qui chantent en orgue aucune fois,
Er qui ont cher le doulz art de Mufique,
Démenés dueil, plourés ( car c'eft bien drois)
La mort Machau, le noble réthorique.
Onques d'amours De parla en folie ,
Ains a cfté en tous fes dits courtois :
Audi a moult pléu fà chanterie
Aux grands Seigneurs, à Dames & à Bourgeois.
Le Orpheus ?.ffêz lamenter dois
Et regretter d'un regard autentiquc,
Arethufe & Alpheus , tous trois ,
La mort Machau , le noble réthorique.
Frics pour lui , fi que nul ne l'oublie.
Ce vous requiert le bailli de Valoys :
Car il n'en eft aujourd'hui nul en vie
Tel comme il fut , ne ne fera definois.
Complaint fera de Princes & de Roys ,
Jufqu'à long-tems pour fa bonne pratique.
Veftés vous noir; plourés tous, Champenois,
La mort Machau, le nobre réthorique.
Rubebes , leuths , vielles , fyphonle ,
Pfaherions , treflous inflrumens coys ,
Roches , guiterne , flaujlres , chalemlet
Traverfaines , & vous nymphes de boys,
Tympanne auflî , mettes en œuvre dois
Et le choro : n'y ait nul qui réplique.
Faidles devoir, plourés, gentils Galois,
L» mort Machau, le noble réthorique.
Faret, Pocte du quinzième fiecle, dont on trouve des poclies dans le
maintient de Charles , Duc d'Orléans.
ROND I. I.
Au milieu d'efpoir & de doubte,
Une foiz mal , autre foiz bien ,
Je m'y trouve ; mais je voy bien ,
Que c'eft fortune qui m'y boute.
$6i ESSAI
Et pour vous dire fomrae toute ,
C'eft une cliofè où n'entens lien.
Au oùllieu, &c.
Une foiz, &c.
Mais quelque chofe qui me couce,
Si eft-ce bien le vouloir mien
De m'oufter (a) hors de ce lien,
Aucuneffoiz , tant me rtboute.
Au millieu , &c.
Fr.aigne , Poëre du quatorzième fiecle. On trouve de lui quelques
chanfons dans le manufcrit du Duc d'Orléans.
C H A N S ON [b).
Et où vas- tu, petit foupir
Que j'ai ouï fî u^ulcement?
T'en vas-tu mettre à faquement (c)
Quelque povre amoureu? r.iartir ?
Vien-ça , dy-moy tort , fans mentir ,
Ce que tu as en penfementt
Et où vas-tu ,
Dieu te conduye (</) à ton defir ,
Et te ramené à fauvement ;
Mais je te requiers humblement,
Que ne faces ame mourir :
Et où vas-tu, &c.
Fredet, Officier de Charles, Duc d'Orléans, eft un des Poctes du
quinzième fiecle.
Lettre en complainte au Duc d'Orléans.
Monfeigneur , pour ce que fcay bien
Que vous avez de voftre bien (e),
t— .— .m^.^ ■ B^ i^ ^ — MU—
(d) M'ôter.
(£) L'Auteur fuppofe qu'il rencontre un foupir,
(c) Au défelpoir.
(d) Couduife.
(e) Par bonté,
Autrefois
SUR LA MUSIQUE, tfs
Autreffoiz pris plaifîr à lire
De mes faiz qui ne valent rien ,
Dont trop à vous tenu me tien (a) ,
Vouloir m'eft pris de vous efcrire t
Et mon aventure vous dire ,
Laquelle conter vous defire;
Car c'eft rajfon que je le face^
Efpérant que de mon martyre,
Tel confeil qui devra furfire,
Me donnerez de votre grâce. ;
Il eft vrai que de par amours ,
Ung jour Saint Valentin , à Tours,
Fut une grande fefte ordonnée ,
Et fift aiïàvoir par les cours,
Comme de couftume a toujours •
Que chafcun vint à la journée;
Là eut grant joie démenée,
Et mainte haulte loy donnée,
Qui fut fans par (£). Choifit à doneques,
[Mi euz(c), comme par deftinée,
A mon gré la meilleur» née
Qui en France fe trouva onques.
Comme Madame ma maîtrefie,
Eft nia terrienne Déeiïè,
Tousjours la fers , & l'ay fervie :
Car il m'a, par deffenfe exprefTe,
Commandé lui faire promeiïe
D'elhe fien pour toute ma vie j
Car tant ma penfée a ravie,
Et à la chérit aflervie,
Que ne pourroye , fur m'ame (./)
D'autre jamais avoir envie,
Tant feull-ellc bien afTouvie;
Si fort lui a pieu que je l'aine (e).
(a) Je me tiens attaché à vous.
(k) Sans égale.
(c) Mes yeux choifïrent donc,
(</) Sur mon arue,
(e) Je l'aime.
J'orne II. Ç ^
366 ESSAI
Mais ainfi m'eft vaques, depuis
Qu'à elle donné je me fuis,
Je ne peuz avoir bien ne joye ,'
Fors que tous maulx & cous ennuys,
Qui à toute heure , jours & nuys ,
Me tourmentent où que je foye ,
Tant que je ne fijay que faire doye (a);
Et femble , fe dire l'ofoye (h) ,
Qu'ils ayent tous ma mort jurée.
Se voltte bonté n'y pourvoye,
Force fera que par eulx voye
Fjner ma vie malcurée (c.-).
Pour ce que fouvent ne la voy,
Le plus que je puis , fur ma foy ,
Je ne fais qu'en elle penfer ;
Savés-vous la caufe pourquoi?
En efpérant que mon ennoy (<£)
Se deuft aucunement cefier;
Mais il ne me veul; délaifîèr.:
Car plus de douleur me court feure 9
Qui m'efl fi très dure à pafTer ,
Que je defire trefpafTer
Plus de mille foiz en une heure.
Que je fçeufTe prendre plailîr
En rien qui foi:, fors defplaifir,
Las! je ne pourrpye loing d'elle;
Car c'eft celle que mon defir
M'a fait pour maîtreffe cheifir,
Comme fi n'en feuft point de telle :
Tout mon bien & mal vient de celle,
Ainfi comme il plaift à la belle.
Il n'en eft qu'à fa vo jlenté ;
Et ne cuidez pas que vous cèle (c?)
Que ce ne foit celle qu'appelle ,
Devan» chacun ma leauté.
(a) Ce que je dois faire.
(J>) Si je l'ofois dire,
(c) Malhaureufe.
(</) Ennui.
[c) Ne croyez pas que je vous cache.
SUR LA MUSIQUE. %cr
Puifquc je l'amc fi très fort ,
N'a pas amours doneques grant tort,
De moy faire tant endurer ;
Ou dire fault qu'il foit d'accort,
Que pour trop amer pregne mort,
Ou moi faire défefpérer.
Quand plaindre pour foufpirer,
Pour mal qu'il me voye tirer,
Il ne m'en a que pis donné j
En ce point me fault deniourcr ,
Car mieulx vaulc ainfi qu'empirer: •
Veez là (ti) comment luis gouverné.
Hélas ! ce qui plus me tourmente ,
Ec dont fault que plus de deuil fente,
C'eft la grant doubte que je fais ,
Que je erîaille à mon entente (£) ,
Et que du tout perde l'attente
De mes tant délirez fouhaiz.
Car je fuis feur {ç) plus qu'oneques mais ,
Que II par vous ne font parfais ,
Voer (</) ma vie me fauldra ,
En languifTant , deforefmais ,
Comme cil à qui pour jamais
Toute plaifance deffauldra (e).
Et quant devers amours je viens
Lui compter les maulx que fouftiens,
En lui requérant allégance :
11 me refpond , je n'y puis lien ;
Mais va-t-en au Duc d'Orléans,
Que, fors lui (/), n'en a la puiiïance ;
Paye donc qu'ayes {g) fon accointance,
Et te metz en fa bienveillance :
__ ■ —
(a) Voyez comment on me gouverne.
{/>) C'eft la crainte que j'ai de ne point obtenir ce que je délire.
(c) AfTuré.
(</) PalTcr.
(i;) Manquera.
(_/') Perlbnne que lui.
{g) Taches donc d'avoir,
S* i
$6§ ESSAI
Car fe tu le peux faire ainfi,
Tu ne dojs point faire doubtance
Que de ta dure defplaifance,
11 n'en ait voulentiers merci.
A vous doneques me fault venir,
Et voftre du tout (a) devenir,
Puifque vos avez ce povok
Que de mov faire parvenir
Au plus hault bien , qui avenu'
Me peut jamais , à dire voir.
Pourquoi il vous plaife favoir,
Que fe vous y faittes devoir,
Et voulez à mon fait entendre
Tellement que je puifTe avoir
Celle qui taut me plaift avoir ,
Voftre à tousjours je m'irai rendre.
Or n'oubliés pas, Monfeigncur,
Voftre très humble ferviteur ;
îvlais efeoutez mes dolans plains,
Defquelz je vous fais clameur ;
Et veuillez , par voftre doulceur ,
Que par vous ils foient eftains(^);
Car croyez qu'ils ne font pas fdins (t),
Ains pires avant plus que mains (d) :
Puis me donnez de voftre grâce,
Je vous ei> pry à jointes mains ,
Tel refponce que foirs & mains (e)3
Tout mon vivant joyeulx nie face.
Froissard ( Jean ), Prêtre, Chanoine & Tréforier de l'Eglife collégiale
de Chimay , Hiftorien & Poè'te , naquit à Valenciennes vers 1337. On
croit que ion père s'appellait Thomas, & était peintre d'armoiries y cepen-
dant il eft qualifié de Chevalier, à la tête d'un manuferit de l'Abbaye de
Saint Germain-des-Prés.
■ ■ ■ ■ 11 1 1 ii 1 1 11 1 ..
(rt) Entièrement.
{i) Eteints, terminés,
(c) Feints.
(</) Moius.
(e) Soir & matin»
SUR LA MUSIQUE. ^69
Le jeune FroifTart aimait la chatte, la Mufique , les fêtes, la danfe ,
la parure, la bonne-chere , le vin, les femmes, Sec. Se tous ces goûts,
qui fe déveloperèilt chez lui dès l âge de douze ans, gérant fortifiés par
l'habitude , fe conférèrent dans fa vieiflefle , Se ne le quittèrent jamais.
Cependant deux goûts plus forts l'empêchèrent de fe livrer aux excès que fans
doute les autres lui euflenr infpirés ; ceux de l'hiltoire Se de la poche. Ils furent
toujours les dominans , Se ce fut à eux qu'il dut fes plus grands plaifîrs.
11 n'avait que vingt ans , lorfqu'à la prière de fon Seigneur Se Maure
Mcjfire Robert de Kamur j Chevalier 3 Seigneur de Beaufort , il entreprit
d'écrire l'hiltoire des guerres de fon tems , particulièrement de celles qui
fuivirent la bataille de Poitiers j & quatre ans après, il alla en Angleterre
la préfenter à la Reine Philippe de Hainaut , femme d'Edouard III , Se de-
vint Clerc de fa chambre, c'eft-à-dire, fecrétaire ou écrivain de cette Princeiïè.
Plufieurs fois l'amour troubla fa raifon & enflamma fon fan;: d'une
ardeur brûlante. Dans ce tems-là , on était perfuadé que l'amour était le
motif des plus grandes actions de courage Se de vertu. La Reine d'An-
gleterre prenait fouvent plaifir à lire les poélies amoureufes de Froiflàrd.
Si on croit ce qu'il y dit fur une de fes Darnes (a) , elle était de plus
haut rang, Se les Rois , ainfi que les Empereurs l'avaient recherchée j c eft
ce qui n'eu: aifé ni à croire ni à vérifier.
11 était à Rome en 1569, lacfqu'il apprît la mort de ion illultre pro-
tectrice la Reine d'Angleterre j le chagrin qu'il en eut , lui ota l'envie
d'y retourner. 11 fe retira dans fon pays, où il fut nommé à la cure de
Leftine; mais il ne garda pas long-tems fon nouvel état, Se tout ce qu'il
nous apprend de fa vie pendant qu'il fut curé, c'eft que les taverniers
eurent cinq cent francs de fon argent.
Dès qu'il fut redevenu libre , il s'attacha à Vinceflas de Luxembourg .
Duc de Brabant , félon les apparences, en qualité de fecrétaire: mais ce
Prince mourut peu de tems après, év Froillard devint Clerc de la chapelle
de Guy , Comte de Blois , qui le fit voyager en Gafcogne pour achever
la chronique qu'il avait commencée.
On fait sûrement qu'il était à Paris en 1591 , lorfque le Connétable
de Clifïon fur aflallinc par Pierre de Craon.
(a) C'çu-à-dire, une cic fes maûrellês.
37o ESSAI
II y avait ving-fept ans que FrohTard avait quitté l'Angleterre , lorfqu'il
y retourna en 1395 , Se fut fort accueilli du jeune Roi Richard II, en
faveur de l'amitié que la Reine Philippe de Hainaut , fon aïeule, avait
eue pour lui.
Trois mois après , il revint en France, &c vécut encore quelques années >
puifque dans fa chronique, il raconte quelques événemens de l'an 1400.
On ignore l'année de fa mort, on fait feulement qu'elle arriva en Oclobre ,
qu'il mourut à Chimay , & tut enterré dans l'églife de Sainte-Monegundc
de cette ville. 11 avait alors foixante-cinq ou foixante-fix ans environ.
Bodin & la Popeliniere le font vivre jufqu'en 14ZO ; mais ils fe font
évidemment trompés.
L'hiftoire que Froiifard nous a laiifée, s'étend depuis l'an 1 316 jufqu'en
1400, commence par conféquent au règne de Charles-le-Bel , & finit à
la moitié du règne de Charles VI. Elle parle non-feulement des événemens
arrivés en France , mais en Angleterre, en Ecoife , en Irlande , en Flandres ,
en Italie , en Efpagne , en Allemagne , en Hongrie , eu Turquie , en
Afrique , <Scc.
Divifon de fes Poéjies.
La première partie contient beaucoup de virelais , de lais, de rondeaux j
mais ils fe trouvent dans des ridions poétiques , dont ils font partie , Se
qui font des morceaux très longs.
Enfuite viennent des lais détachés; mais il faut remarquer que ce mot,'
qui d'abord, dans la langue, ligniria chanfon , & enfuite romance, n'efl:
plus dans Froiifard qu'une longue pièce , très difficile par la mefure des
vers , «Se qui n'était point chantée.
Les pafourelles de Froiifard ne font que des contes, & point des chanfons;
Il s'en trouve environ vingt.
Les chanfons royaux , amoureufes j font au nombre de quatre , donc
la deuxième , la troiiieme Se la quatrième ont été couronnées. Trente-,
huit ballades amoureufes j treize Virelais amoureux &c quarante-trois ron-i
deaux amoureux terminent le recueil de fes poches.
Garencieres , Poe'te du quinzième fiecle, était aimé de Charles , Duc
d'Orléans, qui lui adretfe plufieurs pièces dans le manuferit qui nous
refte des poéfies de ce Prince.
SUR LA MUSIQUE. tfi
Balade au Duc d'Orlcans.
Cupido , Dieu des amoureux ,
Prince de joyeufe plaifance,
Moi Garcnciéres , très foingneux
De vous fervir de ma puiflànce ,
Vien devers vous en obéiflance ,
Pour vous humblement requérir,
Que vous veuiiliez faire punir
Ung homme de mauvaife vie
Qui contre raifon veult tenir
Le droit de voftre feigneurie.
C'eft ung enfant malicieux ,
Où nul ne doit avoir fiance :
Car il en a ja plus de deux
Déccvés ou (a) pais de France,
Dont vous deulfiez prendre vengeance j
Pour faire les autres cremir (6) ;
C'eft le Prince de bien mentir ,
Ainfné frère de Janglerie ,
Qui contre raifon veult tenir m
Le droit de voftre feigneurie.
O.iques Lucifer l'orgueilleux
Ne fift fi granr oultrecuidance,
Quant il emprift d'eftre envieux
Sur le Dieu de toute puifTance.
Il me lemble que par fentence
Vous le deuflîez faire bannir
De voftre court, fans revenir,
Lui & fa faulfe compaignie ,
Qui contre raifon veult tenir
Le droit de voftre feigneurie.
E N V O J.
Prince , s'on (a) doit avoir vaillance
Pour maintenir à gran: babondance,
(<j) Trompés au.
(h) Trembler.
(*•) Si l'on.
j7* ESSAI
Et pouf fjiulfeté maintenir ,
Vous verrez icellui venir
A grant honneur, n'en doublez mie f %
Qui contre raifon veult tenir
Le droit de voftre feigneurie»
Geiais ( O&avien de ) , né à Cognac en 1465 t était d'une illuftre
inaifon. Il entra peut-être malgré lui dans l'état ecclélîaftique ; mais il
fut meilleur Pocte que Théologien. Cependant Charles VIII le fit Evêque,
d'Angoulême , ôc il fut facré à Lyon en 1495 , en préfence du Roi.
Il abandonna alors la poéfie , & ne fongea plus qu'à remplir dignement
les devoirs de fon état. Il mourut en Décembre 1502, âgé d'environ
trente-fix ans. On voit fon tombeau à Angoulême, dans une belle chapel,le
bâtie par l'ordre de fon frère, Evêque d'Uzès.
CHANSON-
On m'a donné le bruit & renomme'e
D'avoir efté grandement amoureux
Le tems pafle qu'on m'a nommé.
On n'en fait rien , ils jugent tout par eux.
Qu'ils fâchent donc que point ne fuis de ceux
Lefquels aimant ne font aimés des Dames,
S'il ne me veut , auflî je ne la veux ;
Ce m'eft tout un ; Monfieur vaut bien Madame,
Je ne veux pas que de moi foit blafinée , ■
Mais la veux bien honorer en tous lieux.
Gracieufe eft , & en beauté famée ,
Et le maintien très frifque (a) & très joyeux :
Mais elle croit que fois fi glorieux
Que tant j'e l'aime. Nenny , j'en aurois blafme ;
Car qui ne m'aime , comme je fais , ou mieux ,
Ce m'eft tout un , Monfieur vaut bien Madame»
Si autrefois devant moi s'cft pafmée ,
En me riant de fes attrayans yeux ;
Et fi d'un autre elle citait embafmée (b) ,
(a) Lefte.
Commç
SUR LA MUSIQUE. 37;
Comme on m'a dit, dont j'en fuis ennuyeux,
Puifqu'elle dit qu'elle trouverait mieux
Ailleurs que moi , or le prenne ; par m'ame
J'en fuis content, fans en eftre envieux;
Ce m'eft tout un : Moniteur vaut bien Madame.
Gelais ( Melin de Saint-), né à Angoulème en 1495, floriUàit dans
le feizieme fiecle , &c était fils naturel d'O&avien de Saint-Gelais, Evéquc
d'Angoulème.
On dit qu'il fit le premier des fonnets français.
Il fut Aumônier & Bibliothécaire du Roi, & mourut en 1559, faus 1»
cegne de Henri II. On l'enterra à Saint Thomas du Louvre.
C H A N S ON.
Je ne faurois tant de fois la revoir
Que ne lui treuve une beauté nouvelle ,'
Je ne faurois tant d'aife recevoir
De la douceur de fà voix non mortelle ,
Qnc] mon deGr n'en croifTe & renouvelle.
Pour mieux la voir , je fouhaiie autant d'yeux
Qu'en a le ciel , & pour l'efcouter mieux ,
Servir voudrois d'oreilles tous mes feus ,
Bien qu'à tant d'heur trop foibles je les fens :
Mais pour penfer à lui faire fervice ,
Point n'ay befoin des autres cœurs abfcns ,
Le mien tout feu! fait allez cette office,
AUTRE.
Amour me fît , auquel je fuis tenu ,
Offre de trois , & me donna loiiir
De les connaître avant "de les choifîr.
Puis, quant je fuis au jugement venu ,
Toutes les trois ai pris &l retenu
Secrètement en égale fortune ;
Comme Paris , je n'en eulfc aimé qu'une :
Mais trop 4c nul lui en eft advenu.
Goût ( Màiftre Etienne ), Toëte du quinzième (Tecie, cuit Je la cour
Tome II. I t
374 - ESSAI
de Charles , Duc d'Orléans , & l'on trouve quelques pièces de lui dans le
manufcrit des poéfies de ce Prince.
Jean de Lorraine ( Monfeigneur ). Voyez Sicile.
Jean I, Duc de Bourbon, né en Mars 1380, fuivit, comme fon père,
le parci de la maiïon d'Orléans contre le Duc de Bourgogne , dont il
défit l'arriere-garde en 141 4. Il commandait l'arriere-garde à la bataille
d'Azincourt en 1415, & y fut pris. 11 mourut en Angleterre en 1433 ,
après dix-huit ans de prifon. Son corps fut apporté au prieuré de Souvigny»
RONDEAU.
Je fens le mal qu'il me convient porter
Non advenu ; mais je crains qu'il aviengne ,
Et qu'en la fin, malheureux je deviengue ,
Sans m'aiïêrvir d'ailleurs , ne transporter,
S'ainfi advient qu'à tort on m'abandonne ,
Que Dieu ne vueille ! que ferai-je (ans per ?
Las ! je ne fay : fi ce mal on me donne ,
Des malheureux je ferai le non per.
Pour le meilleur il me faut déporter ,
Jufques à Tant que ce malheur me viengne ;
Mais à ma Dame hardiment en fouviengne ,
Car pour toujours (à rigueur {apporter.
Je fens le mal , SCc.
Lussay ( Antoine de), Pocte du quinzième fiecle. On trouve quelques
vers de lui dans le manufcrit des poéfies de Charles, Duc d'Orléans.
Machau (Guillaume), né vers l'an 1182, fut d'abord au fervice de
la femme de Philippe-le-Bel, devint en 1 307, valer-de-chambre du Roi >
exerça c«t emploi jufqu'à la fin du règne de ce Prince qui mourut eu
1314.
Nous renvoyons nos Leûeurs , fur ce qui regarde ce Pocte, à une favante
differtation (a) que nous devons à M. l'Abbé Rive. Ce favant, aufli aimable
(a) Ou la trouvera à la fia de ce Yolum*-
SUR LA MUSIQUE. 37$
qu'eftimable , & qui ne faic cas de fes richeiTes que pour les partager, a bien
voulu nous communiquer fon intéreffante diifertation ; Se nous faifuîons avec
empreiTement cette occafion de déclarer toutes les obligations que nous lui
avons , & combien nous faifons cas de fes lumières Se de fon amitié.
Marguerite d'Autriche , fille de l'Empereur Maximilien , née en
1480, cultiva les lettres Se protégea les favans, qu'elle attirait près d'elle,
à Bruxelles , dans les Pays-Bas , qu'elle gouverna avec grande fageife. Elle
dut époufer Charles VIII, alors Dauphin, Se lui fut même fiancée. Mais
ce Prince la renvoya pour époufer Anne de Bretagne , dont le mariage
était plus utile à la France, puifqu'il réuniffait la Bretagne à la Couronne.
En 1494, elle s'embarqua pour aller époufer en Efpagne l'Infant Jean.
Mais ce Prince mourut avant la célébration. Enfin en 1501 , elle époufa
Philibert-le-Beau , Duc de Savoie, qui mourut en 1504. Marguerite vécut
jufqu'en 15 jo.
Ce fut dans fa traverfée d'Oftende en Efpagne que, prête à périr par
une furieufe tempête, elle conferva aflez de gaité pour faire fon épitaphe :
« Ci git Margot , la gente Damoifelle
» Qu'eut deux maris, & fi mourut Pucelle.
Elle a laifie plufieurs ouvrages en vers «Se en profe , parmi lefquels on
trouve le difeours de fes infortunes <S" de fa vie.
Martial de Paris, né à Paris, fut cinquante ans Procureur. Il mourut
vieux Se eftime, le 1 3 Mai 1508. Il fit les arrêts de la Cour d'Amour, à
l'imitation de ceux des tribunaux établis autrefois pour juger les querelles
des amans. Ce tribunal était compofé de plufieurs Seigneurs & prélidé par
des Dames.
Il fit aulli un poeme eftimé , intitulé les Vigiles de la mort du Roi
Charles VII , Se le petit poeme de l'Amant rendu Cordelier.
C II A N S O N.
Le bon tems !
Chacun vivoit joyeufement
Selon fon état Se ménage.
L'on pouvoit partout feuremea:
Labourer en fon héritage
f t i
37$ ESSAI
Si hardiment , que nul outrage
N'euit été fait en place ou voye
Sur peine d'encourir dommage :
Hélas ! le bon teins que j'avoye !
Lors eftoye en la fauvegarde
De paix & de tranquillité ;
De mal ou danger n'avois garde j
Juftice avec autorité ;
Le pauvre eftoit autant porté
Que le riche plain de monnoye ;
Blez & vins croiiïbient à planté (a)
Hélas ! le bon tems que j'avoye !
Il n'eftoit, en cefte faifon ,
De Iogier par fourrier nouvelles ,
N'ez hoftels mettre garnifon ;
Mais de faire chère à merveilles ,
Boire à deux mains , à grans bouteilles ,
Le gras fromage par la voye
Qu'on mangeoit à grofles rouelles ,
Hélas ; le bon tems que j'avoye !
Hé ! quidez vous qu'il faifait bon
En ces beaux prés , à table ronde ,
Et avoir le beau gras jambon ,
L'efcuelle de porreaux profonde ,
Devifer de Margot la blonde ,
Et puis danfer fous la fauflbye ,
Il n'eftoit d'autre joye au monde»
Hélas ! le bon tems que j'avoye t
Du tems du feu Roi trépane
Ne doutois (a) brigans d'un feftu ;
Je fuffe paffé , rapaffé ,
Mal habillé , ou bien veftu ,
Qu'on ne m'euft pas dit, d'où viens-tu?
Ni demandé que je portoye ;
Chemin eftait de gens baftu.
Hélas ! le bon tems que j'avoye !
p^«»»— ii wm*mm*ç ■■ i ■ i l
Ja) En abondance.
Ç>) Craiguois..
SUR LA MUSIQUE. 377
Meun (Jean de), dit Clopinel, parcequ'il était boiteux, vivait fous
Philippe-le-Bel. 11 fut le premier Français connu cjui traduitit du latin en
notre langue. L'ouvrage qu'il traduifit, eft la confolation de la Philofophie,
par Boëce; & depuis lui jufqu'à Nicole Orcfme, précepteur de Charles V,
on ne connut point, dit-on, d'autre traducteur; mais M. Falconnet a prouvé,
en 1727, que le pocrhe de Gemmïs, de Mzrbodus, Evêque de Rennes , avait
été traduit en français par un de fes contemporains; or Marbodus vivait au
commencement du douzième fiecle, fous Louis-le-Gros & fous Philippe—
Augufte. La chronique de l'Archevêque Tnrpin fut auffi traduite fous
Saint Louis. Brunctto Laùnï , Italien , traduifit en français les morales
d'Ariuote , de la première traduction françaife de la Bible fut faite fous
le même Roi.
Jean de Meun traduifit aufli le traité de Végece Se plufieurs autres. Il
finit le roman de la Rofe, commencé par Guillaume de Lorris.
« Je fuis maiftre Jehan de Meung,
a> Qui par maints vers , faas nulle profe,
si Fis cy le romau de la Rolè »,
Michauit ( Pierre ) , Secrétaire du Comte de Charolois , fils du Duc
de Bourgogne, en 1466, a fait le Doctrinal de la Cour, ou la Danfe
des Aveugles, dont nous avons tiré plufieurs eftampes.
Nevers (Comte de). Philippe de Bourgogne, Comte de Nevers cV
de Réthel , Chambrier de France, troiiieme rils de Philippe-le-Hardi ,
Duc de Bourgogne, commandait douze cens hommes d'armes à la bataille
d'Azincourt , où il fut tué le 25 Odobre 1415 , Se eft enterré à l'abbaye
d'Eftelan près de Rhétel. 11 avait époufé en premières noces liabellc de
Coucy, Comtelfe de SoifTons , fille d'Enguerrand VII, lire de Colley, &:
d'Ifabelle de Lorraine.
De fa féconde femme, Bonne d'Artois', il eut Charles de Bourgogne,
Comte de Nevers. Ce fut en fa faveur que le comté de Nevers fut éi
en pairie.
Sa mère époufa en fécondes noces Philippe-le-Bon , Duc de Bourgogne,
& mourut à Dijon en 1415.
Nous ne favons pas lequel de ces deux Cemtes de Nevers , a fait les
37S ESSAI
poéiies qui font dans le manuferit du Duc d'Orléans. Il y a quelqu'ap-
parence que ce fut le fils.
R O N D E L.
Mon très bon hofte & ma très doulce hoftelTe,
Très humblement & plus vous remercie ,
Des biens , honneurs , bonté & courtoifie ,
Que m'avez fait tous deux par voftre humbleiTe
Auffi fais-je de voftre grant largeiTe
Aflidument ma bonne compaignie,
Mon très bon hofte , &c.
Très humblement , &c.
Mon povre cueur , pour payement , vous laifle ;
Prenez-en gré , & je vous en fuplie ;
Et oultre plus , tant que je puis , vous prie
Que m'ottroïez eftre maiftre & maiftreiTe.
Mon très bon, &c.
Olivier de la Marche , né en Franche-Comté , premier maître d'hôtel
de l'Archiduc Philippe d'Autriche, Comte de Flandres, mourut en 1501.
Ses mémoires comprennent l'hiftoire de France, depuis 1455 jufqu'en
1499, & ont été mis au jour par Denis Sauvage en 1561.
Jean Lautens lui reproche d avoir été peu équitable envers les Flamands.
11 a fait auffi un état de la maifon de Charles -le- Hardi , Duc de
Bourgogne, en 1474. Ses mémoires font fort curieux.
R O N D E L.
Pour amours des Dames de France ,
Je fuis entré en l'obfervance
Du très renommé Saint François ,
Pour cuider trouver une fois
La doulce voye d'allégance.
Saint (a) fuis de corde de fouffrance ,
Soubz haire d'aigre défirance,
Plus qu'en mon Dieu ne me congnoit.
1 ■ 1 n 1 »
(4) Ceint.
SUR LA MUSIQUE. 579
Pour amows , &c.
Suis entré , &c.
D'autres renommé , &c
Soubrcmcnt vis (a) Je ma plaifance ,
Et jufle ce que defir penfe (J>) ,
Manrliant par tout où je vois (<:) ,
Je veille à conter par mes dois ,
Les maalx que m'a fait efpcrance.
Pour amours , &c.
Orléans (Madame la Duchefle d' ). Charles, Duc d'Orléans ôc de
Milan, fils de celui qui fut aiTailiné dans la rue Barbette le 23 Novembre
1407, eut trois femmes.
i°. Ifahelle de France 3 fille de Charles VI , qui avait été d'abord mariée
à Richard II j Roi d'Angleterre. Elle mourut en couches à Blois , le 13
Septembre 1409, & ne huila qu'une fille, mariée à Jean II , Duc d'Alençon,
condamné deux fois à avoir la tête tranchée.
20. Bonne d'Armagnac s fille du Connétable, qui mourut en 141 5 de
douleur de la perte de la bataille d'Azincourt <5c de la prife de fon mari.
30. Marie de Cleves , fille d'Adolphe , Duc de Cleves , & de Marie de
Bourgogne. 11 l'époufa à Saint-Omer en 1440, en revenant de fa prifou
d'Angleterre en France , après y avoir demeuré vingt-cinq ans. 11 en eue ;
i°. Louis XII j Roi de France.
i°. Marie 3 qui epoufa Jean de Foix, Comte d'Eftampes.
30. Anne, Abbelle de Fontevrault.
Apres la mort du Duc d'Orléans , fa veuve , époufa Jean , Sire de
Rabodange , Capitaine de Gravelines.
11 y a apparence que les vers que l'on rrouve fous le nom de la DuchefTe
d'Orléans , dans le manuferit des poéfies de fon mari , fout de cette
PrincefTe.
R 0 N D E L.
En la foreir de longue attente
Entrée fuis en une fente (<f) ,
»■■ ' •■ ■■ ■ 1 1*0
(a) Je vis fobrement.
(*) Jufqu'à ce que j'aie ce que je defite,
(<r) CM je vais.
{d} Un fentier,
|8o . ESSAI
Dont ofter je ne puis mon cueur :
Pourquoy je viz en grant honneur
Par fortune qui me tourmente.
Souvent efpoir chafeun contente,
Excepté moi , povre dolente ,
Qui nuit & jour fuis en doleur.
En la foreft , &c.
Entrée , &c.
Dont oiter , &c.
Ay-je donc tort, fe me garmente (a)
Plus que nulle qui fois vivente f
Par Dieu , nennil , veu mon rnaleur :
Car ainil m'aift mon Créateur ,
Qu'il n'eft paine que je ne fente.
En la foreft, &c.
Orléans (Charles, Duc d'), Comte d'Angoulème du vivant de fort
père , enfuite Duc d'Orléans , petit-fils de Charles V, fils de Louis , Duc
d'Orléans , & de Valentine de Milan , père de Louis XII , naquit à
Paris à l'hôtel de Saint-Paul, le 16 Mai 1391, & montra dès fon enfance
les plus heureufes difpofitions pour les feiences & les beaux arts.
En 1 407 , il commença à prendre part aux affaires. L'époque de fon
entrée dans le monde fut la mort malheureufe de fon père. L'état fâcheux
de Charles VI fut caufe de l'impunité de ce crime. Le Duc de Bourgogne,
qui en était l'auteur , fe voyant menacé d'un févere châtiment ou d'une
cruelle vengeance , n'eut d'autre parti à prendre que de fe faire craindre
ëc de s'emparer de toute l'autorité.
La Ducheiïe d'Orléans & fes trois fils fe jetèrent vainement aux pieds
du Roi, pour lui demander juftice. Malgré leurs plaintes & leurs cris,
le Duc de Bourgogne reçut des lettres d'abolition , qui lui furent expédiées
comme s'il avait été innocent , & que fes aceufateurs euffent été les
coupables.
La Ducheiïe d'Orléans moutut bientôt de douleur , le quatre Décembre
(a) Si je me défoie,
1408,
SUR LA MUSIQUE. î«i
140 S, & dix mois après , Ifabeau de France , femme du jeune Duc d'Or-
léans, mourut en couches y le 13 Septembre 1409- Charles inconfolable,
fut encore obligé de fe racommoder avec le Duc de Bourgogne , par un
ordre exprès du Roi. Le Duc de Bourgogne lui demanda fon amitié , &
le conjura de lui pardonner toutes ckofes. Le Duc d'Orléans répondit , en
s'adrelfant au Roi : Mon très cher Seigneur 3 par votre commandement ,
j'accorde j je confens & j'agrée tout ce que vous ave% fait } & lui remets
entièrement toutes chofes. Ils s'embrafferent enfuite; tels font les termes
de Juvenel des Urfins. Il était aifé de juger que les Princes d'Orléans
cédaient à la volonté du Roi, & non à aucun retour d'amitié pour le Duc
de Bourgogne.
Leurs querelles fe renouvelleront bientôt , ils s'envoyèrent mutuel-
lement des cartels , qui cependant n'eurent aucune fuite.
En 141 3 , les Anglais ayant cru pouvoir profiter des divifions du
Royaume , firent une defeente en Normandie. Les Princes d'Orléans
n'héfuerent point à offrir au Roi leur courage & leurs armes. Ils furent
mandés à Paris , le Duc Charles y parut vêtu de noir , l'ayant toujours
porté depuis l'an 1407. Mais le Dauphin lui donnant publiquement des
marques d'amitié , exigea de lui qu'il quittât fou deuil.
Après diverfes entreprifes, tantôt heureufes, tantôt malheureufes , les
Anglais donnèrent, le 25 Oétobrc de l'année 141 5 , la bataille d'Azincourt,
fi funefte à la France. Le Duc d'Orléans, malgré des prodiges de valeur,
fut fait prifounier & emmené en Angleterre , où il demeura vingt-
cinq ans.
Ce Prince fortit de pvifon en 1440, par l'entreprife de Philippe-le-
Bon , Duc de Bourgogne , l'ennemi de fa maifon , avec lequel il fe
réconcilia. Il ne fut pas plutôt de retour en France , qu'il fit tous fes efforts
pour conquérir le duché de Milan , qui lui appartenait de droit par la
mère Valentine*, mais il ne put y réuflir, & laifïà fes prétentions à Louis XII ,
fon hls,e\: à François I, fon fuccelfeur, funeftes prétentions qui caufeient
alors tous les malheurs de la France.
Charles vécut encore vingt-fix ans 8c mourut à Amboife, le S Janvier
1466 (le Père Anfelme dit le 4 Janvier 1465 ) d'une violente maladie,
eaufée par le mépris que Louis XI fit de fes remontrances. François
d'Orléans , Comte de Dunois , Grand-Chambellan de Franc; , fils du
Tome IL \ \
3S2 ESSAI
fameux bâtard d'Orléans, & par conféquent neveu du Duc Charles, le fie
enterrer aux Céleftins de Paris , le :i Février 1504.
L'amour des belles-lettres , &: principalement la poéfie adoucit fes maux
& l'ennui de fa captivité. Nous pouvons en juger par le manuferit de fes
poéfies , qui était à la bibliothèque du Roi, ce que M. de Sainte-Palaye >
a fait copier.
Ce" manuferit a appartenu à M. le Comte de Seignelay , petit-fils de
M. de Colbert. Le monogramme de Catherine de Médicis , dont la cou-
verture de ce livre eft toute femée , ne permet pas de douter qu'il n'ait
suffi apparrenu à cette Pleine.
Ce volume conrient cent cinquante-deux ballades , fept complaintes »
cent trente-une chanfons , environ quatre cent rondels, enfin un difeours
prononcé devant Charles VII, en faveur de Jean II, Duc d'Alençon , fon
gendre, qui fut condamné à la mort.
C'efc a Yiiion que Boileau attribue la gloire d'aycir fondé le PamafTe
français. Si ce fameux Pocte eut connu les ouvrages du Duc d'Orléans ,
il aurait avoué que Villon avait profité des poéfies de ce Prince, ainfi que
Clément Marot a depuis profité de celles de Villon.
(a) Chanfons ou Rondeaux.
Tiengne foy d'amer qui pourra (5);
Plus ne m'en pourroye tenir :
Amoureux me fault devenir,
Je ne fçay qu'il m'en avendra (c).
Combien que j'ay oy {d) pieça
Qu'en amours fault maints maulx fourFiuv
Tiengne foy , &c.
Plus ne m'en, &c.
Mon cueur devant-hier accointa
Beaulté qui tant le fcet chérir,
Que d'elle ne veult départir.
C'eft fait , il eft fien & fera.
Tiengne foy , &c.
(a) Il y en a deux en Anglais.
{F) Se tienne.
{c) Ce qui m'en arrivera-
(d) Entendu dire»
SUR LA MUSIQUE. 383
AUTRE.
N'elt-ellc de tous biens garnie
Celle que j'aime loyaument f
Il m'eft avis , par mon ferment ;
Que fa pareille n'a en vie {a).
Qu'en dites -vous, je vous en prieï
Que vous en fcmble vraymeut î
N'eft-cllc, &.C.
Celle que , &c.
Soit qu'elle danfe , chante ou rie,
Ou face quelque esbacement,
Faites-en loyal jugement
Sans faveur Se fans flaterie.
N'eft-elle , &c.
AUTRE
Je ne prife point tels baifiers,
Qui font donnez par contenance ,
Ou par manière d'accointance :
Trop de gens en font parçonniers (i).
On en peut avoir par milliers
A bon marchié grant abondance.
Je ne prife , &c.
Qui font, &c.
Mais favez-vous lefquelz font chiers(t)?
Les privez , venant par plailance (d ) ,
Tous aimes ne font,ftns doubtance,
Que pour fcfloyer écrangiers.
Je ne prife, &c.
AUTRE.
Voftre bouche dit, baillez moi ,
Ce m'eft avis, quant la regarde ;
Mais dangier de trop près la garde,
(a) N'exiile pas.
(A) Libéraux.
(c) Chers.
(</) Par amitié.
Vvx
38* ESSAI
Dont mainte douleur je reçoy.
Laiffez m 'avoir (a) par voftre foy ,
Un doulx baifier, fans que plus tarde.
Voftre, &c.
AUTRE.
S'il vous plaift: vendre vos baifiers ,
J'en achèterai voulentiers ,
Et en aurez mon cueur en gage,
Pour les prendre par héritage,
Par douzaines , cent ou milliers ;
Ne me les vendez pas fi cbiers
Que vous feriez à eftrangiers ,
En me recevant en hommage,
S'il vous plaift , &c.
Mon vueil (b) Se mon defir entier
Sont voftres , maugré tous dangiers.
Faites comme loyale & fàge,
Que pour mon guerdon (c) Se partage ,
Je foye fervi des premiers.
S'il vous plaift, &c.
A U T R E.
Logez-moi entre vos bras r
Et m'envoyez doulx baifier ,
Qui me vienne feftoyer
D'aucun amoureux folas,
Tandis que dangier (d) eft las
Et le voyez fommeiller.
Logez-moi , &c.
Pour Dieu, ne l'éveillez pasr
Ce faulx envieux dansrier.
Jamais ne puiffe s'éveiller!
Faites tort , & parlez bas»
Logez-moi, &c.
{a) Laiffez moi avoir.
(b) Ma volonté.
(c; Ma récompenfe.
(<£) Nom donné à un mari"»
SUR LA MUSIQUE. $%%
AUTRE.
Dedans l'amoureuiê cuifîne,
Où font les bons friands morceaux»
Avaler les convient tous chauds,
Pour réconforter la poitrine.
Saulce ne faut ne cameline (a)
Pour jeunes appétits nouveaux.
Dedans, Sec.
Il fuffift de tendre gcline(£),
Qui foit fans os ni vieilles peanlx,
Maincée (c) de plaifans couteaux,
C'eft au cueur vraye médecine.
Dedans, &c.
Lettre en complainte , fervant de réponfe à une de Fredec
Fredet, j'ai reçu voftre lettre,
Dont vous mercie chiérement,
Où dedans avez voulu mettre
.Voftre fait bien entièrement.
Fier vous povez feurement
En moy , tout , non pas &" demi j
Au befoing congnoift-on l'ami.
S'amour tient votie cueur en ferre,
Ne vous esbahifTez en rienj
Il n'eft nulle fi forte guerre
Qu'au derrain (d) ne s'appaife bien.
Amour le fait, comme je tien,
Pour efprouver miculx voftre vueil («),"
Grant joye vient après grand dueil.
Se vous dites , las ! je ne puis
Une telle doleur porter,
• — m ^i— — — »™^— — — —
(a) Sorte de faufle.
(b) Poulette.
{c) Découpée avec.
(<f) Qui à la fin,
(<) Volonté,
$M ESSAI
Je vous refpons, beau fire , & puis
Vous en voulez-vous dep porter,
Ou au Dieu d'amours rapporter ?
L'un des deux fault, fe m'aift Dieu voire (a) ;
Puifqu'il eft trait (b) , il le faut boire.
Cuidez-vous (c) , par dueil & courroux,
Ainfî gaigner voftre vouloir ?
Nennil ; ce ne font que coups roux (d) ,
Qu'Amour met tout en nonchaloir :
De rien ne vous peuvent valoir;
Et fe (e) les couchez en defpenfe,
Trop remaint de ce que fol penfe.
Voulez-vous rompre voftre tefte
Contre le mur, ce n'eft pas fens (/").
Il fault danfer quand il eft fefte ;
Certes, autre raifon n'y fens;
Et pour cela je me confens
Que fouffrez qu'amours vous demaine.
Grant bien ne vient jamais fans paine.
Mais de vos doleurs raconter
Faites bien, ainfi qu'il me femble ,
Et les affommer & compter
Devant Amours ; car* il reflemble
A l'oftellier qui met eniêmble
Et tout dedens fon papier couche.
Pour parler eft faicle la bouche.
De pieça je fus en ce point
Encore pis , loing d'allégence ;
Touteftois ne voulu-je point ,
De moy-mcfme faire vengence ;
^ Mais chaudement par diligence
PourchafTay & plaiday mon fait :
Peu gaigne cellui qui fe tait'.
(a) Si Dieu m'aide ( forte de ferment ).
(/>) Tiré.
(c) Croyez-vous.
(</) Sans fuccès.
CO Si.
(/■) Chofe fenfce.
SUR LA MUSIQUE. 387
Ec pour#cc que la lettre dit ,
Qu'Amours veult que vers moy tirez (a) ,
De moy ne ferez efeonduit.
S'aucune chofe defîrez ,
A voftre bien, quant l'efciircz,
Paine mettray , d'entente franche ,
Que l'ayez de croq ou de hanche.
Combatez d'eftoc & de taille
Voftre dure merencolic ,
Et reprenez, commant il aille (b),
Efpojr , confort & chicre lye.
De ne vous oublier me lie (c)
Autant , en ce que puis & doy ,
Que fe me teniez par le doy.
Or retournons à mon propos ,
Et ne parlons plus de cecv ,
Vrai eft que je fuis en repos
D'amours , mais non pas de foulTy ;
Et pour ce que je vueil auflî (d)
De me confeillier travailler ,
L'ami doit pour l'autre veiliier.
SoufTy maintient que c'eft raifoji ,
Qu'il ait fur tous vers moi puifTance.
Nonchaloir (é) dît qu'en ma maifon
Vault mieulx qu'il ait la gouvemancej
Car il ramènera plaifance,
Que fouiïy a bannye à tort,
Sans rcveillicr le chat qui dort.
Souffy refpond qu'eftre ne peut,
Tant qu'on eft au monde vivant;
Car fortune par-tout s'cfiïicu: ,
Et eft à chafeun eftrivant ,
En tous lieux va mal eftrivant ,
(a) Que vous veniez à moi.
(£) Quelque chofe qui arrive.
(V) Je m'engage.
(«0 Veux.
((•) Infouciancc.
388 "ESSAI
Et toutes cliofe rrlet en doubte : j,
Elle a beaux yeux & ne voit goutte. •
Si ne fçay ce que je dois faire ,
Ne lequel d'eulx me laiffera;
Car veu que tousjours j'ay affaire,
SoufTy jamais ne cefTera ,
Mais mon plaifîr rabeflera,
En quelque place que je voyfe (a) ;
Bien eft aife qui eft fans noyfe.
Quant en nonchaloir je m'esbas ,
Et defplaifir veuil débouter,
Jamais ne fcay parler fi bas
Que foufly me viengne efcouter.
Las ! je le doy tant redoubter ;
Car à tort fouvent me travaille;
Mais fans mafcher faut que l'avalle.
Je ne fçay remède quelconques,
Quant ay mis ces chofes en poys (tf ,
Pour tous deux contenter adoncques,
Fors les faire fervir par moys.
Mandez-moi fur ce quelque foys,
Fredet, bon confefl, par vortre ame,
Foy que devez à voftre Dame.
Ourmes ( Gilles des ) , Pocte du quinzième fiecle , & de la cour de
Charles, Duc d'Orléans, on trouve quelques vers de lui dans le manuferit
des poéfies de ce Prince.
R O N D E L.
Jaulier (c) des piifons
Qui tenez tant de gens de bien ,
Ouvrez leur , ils payeront bien
Le droit de l'yfluc & l'entrée.
(à) Que j'aille.
(J>) Balance,
(c-) Geôlier,
Ils
SUR LA MUSIQUE. 329
Ils m'ont cominirtlon baillée
D'appointer ; dites moi combien ?
Jaulier , Sec.
Qui tenez, &e.
Car j'ai cy finance apportée
AfTez , que de leur , que du mien ,
Tant qu'on ne vous en devra rien t
Jufqu'à la dernière journée.
Jaulier , &c.
Pôt ( Guy & Philippe ). Guy Poe, Comte de Saint-Pol de Seigneur
d'Amville , était père d'Anne Pot , qui époufa Guillaume de Montmo-
rency ; &c de ce mariage vint le fameux Anne de Montmorency , Conné-
table de France, tué en 1565, à la bataille de Saint-Denis, âgé de foixante-
quinze ans. On trouve des vers de Guy & de Philippe dans le manuferit
des poches de Charles, Duc d'Orléans.
Rondd de Philippe Pot.
En la foreft de longue attente ,
Où mainte perfonne eft dolente ,
Elpoir me promift de donner,
Se bien vouloye cheminer, #
Ce qui tous amoureux contente.
J'ai tout mis, cueur , corps Bc entente,'
A traverfer chemin & fente ,
Pour cuiller ce grant bien trouver.
En la foreft , &c.
Où mainte , &c.
Efpôir me , &c.
Mais d'une chofe je me vante ,"
Que j'ai eu tous les jours de rente ,
Pour ma quefte parachever ,
Paine & ennuy , fans conquefter
Riens , finon dueil qui me tourmente.
En la foreft, &c,
Robertet, Pocte du quinzième fiecle, dont on trouve un rondeau dans
le manuferit des poélies de Charles , Duc d'Orléans.
Tome II. X x
3<jo ESSAI
Roussiilon ( Génrd de ). Nous n'avons pu nous procurer fur ce Poète
que ce coupler de chanfon.
En amor ne doibt-on ne mentir, ne voir dire;
Et cils qui en jouift , tien fe gard de mefdire :
Car nulz n'eft fi loyal , fi ne fçait bien celer ,
Qui ne face l'honneur de maintes chancelier ,
Et cilz qui n'en joyft , £ard foy de vanterre ;
Car pour un feul vanter l'on doibt perdre fa mie.
Traduction. •
« En amoar on ne doit ni mentir ni dire vrai ;
» Et celui qui a joui doit fe garder de médire :
» Car nul n'eft fi loyal qui ne fafTe chanceler
» L'honneur des Daines , s'il ne fait point fe cacher ;
» Et celui qui n'en jouit point, doit fe garder de vanterie j
» Car pour une feule faulTeté on doit perdre fa rnie ».
Seneschal ( Le Grand ). Nous n'avons pu découvrir quel était celui
qui eft ainfi nommé dans le maintient des poéfîes du Duc d'Orléans. On
fait qu'il n'y avait plus de grand Senefchal depuis le règne de Philippe-
Augufte , qui avait aboli cette charge en créant celle de Maréchal de
Fftmce. On trouve plufieurs rondeaux de lui dans le manuferit du Duc
d'Orléans.
R 0 N D E L.
Qui trop embrafle , peu eftraint.
Je le dy pour maintes & maint
Qui feevent (a) fervir de telz tours »
Mettant loyauté en décours ,
Djnt leur bon los peut être eftraint :
Qui a choifi & pris party ,
Puifque fon cueur y a parey ,
Elt-ce bien fait de 'le laifler ?
Pofé qu'on feuft trop mieulx party ,
Si ferait-ce mal départy ,
Et fon honneur trop fort bleffier»
(«) Savent.
SUR LA MUSIQUE. £*i
Qui varie , faus bien remajnt ;
Par fermeté Couvent on vaint j
Les bons trouvent tousjours fecouts ,
Ceux qui changent l'ont à rebours :
Il eft picca efeript , & paint ,
Qui trop , Sec.
Sicile (Jean d'Anjou, premier du nom, Duc de Calabre, fils de René ,
dernier Roi de), naquit à Nancy, le 7 Janvier 1416, & fhecéda à fa
mère Ifabeau au duché de Lorraine en 1451. Ayant été vaincu prés de
Troyes dans la Pouille, au combat de Samos en 1460, il fe retira dans
l'île d'Ifchia , & revint enfuite à Marfeille en 1465. Il ht enfuite la
guerre au Roi d'Arragon , gagna une bataille en Catalogne , obligea le
Roi de Navarre à lever le fiege de Peralca, c\: mourut à Barcelonne le
27 Juillet 1471. Moréri dit le \G Décembre 1470. Il avait époufé Marie
de Bourbon , fille de Charles I , Duc de Bourbon , & d'Agnès de Bour-
gogne. Leurs enfans moururent jeunes & en eux s'éteignit la branche des
Rois de Sicile de la maifon d'Anjou.
R O N D E L.
Après une feule exceptée ,
Je vous ferviray cefte année ,
Ma doulce Valentine genre ,
Puifqu'amours veult que m'y contente ,
Et que telle eft ma deftinée.
De moi, pour autre, habandonnéc
Ne ferez ; mais fi fort amée ,
Qu'en deviez bien eftre contente.
Après une feule, &c.
Je vous ferviray , &c.
Ma doulce , &c.
Or me foit par vous ordonnée ,
S'il vous plaift à cefte journée ,
Vo voulcnté doulce & plaifante ;
Car à la faire me prefente
Plus que pour Dame qui foit née.
Après une, Sic.
3^2 ESSAI
AUTRE.
j( -
Bien deffendu , bien aflailly ;
Chafcun dit qu'il a grand doulours;
Mais, au fort, je veuil croire amour*
Par qui le débat eft failly (a),
Afin que qui aura failly ,
N'aye jamais de lui fecours. '
Bien deffendu , &c.
Chafcun dit , &c.
Car fe j'ay en riens deffailly
De compter mon mal puis deux jours j
Banny vueil eftre de fes cours
Com un homme lafche & failly.
Bien défendu , &c.
Tignoville, Pocte du quinzième fiecle , dont on trouve des vers dans
le manufcrit des poéfies de Charles , Duc d'Orléans.
C'eft peut-être le même que Tignonville, Garde de la prévôté de Paris,
qui fit en 1496 une ordonnance pour la police.
R O N D E L.
Pour la couftume maintenir ,
Celte faint Valentin nouvelle ,
Mon cueur a choify Damoifelle ,
Moyennant l'amoureux defir ;
Par un regart fait à loifîr ,
Se veult logier es mains de celle
Pour la, &c.
Celle , &c.
S'on lui fait trop de mal foufFiir ,
Je m'accorde qu'il fe rappelle [b) ,
Et puis fe tiengne à la plus belle
Oue fes yeulx lui pourront choifir.
Pour la, &c.
(a) A commencé.
{l>) Confent qu'il fe retiie.
SUR LA MUSIQUE. 39}
Torsy ( Le Sieur de ). Il y a quelques vers de lui dans le manofcrit
des#poélïes de Charles, Duc d'Orléans. Il vivait en 1440.
R 0 N D E L.
Mais qu'à (a) mon mal fi ne m'empire,
Je fuis en bon point , Dieu mcrcy j
Ne n'ay ne douleur , ne foucy
De choie qu'on me puifTe dire.
Plus ne nie plains , plus ne foufpîre ,
Je ni'enguc (£) & dors bien aulfi.
Mais qu'à , &c.
Je fuis en bon , &c.
Quant j'oy ung amant qui foufpire,
Aha ! dis-je, vêla des tours
Dont ufay en mes jeunes jours :
Plus n'en vueil (c) ; bien me dok fuffire.
Mais que, &c
Trémotjiile ( Jean-Jacques bâtard de la ) , fils de Louis I , Seiqnenr
de la Trémouille, né en 145 1 & morr en 1471 , & de Jeanne de la Rue,
fut légitimé par lettres du Roi Charles VIII , données à Melon au mois
de Janvier 14S5. Il était fort jeune, lorfque Charles d'Orléans, vivait
encore. On trouve quelques vers de lui daais le manufcrit des poélîes de
ce Prince.
Vaillant, Poëte du quinzième fiecle , dont on trouve des vers dans
le manufcrit des poéfies de Charles , Duc d'Orléans. 11 s'en faut bien
qu'ils vaillent ceux de ce Prince. Ils paraident faits vers 1430.
R O N D E L.
Des amoureux de l'obfervance,
Je fuis le plus fubjiet de Fiance ,
(11) A moins que,
(/>< Mange.
(c) Je n'en vcuï plus,
}9i ESSAI
Car fe fers d'eftre mendien (a) ,
Et cherche le cotidien ;
Mais nul en mon fac rien ne lance.
Aux frères l'aumofne pour Dieu ,
Toujours vois (5) criant d'uys en huis :
Las ! charité ne trouve en lieu ,
Ne pitié ne fcet qui je fuis.
Retourner m'en fault fans pitance ,
Defir le pourvéeur me tance ,
Puis le beau père gardien ;
Pis fuis que Boefme n'Yndien.
L'Ordre vuea laifTer fans doubftancei
Des amoureux , &c.
Villebresme ( Maître Bercault), Poé'te du quinzième fiecle , dont on
trouve une balade dans le manufcrit des poélies de Charles , Duc d'Orléans.
BALLADE.
Toft fut Priam puifTant Roy couronne ,
Toft fut détruit & toute fa lignée ;
Toft fut Saturne, à mal habandonné j
Toft fut Echo en amours refufée j t
Tôt Léander périt en mer falée ;
Toft dévia la noble Rofenionde ;
Toft fut Dido d'amours déshéritée ;
Toft fe paffe la joye de ce monde.
Toft délaifTa Paris Anone (c) ;
Toft fut Biblis en fontaine muée ;
Toft defflora Bachus Erigone,
Toft fut Jafon ennuyé de Medée ;
Toft fut Philis pendue & étranglée ;
Toft finerent Guifchart & Sigifmonde ;
Toft print jadis Atropos Dyopée î
Toft fe pafle la joye de ce monde.
Toft fut Saiil, Roi des Juifs ordonné;
Toft fe navra à mort de fon épée ;
(a) Mendiant.
(£) Je vais.
(c) OEnone.
SUR LA MUSIQUE. S9S
Toft fut Phaéton (a) de fouldre environné j
Tort fut ravie Hélène & Citharée ;
Toft en mourut NoblefTe incftimée ;
Toft fut Hero noyée en mer profonde ;
Toft fut l'amour Piramus eipirée j
Toft Ce parte la joye de ce monde.
ENVOL
Toft envahit fortune Hermioné;
Toft fut Prognc convertie en Haronde(&)j
Toft fut Ithis en pièces tronfonné ;
Toft Ce paflè la j'oie de ce monde.
Villon, né à Paris en 1 43 1 , fut condamné pour des friponneries, à.
î-tre pendu. Sa gaieté ne Fabondonna pas dans cette trilte lituation j car il
fit cette épitaphe.
«1 Je fuis François ( dont ce me poife )t
» Nommé Corbueil en mon furnom ,
» Né de Paris emprès Pontoife ,
t> Et du commun nommé Villon,
» Or dame corde d'ftne toife
» Sauroit mon col que mon cul poifë ,'
» Si ne fuft un joly appel :
» Ce jeu ne me feinblait point bel ».
On prétend que Louis XI lui fauva la vie , ou que le Parlement changea
la peine de mort en un bannilTement. Il fe retira à Saint-Maixent en
Poitou , & devint le fivori d'Edouard V, Roi d'Angleterre.
Defpréaux a dit de lui :
« Villon fçut te premier , dans ces fîedes groiliers ,
» Débrouiller l'ait confus de nos vieux Romanciers.
CHANSON.
Suives , beautés ; courez aux fêtes ,
Aimés , aimés tant que voudrés ,
■ ■ ■
{a) Phaéton.
\k) Hirondelle.
39* ESSAI
Et fi n'y perdrés que vos têtes :
En la fui ja mieux n'en vaudras.
Folles amours font les gens bêtes.
Salmon (a) en idolatria.
Samfon en perdit fes lunettes ;
Bienheureux eft qui rien n'y a.
Il mourut au commencement du feizieme fiecle.*
Voys ( Hugues le ) , Pocte du quinzième fiecle , a laine quelques ron-
deaux & chanfons dans le manufcrit des poéfies de Charles , Duc d'Orléans
m ■ i m i ■« ■! i u ■ i i i n ■
(a) Salomon.
CHAPITRE
SUR LA MUSIQUE. 3;7
CHAPITRE IX.
Chanfons du Dannemark y lde la Norvège & de f
JN ou s devons à l'amitié que 'M. Jacobi, Secrétaire de la Socié;. I
des Sciences de Copenhague , a pour M. de Schut^e , les détails que
nous allons donner fur les chanfons Danoifes, Norvégiennes, Iflandaifes ,
Scandinaves , ôcc. Il n'y en a point de modernes dans ce petit recueil j
car celles que l'on fait maintenant , relfemblent aux barcarolles de Venife ,
& fe chantent de même.
Celles que M. Jacobi a choifies , méritent l'attention des curieux ,
fur-tout les cinq premières. Elles font faites par les anciens Pocces
Scandinaves , appelles Scaldes \ il refte un grand nombre de cette forte
de poèmes dans les vieilles chroniques du pays.
Elles font écrites dans l'ancienne langue Danoife, qui érait celle de tout
le Nord, y compris l'Angleterre, & qu'on parle encore en Mande. Mais
malgré cet avantage , un Iflandais a pourtant de la peine à les comprendre,
car les Poctes s'étaient formé un langage à patt ; Se outre cela les inversions
hardies qu'on trouve dans ces poélies , en rendent l'intelligence très
difficile.
Ces Scaldes , qui étaient des perfonnages illuftres , chantaient leurs
chanfons dans les Cours des Princes de ce tems-là , à la louange des
guerriers les plus diftingués , év les accompagnaient du fon de divers
inftrumens ; aulli étaient-ils appelles Harpax , c eft-à-dire , Joueurs de
harpe.
M. Jacobi a bien voulu enc»a<ier M. Hartmann , favant Mu/icien du
OC? *
Roi de Dannemarck , à noter les airs que nous joindrons ici , & qui
font précieux par leur haute antiquité , autant que par leur lingularité.
Nous commencerons par tranferire une chanioa dont nous n'avons point
la mufique , fk qui eft traduite en français par Ai. Jacobi.
Cette chanfon contient une vérité hiltorique fur laquelle ou peut
confulter Danck Werth Bcshreybung des Her^ogthums Slefvig , pag. 1 1 1 ,
fc M. MalUtj lùftoire de Dannemarck, in-V, tome i, pag. 2.4.
Terne 11, Y y
3p8 ESSAI
M. Jacobi n'a pu parvenir à engager aucun payfan à chanter l'air de
cette chanfon , pour qu'on la pût copier. '« Ils croient , dit-il , qu'on veut
»> fe moquer d'eux , quand on les en prie , fur-tout fi c'eft un homme
» de la Cour qui leur fait une pareille proposition ».
Danmarck deyligft vang og vxnge
Lukt raed Bolgen blaa
Hvor de vakre voxne drenge,
Kan i leding gaa
Mod de Tydske , Slaver , Vender
Hvor man dempaa tog henfénder,
F-n ting mangler ved den hâve
Ledet er af lave.
Belt af guds forfyn lier hegner
Verger flefte laud
Hvad man under Danmarck régner
Nyder vaern af vand
Ingen Nabo fom vil vinde
Tor paa Danmarck gaa i Blinde,
Fik vi ledet hxngt til rette
Landet skulde vi t*tte.
Melfar fund os Fyn beskytter
Sarnt hin hoye klint
Antil Getzor ingen Rytter
Ride skal for svindc
Guldborg Sund for Laalland gienner
Orefund vort Sielland tienner
Hvert land har fît eget lukke
Alt maa Fylland bukke.
■ « O Dannemarck , pays agréable de
» champs & de prairies , entouré par les
» flots azurés , pays dont la jeuneffe ro-
» bufte eft toujours prête aux combats
» contre les Germains, les Slavons , les
» Vandales , & par-tout où la gloire les
» appelle! Jardin délicieux ! un feul point
» manque à ta perfection , ta porte eft
» dérangée.
» Ici la Providence a placé le Belt (a)
» pour te couvrir & pour garder la plupart
» de tes provinces : là la mer fert de rem-
» part à tes côtes ; aucun voifin ne peut
» etpérer de te furpiendre avec fuccès à
» rimprovifte. Oli ! fi la feule entrée pra-
» ticable pouvait être clolè ! rien ne man*
» querait à ta parfaite siireté.
» Le détroit de Medelfart (f>) défend la
» Fionie , aufli bien que fon promontoire
» efearpé ; il n'y a point de cavalerie qui
» puifle pénétrer jufqu'à Getzor (c) , le
» Sund de Guldborg (d) couvre la La-
» land, comme l'Orefund (c), la Sélande :
» chaque province a fçn rempart à elle ,
» le feul Jutland eft toujours expofé.
(d) Il y a deux bras de mer entre la Sélande & la Fionie , & entre la Fionie Se le
Jutland, nommés le grand & le petit Belt. Ce mot lignifie ceinture.
(b) Entre la Fionie & la Sélande.
(c) Ou Geddefore, eft la côte la plus méridionale de Falfter , qui eft inabordable.
(J) Guedborg Sund, eft le détroit entre Lalland & Falfter.
(e) C'eft le fameux paflage entre laSéhr.de & laScauie, qui eft gardé par Cronbourg.
S U R L A
Holfter, Vagrer, Lyneborgcr,
Som en skadlig flod
Gior os Fylland mange forger
Styrter meget Blod.
Hvo kan venue flig en vane
Det er skam at lade rane
Saa von Fa:, vort gods, formuc
Piil vi har o» Bue.
Saa begyndte Dronning Tyre ,
Ret kaldc Danncbod
Taie til .'c Danskc (lyre
Forefat med Mod
Gabed kan vi vcl Tillukke
Saa vi os ey lader pukke
Af hver fremmed lobeskytte
Os giefter for Bytte.
Fra moradfet vert ved (bande
Til hofund i (li
Vil vi os en vold bemande
Gior'en fnever fli
Alt skal den os orlof bede
Som vi gicnncm skullc ftede
Ey skal hver dergiennem fare
Mcd vor ftiaalne vare.
Det fom faldt i hvermands orc
Og enhver befaldt
Lod fig af Kong HaralJhore
Tuktcs over ait
Bud man over Rigct fende !
MUSIQUE. -0J
» Les Holrtinois , les Vagriens , les Lu-
» nebourgeois , femblables à un terrent
» impétueux , nous caufent bien des foucis
» en Jutlznd, & répandent beaucoup de
» fang. Qui pourra les détourner d'une fi
» inalhcureufe habitude? Il nous eft hon-
» teux de laiffer piller nos beftiaux , nos effets
» 8c nos biens. Nous avons des arcs &
» des flèches.
» Ainfï s'exprimait la Reine Tyre,
» nommée Danebod (a) à jufle titre; c'eft
» ainfi qu'elle haranguait les grands de
» Dannematck, parmi lefquels elle pré-
» fidait avec dignité. Il ne tieiu qu'à nous,
» conclut-elle , de fermer l'entrée de noue
i> pays, & d'empêcher les incurlions dis
» vagabonds étrangers qui ne vifent qu'ai*
» butin.
» Depuis le marais qui eft à l'ouelt vers
» la mer jufqu'à Mofund près du Sly (3) ,
» nous formerons un rempart bien gardé,
» en n'y laiffant qu'un étroit défilé ; alors
=> il faudra que ceux qu'il nous conviendra
» d'y Iaiflèr pafTer , nous en demandent
» la permiflïon , & perfonne ne pourra
» s'en retourner impunément charge Je
» nos dépouilles.
» Ce diicours agréable à tous les audi-
» teurs fut approuve par le Roi Hara.'.l ,
» & chacun en témoigna fa reconnaiffa
» L'on envoya des exprès dans to;
» Royaume, afin que chaque bon patriote
(a) Danebod lignifie refl.iurator Danorum. On donnait anciennement des furnoms aux
Princes. Ainlî Régner fut appelle Lodbrog, c'eft-i-dire , aux chauffes velues, Eric EyegoJ,
c'eft-à-dirc , le très-bon.
'b) Sly eft la rivière qui a donné le nom à SIefw ig,
Y y i
400
ESSAI
Hvo fi g for en daufx vil kiende
Maatte der med vogn og hefte
Voldeu at befadte.
Fra den oftre Danmarks flide
Kora de skaanske skiap
Siellands faren her vil sliide
Ingeu yar faa knap
Fynb.oe , Lollikken og Fydea
Samt hvo fadde neft ved Gryden
Ingen fig da glemte hiemme
Som det veik kund fremme.
Danebod Sig hiert lig gleddc
Der hun skaren faae
Sagde : vi nu hoit tor vodde
Verket fort skal gaae
Henter, Tyder oft og kage
Shens de andre shuld mon aïe
Ter koft kand jer umar fpare
Skal den Gierning vare.
Skaaningea begyndto at grave
Tvorft fra Kahlegat
Frem til Hallingfted og lave
Volclen hoi og brat
Fem gang fex fod blev den laveft
Lex gang otte fod var ragell
Sommefteds kun Tyrretyve
Som clen beft kand blive.
Siellands far og Fynbo reften
Giorele fordig fnart
Jyden skaffed mad for gieften
întet her blev fpart
En porr paa hver hundred faine
» pût Ce rendre inceffamment avec des che-
» vaux & des chariots dans les lieux où
» le rempart devait être fortifié,
» L'on vit arriver du côté oriental du
» Dannemarck une multitude des habitans
» de la Scanie ; le Sélandais prend l'ou-
» vrage â cœur. Chacun fe montre plein
» de zèle & de bonne volonté , ceux de
»Fionie, de Laland & de Jutland, &
» tous les voifins du travail s'empreffenc
» pour hâter l'ouvrage.
n La Reine Danebod fut pénétrée de
» joie en voyant arriver en foule ces trou-
» pes nombreufes ; je parie, dit-elle, que
• l'entieprife finira avec honneur : vous ,
» Jutlandais , apportez des vivres & des
» provisions > les autres travailleront , &
» vous ferez toujours exempts de la main-
« d'œuvre,
» Ceux de Scanie commencèrent à
» creufer depuis Kalegat £a) jufqu'à Hol-
» lingfted (b) , pour former un rempart
» élevé & efearpé. La partie la plus baffe
» était de trente pieds, la plus haute de
» quarante-huit,' quelques endroits de qua-
» rante , félon la convenance.
» Ceux de Sélande & de Fionie eurent
» bientôt achevé le refte. Le Jutlandais
» fournit les vivres avec foin. Rien ne fut
» épargné. L'on fit une porte à chaque
» cent toifes de diftance , l'on n'oublia point
(«) C'eft ainfi que l'on nomme encore aujourd'hui l'endroit le plus occidental de
Dannevircke, ou Opus Danorum,
(J>) C'eft le nom d'un endroit au bout oriental de l'Opus Dmorum,
SUR LA MUSIQUE.
Rcyfte de lod Taarn ey Carne
Hvoraf Fiendcn ramtc skade
Naar han tog til ftade.
At des fnarer fordes kunde
Det verk met behor
Dronning Tyrc lod af grunde
Reyfe, fom man kior.
Giennem volden iîg en Bnrc
Paa det verk at hâve kure
Rart fig noget ret vil foye
Under fremmed oye.
Efter onske voxte volden
Danneviike kaldt
Som har mangen Tonmigholden
For den (let forfaldt
Ledet , fagde Dronning Tyre
H.ir vi hongt , gud vangen hyre
At den ingen fremmed brydcr
Eller Hof bud byder,
Dannemarck oi nu kand ligne
Ved en frugc bar vang
Hcgncd rundt omkning gudfigne
Den i Nod og Frang
Lad , fom korn opvoxe knegte
Der kand fïisk mod Ficnden fcegte
Og om Danebod end taie
Naar hun eri Dvale.
401
» les tours , par le moyen defquelles 011
» incommoda beaucoup l'ennemi , lorf-
» qu'il voulut en approcher fon cany.
» Pour achever ce projet , & tout ce
» qui y avait rapport , la Reine Tyre fc
» fit élever une tourelle fur le chemin qui
» traverfe le rempart, afin de veiller clle-
» même fur les travailleurs: car il eft rare
» de voir réunir ce que dirigent des étran-
»>gers; l'œil du maître fait tout.
» Enfin on vit le former à fouhait ce
» fameux rempart qu'on nomme Dame-
» virkc , lequel a foutenu maints aflauts
» avant qu'il ait pu être détruit. Mainte-
aï nant , s'écria la Reine Tyre , la porte
» eft affife en fa place , Dieu veuille pro-
» téger l'enclos, enforte qu'un étranger ne
» puiiïc la rompre pour uous immoler un
» joug odieux,
1» A cette heure nous pourrons com-
» parer le Dannemarck à un champ fertile
b bien enfermé de toutes parts. Que le
» maître du monde daigne le foutenir eu
» tout péril, & toute détrefle, qu'il y pto-
» duife , comme des épies fans nombre ,'
» une multitude de braves guerriers qui
» combattent avec intrépidité contre tous
» fes ennemis , Se qu'ils puilTeut exalter
y> Danebod, lorfqu'elle repofera daus la
»> tombe ».
Pour que le Lecteur ait quelque connailfance des poélies Danoifes, il
faut qu'il commence par lire ce que M. Mallet en dit dans fon intro-
duction à l'hiftoire de Dannemarck, in-40 , pages 236 — 15©. Nous
ajouterons d'après M. Jacobi quelques éclaircilfemens fur le méchanifme
des vers. Ceux qui délireront en avoir de plus détailles, pourront recou-
rir à la Préface que le Jéfuite Denis a mife en la ta. de f<
402 ESSAI
Allemandes , Lleder des Barden Sineds , imprimée à Vienne , ii;-S° ,
1772.
Chanfons anciennes Scandinaves, comme on les chante encore en Jjlande,
Jrc.
t*WT£gj=jt=fr+ è f\ ■pEfEpEi^j^feÈ
T:
Hiuggo ver met Hiorvi Hitt lœgit mig Jafnan at
lîiaiigHg^ill^rÉ^ilïlHFïiii
Balldrs fodr becki buna veit ec - ac îîim lum Drekùra
rt\
i^\
bior at bragdi or biugvidutn haufâ Ei - gi kem ecmet
lii^^niiiifei
œdro ord til vidris hallar.
Traduction.
« Nous les avons coupées ( les têtes ) avec nos épées ; mais ce qui
5) caufe ma joie , c'eft que je fais qu'Odin me tient un liège tout prêt
» pour fon feftin. Bientôt j'y boirai de la cervoife ( bierre ) dans des
» cornes recourbées j Se ce n'eft point en tremblant que je me préfente
» à fon palais ».
C'eft ici la vingt-cinquième ftrophe de la chanfon attribuée au Roi
Régner Lodbrog. Cette chanfon qui eft imprimée toute entière, mais
peu correctement, dans Worm'ù Litteratura Runica3 Se dans le recueil
de Biorner , intitulé Nordifea Kccmpedatcr 3 a été traduite en Français par
M. Mallet , dans fes Monumens de la Mythologie & de la Poéjle des
Celtes , page 150 «—< 156. Elle contient vingt-neuf ftrophes en tout, qui
SUR LA MUSIQUE. ■; ;
commencent toutes , excepté la dernière , par le premiers vers Hiuggo
yer met Hiorvi, qui fert comme de refrein.
Chaque ftrophe eft compofée de huit vers j la même conforme , ou
une des voyelles fe répète trois fois clans deux vers , favoir : deux lois
dans le premier & une fois dans le fécond. Bifarre entrave qui ne peut
que nuire au génie.
Nous allons ajouter la dernière ftrophe de la même chanfon , parce
qu'elles nous apprend comment les anciens envisageaient la mort. Régner
allait périr par la morfure des ferpens, dont on avait rempli fa prifon.
Fyoumz Hins at Hxtta
Hcim bioda mer difir
(ij) l'er er or Herians Hollo
Hejr odin mer fendar
Gladr raan ec Olmet Afum
.1 Ondvegi drecka
Lits cro Lidnar ftundir
Lxjaadc skal ec deya.
« Mon courage me dit qu'il faut mourir.
» Déjà les Divinités qu'OJi» a envoyées
» au-devant de moi , m'invitent à entrer
» chez lui. A(Tis au haut de fa table, je
» vais donc dans mon bonheur boire de
» la cervoife qu'il m'offrira. Les heures
» de ma vie font terminées , je mourrai
» en riant ».
Cette chanfon eft un drottqued , du genre appelle hatdeyfe , c'eft-à-dire ,
fans rire.
Nous donnerons à la fin de ce chapitre toute la traduction de M. Mallet.
I I.
C\
/Ts
T\
Ar var Allda ta Ymir bugdi vara fândr ne fiar ne
/T\
r*
T\
Svalar unnir Tord var ceva Neu-phi-min Gap var Ginnunga
ÉT
mmÊmmm
Enn gras hvergi.
(.1) Cette lettre répond au th des Anglais , &: fe prononce
fO-j. ESSAI
Traduction.
« Les fiecles ne faifaienc que commencer , lorfque vivait Imlr. La
» mer avec fes fables innombrables & fes flots glacés n'exiftait point
» encore. Il n'y avait point de terre ; il n'y avait point de ciel , on ne
» voyait qu'un vafte abîme fans aucune verdure ».
Cette chanfon eft une ftrophe de la Volufpa. On peut en voir l'expli-
cation dans M. Mallet > Monumens celtiques, pag. 133 — 136.
Elle eft compofée de plus de deux cent ftrophes : la même confonne ,
ou bier» une des voyelles, fe répète trois 'fois de deux en deux vers. Ce
genre s'appelle togmalt , c'eft-à-dire , chant lent.
I I I.
II^iiii^glliÉi^ililii^i^^iêi
Ofnotr Madr Ef eignatz getr Fe eda Biods mûaad
fe
^^j^^H-to^g^^
Metnadr hanum troaz enn Mannvit all-dre-gi Fraragen-gic han
drugt i dul0
Traduction.
« Si l'homme fans efprit acquiert des richefles , s'il obtient une femme
» aimable , il s'enfle , il devient orgueilleux ; .mais jamais le fage ne
» s'égare dans ces fentiers aveugles ».
Cette chanfon eft une ftrophe du Haramal , morceau fublime attribué
à Odin lui-même. M. M ait 'et , dans fes Monumens celtiques, pag. 136 —
144 j l'a traduit prefque tout entier.
Les ftrophes font de fix vers ; une même confonne .ou une voyelle au
commencement d'un mot fe répète une fois dans les deux premiers vers »'
&
SUR LA MUSIQUE. 40?
Se deux fois dans le rroifieme. Cette ode eft du genre appelle togmolc ,
dont nous venons de parler.
I V.
/7\
S?\
Sneid Fyri Sikiley vi-da fud vorum »a prudit Brynt
É£^=^E^lÉg& nr ,r r^rf=ffTfyr>
s
Skreid vel til vanar Vengîs hiortt unddren-gum Vattic ec midr
<T\ /T\ /7\
i^Éliiii^=t
mm
fë
at mot-ti Myni enn pinnig-nen-na po lœtr gerdr i Gordora
i^Hf^l^iHI
Gotthrings vid-mer Skolla.
Traduction.
« Notre vaifleau fendait les flots le long de la Sicile. Commande par
» des hommes braves, il eut un voyage heureux. Je ne crois pas que
» l'homme le plus hardi ofe déformais paffer fur nos traces \ Se cependant.
» une fille de Rulîîe me méprife » !
Cette chanfon eft celle de Harald le vaillant , Prince de Norvège. M.
Mallet l'a traduite dans le même ouvrage , page 156 — 158.
Outre la répétition de la même confonne , qui eft effentielle dans la
Poélie feandinave ancienne , chaque vers de cette ftrophe contient une
demi-rime &c une rime entière. M. Jacobi appelle demi-rime celle qui
eft formée par les mêmes confonnes , mais avec différentes voye'les ;
lorfque les voyelles , aulli bien que les confonnes , font les mêmes , c'eft
la rime entière. Cette ode eft un drotqued rimé , &: de ce genre fonc
prefque toutes les anciennes chanfons qui nous reftent.
Le même refrein termine chaque ftrophe.
Nous la donnerons toute entière à la fin de ce chapitre.
Tome II. Z »
\oi
ESSAI
iiE^pfe^Éiiïii^g^siÉS^è
^
Fjrri menn at frœdin Kunno Forn ok klok a-heidr.um Bokum
fcdzêr
.1113
:^t£t
^^Ê=^P=^^^i
rrrrrrr
fùngo miukt af iînum kongum (lungit Lof a danska- tun-gu
/7N <SN
iîig^s^§ii^^iipi3^^
3=i?
ok i j,oili - ko Modr malt meir Skylldumz ec en nockr $eira Hrœrdan
^S^^PP^S^
diâ af aftar ordum Allivaldanda Kongi at Gialda.
Traduction»
« Ils polTéderent les hautes fciences , écrites avec élégance dès les terns
-» les plus reculés dans des livres profanes. Ils chantèrent dans leurs
» vers danois les louanges de leurs Princes ; & moi qui poflede cette
» langue , je me crois obligé plus qu'aucun d'eux à repréfenter au Roi
» tout-puidant mes vers doux Se agréables »v
Cette chanfon eft une ftrôphe prife d'une hymne appellée Lifta. On
trouve des exemples de ce metre dans le Clavis metrica de Sturlefon : il
y eft appelle Hryn hendr hattr j c'eft-à-dire , chant cadencé , c'eft une
preuve qu'on le connaiflait déjà dans le treizième fîecle en Iflande.
Dans la fuite des tems le langage s'érant altéré , & les Moines ayant
chafle les Scaldes des cours des Princes , l'ancienne Poéiie fe perdit ; 8c
au lieu de ces Poéfies qui contenaient la religion celtique cv qui faifaient
toujours allufion à la mythologie , on fe contentait des rimes. M. Jacobï
a une collection de deux cent chanfons pareilles rimées, dont la première
centaine a été recueillie par Anders Wedel, 15 91 , réimprimée enfuite „
ic augmentée d'une autre centaine par Peder Sys 1695. Le fujer de ct&
SUR LA MUSIQUE. 407
chanfons eft tantôt un fait hiftorique, un combat, un rapt ou une aventure
amoureufe , tantôt un conte de Fées, une fable, une métamorphofe :
il n'y a gueres que les Payfans qui les favent chanter aujourd'hui.
CHANSONS NORVÉGIENNES.
Voyage pour le Sœter (a).
^=SÈi=^^È^^P^^^
Markie gronas , Sniogan braana , Fioel bli bœrt aa Lauve Sproet
Marynykiyl flaar ti Dalom , Kue fê for cete mœt : Alt fora
^gpp^^ppgl=JÊ^EgË^Ê»^ig^4^i
Livi , b'ydia Krœke , Bionnen Kiœmtaa hie fram
utur
f^- jjjjriJ-y tr*ti£jC^pB
Fiole îpring for- nog de ku-aa kœlf-aa Fau-aa-larn,
Traductioh.
« La campagne reverdit déjà , la neige fe fond , le fommet des mon-
» tagnes fe découvre, & les feuilles fe développent. La primevère fleurie
» dans les vallons , le bétail peut trouver fa pâture : tout ce qui vit ,
» commence à fe mouvoir : Tours quitte fon fort : les vaches &: leurs
» veaux , les brebis & les moutons courent avec joie hors de leurs
a» érables 55.
(a) C'eft une cabane que les bergers en Norvège élèvent dans les vallées , loin de»
habitations principales , pour y paiïcr l'été Se. garder leurs vaches qu'ils y mènent paître.
RI. Jacobi la croit ancienne,
Zz 2.
4o$ ESSAI
Cette chanfon fe chante par les bergères lorfqu'elles fe rendent aux
cabanes d'été.
I I.
Retour à la mai/on d'hiver.
'^mm^^^t^^m^^^^m^^
Oshagïort kva gioras Skulla yfta oflaa Kynna Smor Naaftaaataa
Klovja «l'ikiora, Sœttîa L«aas for fœter dor Korkîe fins dœ meira fbe
fa^^qj^^^fe^E^q^^
:aa
hœr for Hœ - je hel for Krifl Gla» os > os Slœp aat Bygden ,
Éi^l^l^î^
jnaelre gla-ot Kue Viû.
Traduction.
« Nous avons fini tous nos travaux , battu le beurre & fait le fromage s
a il ne nous refte plus qu'à charger les chevaux de notre bagage & à
» clore nos cabanes d'été. 11 n'y a plus ici de nourriture pour les troupeaux
» ni pour les hommes. Nous nous réjouiûons d'être libres , de rerourner
» à nos habitations j mais notre bétail s'en réjouit encore davantage ».
1 I I.
\AUegretto»
St^^^^^^^^^^
Stîifle Scndaks afteln eingang formeva Lœit va dœheime Lceva
lÊÊ^S^g^^gi^^ÉgÉ^^
Ty-tlngen va giol ,, aat Skogen ftraukefta Nœver Skrukka tok til Nceva>
inaii ce Konomin fa aat ulybuas Dalen trang For cebydja Eobe -t
SUR LA MUSIQUE. 4c$
naagaa dœr Com fâang maale tyktes me doe ce Ktentes ve, akcpaa
^g^EEgÊfeggEJ
dette Laut e gieva.
Traduction.
« Un Dimanche après midi , le tems me paraiiTair d'une longueur
* exceiïïve , je m'ennuyais d'être dans la maifon j les grains de Myrtil
» étaient déjà mûrs : je courus au bois pour en cueillir dans ma corbeille
» faite d'écorce ; à peine fus-je arrivé dans le vallon étroit, que j'entendis
» quelqu'un chanter : il me femblait que fa voix m'était connue j c'eft
» pourquoi je redoublai d'attention ».
1 V.
Gamail Kiœllen Komti fiugii ftog hek krîng flen-skicella Hugu
wt r-fruj'frr^
Krykkia hialp am flaa - at - aarin utur augo pulla taarin Hantaa-reîma
Œlfskins Brok fôlvbes Une finis boin-tok Stabbin Scène hain fepa»
ii^^^^l^
Bydia skicelvand grcedja lia.
Traduction.
«• Un vénérable vieillard entra dans la chambre, les flocons de neiga
» pendaient autour de fa tête chauve ; fa béquille l'aida à s'approcher
v du feu y les larmes tombaient de fes yeux : alors il tira de fa culotte ,
$10 ESSAI
» faite de peaux d'élan Se attachée par des courroies , fa boete à tabac
i) en poudre , garnie d'argent ; il s'aflit fur le bloc à couper le bois
$> ( place d'honneur ) j Se commençant à chanter d'une voix chevrotante ,
i> il dit, Sec. »
V.
Allegretto moderato.
Huldre mœ fîiog aa bœbrandes hain flœtta brona Haar-ti Guld fingra Bain
ç^Êzg^tëëÈH r :i b.i! j 'mm m
aa Taattom Kring vene Hugu vain Vaska Ce-ti Klara Kiœlla.
illMliilËlfllîillIlliaiii^ii
Atta for guten feette ho-iè-<nc Lagde Tufênd ftrœngle Langipel paa kne
m=mMl^M^mmÊ=MmmM
mœ (ângaa-leikho fàales tokte, râa Ho truga jom-taa Fiœlla.
J=g=t
3t=V=£
W^Ê
Stat up ! ftat up ! Siaa at œnde , Hoyc fylo ftrœnjin kaa dom loet !
eEEEj^EE^=ÉEK~É^=É=Eg:
V. m — *. „. — — k — w — f — r— m k -h' —
3? — E 1 -J u
Siaa œi Hûlder fôm du-brœnne fôm taa Lyftna aat de grœt
^biiÊEi=rrî:y=ï==i-:3i^^î=^i^
manga veit e paa de Snika Lœt me bli di fœnte jngor , fom de
twe-re Lika Hardû Bo aa vcente.
"Traduction.
« La Nymphe d'une main active Se tremblante treflait (es cheveux
t» bruns avec un ruban tiiîu d'or , Se en attachait les boucles autour de
SUR LA MUSIQUE. *t*
» fa tête charmante : elle fe lava dans une fource limpide, Se s'allie
» derrière le jeune homme. Elle pofa fur fon genou fon tympanon à
» mille cordes , & commença à chanter en s'accompagnant de fon inf-
» truraenr, de façon qu'elle forçait les rochers à répéter cette harmonie...
» Leve-toi ! leve-toi ! regarde derrière toi ! écoute comment réfonent les
» cordes d'argent. Vois une Nymphe que tu enflâmes , qui verfe pour toi
» des larmes de defir & d'amour. Je fais que plufieurs fillettes cherchent à
» t 'attirer; mais choifis-moi pour ton amante, jamais tu n'en trouveras qui
i> te chérifle avec tant d'ardeur ».
V I.
Duo entre un Payfan des montagnes & un Payfan des bords de la nier 3
au fujet du jour de la naijfance du Roi.
Preemier.
a^^N^^^^^BP^^^^^
No-kom œg-ta fiella , der rauk fiiioven Likfo hava knap va dee paa
i^iggs^gi
skinaa mehadde Sloppe fram.
Second.
No kom cegta Siona der rauk Likfo œifnio kava knap va doc mot
*Et±~
=^§3=1^1
Baaten oeg raa-kiaa-hadde Land.
Tous les deux,
Ja gud figna mota aa vocl-va dœ me fans me i dag vil
drikke aa fhu aas i en dans me vetit votl du kienne Prirnstavcn. (a)
(«j) C'cft un calendrier runique trace- fur des bâtons aplanis. Voyez M, Malle; , iauo»
duftiou à l'Hiftokc de Dauncmaick, pag, 1x4,
£ïl ESSAI
Traductio k.
Premier Payfan.
« Je defcends de la montagne , la neige y tombait avec Pimpétuofitc
m des flots; c'eft à peine que j'ai pu m'en tirer fur mes patins ».
Second Payfan.
« J'arrive de la mer , elle fumait comme un brouillard de neige , *
i» grande peine mon bateau a pu atteindre le rivage ».
Tous les deux.
« Oui , le ciel foit béni de cette rencontre ; c'eft un bonheur de nous
» trouver enfemble. Nous allons confacrer cette journée à boire & à.
b danfer , je fais que tu connais le bâton runique ».
CHANSONS DANOISES,
Compofées par le roi Régner Lodbrog.
Ce fameux Poëte Se Guerrier régnait en Dannemarck vers le commen-
cement du neuvième fiecle. Après mille courfes maritimes , il éprouva
enfin la mauvaife fortune en Angleterre. Pris, en combattant, par Ella.
fon ennemi , Roi d'une partie de cette île , il périt par les morfures des
ferpens dont on avait rempli fa prifon. Il laifla plufieurs fils qui vangerent
cette mort horrible , ainfi qu'il l'avait prévu dans ces vers qu'il compofa
pendant fa captivité.
CHANSON.
« Nous nous fommes battus à coups d'épées , dans le tems où jeune
w encore , j'allai vers l'Orient préparer une proie fanglante aux loups
m dévorans. Toute la mer ne femblait qu'une feule plaie , ôc les cor-
m beaux nageaient dans le fang des blefles.
» Nous nous fommes battus à coups d'épées , le jour de ce grand
» combat
\
SUR LA MUSIQUE. 415
» combat, où j'envoyai les peuples de Helfingie dans le palais d'Odin.
» De-li nos vaiffeaux nous portèrent à lfa , où les fers de nos lames ,
» fumans de fang , entamaient à grand bruit les cuiraiïes , & où les épces
» mettaient les boucliers en pièces.
» Nous nous fommes' battus à coups d'épée , ce jour où j'ai vu dix
» mille de mes ennemis couches fur la poulliere près d'un cap d'An-
» gleterre. Une rofée de fang dégouttait de nos épées , les flèches
j> mugilFaienr dans les airs en allant chercher les cafques : c'était pour
» moi un plaifir auflî grand que de tenir une belle fille dans mes bras.
» Nous nous fommes battus à coups d'épée , le jour où mon bras fit tou-
» cher à fon dernier crépufcule ce jeune homme lî fier de fa belle chevelure ,
» qui recherchait les jeunes filles dès le matin , & qui fe plaifait tant
» à entretenir Tes veuves. Quelle eft la deftinée d'un homme vaillant ,
as fi ce n'eft de tomber des premiers au milieu d'une grcle de traits ?
» Celui qui n'eft jamais blefté, parte une vie ennuyeufe , & le lâche ne
j> fait jamais ufage de fon cœur.
« Nous nous fommes battus à coups d'épée. 11 faut qu'un jeune homme
s» fe montre de bonne heure dans lei combats , qu'un homme en attaque
» un autre , ou lui réfifte. C'a été là toujours la noblefie d'un héros ; &
» celui qui afpire à fe faire aimer de fa maîtrefle , doit être prompt &
n hardi dans le fracas des épées.
« Nous nous fommes battus à coups d'épée, mais j'éprouve aujourd'hui
»> que les hommes font entraînés par le deftin ; il en eft peu qui puit^-nt
« réfifter aux décrets des Fées , euiTai-je cru que la fin de ma vie ferait
n réfervée à Elit , lorfqu'à demi-mort je répandais encore des torrens
n de fang, lorfque je précipitais les vaiifeaux dans les golfes de l'Ecolfe,
» & que je fournilTâis une proie Ci abondante aux bêtes fauvages ?
» Nous nous fommes battus à coups d'épée ; mais je fuis -plein lie
r> joie , en apprenant qu'un feftin fe prépare pour moi dans le palais
»> d'Odin. Bientôt aliïs dans la brillante demeure d'Odin, nous boir< •
Tome IL A a a
4,14 ESSAI
» de la bierre dans les crânes de nos ennemis. Un homme brave ne
» redoute point la mort. Je ne prononcerai point des paroles d'effroi en
» entrant dans la falle d'Odin.
» Nous nous fommes battus à coups d'épée. Ah ! fi mes fils favaient
«■ les tourtnens que j'endure, s'ils favaient que des vipères empoifonnces
» me déchirent le fein , qu'ils fouhaiteraient avec ardeur de livrer de
» cruels combats ! La mère que je leur ai donnée , leur a laiile ua
» cœur vaillant.
» Nous nous fommes battus à coups d'épée ; mais à préfent je touche
» à mon dernier moment. Un ferpent me ronge déjà le cœur : bientôt
» le fer que portent mes fils lera noirci dans le fang d'Ella ; leur colère
» s'enflamera , & cette jeune (Te vaillante ne pourra plus fouffrir le repos.
« Nous nous fommes battus à coups d'épée dans cinquante & un
» combats où. les drapeaux flottaient. J'ai , dès ma jeuneiïe , appris à
a rougir de fang le fer d'une lance , & je n'eufle jamais cru trouver un
» Roi plus vaillant que moi : mais il eft tems de finir, Odin m'envoie
3) fes Dédies pour me conduire dans fon palais : je vais , affîs aux
i> premières places , boire de la bierre avec les Dieux. Les heures da
» ma vie fe font écoulées , je mourrai en riant ».
Chanfon d' H A RALD le vaillant , prince de Norvège.
Ce Prince vivait au milieu du onzième fiecle. Il fut un des plus
illustres avanturiers de fon tems , & parcourut les mers du nord , l'Océan
fur les côtes d'Afrique , & la Méditerranée. Il y fur pris , & conduit à
Conftantinople, où il refta quelque tems en captivité. Il fe plaint dans
cette chanfon des rigueurs à,EliJJiti fille de Janjlas t Roi de Ruine.
« Mes navires ont fait le tour de la Sicile. C'eft alors que nous étions
» brillans <Sc magnifiques , mon vaiiïeau brun , chargé d'hommes , voguait
» rapidement au gré de mes defirs \ occupé des combats , je croyais
» naviger toujours ainfi : cependant une fille de Rulfie me méprife.
SUR LA MUSIQUE. 415
»> Je me fuis battu dans ma jeuneffe avec les peuples de Dronrl.e m.
» Ils avaient des troupes fupérieures en nombre : ce fut un terrible
>• combat j je lairtài leur jeune Roi mort fut le champ de bataille :
» cependant une fille de RulTie me méprife.
r> Un jour nous n'étions que feize dans un vaifleau ; une tempête
» s'élève & enfle la mer , elle remplit le vailfeau chargé ; mais nous le
» vuidàmes en diligence. J'efpérais de-là une heureux fuccès : cependant
»> une fille de Rulîie me méprife.
» Je fais faire huit exercices ; je combats vaillamment ; je me tiens
»» fermement à cheval ; je fuis accoutumé à nager j je fais courir en
» patins; je lance le javelot ; je m'entends à ramer : cependant une fille
»» de Ruflie me méprife.
» Peut-elle nier cette jeune & belle fille , que ce jour , où porté près
» de la ville dans le pays du midi , je livrai un combat , je ne me
» fois fervis courageufement de mes armes, & que je n'aie laiffé après
» moi des monumens durables de mes exploits : cependant une fille de
>♦ Ruflie me méprife.
» Je fuis né dans le haut pays de Norvège , là où les habirans
j> manient li bien les arcs ; mais j'ai préféré de conduire mes vaifleaux ,
» l'effroi des payfans , parmi les écueils de la mer , & loin du féjOOE
» des hommes , j'ai parcouru les mers avec ces vaifleaux : cependant
<> une fille de Ruflie me méprife ».
Danfe des Payfans dans le Diocèfc de Bergen en Norvège.
Ora^iofo.
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SUR LA MUSIQUE.
417
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Airs Norvégiens.
Alt de Danfe.
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Chanfon.
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ESSAI
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Autre.
Mujique pour le Lour (a).
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(a) Le Zowr cft une efpece de Cor qui produit un fon aigu , les Bergers en lavent tirer
pluiîeurs fonsj cet inftrument à vent eft fort ancien, on s'en fervait autrefois dans les guerres.
SUR LA MUSIQUE. 41?
CHAPITRE X.
Des Chanfons ù Poéjîes Herfes (a).
.Nous n'avons pu nous refufer le plaint de parler ici de la Poéfie Gallique
ou Herfe , de ce genre fingulier de Poche , que nous regardons comme
celui qui parle le plus à l'âme. Ceux de nos Lecteurs qui voudront avoir
plus de détails fur ce genre de poche , peuvent lire la favante DifTertation
de M. Blair, Miniftre EcolTais, que l'on trouve dans le Journal étranger;
6c le Difcours préliminaire de M. le Tourneur , qui eft à la tête de fou
agréable Traduction des Poéfies d'Olhan.
Les anciens EcolTais étaient une colonie des Celtes. Les Druides 6c
les Bardes s'établirent chez eux , après avoir quitté les Gaules , & furent
chargés de conferver & de chanter leurs actions héroïques. Les Druides furent
bientôt détruits j mais les Bardes plus heureux , habilitèrent prefque jufqu'i
nos jours , fous le même nom , 6c exerçant les mêmes fonctions dans le
Nord de l'Ecolfe 6c dans l'Irlande. L'hiftoire nous apprend que , lorf-
qu'Edouard I conquit le Pays de Galles , il fit mettre à mort tous les
Bardes qui s'y trouvèrent , pareeque par leurs chants , ils avaient trop
de pouvoir fur l'efprit du peuple. Ce n'eft pas alfurément la plus belle
action de fon régne.
Les Poëmes d'Offian cv des anciens Bardes font en profe mefurée ;
ils gardaient la rime pour les morceaux lyriques dont ils femaient leurs
ouvrages , & qu'ils chantaient en s'accompagnant de la harpe.
Ollian vivait avant TétablilTement de la Religion Chrétienne en EcolTe,
vers la fin du troifieme (iecle , ou au commencement du quatrième. Ce
fut l'an de J. C. 303, que la perfecution de Dioctétien fit palier quelques-
Chrétiens en Bretagne. Ces premiers Millionnaires vécurent dans des
(<j) Par Poe'fies Herfes , on entend les Poefics FcofTaifès & Irlamlailes ; on n'a con*
fèrvé ici le mot de Herfes , que pareeque c'eft fous ce nom que dans les journaiu ou
a fait connaître les PosSlies Ecoffailcs.
'a.20 ESSAI
cavernes ; 8c ce fut avec eux qu'Olîîan , dans les dernières années de
fa vie , difputa fur la Religion Chrétienne. La tradition a confervé cette
difpute célèbre, 8c Oflian y montre une telle ignorance des dogmes du
Chriftianifme , qu'on ne peut pas fuppofer qu'il fût déjà introduit en
EcoiTe.
Fingaly fi célèbre dans l'hiftoire antique de l'Ecoffe, 8c père &OJJian>
fameux par fes poéfies , était un defeendant de Trenmor qui détruifit
l'ordre des Druides , & qui fut proclamé Roi par toutes les tribus. Le
rétabliifement de Ferard-Jrto fur le trône de l'Irlande, fut le dernier
exploit de Fingal ; alors il remit folemnellement fa lance à OJJian, qui
en fit un digne ufage pour la défenfe du faible & de l'opprimé , jufqu a.
ce que la vieillelfe l'eut fait tomber de fes mains. Alors privé de fon
père 8c de fon fils Ofcar 3 tué en trahifon , aveugle & infirme , il charma
fa douleur & fes maux , en chantant les exploits de fes amis. 11 fe traînait
fouvent à la tombe de fon père , 8c fe confolait en la touchant de fes
mains tremblantes. OJJian chantait pour un peuple que le fpectacle de
la nature ne laflait jamais. C'eft de ce fpeétacle qu'il emprunte fans ceffe
fes images & fes comparaifons. Cet homme fingulier , doué par la nature
d'une fenfibilité exquife , était porté à cette tendre mélancolie qui accom-
pagne ordinairement le génie [a) , & fon ame était également fufceptible
de force &c de douces émotions.
On diftingue quatre périodes dans l'hiftoire des Sociétés humaines.
i°. Les hommes ont commencé à vivre de la chalfe.
a°. De leurs troupeaux.
3°. De 1 agriculture.
4°. De leur commerce.
Les Poéfies d'Ofiian nous préfentent le tableau de la première période ,
& un peu de la féconde, mais rien des deux autres \ ce qui prouve leur
haute antiquité.
On y- voit des femmes enlevées de force , & toute la tribu fe liguer ,
comme dans le tems d'Homère , pour venger l'injure.
Par le récit de leurs batailles , on voit qu'ils ne connaiflaient point
•» -. .il ■ -■ __-- ._
{a) Ariftote dit que la mélancolie eft le partage des grands gînlcs : Omnes inge-
ttiofos melancholUot ejfu *
le;
SUR LA MUSIQUE. 4*1
les trompettes , les tambours ni aucun infiniment militaire. Le cri du
Général était le fignal du combat j auffi la voix du terrible Fingal eft-elie
fouvent citée.
Les deux caractères diftindtifs des poéfies d'Offian font la tendrefle &
le fublime. C'eft la poéfie du cœur , & on s'apperçoit que le Poé'ce
cherchait moins à plaire aux autres qu'à exprimer ce dont il était pro-
fondément pénétré. Son plaifir était de penfer aux héros avec lefquels il
avait vaincu , de fe rappeller la maîtreffie qu'il avait adorée , ôc les amis
qu'il avait perdus.
11 ne compofait que Iotfque fa mufe l'infpirait : alors s'écrie-t-il :
„ Quelle eft cette voix qui frappe les oreilles d'Offian , & élevé fon
»> ame? C'eft la voix des tems qui font écoulés, ils roulent devant moi
» avec les actions des hommes ».
Alors il chante ce qu'il voit , ce qu'il entend , & fon ame verfe dans
fes chants tous les fentimens dont elle eft pleine.
Homère n'a de fupériorité fur Offian que celle que les Grecs avaient
fur les Celtes j ôc Ci la balance du fublime devait pencher d'un côté ,
peut-être ne ferait-ce pas en faveur d'Homère , bien fupérieur cependant
à Offian en variété, en idées, en peintures de caractères, en agrémens ,
en gaité, &c. Offian pouvait-il être gai, il avait furvécu à tous les amis ,
& avait été préparé à la mélancolie par tous les événemens de fa vie.
Nous ne citerons qu'un de fes Poèmes.
O ï N A M O R U L.
« Comme on voit la lumière du foleil fuir devant l'ombre fur la vafte
,» coline de Larmon } ainli , au milieu des ténèbres, les images des decles
u paffiés fe fuccèdent devant ma penfée. Quand les Bardes fe font retires,
» quand les harpes font fufpendues aux voûtes de Selma3 alors une voix
» fe fait entendre à l'oreille d'Offian, & réveille fon ame. C'eft la voix
» des fiecles partes; ils roulent devant moi chargés d'evénemens. Je iaili,
j> les faits éclajans à mefure qu'ils pallent dans ma mcnioue , & je les
n reproduis dans mes chants. Les chants d'Offian ne font point un torrent
Tome IL Bbb
422 E S S A î
» rapide & fangeux , ils s'élèvent dans les airs comme les doux concerts
» de Lutha. O terre heureufe de Lutha! quand la main légère de Malvïna
» vole & brille fur la harpe, tes rochers répètent fes accords harmonieux.
j> Fille de Tofcar 3 toi qui diilipes les fombres penfées qui affiégent mon
» ame , ne veux-tu point entendre ma voix ? viens , fille charmante ,
» nous ferons revivre le paue dans nos chants.
» Sous le régne de Fingal, avant que l'âge eût blanchi mes cheveux ,
« je m'embarquai dans la nuit pour 1 île de Fuarfed. L'étoile de Concathlirt
» dirigeait ma courfe. Fingal m'envoyait au fecours de Malor 3 Roi de
» Fuarfed , que la guerre environnait de toutes parts. Nos aïeux s etaienc
» aflis enfemble aux fêtes de l'amitié.
» J'entrai dans la baie de Colco , & j'envoyai mon épée à Malor. IL
»» reconnut le lignai d'Albion & trefîaillit de joie. Il fortit de fon palais ,
» il vint à moi , & me prenant la main d'un air trifte : pourquoi ,
» me dit-il , la race des héros vient-elle au fecours d'un Roi près de fa
» chute ? Thormod eft chef de l'île de Sarironlo : il a vu , il a aimé ma
» fille Oïna. Je l'ai refufée à fon amour : nos ancêtres étaient ennemis ,
jj il eft revenu à la tête d'une armée nombreufe : mes guerriers ont fui
s) devant lui , quel motif porte la race des héros à me fecourir. Je ne
=> viens point , lui répondis-je , pour être comme un enfant , fpedbateur
»* inutile des combats. Fingal fe fouvient de Malor & de fa générofité
» pour les étrangers. La mer le jetta autrefois fur ces bords, tu le reçus
5) avec joie , tu lui prodiguas les fêtes & les concerts. Voilà le motif
» qui m'arme de cette épée , ôc peut-être fera-t-elle fuir tes ennemis.
3» Quelle que foit la diftance qui nous fépare de nos amis, jamais nous
3i ne les oublions dans l'infortune. Digne fils du vaillant Trennor , tes
3> paroles font comme ia voix de Cruthloda , quand ce puifïant habitant
33 du firmament ouvre fon nuage & daigne nous parler. Mille autres
a> guerriers font venus fe réjouir à mes fêtes , mais tous ont oublié l'in-
33 fortuné Malor. J'ai promené de tous côtés mes regards fur la mer, 6c
33 je n'ai apperçu aucun vaiiïeau qui vint à mon fecours ; le bruit de
33 mes fêtes ne les appelle plus dans le palais de Malor } on n'y entend
>i plus que le choc des armes. Mais la nuit approche , viens dans ma
33 demeure, enfant des héros, viens entendre les chants de ma fille.
SUR LA MUSIQUE. 423
» Ttfous entrâmes dans fon palais : Oïna prend fa harpe , chaque corde
»> frémit tour-à-tour fous fes doigts , & accompagne fes triftes accerrs.
« J'écoutais en filcnee & contemplais la beauté de la fille de Malor. Ses
»» yeux humides de pleurs , brillaient comme deux étoiles au travers d'un
•> nuage qui verfe la pluie. Au point du jour nous combattîmes fur la
» rive du Tormul. Le fon du bouclier de Thormod réglait les mou-
-t» vemens de fon armée. Le carnage s'étend d'une aile à l'autre, j'attaqae
»> le chef de Sardronlo. Son bouclier vole en éclats. Je le faifis, l'en-
v chaîne, & le livre à Malor. La défaite de l'ennemi ramena la joitj
■»> dans Fuarmed. Thormod humilié craignait de rencontter les regards
■» d'Oïna.
» Fils de Fingal , me dit Malor, tu ne parriras point fans emporter
» une marque de ma reconnaiftance : Oïna va s'embarquer avec toi. Elle
» allumera dans ta grande ame la douce flame de l'amour. Elle eft digne
» d'habiter dans Selma, 8c fa beauté la fera remarquer dans la demeure
»> des Rois.
» Je paflai la nuit dans le palais. Mes yeux étaient à demi-fermés
» par le fommeil , j'entendis une voix douce & plaintive, femblable au
» Zéphir qui vole & fait frémir le gazon des prairies. C'était la voix
» de la fille de Malor , qui chanrait dans la nuit ; elle favait combien
» les fons d'une douce Mufique attendnlïaient mon ame.
» Quel eft ce jeune guerrier qui du haut du rocher promené fes regards
» fur les vapeurs de l'Océan? Ses longs cheveux, noirs comme l'aile du
» corbeau , flottent au gré des vents , fa démarche annonce la douleur ,
» les larmes roulent dans fes yeux , fa poitrine eft gonflée de foupirs...
» Retire-toi, malheureux, j'erre dans un pays inconnu. La race des
» héros m'environne, mais leur préfence n'adoucit point mes ennuis. Ah !
» Thormod , objet de l'amour des Belles , pourquoi nos pères furent-ils
» ennemis !
» Aimable Oïna , lui dis-je , pourquoi fais-tu retentir la nuit de tes gé-
>» miflemens ? Les defeendans du vaillant Trennor n'ont point une ame
» cruelle. Non , tu ne viendras point errer fur une terre étrangère : une
» voix impérieufe retentit dans le eccur d'Oflîan ; nul autre que lui ne
» peut l'entendre ; clic lui ordonne d'écouter les malheureux au jour dj
Bbb i
4.24- ESSAI
» l'infortune. Retire-toi, belle Oïna, ton amant ne te pleurera point fur
•> fon Rocher.
» Dès l'aurore je détachai les liens de Thormod & le rendis à fon
» amante. Pourquoi , dis-je à Malor , Thormod panerait-il fes jours dans
» la douleur ? 11 eft de la race des héros. Il brille dans les combats. Vos
» ancêtres , il eft vrai , furent ennemis ) mais aujourd'hui leurs ombres
» réunies fe réjouiflent enfemble , & boivent à la même coupe dans le
» palais de Loda. Guerriers , oubliez leur ancienne haine , qu'elle refte
,j> enfévelie dans le pafte.
» Telle fut la conduite d'Oflïan dans fa jeunelfe , ce fut ainfi qu'il
» rendit à fon amant la tendre Oïna, malgré tout l'éclat de fa beauté ».
SUR LA MUSIQUE.
V$
CHAPITRE XL
Chanfons Pcrigourdin.es, Strasbourgeoifes & Auvergnates,
Chanson Périgourdin
Quand tournara lou tems, Mignouno , que you t'aima-va, à tout hour'à
iife^-rt^i-r=ctcprtf-r \fr i,f irt-ei , 1 1 ^
tout moument, te fa - fio mil embras-lâdas, Mignouno, que you t'aima-va !
HMMUI
qu'houra li tourna - ren.
AUTRE.
IÉËi=Ëfil=S^
êës^H^I
L'autre jour you me per-me-na-vo tout lou loung d'un tur -lu-
ru ■
mmmmm^mmmmwB^
tu, tout lou loung d'un lan la- ri-rcto, tout lou loung d'un vargic.
You rencountri gayo bargiero
Gardava foun turlutwu ,
Gacdava foun lanlalirc,
Gardava loun troupe.
42i
ESSAI
You m'aprouchi de la bargiero
Per la voulei turlututu,
Per la voulei lanlaliré,
Per la voulei befer.
Elle déviraiya fa counouillo
Per me voulei turlututu ,
Per me -voulei lanlariré ,
Per me voulei frapé.
Tout beau, tout beau, gayo Bargiero,
Car you fei toun turlututu ,
Car you fei toun lanlaliré,
Car you fei toun Bargier.
Si fei be ta feure quartana,
Que tu fia moun turlututu ,
Que tu fia moun lanlaliré ,
Que tu fia moun Bargier.
Moun Bargier porta point d'efpafii,
Ni mai d'aqui , turlututu,
Ni mai d'aqui lanlaliré ,
Ni mai d'aqui Baudriet.
Moun Bargier porta fa mufett»
Per me faire turlututu ,
Per me faire lanlaliré ,
Per me faire danfer.
AUTRE.
BEf-f m-ixx^m^rrwsM- çh-t
De boun ma-ti me lèi lev-ado , lou (ôun dau viauloun m'agrado,
i^aIëBIiiIlI^^lgll£:i
din moun vargier m'en fèi a-nado, doun déno, lou fôun dau viau-Ioun,
JEEgEgfegpEEEjlE^
ê
doun déno , lou (ôun dau viauloun , doun , doun.
SUR LA MUSIQUE. 427
Din moun vargiet m'en fei anada
Lou foun dau viauloun m'agrada
Moun bel ami my attrapada,
Doundeno,
Lou foun dau viauloun , &c.
Moun bel ami my attrapada
Lou foun dau viauloun magrada,
Sur l'herbetta eu ma rounllada
Doundena,
Lou foun , Sec.
Sur l'herbetta eu ma rounflada,
Lou foun dau viauloun magrada
Cinq ou fiei cops eu m'a bicada,
Doundena ,
Lou foun, &c.
Cinq ou /ici cops eu ma bicada,
Terra de Dieu qu'ala journadeo,
Dures à quo toutta l'annadeo,
Doundena,
Lou foun, &c.
Dures à quo toutta l'annada ,
Lou foun dau vialoun magrada ,
Sirio pus d'aife que Madama,
Doundena,
Lou foun, Sec.
Sirio pus d'aife que Madama,
Lou foun dau viaukun magrada,
Ella po efle miei couéfada,
Doundena ,
Lou , foun , &c.
Ella po e/Te miei coui/àda ,
Lou foun dau viauloun magrada,
Ma ne Iciio pas miei bicada
Doundena,
Lou foun dau viauloun magrgda ,
Lac foun d.m viauloun ,
Doundoun,
42S
ESSAI
SARLADOISE.
Chanfon à danfer. de Sarlac en Périgord.
La Confejjion.
Allegro
m^ëggm^^i^ÈgÊÊË&è
You me con-felsi pero, lou cor plé de dou-iou d'aveî fur la faugie-ro
p^MËfftfPrr'T I rriett^^^g
foulatra en Pia-rou, d'abord me fàchi - gue - ri , me l'elca-peri you:
^^l^^g
oh ! que po la cou - lero contre un tendre pas - tou.
Avez péca fillote,
Countre lou Salvadou,
Refpenti té paiirotte ,
Et laide ton Piarrou ,
Diou eis un tal boun payté
Qu'aimé la counverlîon ,
Mas né perdoune gayré
Qu'après la countriiTîon.
You véfi bé moun Payré ,
Que vous avez rafou ,
Si n'en couflave gayré
D'abandonnas Piarou ,
Yo vio jur'en conûenfo ,
Hélas , moun Diou dé you ,
Doublas lo pénitenfo
Et laiiTas mé Piarou.
AUTRE
SUR LA MUSIQUE. 419
AUTRE.
VI 3-l j'iJtlrjilJfU 3 FfTÊBpa^
Quand Mari - on s'en vai la foun , quand Mari - on s'en vai la
.=5:
g^g^g^^^^j^gjg5=3
foun, lo prend £>us brocs, lo court toujour, Brunet-to , a-nen à l'oum-
f==3pJ^gj^FF^gp^si=£^^=
bret-to , Brunet - to , a - nen à l'oumbret - lo dau bos.
Lo prend fous brocs, lo cour toujour (bis. )
En fou chami rencountro Amour, Bruneto ,
Anen à l'ombrctto, &c.
En fon chami rencountro Amour, (^>)
Amour, Amour, embralfen-nous , Bruneto,
Anen , &c.
Amour, Amour, embraffen-nous , (^O
Fafen vite , defpeichen-nous , Bruneto ,
Anen, &c.
Fafen vite defpeichen-nous , ( bis, )
You ai lo pato dedin lou four, Bruneto,
Anen , &c.
You ai lo pato dcdin lou four, (&■*•)
Lous mcignajous au berfadou , Bruneto ,
Anen, &c.
Lous mcignajous au berfadou, ( bis. )
You ai moun home quei tan jaloux , Bruueto ,
Anen , &c.
tome 1 1.
Ccc
43 q. ESSAI
You ai moun home quei tant jaloux , ( bis. )
Plet à Diou que tous lous jalous , bruneto,
Anen, &c.
Plet à Dibu que tous lous jalous {bis,)
Tous lous jalous fuffian moutous , Bruneto ,
Anen, &c.
Tous lous jalous fuflîan moutous (^■f»)
Y pourtarian lous coumichous , Bruneto,
Anen à l'oumbreto , Bruneto ,
Anen à l'oumbreto dan bos.
A U T R E.
Lou Pajlour,
Louen de té Paftouroulette ,
De larmas n'ay fat un rieu,
Sey pus feic q'un Eycolette ,
Une alumetta ,
N'ey pas pus fecco que yeu.
Lo Pajlourello,
Te trobi bel' coum un Ange ,
Nou befi res.de pareil,
Boli que lou loup me mange,
Lo meyca del meux troupel
Si jomay cangé d'amour , paftoureL,
AUTRE.
Adiou ma tant emado ,
Yo ne :e veraï pu
Tu te (c maridado
JMalliurouzo journado,
Yo ne te vcrai pu. [&**•)
SUR LA MUSIQUE.
43 1
Labas din qu'c village
Tu s'é qui per toujour,
Ne fai pas de doumagé ,
Qu'un fi genté vifagé ,
Finiço en cai fous jours»
A qui m'an vi rire,
Me demanden qu'à tu,
Ne podé loui' redire
Neit & jour yo foupiré
Après quo que yo aï perdu.
Adiou , &c.
{lis.)
{bis.)
Chanson Stras-bourgeoise^
Andantino.
Oh' ne nib und oh ne wein was ift unfêr le ben.
Al - les - vas uns kan erfreun mufTen diefè ge ben.
3F
Wen die gro(Ten fich erfreun , was ift ihre freude ? Hubkhe madgen
iÊEEEEE
r;z3:
H^T7 f
I
ÊHm ftj=^rryjM=g §Hi
guter vein, einzig diefi; bei de.
■ ,j r
ce»
452
ESSAI
Traduction littérale.
Onne lieb und ohne wein ,
Was ift unfer leben ?
Ailes vas uns kan erfreun
Muflen diefe geben.
Wen die groffen fich erfreun
Was ift ihre freude î
Hubfche madgen, guter wein
Einzig dicfe beide.
Siéger du dis Siegs fich freun
Fragen nichts nach cranzen.
Sie reholen fich beim wein
Und bei fchlauen tanzen
Uns druckt oft des lebens pein
Doch nur wenu wir dusfteu ,
Aber gebt uns lieb und wein.
O fo find wir furften.
Sans amour & fans vin ,
Qu'eft-ce que la vie î
Tout ce qui peut nous réjouir
Nous eft accordé par-là.
Si les grands fe réjouifTent,
Quels font leurs plaifirs ?
Les jolies femmes , le bon vin ,
Us n'ont que cela.
Le guerrier victorieux
Se foucie peu des lauriers,
Il fe dédommage par le vin
Et le plaifir de la danfe ,
Souvent les tourmens de la vie nous accablent
Quand nous avons foif;
Mais que l'on nous donne de l'amour & du vin,
Et nous fommes des Rois ï
AUTRE.
Allegretto.
hs^héi
fet;
==±--4
Es leben die alten, die madgen und vein fur muttel gehalten fich
sH — z.z*=iz—ïï.-*.
F ii
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SUR LA MUSIQUE.
433
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bidermans aus und lebten in zuchten beîm nachlichen fchmaus.
Lob der Alten.
"Eloge, de nos Anciens.
Es leben die alten
Die madehen und vein.
Fur muttel gehalten
Sicli veiflich zu freun
Sie ubtcn die pflichten
Des Bidermans aus
Und lebten in zuchten
Beim nacht lichen fchmaus.
Vivent nos ancêtres ,
Qui jugcoicnt les femmes & le vin,
Pour feuls moyens,
De fc réjouir fagement.
Ils exerçoicnt les devoirs
De l'honnête homme ,
Et vivaient fobrement
A un repas noûurne.
Da ludman die jugend
Zucn mahle mit ein ,
Und predigte tugend
Durch thaten allem
Man ruhmte die grofTen
Die tapfa und gert
Kern anderes vergoflèn
Als feindliches blat.
L'on invitait la jeunefle
A ces fcltins ;
L'on ne prêchait la vertu
Que par des faits,
On vautait les héros ,
Qui vaillans & preux
Ne répandaient
Que du fang ennemi.
Dem lande zu chren
Nahm jeder fem glas
Veiguiigen halfs leeren
Doch hielten fich maas
Und lachten lich niichtern
und fangen in ruh
Von frotichen dichtern
Ein liedehen dazu(
En honneur de la patrie
Chacun prenait fon verre ,
Le plailir le vuidait ,
Mais ils lavaient fe borner ,
Et fe «légrifaicnt en riant,
Et chantant en paix
Des Poctcs gais
Les clunfonnetees.
434
Um raittemacht fchieden
Sic kufTend vom fchmaus
UnJ kehrten in friedin
Zum veibgen nach haus
Es ltben die alten !
Ver folgen dem brauch.
Aufden fie gehalten
Und freuen uns auch.
ESSAI
A minuit ils fe féparaieat
En s'embrafTant ,
Et retournaient paifiblement
Chez leurs femmes.
Vivent nos ancêtres!
Suivons la méthode
Qu'ils ont établie ,
Et réjouiffons-nous comme eux.
AUTRE.
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Ob ich dich lie - be Tels ich nicht feh ich nur ein mal dein geificht
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P. F.
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feh dir ins auge neur ein mal frei vird mein herz von al 1er quai
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■/ gott veis vie mir Co vohl gefchicht vie mir (b vohl iô volh gefchicht
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< ob ich dich lie be veis ich nicht ob ich dich lie be veis ich nicht.
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P. P.
SUR LA MUSIQUE.
45;
Ob ich dich liebe weis ich niche : J'ignore ... fi je t'aime . . .
Seh ich nur einmahl dein gefichr, Mais à peine je vois ton joli minois
Seh dir ins auge nur eminahl , A peine je fixe tes beaux yeux ,
Frei vird aiein herz von aller quai; Que mon cœur fe fent débarrafle de tout
chagrin.
Gotc veis , vie mir fo wohl gefehicht ! Dieux ! que j'éprouve alors un fentiment dé-
licieux !
Ob ich dich liebe , weis ich nick. J'ignore .... fi je t'aime.
AUTRE.
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VL*\i\n MlTfi J. t I ff E-r-fl-frs
Iht rîtter und ilir frauen zart fo roth von mund und vang und
.— H 1- ta» ta"» — ta»-1 — ta» ta» ta» — '-
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junge Knappen edler arc horcht aile meinem fing ! Seyd
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eurem lieb ci
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eurem lieb chen treu und hold feyd eurem lieb chen hold und
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ÇïJXGfettgc rTTPlifJ
dient thrum der Minne iold fi> seis auf lebens lang.
ii^-^^f-irfi nfun r rrr hi 1 f jug
43^
ESSAI
Air de Chevalerie.
Ihr ritter und ihr frauen zart
So rothvon mund als Wang
Und l'unge knappen edler art
Horcht aile meinem fang !
Seid eurem liebchen treu und hold
Und dient ihrum der minne fold,
So feis auf lebenflang.
Dem mein der ohne liebe bleibt
Und doch vor innerm drang
Sich raft los hin aud vinder treibt
Ifts in der haut fobang!
Ift ailes ihm : fokalt sotod
Er ift vfit wangen ohne roeh
Und geigen ohne klang.
Chevaliers & belles Dames,
Aux joues & lèvres vermeilles l
Jeunes & nobles Écuyers ,
Ecoutez tous mes chants !
Soyez fidèles à vos Belles ,
Et fi vous les fervez en Chevaliers ,
Que ce (bit pour la vie.
L'homme qui ferme fon coeur à l'amour
Eft pouffe par un mouvement intérieur.
De coté & d'autre , fans goûter le repos ,
Son cœur eft ifolé & trifte;
Toute la nature femble être refroidie & morte
pour lui.
Il reiïèmble à des joues fans vermeil,
Et à un luth fans fon.
Doch liebe fonder chrewar
Ein feuer ohne glanz :
Sic ift , ich fingeflaut umher
Die roz im tugend cranz ;
Ift etwas edel bravund gut
Stracksgeht dahin iho lauf ,
Dasherz wird rem in ihrer glut
Und lodert himmel auf
Wasgiebtdem menfchen gotter rang?
Die liebe giebts ihm traun !
Drum horchet aile memem fang
Ihr ritter und ihre fraun
Wunfcht ihr den achten minnefold
Der freuden aberfcrfhwang
Bleibt eurem liebchen treu und hold.
Und liebt auf teb inflang.
Mais l'amour fans l'honneur
Serait un feu fans clarté ;
Il eft( nos chants l'annoncent tout haut)
La rofe dans la couronne de la vertu.
Y a-t il quelque chofe de digne & de noble?
Il y dirige fon cours ;
Le cœur s'épure par fa flâme,
Et elle étincelle jufqu'aux cieux ,
Qui élève l'homme au rang des Dieux?
C'eft l'amour sûrement !
Or écoutez tous mes chants,
Chevaliers & Dames :
Souhaitez-vous la vraie récompenfe de l'amour ,
L'excès des plaifirs ?
Soyez fidèles à vos amours,
Et aimez pour la vie,
AIR
SUR LA MUSIQUE.
AIR AUVERGNAT.
137
S=2=ï
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Nargua de la ca-reimo, benkhot carmantran, Diou y donne la vl-da
^te^gg^Eg^EEg|^EgEgE^^^g^
quatorze meys de l'an, peindint tout aquei teim io fêi contein com'un boun
papo , quoquei mord dagniel, leibre, vedeit , toujours einthapo, in pinta de
vi io minniore tous los ma», peu quan fëi fadou dorme la refta do jou.
AUTRE.
Ei^i^^^gg^ig^ë
E*E3<EF
^^^
Moun per ma bêla eun mari, ja-mais vous n'avez tant ri, eou me la
gg=relf P ff. ftft-Ptf-t-irf-f^^ '
bêla , io lei pri , io voulio tant rire , jamai* vous n'avez tant ri ccmma iu
S r r ffei
voulio ri - re.
Ddd
438 "ESSAI
Eou me la bêla io Ici pri,
jiamais vous n'avés tant ri,
Quand vinguait la prouraera neuit,
lo voulio tant rire,
Jamais vous n'avés tant ri
Couma io voulia rite.
Quand vinguait la proumeira neuk,
Jamais vous n'avés tant ri ,
Ne faguait re ma que dourmi,
Io voulio tant rire , &c.
Ne faguait re ma que dourmi,
•Jamais vous n'avés tant ri,
Pringuai oun épione le piquei,
lo voulio tant rire , &c.
Pringuai oun épione le piquei ,
Jamais vous n'avés tant ri ,
Pringuait fas brayas s'infugi ,
Io voulio tant rire, &c.
Pringuait fas brayas s'infugit^
Jamais vous n'avés tant ri ,
Et io nios gouuios le feguei,
Io voulio tant rire , 8cc.
Et io mos gounios le feguei ,
Jamais vous n'avés tant ri,
De dien le jardin l'attrapei,
Io voulio tant rire, &c.
De dien le jardin l'attrapei,
Jamais vous n'avés tant ri ,
De dien fon leit leramenei,
Io voulio tant rire, &c.
De dien fon leit le rameneî ,
Jamais vous n'avés tant ri,
Devina ce que me fagueit,
Io voulio tant rire, Sec.
et
SUR LA MUSIQUE.
432
Devina ce quo me fàgueit,
Jamais vous n'aves tant ri ,
O par ma fe nein faubiei gi,
Io voulio tant rire.
Jamais vous n'avés tant ri ;
Comrao io voulio rire.
A U T R E.
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%miï&^£ë^£
Quan io zera, pe-ti-ta Mignouna, la bour-reya vi-o-leta,
^^^gg^â^^^^^l^^
quan io siéra, pe-ti-ta pe-ti-ta Margue-tou. Pe-ti-ta Margue-tou,
^^m^ms^^rnssasv^w^
pe-ti-ta Margue - tou , io garda-va las oueillia , Mignouna , la bour-
reya vî-o-le-ta, io garda-va las oueil-lia, las oueillia, los miutoui.
Petita Marguetou,
Petita Marguetou,
Io gardava las oueilla ,
Mignouna, la boureya , violeta ,
Io gardava las oueilla ,
Las oueilla, los mautous.
Las oueilla los mautous, (^'J»)
Nin gardava pas gucio,
Ddda
4<jo ESSAI
Mignona la bourreya viouletta,
Nin gardava pas guero,
Nin gardava ma dous.
Nin gardava ma dous ( lis. }
Ny aia un qu'zera borgna ,
Mignonna la bourreya, viouleta,
Ny aya un qu'zera borgna,
L'autra zera boueitous.
L'autra zera boueitous, (£'*'•)
Per le chami vein pa{ïb ,
Mignonna la bourreya, viouleta,
Per le cbami vein palïb ,
Moucheu de Chazeron.
Moucheu de Chazerou , ( Us. \
Chio vous zera pus granda,'
Mignonna la bourreia , viouleta ,
Chio tous zera pus granda,
.Vous menneiria bei nous.
Vous menneiria bei nousj (Jif.)
Moucheu per ma joneffa ,
Mignona la bourreya , viouleta ,
Moucheu per ma jonelTa
Me refuiâria vous î
Me refufaria vous! (^»3
L'herba qu'ei Dien la prada,
Mignona la bourreya, viouleta,
L'herba qu'ei Dien la prada
Çrait la neut mais le jou.
Crait la neut mais le jou , {lis. )
Tau fant la jouna filla :
Mignona la bourreya , viouleta*
Tau faut la jouna figlia,
Quand eias font preifa d'amour».
SUR LA MUSIQUE.
A UT R E.
44 r
33zf:j:c±d!Ë: +ExEEE*Ez<tD- rit
Le tinfon & l'alo - veto queu fè vouliont mari-da, queu le youlicnt marï»
iHI^i^lii^^lS^I^^
da, ma n'a v Ion ren par mangea, fringounetto Mariou-neto , mon oî-
imm^Em
fcau qui n'eft R beau.
Queu fe vouliont manda,
Ma n'avion ren par mangea >
An délai veinguait le lau ,
Imbci un mautou à fon eau,
Fringouneto, &c.
An délai veinguait le lau
Imbci un mautou à fon eau ,
Pat de char noun aveins prou ,
Ma de vi noun n'aveins pas
Fringouneto, &c.
Par de char noun aveins prou ,
Ma de vi noun aveins pas,
De-là veinguait Je rena ,
Imbei un barele à fon btis
Fringouneto, &c.
Dc-Ii veinguait le xena ,
Imbci un barele à fon bras ,
Pai' devi noun aviens prou,
Ma de menctrci nous n'aveins pv ,
Friugounco , &C,
442 ESSAI
Par de vi noun aviens pto« ,
Ma de menetrei noun aviens pat,
Dau planchei forcei un ra,
Imbei un rioulou à fi>n bras ,
Fringouneto, &c.
Dau planchei fottei un n
Imbei un rioulou à fon brai,
Ma cou me para dau minau,
Vous farei fauta jufqu'au trau ,
Fringouneto , &c.
Ma cou me para dau minau t
Vous fàrei (àuta jufqu'au trau «
Le mino fon dos ceindrei,
Qu'importo le meneitreij
Fringouneto , &c»
Le mino fon dos ceindrei,
Qu'importo le mcneitrei,
Para de-lei, para de lei
Notre meneitrei fin veit,
Fringouneto , mariouneto,
Mon oifeau qui n'eit fi beau.
SUR LA MUSIQUE,
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DANSES DE /„/ H.1SS1-: /iHi:r.ii,.\y.
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^44 ESSAI
Nous avons raffemblé quelques airs anciens du temps de Henri IV %
de Louis XIII , de Louis XIV & de Louis XV; quelques-uns même , a.
ce qu'on dit , font du temps de Philippe- Augujle &c de Saint-Louis , mais
nous ne les garantirons pas.
Nous avons préféré de les arranger à quatre parties , plutôt que de les
donner fimplement avec une baiTe, parce que cette manière d'exécuter
des airs chantans nous a paru délicieufe , lorfque les quatre voix font
parfaitement juftes & intelligentes , & ne chantent qu'à demi-voix. Nous
y ajoutons trois parties feparées pour la plus grande commodité des exé-
cutans ; la partie du deflus fe chantera dans le livre.
On trouvera auilî des chanfons Gafcones 3 Béarnoïfes 3 Languedociennes Se
Provençales ; nous durions defiré pouvoir en donner de routes les Provinces
du Royaume Se de tous les pays de l'Europe, mais les fecours que nous
avions demandés ne nous ont pas été accordés. Nous efpérons être plus
heureux, fi dans quelques années on juge notre ouvrage digne d'une
nouvelle édition.
Fin du quatrième Livre & du Tome fécond.
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CHAPITRE XI L.
choix
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MISES
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Gi'jvw'cs par M''1' Moi-
CHANSON DE RAOUL COMTE DE SOZSSQIf DU TEMS DE S . LOUIS
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CLLLXSOX COMPOSEE PAR RICHARD CŒUR DE LYON ET TIREE d'uNROMÎ
DE CE PRINCE FAIT EN 1193. LES P.1ROLES ONT ETE JHSES EN FRANÇOIS
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S TU LES MEMES JIESURES PAR M . I. HERITIER.
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lln/a soua a un& chose incertaine ', Lambùiortjvncaufaai n attise
fl ne senaii an/n- esaera/icc vaine : D'ivi&rdiro7nj>ettrsonanui/nea\
Xulle/ù venr ne va le i/ee<aant , /l ne se i>/ait a violer sa fit ,
Oetv/itliirrttrs il /l'a l ame eml' a^ee , DefaranaeJamuBn/Lnrei&un'àiL .
J&tne aiana'i/ sa /eunesse avusce t Ataù en vi va/itrontent aesa/artuns /
Quanti il ne pouve a là/m .///<■ dit vent tlestsa Cour , sa /iiveur.ct son A
Sire ne loge en eeeniaien avrear ( .latst vivant ' nen n'est aia ne m'aaree
./tt/rant stwerèe auu- vantes iiei/iturees . J ai .les Ct.eatt.r la J/ustattt' sa,
JJ'autr aetnatlit <le nii/le (ailleurs , Quananu "itittn !L?le/iissentles('ieit.v
.lien a'il se niait aes trésors ne /anlnt/ie: JCt-fcaous' san aor èng/nritBj /bnùznu .
/Urne aaef&tlae lys.ae .iftrr/olai/ie , Qui vanfopulantaecee rodiesliaittans. .
Etdu-ioau 'flii/m .les ftuitnnisres/leurs- J'ettr arroser nos Près aelteieit.v ■
Douces ti relus nie.- /t.leles Cbnyjaçnes ,
f êr,;ers. Jouissons . r'arets, /bw et J/.'n/.iane.-
.'','!/.:■ t. va. </a demancontenàment :
Et vous S Dieux , faites rêvons sttpft* t
Que cependant mie mirera ma vie ,
Je nectmnairse un mitre c/iançement
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'Ses </,'//<<-.'■ Seauies /,//.,;,> ,//,>/;■,
O vraune/tt, Afqrattà Naûu-e
Puis qu'uneteffe //.///■ ne dure.
Que du TÎiahn jusaues </// soir.
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Donc si vous ///'<•// cçoves, .'//./w//i'
Tandis ,p/e />('//; âae fleurqne
Bn <ra. puis verfe. non oepute- 1
Cueilles , Cueu/es i>e//\' letton
Comme ,.•//<■ //nu , Ar i>/,v/Av.<-
Fera (rrntr /'.'//•.• A,////.' .
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(fn t?/n<r . • - fati que ,/n/ow /.
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Fa/Van ',/ rnàn A, il/- ///,//< ///<-
Et à "i,'/i affection ,
Jl US t. 'US Z229SS2 plU '. . .//// ■/ rffs
Et de moi sou/ /c n 'ai net
Qu'un cœur loyal < •/ /i./c//c
Encore n est -// vas i/iion ■
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O vous oui ne /ores vue ,
/ <'i/,s-/apour voire oien ■
J'tas ///■/<•'.'■ , / iii/asi/ connue
/. heur aue <•<■ m'est, elêot- sien .
Aftus /a voyant si por/ài/v ,
Garder -"BOUS àùn irn e/uretui ;
Car pour oksser e//e ,-.-t /,utte
Et de laits n 'en auerv au 'un ■
T. 11
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et Joua: i/>//r - /wri ./■/// /'e'-/at est .vi
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Quel imuuii /t '<*/// e/e /îicilè o ,/<■< et; >/•■ .'
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. l/eyu/ ■■:■■/■ , çlie ./vv/ .,/■///• atnil /<:■■ //{jr/ir.'- sont ritàrt
/•■ ////■/, t.'\ ■ ,/ "un />,'itii /i'tt sonpu-ei/ tuât et /.'///■ ,
Et fie .llyr/,- encname armille et miai sorti ■
Britloil avec. /<■ mien sur l'autet ,/e l'amour .
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. / unit tint /te vi-vois atiepotçr lui rerinre nomaqe t
Et n'aimounum esprit encan a f'aaorer ,
Que pour /c seul respect de* traùt Je son vi
Que Itunourdesa inaat y sut si a/eu tirer ■
Adieu //uns an ta /e il/ ■ nitel/e erreur //te transporte. ■'
Qiit'jtioi , lit les oc'ait.v i/ett.r vouloir ro/rtpre M L'y .
Et priser tant de nu u./. '■■ i/ont li <
fofiiitiesi mon vouloir etoit .
26
CH.1NSON BJS DES POirrES ENJS6Q.
Amoroso
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*^ / ï A .... A ...... »... /i.i/,/- «it^ .-_»!" /•.,» ttt .1 s*ri tr*,j /. ■} i' rr.ïi; t /t:t
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Oiie&Âeureuj: oui peut pas-ver sa Mas en&eiesxieiis/ranede
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Vail* > ■ fi'/-,/ Baçraçe
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■ lu /c// mcir de stfn/ ;
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Pe /i,\i- rrnu 'ureffeJ
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Tantôt assis, sur le lord d tut Jieiisseoet ,
'ftuitol couelie dessus /tt tendre lierletfe ,
Tantôt te des appuyé t/tt/t Ormeau ;
Que ne mené Seraer si triste vie ■
J-tt doutr stUhmeil t/ ne /ait puis de •
Plus qu'un /lerpute 1/ /itil mattfre. repas
Danses et /eux /a m au- plaisent rme ,
El dans sa. eoucne t/ nci/ec/i ira 'un news
C'est grand p eue t/ eue loen de sa • mi>
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Il n'est Rérqer oui son mal ne regrette ,
/■■/ près, de lut /i avers du navneau
Pîermenl c/i.mlcr /ito/ti leur Quenautuette
Pour consoler ce triste Pastoureau ■
jfius /eu/- doua c/iinl àôinl ne /• Jofrete
Vaut lit dcii/ew- le lient dedans ses /.tics
J'stf ne rien votrm% /es yeur tient Uuuonw,
Al si leur dû /tusses inoi /croies prn
Puis aussi - toi revient <i son 1/cAis
C'est grand pille detre loin, de sa /nie
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Ou 'cfîrnse A- t'Aats/r .
AVav ///// tant airneé
Ça tranyans /<■ destin ;
Qui Ctot notre fonmeé
Sou ivrit dès A' rnatm •
.///ans sur- lit verdure
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J//art.- . tandis .rue dure
X,'tr\- re/me J'r uitfrns .
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Me //us it o-entnuc ,
Lui Jusant ma oeue ,
Do/mes mo% secourir
Lu; disant tnaoeue
Donnes moi secours i
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Cetuc 'a/te vos uetuv iiessent
Les guérisses vous ■
J aurais ùvf> .1 /.wv ,
Bercer taises vous ,
< r iit'rr/wty m.i mère
xTe crams .■\"i courroux
l7/<- nous couriunes
Pour ruais otm cacner,
La /utir /'i-/ii/\'.-/i,r J penser
. / ///.■ rien re/user.
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.////<:>■ précepte* anwureitx
,'/ /<• /><v/u' tes mettre <■/; usage
Twâevienj soûrae a /nu leçon
4- ■
( h/./iiin' /ji^ 'par /ut fraude- Marne
Tes x/euccaux. nuens /onte/Urevoir
Ou '(WU >IO" ,im < -, IpUVe /)li >/l ,nrn !
/.''//.y// aussi sous jvtv pourvoir
. '> / >•/./'. //.!• tin baiser vour ./.a/s
Je h enptus obtenir lepardon ,
l "en est trop &■
3 e.
P/qtie ,/,■ gueipte /a/ouste
Jïieâ découvre htés manu:
fit /.■/■/.'■ ae nia P/irenésie ,
Tu puasanies demies Rtvaiioc •
Avec iv/.r sous /Spots ffmpraqe
Tu danses pour ItmlscpLS /âço'/t
c ''enesl trop iSr...
Ingrat ,mtcrro/npt /./ Beroeve
. ivanl iin ////// 'prêt et acAever .
/.'/.-. véritable, colère T
i)u /,i /.///.-//' pour /// 'éprouve*
J<- toii'i. , . / lu /c sccuj, soir sage
Citasse un Injuriétuc soupçon ,
( "en est trop k\
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Passif un Atanant mine et /rais
/> une disses h on ne encolure ,
D'un maintien sot et ni, us ,
. 'A >i n, >n l>ules i'{ '
1 'A ■' vraiment dit la fins /me
Vous ne perdrons pas nos droits
t 'e drôle a faute la mine
l h' pouvoir pai/er pour trois .
. 'L 'rnonvilles < 1 " .
i>n l'appelle , il se présente,
t'.n voyant sur le Oaxjon
l'n de/eune oui le lente
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l d vil
. Uornonhiues A '
place sans façon
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IVe faudra - t il pas fc battre
l'ourte /cure boire un Coup ?
.'.'«, l'en voirai plus do auatre ,
it'i le vin est de mon goût ,
- '/< in. 'nvdles d'
b.
-tuant repu sans mol due
e".-n al/oié o-ans dire mot,
Tout doua:, lia dil ou Veau ea-e ,
il /aut paner voire t'.col ;
l.'orneiil'illes
'. u.
- '/,•/ rayer ■' qu'eue nu.reir ■'
Je n 'ai uns l'iii/Luil einu .>;?/.,• ■
Et />i<-n yen/- sorti/- J'a//'uire ,
J 'u i/< il ur, •/■</,<• uiu-e noiur,
. Hornon&iBes i"'
8.
/h .ait-il, peur danser *>xW<ë
.!<■ /fiai />li'/l <•<■/ e//'orl ■•
ifi /<• n'ai eas étonne </''"'<■
J' ai t/a nient.- /• iarrt-1 /arl .
Jtorneneiile.r A' '
<> ■
/■ii oremtere mirant en damée
I il ill'i'i lui Un chemin (
/htvi au il e/ianrenl /u i \ide/iee
// la fit a ■//,•/■ A en liant ;
. ilorneiili/ie.r &
in .
Pu garçon loutre ilun.-eu.-i-
.Ju moins ne .-e rltiiaml ra.<-
/.a lii'iun/in- n>em.<- i/iuiieeu.-e
J" af perçut qu'il- etoit las .
.Ueriu-nl-i/les «'i.''
a .
1 •■!/.■- f/ail-t/ nue /<■ reneruie
Oui, reviens demain nu e\ur
Eh. i'ien uu'n cela iielnrme .
Jeri'tteur , fus crû 'nu rt-reir .
Mornon&illes i£/
T il
Lentement
CUsixsojsr FsirrK ejst 1704.
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Tu ne tù>ùr pus jeime Li jette o/ioelrir un autre Berger tpxe mai
î35T--f ri^ir-^avlJir r tu^m-
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l'i.ii./ro'it to//i rrjr. roem. </./£■■ r.rur, Rire et enartter sera /ont rota' mm
- lr,m( a ne e/e to renare </> / 'affoù .•ni- l /wr/'.'t/o
Eprouve faurs /eux -• 71' itonner nui /oi
/ /.'// cœur estpûia' ce i /us / v; • . /<i, ( aiit/iin/ octrois lu . 'tnso/to ,
. // . /,■ .-.-rat le puis neuretu
• *e aependroiir demain 00 un ■
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Car iloùtintkfe /a Beraere.
'/hotte /«//.'-.y./ pour tui Mouton .
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/. e/ent tt-iii, ii/t /'/u/i, !</,<,•■ itvTt/re
c raMnanf ae moins vlatretut /> .
/.'.///.. un moment voti/utluîreni/re
7/\/i/r iffouto/hfBOur' un baiser
Le lendepuun l'/u/i- ■/•<•// saqe .
./urt'rt J.>/i/h- Moutons et Cnten
Ppiw un /'.//.'•.•/■ aue le vo/aae ,
./ Lisette aonnoù pour rien
T u N."35
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/ Vv/.r tu toujours cire muette
Parle aumoins par un Soupir ;
i)uoi /e/iepiiisricn obtenir ?
Adieu , trop aimable Hr une/te ,
Je vais partir t re l'ais mourir .
J allais ouater ses teiuleseliarmes
ijua/ul/e ots la lelle treiiur
t^itet attrait sent /fie retenir
-4li ait, elle,e/i re/sarita'es larme, t
Tu r a.' partir , /e pais mourir .
T. 11. N '.'36
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Et vous seule un ///<>//./<■
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De Votre feune
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Un amour eccttenie
Ecrit tout nealiqér
Pource-que l'on aune.
Wo ko cf.
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Il //m/s //ut server
Sien ai'ii/u (aurore,
P(>iu- énuouro rêver
* 1 <<' iju '<>// adora
Bofw &.
(ht . •co/aùll /.'/// OaS
veuve v . . mùire
Otiand /écarter tt'tutas
7,i/// ee •ii/il dèstre
//,///.> &.
( '<' .!// \>/l l'.'ll/,'// /.!/.', ,
Tout en Badinant
Dit /i/a /ii'/
//.> //,> Fane/ton aaonsnui ùef/e
O /,'lt 1,11 1 lit
Quefte-me-aùroif tu ce/a '
,<' //.<• fièrent //,•/// ,'//.c
,',■ rt ',',.• le dire ,
as s'annotent /<'//,•• deux
(. '. •// doit .<■!/////■<' :
So //. ■' H. '/'/'n : ,dt ////' dit .//■ ,
O Ion l.m/.i
II n'est poàtt d amour sansoeta
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^Iveeii/atsiretsanscontramte o' 7/c/i est aue/a/c iai peu smce/e ,
O/i S'y divertit aalan entant , il est va/un de ce se/ou/' .■
Chacun 1/ pétrie à son ^I/nuite Jit la reine /a v/us severe
Librement. , Est au 'a son tour (
El Ion n'entend /a/nais /iidamte H, doit aimer une Beraere
D'iai amant ■ J'ans retenir .
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I. .-.rtfe/yerj n'y sont oo/nt f blai/es , I amour, las de mon i/i constance
t'/icx eux // /l'est i/omt de détour . Fitser//ientde//a-er m» va'u.r .
/: c/// -eut ' /a/uais /eiir l/on/uia./e Mou- il n'en trouve l'assurance
Ja/is amour, Ou'en vos yei/.v :
. fussif qoulent.il) {avantage , 'uaes. Iris, de leur rnissa/icc
Du /cloue ■ Par niestèuec .
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Tugrogn&f si avw tais ;
/.ors que je me plauur , tu danses' ,
L^tnindferisjcte déplais
J ton oreille mal fiute
Jfes chansons ne valent rien ,
Et //ni tant douce Jlfusete
W est qu un instrument de Cnien
e'tan rendant quoi que lu dises
Je ne p tus qui/ter ce lieu ,
Kl quoi que tu me méprises
Par tout/e suivrai les yeuoe ■
Je m en reine mal amin nie/ne ,
Jfauquaiiii on est amoureiur ,
Un clic /> eu de ce qu'on aime
Tire i> lus crue quatre Bœuft •
V un pot plein de -Ua/yeuunc
Quand /e te /ls un présent ,
^aussitôt pour son elrene
Ta le cassis nwi présent i
d'il en eus cru mon coiwaye
Apres ce lerui qrand - merci ,
Afa main qui loiulloil de race
T eut casse la aueide aussi .
Pour te mettre en ûul'lianee
. t il entres /e /is la cota*
pliais par cette maniqaneze
Tu ni' as l aille plus d amener ■■
Je crois que tu m 'ensorcelles ,
C \tr a nies yeiur eolouts
auprès de toi les plus belles
Ae sont plus que du pain ois .
4-
f. auA-e /our d un air liennete
Qinuid/e lotis mon cluipiau ,
Plus vue qu 'une -Arbalète
Tu le/is Sauter dais l tau ;
Et puis d un ton d arroaance
if ans dire ni qui , ni quoi ,
Tu me l'adlis l ordonnance
/>e rnaprocliei- loin de toi .
l /lacune de tes deiuv loues
Semble une pomme d apis ;
Comme deujc centre.! de roues
■ 'ont tout a point tes sourcils ;
Tes i/euecphu noi/xr que deux maries
Sembi un 'nwuelie dans du lait ,
Kl tes dents un ranç de parles
Ben çi/al, et ben complel .
T. 11
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l'aria marque aite/ domaqe
ûue lasut tit' 6e//es hautes
ayonl paur Ani/ rar/aae ;
Qu 'un sae vlan de duretés ,
Quand sur ton hlmeur revefÀe
Je rumine en /»<•// armait .
Tu irw .rend/ être une peene
Paul ton eanirwt /e noyau .
la
SÎVBC lui d.l/l.r /!<>„• l'/u//-/,;-
Tu l'eu pas /atifè/er ,
/,''//..• tapes comme deux pu , ,
Et moi, je il 'o.re par /••/■ .
Il taqasse, il te chatouille ,
u te torche le qroum ,
Et maidaoordque /c grouille
Tume /tanaztun cvup de potlno ,
Le Soleil oui /ond /a qùiee
Nestpas puis ardent que mai ,
l 'anime un queux Je sa aesaee
J~emesens jaloux) de un :
-lu qrand Colas qui le lorqne
Je veiux pocher tes deux yeux. :
Ou du moins en /aire un oorqne ,
Xi /eue puis /aire mieux
Jl
<i\i/i i'iuh/ vaut lu latèretne
de nu saurais plus tenir
Je crevé dans ma poitrine
M fiuif changer ou l'imr
Tu me vrciisin fur une /un ne
Parce que / ai /air iemn t
Mais /ml a /nui t'a /•■ >
Quelle se prise a /a /in .
12
Quand f aune une (.'nature
Jarntaue e'e.l tout de /an ,
Je suis douac de ma nature
autant et pats au un mouton-'
Mais quand mon Amour .<•///,-<•/•.•
N'est paye que de refus ,
T)am a lors dans ma Coure
Je suut pur qu'an Ceed'en rus ■
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Saisis nu» e/an. ce moment
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i/esuts /'/•«'. rse ae vivre ■
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Dans /t/i svnbe ,1/z/ia/ '/■
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/ l//\ /// . . / aa/is ce moment
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Baccnus veut aue ses Sujets
So //, ■/// , t'ùlà //VA ■//, . • ,
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Pour /ne Je//e/i<// . ./.:■ iut<isis
J eu //ie/i e/tte/i , /nu /wu/ette
Je rie encarts va* leurs e.///i/>/u tiens
j ils me trouvaient seulette, ,/urda/ts dC.
-Vcu.r.m eût au. Us sont tous trompeurs
J) une liu/tieur mJiserefte
Qa 'il /te /,'//.■/ at/Ui'r One les jletsir
El /ii/n.u.- la fleurette,, gardons S'.
Quand, en Lusse étiaé^oé/' s'o/i coeur
Ûjuesl trop i/upueite ;
■L ou perd ûnite sa oelle humeur
fit l en est eonlretlute ; gà?û£bns & '
J"i lamour verioiâ otielune /eu>
-Ue voir dans nui c/uuiiùretle
Je^leicnerois apre^r Ican-our
-i/ii /'nielle Zise/Ze. oardims &?.
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Je Jie.veus point >Ji<ui</e/- Je ten
Je veu.e /este/- pllette ,
il n est point Je plus /eu nom
Que celui Je Manette,/ tjârdôjis ~6C
J amie a rue , / aune a sauter
~/u son Je nui .'fusette
J aime a da/lsfr , / amie a elui/ite/-
Pbita. nit'/i ,r/>ui.;t/e aavdons cV
l est auist .nie p/e.-e/ite/ne/i/
Parle /<i renne l/tnelte
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/'./le Ji/a /eut aut/ --entent
t'n peu, plus- </i\mJe/elte
/ Jieu /es /Coûtons
tirette /.iren
Adieu, t Vuen et //et Jette
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, J ,/,!..
De mon Beraer ï% - loge, i'erb- terur le- /logo. - /et i/e
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Faisait dire à / iù/io
QlU- jeiois // n/it..- /'.'//s
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Oûe /,'•/, >/.-• ..,/ Behaere-,
Qu il . -/< v/ ///, w Berger
Qii-\ /<■ serais /. v/< /•■•
.'////.• </// >/ deqiiit léger ■
3 ■
Le Priniems oui vit mii/re
y '.■.'■/ /'<>//,'.■• ,//•,/•///•.<• ,
Leva vu disparaître
Aussi- fol aue les /leurs
filais s'il ramené d Flore
Les inconstans Zep/urs ,
A <y . v// ,--, v. -/// -ils, ■//.;//, ■
Ranimer ses désirs '.'
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7Ku/.- ma douleur extrême
J~e vouarots /ne vanoer ,
Que. neauisde de même
l'i ; v// ii \ ■ i/n , ui// v Berger .'
*l/trt.<- in>u , pour / amour mê/ru
Je. ne iu>//ds;>/..- changer
Râlas ■ lors gùe Ion aune
/'y//-,v/ se dégager ■'
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Pierrot près d,'//c se- plaça
Ef cette A/A'
t '/ v unAiu • c/ crue//?
( '<>////;' Pierrot ,••<' COUTrOUÇe ,
A'/ a une main lerepoussa .
Pierrot saisie Ai main rêoeMé ,
. >lu/;nu- , ,/////, oaisons eehu'ou />
Et Ai Berqere aiaroiiaaJU s'écria
■f/i .aÀ !je qauaroLr oic/i voir ça
fur un /><//,<•<'/• lardent Pierrot
La déconcerte
LaJieraere alerte
J.ui /'.ii/A' un ..•.'/<■//•/ ,r/i 'ssàbt ,
Mzisp ir. -y /i, •• /.v/ au'ii ne A-/,}/// '#
y// ?'</■■• ui'Cir Al eu/A' f, ■/■/,•
/■m a// Piernftpour eehean sounetut ,
*l/ai.:/l /li'ri/iVi' i/l /'lil/l/ s'eCrta. -.
■ //i 'un ■ /«• VOUOroûfoten voir en
Pierrot qui devient hasardeuse , Couette om craint ce Auum
1 ///!.■■/. f/ /./.',' /.tu d'une/, in e ,
£ a main a son aise ; £ t èrusgteement s'échappe .
Pourquoi , difi't, cet utr/ouneu.v . /.'//e ,/u,/ne un hosquet voisin
Sur ce qatcon tous deu.v /'e ee/u rit / uinuiu- niu/ui .
Je vais, morôuc, neéèndeptaiset Fupivfta J'Hue et ta ratrape ,
Dana ton erree/ nie/O'e ,e Aeuque/ Au , Tu mepàiras, dit i/ , pour cette /ot,* Ai ,
Et/a Berqere en qronaant s'cCfta ^ Ensôuptrant coletfe s'écria
j4À ■' an ■ 'ie voudras /ton voir oa ' -l/i ! un '/e i'ou,A;ii,' Aien voir ru .
Aussitôt dit, uus.'-tlo/ /,'ui /
Pierrot /attache
Colette l arrache t
Et /'//u //un, /uc un née lotit ne/.
Pierrot en est tout stupéfait
Au résistance enfui me /ne/te ,
Un deu.v paiser, au i/ , me fenoero ,
Ense trou&lant Cb/ette s'écria ■
l/i •'■// . /<■ voudrais /un r.'i/- ça
Je ne seoir comme i/ /a punit ,
Mais /ajo/cllc
Quitta /n re/ruile ,
Iree certain air attendit
Qui ne marque U aucun dépit
Ma peni/eanccn 'estpas oomplette,
>/•».■■ dit Pierrot ,/ienn m nianaucm ,
En sourionl iWelte seerm ■•
lit an /.• t'Oit dreis 6 ton voir ça .
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T. 11. N°4.6
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74
J'alertai dans ta Prairie
Je faisois un bouquet
Je / Û/frois à J'ûvie
/) un air asses taquet ;
Je/èuis de rendre liommaae
A de/wicveauœ appas
Tu n'en prerui veml-d omf'raqe , non, >cV ■
'TuanJ .'e trouvant saidette
de conte ma lanoueiw ;
7'u parois mauiette
Ton esprit est rêveur ■
Jj'a&senee de Jilvandre.
Cause ton embarras
Ton. cœur soutire a m 'entendre ; non SC,
L ors que dessus L herlette
Jlon eni&i vient le^jîader ,
D 'un coup Je la, Houlette
On te va ir L écarter .
fït quand le sien,, Cruelle, .'
Par nat^ar'd suit tes pas
Par son nam tu /appelle
Won ■ tu ne m amies pa*r
L autre, jour dans la danse
dvec mai sous l armeazc ;
Tic suzoois la. Cadence
Démon doua: clialunwau ;
De loin tic vis sdva/idre ,
Et tu fis untzucœ pas ;
Je, sens lien le- comprendre ,
Won ■ tic ne m 'aunes pas ■
o"on arne^/ut ravie
Jfon pipeau s 'en rompit ,
Et la danse finie
f / en, roicois de dépit f
i_ j9 fierqer , d un cur tendre ,
Te dit un mot fout bas ,
f.t ta daianas lerdendre ,
dh tu ne ni aimes pas ■
i \ ) il faudrait m 1 appelles
T. 11
— , >
CBdlTSÛA SI R j.f. MtMt .tut
( lu 'Me .1 /na tante
Pour oui/ \ii Je /' /mow- .
( 'site fille. charmante
1 />ou/- moi du retour
AlaiS c'eft la lUTtu /ne/ne
den-'v puis, réussir-}
i 'epàfidaut elle ,n 'aime.
<'./ /zut toujours plaisir
/• hymen aui m'epmaiantb
Pour e//e ,1 des ornas ;
Le sacrement /a tente
Vatsi /i- /! \-/i tâa\ vas
Quand on est en mehaae
/ on se voit s.rns désir
J/.u.- hors du mariaaa
>. '•' :• fait tou/ourv plaisir
Badinant avec elle ,
• '<■ lui pris son l'ououel
V.7/s ,i L'ùurtunl lu Aile
Jle Campe un Ion Jbu/iet ,
J'en suis /ùe/ie ', dit elle
J) un ton de repentir
Cuoiyite d'une truelle ,
Ça /au toujours plaisir .
Çuelove /oi.^ ,e l'crnlru. ■ -.
( ar /e suis son Cousin
£â même elle me- passe
Oh baiser sw- son <féùi
■ 'Ans Sitôt </"<•/ urrroe/ie
Du lut de mon désir ,
J attrape une f.i/oc/ie
Ça/àU ,'ou'our.- plaisir
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Quand- de Ai destituée
Je ressentis /c\r Coups ,
JAt Jfere //i a donnée
du l'teiia- /e oAtS /a/oil.V
J/i' Pierre &.
•Ta tendresse est i or née
/ Serrer mes aenauoc ,
< /amais au a/ .coucnee
A eu oui aue sa tou.v
Ah." Pierre âC.
J ii /mue surannée
S.vei/e mon courroux ,
// entend / 'ffi/menêe
Comme a ramer des cnomr
M /Pierre S .
dattlauf dans /a tournée
-V 'a /er/ne /es oerreiuv .
lu /i>/ld de nia pensée
de vois toi /non si douce
J/i ' Piare e\ ■
T.li.X°4.8
IraunetU
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l'n /our lejetineOo-las trouvit Lùfan sa. Ji& acre-gui v naît
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Cous rv'fait's élus du tout- de. Cas
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un Jieri/er ateu. vewe&éire. ,
fous désire* mon ùvpcuf
JLus las .' oour vous satisfaire
} m ' taudr-oitr un Coutelas ,
_ Vonptii cœur &?.
Tout chacun dit- au 'j ai des- rats
Je n>'pius permer la paupière
Je mlcjierrxe pour vos appas
D 'une terrible, maamere ,
- /ub^e/ôis / étuis si araur ■ '
Jlon. ptit cœur &€■
feus dzsuus oueu.au. '/ois , Colas
Passe devant notre c/iaturuere ,
Je- ni 'tiendrai dessus le pas ;
Ce,. Jbuv 'nzr nie désespérée
Carje ne. vous" y vois pas" /
JWon<ptit coeur &'■
Jouventi allions tout la, dos
Dtuis ce hosauet solitaire, ,
JVoiis promener* pas a, pas
En dépit- de votre mer^e ,
Qjd rv ' s cour oit rien, axe traeas •
ylfon pti'tr ceeitr Si.
T. 11
Quand tr/i /ta ( o/i lit le Cas
Ct /a nul tente <J/l < IVi'/v ,
Pourtant maigre sen/raeas ,
Jta mine eeus était c/te'-e ,
Cn 'est pas d rnènu? a s ifieurc /te/ae
Je / vêts /'/en A ' .
t eus sotauent - d ces /ours aras
ûttand / fis une -Bandeudlere
Z> 'un beau ruban de tafi" hzs ,
Oui vous servait de jarquiere ■
J-Yt I enaarm ni Uentbarrae
J>ans c 'lems ta n 'me troublaient' aue/'e
/Uais t,'itt ca. &■
di/emtirmoteis tout bas ,
Oiteuaiie c/ianso/i pour vous plat
Fous m'dùria/s en riant Ce/as .'
La s çais tu bien foute eriaulere
1/ 'la chantais a tour de bras
jMo/ipùt caetir SC,
Faut il au 'tzvee tant d appas
Fous so\/e's par //nie et /lere ,
Et oue / 'par de leus nies pas .
Pour vous avoir cru sineere ■'
l'eus m'p/antes lu peur 1. 1..
/te' /t dene ' vous n 'maintes atterre
Car SC .
do
ZMS PAROLES ET LA MUSIQUE SONT DE Ar} ' LE DUC DELA XREATOJLLE
Te/idreme*it
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Divur c<w ieaiux} lieu& fout me ra -
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J'urce qcmsm L'herbe /oalee
Jerhble n'oser se relever
Elle .it/e/ul </i/ ' .J/n//ite troublée
Prenne .mec />wi/ lo refouler ,
Ou d/rot'l oue S7ir ce /-iva./e
l'eut s'unit pou/- mon bonheur ■
l'onde nous •prête sa. /r.ue/ieur
/.'olscu/'ite' re-one du/is ce Ji occiige
Oj/o lardes l'eus tw/iss .-lim/ite
l'ont favorùe nos Désirs,
Xoi. s pouvons ici Sans co/itraoïle
(rouler les p lus tendres plaisirs :
Vais /eli i\us... oue sop/ese/ise
Met de /reub/e dans mes sens '
lit ' Dieux ' quels transporta /e ressens ■
Et que d l/nour.
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•t .rue il impatience f
et .pi,
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T 11
32
C(LéNSOK DE M LE IH'C DE LA TREMOO.LE
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L'aniàiir nui beUe garde-rH^tùuiscesf&Bonshodmouionsdes-
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'/ iras je h 'ose
Ecouter le/i chalumeau
<■'. •//,■■ / 'Ormeau ,
Et Ion en cause
Oe/a dans ne/re J/ii/neau .
Un coeur s'eapose
Sautent au danger
0< • l/\y . '• enaaat v •
. Iver un Bt r/jer ,
Kl toujours VEpbte- est sous laJloae
Tirets &C
Que .'■< vt de < va!/,', //■ ■
lu euferet et tenture amow
Sa/is détour
Que sert ,/, fei/ia/e
Pour mes /eux un dau.c retour '
C est trop contraindre
Ton araeur pour moi
l'ifan amour peur toi
Donnons nous , la. /.'•</
('. beau Jeu pouroU en/i/t seleuulre
Que serf cV ■
il faut se rendre
Mon Bercer n des accens
Si loin lians ,
i '/en donc dopretodrè
Ce tiue' pour /ai je ressens ,
J'ai le coeur tendre
Fidèle el constant ,
a'i lu les ai it,i/ il
' i
Tu seras content ,
Tu n'auras rien-perdu pour attendre
il faut et.
T 11.
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T 11 X°3 3
-Va /Ule répondu la Mère ,
Je prévois des maïuc
- .1 . <npour nos troupeaux
- Vais pour une Jirevis plus citer a
Et le crai/is lien plus pour vous
c2ua.no. vous- les menés paiire ,
Ztre cravis bien plus pour vous
Les Lier, /ers auc -les Loups .
AlaL/re ce/le leçon se o-aae
Catm [emporta
-duéots s'enadez ,
£/i diantant le lona du fillaac
Colui je nepuis satis vous
^Verter mes -Vouions paître ,
Colin je ne, puur sans vous
Les jarder des Loups .
Le Aerger , aue, son amoiw presse
j4ceourt a sa vois- ;
Dans le /and des oour
Ces amans se disoient sans cesse
Comment pourraisje sans -vous
Afener mes -Voûtons polir e ,
Comment peurrats/e sa/is vous
Les oarder des Loups ,'
d'amour aharme a u/i /ou si tendre.
Leur chanta, ces mots ;
Soyes en roi •. •'. r
de nwiw/ts p/oi pour vous der/ondro ,
L 'amour aui veille sur vous ,
Veno oo.'~ -r/.uiio//s paître
/. 'amour 07/1 veille sur vous
Liv oarde </'.■" Loups .
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86
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Allegretto
RR--LVLE £>E FZATEE PAR RAVIE AU
Pal-semùleu -JSonszeur
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~ieur le lic-rs Vûiur hùi airi-aes nos aines
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.De ce. soin devar russes vous ,
-Vous ne voulons vas' au 'on dise
ûue /es Engins oui naisse/it parmi /tous
Soient des en/àns de X'-E alise .
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Passe encor pour efre Cocus
Stri/en/iant i/rosse finance ,
-Vais porter cornes pour des Crenuts
i ' est n/i cas de consience .
Sans être -Docteurs nous tenons
Pour une reale constante
Qzi'rm ion Pasteur doit suivant les Canons
.< c/i tenir J sa Servante
TU K°o5
se
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Tout près de la Colai ctoù
Qui vox/oil , oui Zorjpioit
sîssw sous l Onneau
Son qenh ph , ph A".
Si heau le trouva le Berger
Qu il m put tf 'empêcher
De Crier tout haut •'
Le charmant ph ph
Le charmant trou , trou. ,
Que ce pli
Qiie ce trou t .
Due ce p'ht h'oupeau
Puis il ai arda doucement
Et fort civilement
Ota son chapeau
Devant son ph , ph ,
Deoavit won trou trou
Jon pli vh ,
Jon trou hou
Devant sort troupeau
K! puis sans se faire prier
il se mil a<iauer
De son chalumeau
s/tipres au ph , pli ,
stupres du trou Ircu
Près du ph
Pre. ■ au trou
stu près au troupeau
Que tort instrument est charmant
Dit diargat, justement
C'est celui au' il faut
Peur /lien phoh , pti ,
I'. ur mon hou hou, trou ,
Pour mon ph
Pour mon fr'Oit
Peur mon ph troupeau
T. Il
St^/eù'avow /en //.■.■/■ /a-
Toujours jen jouiroir
Quand /.■ nven, ■ .1 / [\i/t
AîonjoU /'/.- , pH,
Mon-j'eli trou, trou ,
Mon.pti.pti ,
Mon trou . Osn
âfon-jou troupeau
S'il tcplaà /./si/ , dit le Beraei
Nous rv'avons ou/à. chariaà' ,
Pren* nton chalumeau
JCt //un ■ /ru pli t pli ,
Et moi /t'/i //\<ul /av/,
Moi Ion plz ,
Moi A'/t trou
Et mot ton troupeau
JCt peur tejFaire un marche ./<•/■
•J'y veux bien, joindre encor
Oh autre-joyau .
J'ûtU L<n pti , ptt pli
Pour ton trou., trou trou.
Pou/- /.>// l-ll
Pour ton trou
Pour L'/i r/i troupeau
7.I/U ,'/ tant i'.'/ut marchasu/a
Qu 'a /,i /î/i se trouva
Maître, ou peu e'^n/liut
JJo ./-<'/; pli , ptt ' , ptt ,
De .'V/f trou , trou , //ou
De son vti
Dit son trou
j-on-ph , froupeau
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En mtoeordant sur l'nerae&e fleuri
*/ me* i/l'/w/uv u l'instant il s 'est Jette nçlas A.'
^/u mèifle ais/.r/n (su boUcAe .1 Ai mienne unie
fit naureen moi le août ./<.• Ai volupùe-.' //<•/.:
Jl //w vantait /:.•//,!'//./■■ ./•//<* /.?///. >//■/• nous /.•
J\ll VOUlU /'.'//' ,••'// UlSOtt l.t /',W/.' ," /!.•/.!.■ i
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E st ee im grand '/>,!/.: mai a en at'ow i/cufe nelu
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Je ne voulois pas m, engager
. Va /roideur m 'etotl eliere ,
Tiras s'a/trit pour mon Berger
Je devins sa 3ei-c/ere ;
\7e levai les veua- sur les siens
Et te nie crus tlinie'e
En tournant ses yeua' sur les miens
Il me ne enflammée .
il prit m<^ main et la lais.r
JBon. trouble /ut eœtre/ne ,
Le/ripon d'abord m \ipp.a.. a
E 'i disant.- Je vous eunu
Ce loi mot /<nt e.i euser
Un amant téméraire. ,
\Je >ie vus rien lui repriser ,
Et je le la usai /aire .
IJe anoi , disait il as tu peur .
( ' est moi a ui te Caresse ;
Pi' ni- être vais près de lun cœur
ûaJhj- mes bras /e te presse .'
Eli.' a uoi- -Lrmaae des plaisirs
Te troulle et t'J/tarouelie .'
C'est pour eonf'ondre lias J'oupirs
{hie le i/ierirs sur ta oouelie .
ainsi Tiras me. rassurât ;
Oueue était ma /eillees.'
I.e teinlre Dieu a tu ni inspirait
. J/e caeliail man imiesse ■
Je dan/iat tant a mon vamaueii/-
-Von seul amour me reste ;
Quand on laisse prendre sen coeur
Peut an garder le reste ■
T. Il
94
stndtmlin.
CIL1XSOX DE M- DU nOMBARVF.
J,.Iui/\> rottr t*/an( au1 - tf/s jur /e &ûrd d'une /on -àzi-ne
^tt±i^=à
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A" l>t.' ilii/is uv c/iam/v iir- eut ijui .A'
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Tiras ma s'en aperçoit
J:/i devient plus téméraire ,
il la suit près de lendroU
Ûu/e re'vaur . l'olitaire ;
d'apreeluzi doucement
■d/ài- aie tes entendre :
Rie/l /l'est i/ld///erent
Quand o/i iî le oa&a» âendro
J 'entendis aue Ae Bargcr
1)1/ a f.i /eune Bergère ,
Quai /u Crains d,' t engager •
Que fiait d donc àue Jeepere
Quand en scait tout cnarmer
c >/t ue hatuirdc avère ;
Ce n'est un malkz aimer
Que au'and on rie peut plaire ,
Le Berger /u dit plus rien
La Bergère otoû uiuette ;
Jlais l amour /a servait Sien
Il préparait sa de/zate
La pudeur résistait ■
.Unis un soupir A<? enas,
Le seul désir restait,
Le plaisir prit ja place
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Allegro
CHANSON DKM-lfATELET
//* .' lelelûù-< \ut, Ma.- mon ' i^n^.
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OnidLiui amis dans ma dog<.
fe^^f^— p^f— r-r-tr^^
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1 .1/1 'le bel Oiseau, Ma- rrèan aue ma. .donne mon £Zrruou '„'
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Enea chel/e hier au soir nous tarâmes du Fil -loge sua.
£/iea che//e hier au soir nous sortîmes du fil -leuje suis moi
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Une je/me Batelière du I7l - la - ,/e de Z^on -champ
Une j'ame Hôtelière du Uil-la-ge de Lo/i - champ
l aube iour allad de - saut sur /e lard de la ri vie - re ,
l'autre jour adait di - sont sur 7e lard de la note - re
l'autre leur idlatt di - saut sur le lard de la r'Jl"*=< re ,
J|ln Qui i>èut, Qui l'eut z> tisser leau '.\p/'d men -te da/is mon btçj- A', ru ■
l'autre jour allmt di - scmt sur le lard de la rime - re ,
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Qid veut Qui veut passer l'eait'' cpiil monte dans mon la - teau .
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Qui t'eut. Oui veut pass
veut passer leau 'Qu'il mon -te dans mon la -teau .
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Oyn veut, //. passer leau ? Ou d monte dans /non ta -teau .
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JIii Nacelle est bien entière ,
Entbarinte*. vous A ar aiment ;
Je /ni criât sur le i-lta/iw
Oh. 'la belle Batelière!
Je eeu.i- ,/.- veux passer (e
Reçois mot dans ton batct
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ni
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Dans ..•,/ Baratte louvrieiv
Me fit entrer lestement •
Si bien voitiia aii'a / 'institut*.
JtfiHS traversé /.i virie/e •
Qui t'eut , Qui Peut v tisser /eu,
Qu'il menti- i/.rn,- son /ialean
J~ aime a l/asser l.i rivière
tfe /il passe /iwiueuiini vit :
Jamais A-/ contentement
île n'eus aime Bateaere .
Qui veut, Ont l'eut passer l eau ,
Qu'il choisisse sen Bateau .
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II /nisoit noir, il fàùroit noir;
Bientôt II la joint ./ i .ur.-lh- r I l'ii/iu r.i n'/ ..i/.iuu- Rose,
tison entpews J.i.-rn .ta peur ;
A.tp.-m la /itcncir sur t'/ierèelfe t Za peur ne sertpajà ./i.m.l ,
C'est un m.i//i.uir . C'est lot /i.'.il/i.'iu.
Il tÇusait //.'. il lti/..\'/r /i.ur A'
Personne a 'doit sur // /•<•///>•
i '[•/.•// /.' .•.'!/■■
Riènto't Lison n 'y vit plus .jeu/* .
il /.n. ■rit noir;
Sa /.n//.' devint moins Ira
l.i.-.'n ,-uf r.ni
Sen/'niov après eue /fût n .
C'est un ittooieio .
il /.u'.-.w/ n. ur A
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;./■:,'■ i uj-:>\ un si rs: ■/; .ipj 1:1 r.i: le r.i^'s des tzlciies. .Ou preWiirl<m'iui(r<? -
[es l.M-iiics v^uoieut auxky<?ux Hes SuuIesqtiaïuifiilsleapeEKroieul hors do leur i
i i iiuo tin iik pltiuciii's i m jour nu»ii>-.On a l'iJaTo'd y mettre défi p.u 'oies tJ.m> Jo(veiirx?
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Oïl 'un fier qeaflt en. Jen.v e.'-t p, wfèru/u
Ou un j'i'i// n mw toute. n/ie ou'nièe en niite -,
Qu'un ara/ta. Lion </// sur terre sA-/i,//( ,
i' [■.'■/ mon amant au, on nomme tout ./<■• surfs ;
,1 /,'//{■ alaîre , attire eut-it aretetu/u ■
(J/ii mieluc nue lui sait .'•/,///<// v SOU \e/e ,
J'.l les t'iTi/iVt.r //(,-/■ , <»// convertir .
Oui aourroii mieux oo tenir il une A //e ,
Palme ii amour , ou rosé ae plawir '■
Oui ae/èna nitt'ti.v //ù'/ineur • { une riu ■et/e ,
./te. //.y. //.■/■ ,ii /e t'.ii'W ma ne ,
d'île citante/' e.rl mon plus aou.v /an. un f
Peut -on avoir puis noble- fantaisie •"
Peut on e/ieisu'p/us arma/'te ) ' a/nauetm '■
ifl,varrru r,'u.rr est mo/i c/ier Isaze ,
• l/t renaes-rnoi le maître ./<• moi: cet/.
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AIR AJOUTE AU BARBIER J?E s El IIA.E r.ES PAROX,ESi SONT DE JIOXS DE
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t/e/ar .'dans mon ame
Un Dieu tout de /lame
B/ifré /nali/re'mai ,
Depuis au il l' habite ,
Sans cesse l aai/e .
Et /ai 'ait la lai .'
-l/ais auftnd /a nature
Flétrit Ai l c/dure
f't ra/ie lof deurs ;
louicurs sa puissance ,
ci 'ait donner naissance ,
.tua- tendes ar.iew,' ,
TM1. N 65
CHANSON UE ROL /\/> RM M IK M IV P.
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JoA/a/s fra/i. - cuis c/ia/Uons &o - /a/i-d de son- P&1/-
- i's il fie t /a if/t'i - rc le /i<>/n U u/> auerrosr si vaû/ajin-st-lesi
- anal de/la viciai - ri' , Rola/ul e - L//ii oc'ùi ^/ar - oon
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L c père vendait justement ;
La/ • des que Roland /lit en aae ,
On vitaoee eùmnement ,
Briller sa force et son courage ,
Perçant escadron , baladions
Rà >/iversont tout dons /a melee
il nusod tourner les talons
/ m lautseul a toute une armée ;
JoUabr && .
S
Dans le combat particulwr
il n'était pas moùw redoutai le ,
Qu'on/ut aeant, qu'on lui sorcier ,
Quelan/utmonjtre, ou quan tut diable;
Rueriiamcus n 'arrêtait son bras ,
Il sebattod toujours sans cramte ;
El s 'd ne donnait le trépas ,
il p or toit quelque rude atteinte ;
Soldats, &•*.
Pour l ennemi gui résistait t
Reservant toute son audace ,
A 'celui oui se soumettait ,
il accordait tou/ours sa arace t
L'humanité dans son arand cœw ,
Renaissait ; après la tîetoire ,
Kt lèse //- /ne/ne le' l aaigiteiir
^tu Pazncu proposoit a boire :
Soldats . éVc .
Quand on lui demandait pou/* quoi
Les Français étaient en campagne ,
d répondait de bonne toi ;
C'eslpar l or are de Cnarbemagne :
Ses Minutres , ses taooris
Ont raisonne siw cette atjrawe ;
Pour nous , battons ses ennemis ,
C'est ce que /w us avons a faire ■•
J'aidais àt'c
4-
Quand df au oit donner l assaut,
lui même d appuquoit lecnede ;
il était ù premier en liant
-<4nnj prene<C-œ pour modèle /
Il passoîl la mut au biaac ,
l'esprit qadlard , l'ame contente. ;
Ou ilaitrunt sur tav aoresac
. ifwiur ou 'un gênerai sous sa tente
Soldats âb.
7
dï*oland va? ad en bon i Vire tien ,
il entende il souvent la Jtesse ,
Donnod aua:. pauvres de son bien ,
Et même d alloit a confesse ;
Afals de son Confesseur Turpm
tl tenait g ne c est Œuvre pie
I>ebat/re,et de mener grand tram
Les ennemis de sa patrie ■
Soldats çï"c .
T. 11
ô
Roland a lal/c e/od ts/iàr/nànt J
Buvait du v m avec delco ;
jffair a en usoit solremenl
Les/ours dejarde, et d exercice ;
Pour H serval U olservoit
/Je conserver sa tête entière
Arc lavant aue auand il n 'avoit
Ce/our-la rtcji ai' mieux a faire :
do Ilots étc
// c orru/eod avec riaucur
Tous ceux ai n fui du •rc/iotenl querc/te
. Haut un était V oint qucre/leiir f
Bon camarade , ami /idole :
L'ennemi seul ', dans /es oomlals
Tremlla/l , voyant. Irdlor sa lamé.
Jd r o tir le dernier -des solaats
il se serod nus dans ui /Lwimo ■'
o'ollils étc ■
1C .
ltoland aimait- le cotillon ,
I On ne veut fueres s 'en ac/endre )
Kl pour une Jieuie , au on .
il eut l' ea'ur wi rou tror> tend/
J.7/o l aoundanne un beau /our
Et /tu' '/ail L'urner /a Ccrvcae ,
- ïiuc com/\its, mais non en amour
(7tw Roland 'soi/ notre modèle ;
J'oldaU SCc ■
ji.
Ko Lin il /lit d 'alord a/licier ,
t c
Car il e te il Ion licnti/diomme -,
il eut un Régiment entier
J>e son Onelc Empereur de Ram
// fui C \ 'mie, 1/ /lit ,/. VU V. '/ ,
Mais virant comme a /a c/ta/nl/w ,
Il traitait de /rcre, et deaat
iliaque ùrat'c liomrnc Je Ictrm
o'o/Jats <iV ,
12, 0
COMPIulINTH DE I~£ PRINCESSE CBJRDs' DslXS L.E ROJSLdlX DE C03R0B8
Traduit par M. Cartlomie, unie en vers par M. le M ; de V . ■ ■
• InJantino „ -~ •">
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Dans «■ -re - /on/' ou font en e/iante , l'air ie aoiifergne/aue aoti -
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lr/i<> superoe* ircÂiéecinre
Orne i>o<<- vastes èatmiens ;
Une délicate ifculptio-e
F.n enrtcfnt les ornemens <
Beaux oràr , rwarùc de- Ai Nature
l'i'tts vsus eptuses vainement ,
t/e n 'admire tin 'une peinture f
Coft A' l'orfriiif de r/ni/i ania/it
3
Cnaauèiour , esc/avei^dmes ,
finis l'ctt/eïr ,'//rr/- a nie* yeux1
J/'Ci 'faciès t su/i'Av tiouveffes
Parure* , èùûuic précieux ■
sl/t ■ .A' l'i'.r ,.-<'///.' ///<>// camr .<• 'offense
lW tit'ti.v et mon amant soiante
^autrement dite par sapresert
Pourrotent Us donc être nnleffis ■"
4
Lato. 'Ai' lopjet oui //.'//..• enaaae
Le? varptms perdent le/a- odrnr
Les oiseaux perdent leur rarnaae
Et lesfîuit* perdent fenr Javera- i
/..: A'//// i7/i ,■• ,r.///e , .'// iimiptre ;
Lattre dii/our oerd t<vn efî-t ,
■ '/ (e camr // \i ce .ru d desùre
Aucun dej sens n'est safis/iut .
T. U
722
iVAœÙàmTB VEDléNE DANS LA IJLL\E DM MONTE ALdJOR . MISE
EN rERS PAR M LE AI '. VE P . . . .
* idqai'o
JJes- lin , aenl je\ s<-/is les moiteurs^, In me • niauats lUtana jgsuiis
yqFffi
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* ; Ae-àhr .' a%
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lans /.'.■- pleiti\>
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• l , f-f ,, ,'. fm.f „ / ,f»Tr »,
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-jours po it/' ton tours ni 'as lu conaamtve - -
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- /ours peur toit tours ni as la eondamn
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;• clia^te~ sein qui me par- lu nia rvaùp -<can.ee conta ut
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rie ; l'uvi -lot celle qui tu allaita avec /non peremestravt -
igjffi%ffi=E=*=ffibgi^^
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<v/ «/? ea?ur iticqne a'u mien a qui l aine tir /ii'auoilpro-
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- mise , sans p i - Ue peur ce douer ù -en, un liarvare à ramais le
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T. 11.
Itv lieux fadzs eloienl c/iar mains ,
Des, ueurs eijcu/àêent /a verdure ;
J. air elail />///■ , /■->• C ïeuJ? rians :
Tout s'animait dans Aa A'atiwe ;
-1 tf 'tarte f a son tendre lunani ,
l^n eu/ ail aue lanl l'on/a// a/atre . . .
Û nams re</rrls ■ uenser cuisant ..
Jl est Ptisse , ce terris prospère .
Pesîtn , & a
L horreur aut règne ,/aas mon detâ"
-/ulour de mot aie .■e/n/'/e rem/s ,
J)u Prtnicme- la verte fraîcheur
Avec mon èon/ieur est éteinte •
/) 'épais brouillards vouent les t'teu.r ,
Tout es/ e'omvre comme ma /lame
/■a Nature est merle a mes yeuot ,
EL / espe'ranee dans mon a/ne ■
Destin , &?.
.l/ate' auel de/tre m'A/iiroil .'
./A ! rien ri 'a chance atte mot - même ■'
,/i'ec l amour tout me mai/ ,-
a'eperds tout dans celui aue / arme ,
l'ers mot Ai mor'l vient ti l'île' lente' .
Ma tprrtie ii l'Aïaane ôùftarit se creuse
l'Aie' d ./rua tirs ■' il/l .' p/as ac Pnntent
Rien ne charme une malheureuse
/testai , éC'
T. U
I2+
no-xuarcK tirée de l msTomn des guerres de grenade
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MISE EU l'KRS PslR M. LE M -DE P. . , .
„. liid.i/itmo
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- niant fi - aele je ss.us uiieiue aue tvut ea / e est un r,
■ fanurûTis Jii/ts sl/man%erine
Lec/af ori/livit eût v /us /eau tet/i ;
Nex fîrit un tour, ùeue/ie i\ 'ururtne ,
Peau puis eieuce aue /e satin ,
Mais et/le a ara' /e renas Ziomnnyje
si bien i/fieu.r aue faut en ;
Tout i/oiï ceJer l" avantage
*1 /a />eue glissa .
T. 11
y?
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y.tllih',/,1 l'i'i.c est <-/tlu//t,/>i/i> ;
Tu tûUcJlAT ./• ////,// ///.••// /y///, y/..- •
t///<' /</ dorure ,'0-/ tripe et /'////,//!/,■ .'
Que fit possèdes cfaarétMvU '
MaU1 </.' rit,t 0('//i' , ////.- parole
r-fati/ vten riu,-i/,v que foiU lit ■
/,<//'/ i/.'S Ttl/i'/IS !'.>•///•//','/'
/'<>///' /,! Belle, s tissa
l'h/ww , </<■ ta cAepefure
La .Viiii/ice est ,/'u/i /////,/ par/àù
Et U' t>i'/t </<'//-/ ae Ai p arure ,
L>\irt meirve en atujmen&ir lenet :
+ liais ;,' fitre iiiw /t> préfère
Dans rtio/i crur ,r tou/ç-a
lii .'.•/// c/ieveu de //m c/iere
De /mi a&ère sïïfj'a. .
Gotiq/14 est jeime, elle est /•<■//<■ ,
JCfL- .■-.ut l art ,/•.' /.-u/ enarmer ;
• r ,n laitij-ttvrts sottptre pour eue ,
Un attire opj'et ment m enflammer ■
Beauté naïve <•/ cattw ,ràtivre ,
Fiaient nn.v/.r otte fvitt ..•
Vasormats ,i> //.' /'«■//.;• r..-
Qu'a ma cltere -//•••• il •
rj.b
r~1Y DE MORT DE TRISTAN DU LEOtfNOJS
Lent Mûieur r.tn. m . le m. de /->...
/.•/Arjii -dur c/iari - sc/is et f^ai/s : ii/noii/-/sn-t/i'tt /ni'.
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tin 'à /"aire oit - ir foiur /inv re - -<//.'/•
Jlltneur
vlbniitir anisi /n ?.■•/ aavenu
Comme a coati oui <i frnn ,
En ifon Si'i/i le servent /<>/// nu ,
Et oins en iv/ ,r mort venu ■
TU
lV
.Iflt/t'l//-
En ma aernîerv /mùne te prù
Yleuli i> /ii,i douce ennemie ,
'/lu aiajatus r>n> ///.•• ,i//iip i
rù/rar ma mer/ , /.rs , //,> trr'eft&ke ■
-Uuiritr .
Le/Vtiu en terre ,/yr,« 'gùfjmit
.■'lu' ma to/nve. on ira Lisant :
i, ihieyties yerso/i/ie /t'ett/ini f,r/if
,, Comme Trirtan ■ t?i meurt ynrnrfimt .
JLi/cur
'Fleur </e .Ye/>/e iVier.i/e/ie
J.imoi'Joi , dont lu éourfoisia
^ 1 /,1/il ,/e VllleW tvt a/lie
Sirtts/n/s //i,i dcrmare envie .
. l/i ne//, ■ ,
tfe /e fetjite Lance et narno
■ //a/.'' ,-n (\<ni f'a/.'- rûr>i/ne 'en Tout
ffppie ti/ni , ,////..■ /,-//.' /,;■• e.vr'e'
J) YKniIi /aij> rerpecter /.:<■ Loir .
Majeur .
'Jt'i , Dieu Biii/vrutt atte/e reere
Sauve rue: ,/e /,v./.' ,utfre /frtr/re
Que celle ,/en/ (A) j'.rr.L- rei.r ,u.t thune
Oeruie .;///.• ■e///e/;/ ,/ titan . ■ /e
{ A) /,• brille
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T. 11.
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. /. • SUIS la /uù. du .//.///./ . /,/, :///<:■
Lacatraee-a Vat/iurui ,
a naus sanitn yrairw^ce ntaùn
O iu>us nui/u /'.//v. ;>■ /'d.iuo.r
i/iici/?./ rotic'/loo d ..'/ instant ,
Dtoa/en/ne sens pas ti ' ats* ,
J /wu.s aimans en atfendçuté
// n ta plus aue lui y ut- / /•tus? ;
■ ■■■ L-/ic's il ont- certain
iji/.yi.ita- vous /i ni rien a /tue.
Passes vol i/it'iiitn , veau Jure
Passes vol onemm ■
L,ors ouvrant. mari .iu//io/u. / , •
/■'./ lu -.m/ m.ii/i/ A.'.ai denier ,
J f/ii-m/i/i.'- .■■ou /,//>/<•/•
/•/ /.' ,/i.- ,i /<i Seraere ,
I ont roui- l liolilloinoni t
Pour Li oluiusoii/o propeéù ■
/'ou/ un rtene. .i/iur/moiil .
Et memepour li i\uu/iotlo .
/'iiUiinonl n '<•/:•• /•<*>• vilain
/ / /o n cil plus ri. -a ci c/uo ,
. '.' •r/ciri.r c/u onenun _ l/oau cJ'toc ,
Jartons ./n enenun ■
3
Que /esuis cftarjne ./ apprendre
Un arrangement ./ /.-./// ,
U.ti.c aves- vous un trousseau
V, i/i,/ono .■•.ii.r ou /' prendra ■
/.'A Onu .' ic'u i.voi lés /i:u.<- ,
.',>/::■/ soi.. ?.- avec ses ui.ruc/ic'.- ,
l Olll/ll/O , c/ .'<'.'■ cl// l.l il c-/..- ,
Rttvolets , et Colles /i/uuo/icv ,
Chemisettes ./.■ fin im ■
Et // c/o/u- , r. •/!.■■ rouf.:-- ///: ,
c
Passes "<'/ c/n/nui ,/ic.ui o'n'c' .
:•/ .■/■■/
Ifiaus étions sous /' /ciu/loc/c-
Fous les ci.u.r /c'il l'ion ./ di-cc'r,/
c
Qua/iii au vois .Ud/luuui o\'rl
Paurreatutner le l'illcioo ;
lA ■' ' i.irnt , aue fins /n /o ,
Dit - il a son ,ic\c'ic/c'o
/,./.
>// Jeianeur c/ito rotl.i
f
la
Repond la fille rusée
.t mon trousseau met Ai main ,
De ees /rais ai seras amlte r
Plisse /.'ri c/i.r.iir l:.f! :■//>■
/'.;■ 'se /. >fl • A. /mit •
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C/l^liYSOK slTTRmiWE si BLOND JSL BN 1102
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loutre doit a - voir /e prue Peu m 'un -parte re-prd Gre -
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■yoire, Peu m'i/n-por/e reprit /i/v - ,^/-/v /'ai -me mieiur
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/ .umemn*u.v / ai - me /meuar
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T. 11
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/■<■ darrasùi et le t '/:'/.■■<■
. Ce /'eut une uue/re l 'nu-Ile ,
Sntreeaa: /'/ luuer.i- dûtuse,
. I pris p.u/i dune leur querelle
A/m dis mot lequel des deu.r
Doit être le tiewrieuni .
/tu m importe , rerrlt tu; ;/.•//;•
J aune ■ /meucc outre .
Lim soutient t/u // /./.-// en amours
EtreeonstkVft-, dtsereé,et ^-././., ,
/.'<///// v , qu'il n est peut t d /ieiu\-u.f /,'u/:-
o'i /.'/!// i'.V /VA/'j'.OT/ .■/ l>. >/..'./,'
l/iu , dis moi , pour mieux fouir „
pe-çes movens le quel choisir .
l'eu m importe , ret 'i-tl t//-e</. 'ire ,
t/ aune mietitv boire
f
l.v Demoiselles, uu/re/èw ,
LaisJoient, de/er leur chevelure ,
lu/eurdluu ae plus de rrûl-ql .:'.
ht voit e-'eleper leur Coëmtr'è
/.eure appas en sont ils accrus.
Ou i.i plume est elle un iilus
Peu m tmp. '/•/<•, reprit Oreqa*re ,
,/ 'aune //ueii.r luire
J/inle, aue tpn pouuow est- qrand
/;•/// se soumet <i tan empire ,
Les vers, t .-l-quenee, léchant.
L'art de fàu-e pleurer et ru.- ■
/.,/ Pnitosopnie , <t tes loix
J"ouijiet /neme .••<-.■• iustes </>■..
rnimporte , /.prit (/v./.-.
d aune mieu.c leur
j.32
CHANSON L>P MENESTREL COLIN MUS ET yjHLS 22 ^O Elle a ete remii'e
Jnilantlne eu û-ancois par M. le M f ilf> P.
4ll.'aiielle/àit imbelefi/ètla JTasiaue à Colin JUû -set-
m
m
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fegê^à^^gm^g^ë^=i
Elle lài£ .Aviser la /il -lotte eue- ^u& trefiUer lesaareons le Pas
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pour1 /mena? e n tendre ses lIouo-so/is et sairentille ( Via/fO - net-t,
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hait elle /âif un le/ ef-Zêè Lz àAanson à colin -Jtu- -set
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Des au en un Château ajmporhviee
/ppareit le Ion -Venest/el ,
Aussitôt le -Uai/re J lie le/
J'apprête a douller la loinl>anc& ;
Le Jeu/neur met son leaa - Vantel
La. J.'ame sa lelle a/fornance t
Par ' tout it" >fàil lai i/rand" ef/èt
Le Ménestrel- Colin Afuset .
j/lr
A.) Pari
T.U.
m33
i.i-
lis
/<' Jiurc'/i veut que-Ion lui chants
Les e.viiloits du orave Roland ,
/.a Baronne, <lu le, m Triflau
l'eut ouïr Lnuftoire. touoliante ■
Tout le monde sera content ;
Dit -Vusot , mais ,ni on rue eoiitenle ,
Jaurès 'jusqu'au dernier rollet ,
\ z ■ . t r
Les elumsons a. Colin Jtuset , I
Pendant toi mais on Et régate. ;
Tous /es /ours un nouveau présent- ;
Peut on pan/er trop son talent :
Est il nu i/onqleur qui (effraie ■
il chante maint atr dureront ,
Et maint instrument il étale .
Qu'elle a Je ton , qu'elle a il'e//et t j
La A&tsiaue a Colin Jtuset -'
Ll chante avec Flûte ou Trompette ,
C niiazrre , Harpe-, I laaeolet ,
ûranae Corne- , petit Carnet
Tambourin i Fia Ion , Clochette ;
il /ait Ai Basse et le Fausset
Il inventa I ' tel/e et .Uus.ito ;
Pour la .V.uiivello ou l'.lrohel t (
Nul n égale Colin -Vuset ■
Qtiana- J lu set u /ail honneroniïe
/■' t reçu -1 ires il /'oison
ll retour tu- dan.- sa Afazson ,
! / rend satisfait tout son monde •
.In, fêle , Perrefe ./lisan ,
Peur lu en la/tre/^ tout le sooaii.le :
1 t rire le (tuent partait \ . .
Du Ite/iesf/el < olin Vu., et ■
T U
i34
RONDE AlJJtNSBR /MITEE DE COEZZV MUSET PAR M. LE M /S DE P ■ ■
C cli la plus anrieuzie Chau/on a aauier aue 1 on CcmocnJde .
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îj^^!B^T^S^y^l^-HrN
/L> - /'/ - neé eô . i/d/u - et - te tu l'eut en ara/iJe it-.-u'on
to'-if^g^gjj^N^^sj^
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iLf s'aiment 'à /a //\7/i -ouetVe ,'\rus canéraazbs' et sans fa-eon
a/i ■ e'est ainsi gu 1/ /àut /Izu-e , /e peu -se gu'its entrai -son
soyons en - semvle Co- mer>e> com Rolnn et -llari - on ,
Quand Utr firent cv/inaissa/we
Ce^it au pied de 1> Ormeau ;
Pour /a /ne/ter a /a danse
Roi' in ota son chapeau :
JV\mtaI'ut pas davantage
La^fitle aima /e gctroon .-
On airoitgu 'c est un menaije
Que Robin et Clarion .
T. 11.
3
-l P&zr avec aiw/ i\ ■ara./e
J "oitt les Jeu.v ils s'embrassent ,
On croit J.i/is tout le. / illa./e
Que '/.//■/ et /s/nms Us sont ;
/ ' / A) >
/./ cependant le ' Prouvere ,
Le Batbu , le Tabellion ,
iVe sont pour rie/i Ja>u<- laJfiure
De R< 'Lui et . Horion ■
4
Bien avant .Iras la .\ aàe<
J-l nseml/e s'en vont au /. ■/.<■
Laponne Tante -if a..
/'■es ( 1/ //: 'an/ a/ie ( /lus
£ue gronda la _ ailette
Qui refond, a sa leçon ■
On dont lien Jane sa Coucliette ,
i'/l es! nueaa- SUT le ÇOXOn .
6
Garçon est /la/ pour ùllet/e ,
J'.t fillette pour gardon ;
ifur tout guano" lune est oîen/aite
Et loutre a bonne façon ■
/■a Aa/a/e, ce ,-nc semble
Nous eut . en/ans , .•«•••y raison
Que vous vwiea /sus ensemble
Com Robin et Afanon ■
( A ) Le t 'u
T 11
i3G
UOALdJVCE CHdNTEE PrlR T^IBEU.E TSJSCJtT ZL4ArS Z,B ROACdJ\T DE
TRISTsiN DE f^EONNOIg PAR M- LE Jiïf DE P , . .
Lent
Effoi»- ïï *
fefTnrr*^*^
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Tout ce atte je v ou mer a- pel/e te souvenir de mort a- ruant ,
. / / , L - * -P-
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ta nature à mes vii'n.v fT-deie /ne te are '- se/de a otiaaite tus -
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- tant etaa.
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tant î't dans mon ame r-e non - vefte II- /nage de
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rneri e/ier Tri
•te-- tan de mon Tris tari mon c/ier- Trie tan dcrnoriTris-
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-tari mon cher Trie-- -tan
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2 .
Prvs de mot eest un e/iten fidèle ,
ITn mouton ovumur, caressant ;
Qjiand Ifwnnew au ComSaèlàppe
dettun/îer Lion rtujissitrit .
Qttelc/ievalier, ou truelle Jielle
J'ourroit résister- a Tristan ,
Mort beau Tristan .
Jlen cher Tristan .
[lis
'Tantôt e est un Oiseau timide ,
Dans rncs/iletr doux Prisonnier ,
•/le, Soudain c'est un Jiqle uifrepide
Qui vote arrae/ier- un urriricr .
Que la gloire ou I amour te ainde
Tu t/iprnir/ies tou/oia's, Tristan ,
Mon cher Trisàzn , t , .
Mon reau Tristan ■ \
T. H.
*7
4-
i 'om/ne le J'rÙttOllS /</// t'cAvc
Lest/teurs gui tapissent nos cnainps
Uarw ir/o/i ,///><• tir/i/dc .'//«,'/•<• ,
il /il ii.tii/\' i/v /.v/.r cnarmans ■
Du aonneuri 'entrevis LAurore ,
Aux pre/menf regards de T'nslau ,
/).' mo/i Tri,-/.:u
Mon tvnv &%rtun
De/ete, Ai c/udeur
Pour /•.- c-omoaér peint- son ardeur ,•
['// seul regard de son amante. ,
Est un aou%r £epnir pour .,•/! iwt/r ;
Que /<>// (munir sans cesse entament*
.'',•/.•■ neureua' , Guerrier comme tintant ,
Brave Tristan
Jlc/t cner Tristan .
6
Tbusuv ans Ai fêrtue Automne
Offre tirs fruits ae/icieti.v
■ / '
f plaisirs <///
!a
,t. *ruie ,
A'ouy sont encor plus précieux
tHyrtne et Laurier saut fa Couronne
Et ht gloire est .•//.'// ornement,
.11 en cner Tristan
thton /'cru Thistan
Lnifoer nous peint l wcwrretnce
1\ >w /;,'..' ctnav il n existe pas
/.;.- seules peuies de /<//.•. vice
Jotit nos g/aeew et //<■.•• /rimât ■ .
f't./iy Ai'- /.</!. Ac par ta prAtenc*
Et par / ardeur J// .■■.'///////.•/// .
.'/.// Aci// Tristnn ,
Mon cner Tristan
j/,-
T u
rûMt'luUNTU J) AMADIS S17RLA ROCHE PAUVRE
PAU JJ ■ LE M DE TRES . * * *
An/ ftn/t/i/'
Tf- J ■ ' > ' =* ^-^ /-■/ 4 ■ ;■
l'tets ,/,'/// - /w : /Jouée e&per anee fiefaw. Jn
/il -'S r,i -
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/'/,• . // i-, '•/ ras ■
eàv/is si /iv - Az
1
II •'.</ passe . ■ ■ Pieux. que/le Calomnie
.li>n ner/e/r le put* lovai amant ■
Attrois-jevu manquer a //ion serment .
Roses a a//ieur s/nt/etlissoienl ma vie .
Ton tendre casur (u /ne t au ois donne ■'
Ta /et- ■ ■ ta /ai . . • lu met 'aveis/t/ree .
Tontes ces fleurs que reparut t 'i/uie/ee ,
. 1 les i ueillir /<' semo/ots destine .
Maie tan courroux , fa noire la/ousie ,
Brisent un coeur qui rr'adaré que foi ,
Put- que lu erow qn if fa manque as /et ,
Voues esi'era/ice. ■ . /te/as ■'■ ■ fti //t es ravie
eur eeffe ree/ie , errant, a/'a/iao/i/ie
i'./e/c/ianl /a me/t , fa dosi/ant sans cesse ,
■y,t
Jiaiatte depteiiis , /.• dis. l ei£S sa lond/\'S.
t/ est t-assc
■<• tenu si /arfune ■'
■\ .1
/■"'..
■■'
A'.'. vv a izt/irttr r/nA-rAt.<\'\>trn/ tn.i />/,■
sil&fi 'tt.'iAAir /.' semPtOW tAi's/i/ir ;
Douce e&trertmce ■ ■ ■ ■ ArAis ■ lu m .••■• /.//•/•■
// rs/ /'.A'-.'V r.j /<■/;/.- si ybrïûrie ■ ■ ■ ■
KaveMv T tin /•. ; /.v/.r ,/• tn>//r enfànee •'
*if,'/i r.rur l'/urt , t'.'tf làprerm'er&^ûLe-,
ffe palPttott aic'am: aceevuraeta twt.c ,
Et m ' riiii./ti, •// <///.■ /.'// ui.Ai//n. ■//.•»' .
.//•<■///.• ,r/,'/v Ar rr/i/ius -/r ce r,rnr ,
Qucje sentùr au a/now r/r;/ .■•m mai/ire. •
i/e n'ai cneivne rnt.r ifui tn on/ ,Ar/i/ir A r//r
Que iv tir su filtre nommewe <i nwn Paaiatieur .
Ouo/ieras-tii aii-'en fort dûua" A 'ii\\Ai.rr
'/'<'// ,p',v//i /'.'//' /il/ t/l,t .'lll'/ri/ir f-.'l ,
D'un Les ritViveau , rr/îii''r -/n A An'i/i/ii,i,/r
Lare rr/rit/itAAr ,t rrn/r/i/ir nia Art ■
./A ■ Sou Vieil -/. y ,/ii'i/i ti/ir .Ar/irr 1/ 1";\\ •,-,
Çhtana/e lisûif man Ar/iArur dans /.v i/rmv ,
- / /v gemma" /.'/•• y './.y.'- sans rrssr ,
Oui A'iiimr fw/i ■ ■ doré len aimer Atr/i "iint.r .'
Jù'.'W a iji/lCUT riiiA'rAir.vtrn/ «ta tir
- 1 Ars CtiriAAir /r setnolaw ,Ar./i/w
Douée rrrr'r<mrr ■'■ • • /trias ■' ùi /n'es / ttrir • . . •
il esl vassr ce /nus si /vriu/ie ■'
Jfrit/rits , /iiritrrn. , ruts ait 'iA nr l'rn/ /;•//, n.'rr
Dieux ' init tu ,urr/r ' ■ ■ t> Inatu/vifAr sitrr-
. I tiirur /tir./t/ /a nr Ai ferrais v/lW /
r'rtt/Are rritr eue rAi'is a /rit .'/.n/-r
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CBjOfSIXtT TIREE DE LjL E>L4NE -DE MOITTE Jl-JJOJl MISE EJST f-'EUS
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Jlon arjie souloit'&à'e
Libre de passions
■ l/.r/s amour s est- Aul /nin/re
Deineo affections
lit <i uns sous Stî to}/
J.l mon carur et ma /'-n, .
l'iuli't on verra l onde
Coritrk mont reculer
Kl plutôt tant du mondé
Sessem </•- ortder
Quo l amoitr oui rnàpomt
llecrotsse a toi seul point ■
T-. 11 N ? Cv
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Tendrement
I //./ \ SON GASCONNE
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/., teAe.:t.<- /iu/.\:i./.H.i. a'' /./.■ //.■//.■■ .liL/i/'.'iii.-.-jii n .m /•'•■ ./.'-/■■■ Voit -
m -'jjj^fejà^^r ' .-i •■ EU ' •
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J}'£>- * m '\* ••j~^i» * 1 I ô . Il M'"'1'"' '•' /"""' "" '/"' un i. -tir ,uir.i f'/iorutet
~ , ' , .. -=*rt J/ekver fa vêtit? cvin<rfe ara le rienfen prison
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^f^mTTff
t
n
Tradudum
Tlt ./i.:'i/ , .l/.r/./fi.'/rl/.'
{'u . hn.'iir .'./■/ un en/.inl ,
{'n .il'.:' une e/i.rn.en/ietfe
'J 'n l tvmut<rtris un an ■
Tout Cela n e.'-( ,/ue .'-ei-ns/te •
'l'u ne / .unu.'-er.'t.'- /•.'.'• tant ,
On /•• r.'i..- .un.'ur./ /nu ./ut tette
Demain en /e voit ararta
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* j r r
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s
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/'.-^ il bien vrai que ton mdz/fereriee
J"era toujours lo rrur démon amour ,
Que ht ferlas .; causer /lia sauflranoe ,
T.t qiw /o tournerai stins esi'eir de ra/aur
J)ui bru franarart d'un aniaurotuv délire
Quasi ,•//•.•• ni. 'un setenresse en la dcucon
Jeunet ccunfc/: ./' le veire'sourrire
'Â •••/.'.' fau/cur rus /reona-au. un qla.cn
Dans A' trarwiwrt dun amoureux délire
, Quand sur mon août /otc preuve en cu/uceur
Je serais content de te voir sourire t
Jfaxs lu .v fan/, 'ura t'iu.r /ratas qu un glaçon ■
Qu aau manne diq au it/t o.voes de h'ndws.i
Jerte- ra./at a un <>,i.vv ,1' riaou
Et qu msensuda autourmen que mepressa
/,'
r mu. arios a nourri m
.i douta*
Qui m 'aurait dit qu u/i «rw do tendre ■■:■ .•
J'oroiâ nauo du/: o.roo.- de riqueur
Et~ ipiinsenowle au tottrment- qiu *ne /•<.'■•.•.■
Tu i amu.-orot. a nourir nia douleur ■
I....IO il
'-/■
TacraaouMzl /,)i/ qaepajjté nia vida
J aeplowa. lit riifàu i/.' ///<•// .;>/■/.
Périme- /amour /.• /à.-/,- (artf p.ui/uni
i>'h/i /,'nf défies ///,' re/iara /<•//// Lhr .
TcicrUiXllfe /.n/ </!!<• fep, TSSd ///,/ i>n>
Pt'tti-.riitH l a/nour (<• /,rr.-,-r/ <•//.•. ■•! /, •//.•
, i't an /<'/.■'' in ,/.■/•, >/./• ///,< /:■'//.■.•/■ (on .-<tv//-
/■•'ii fouine u/.'rt aue /,■ ,/,vti soun OUTmrfyre
l'.n /<> Yburman <ut »nvi ,/.'/•/.• ,'\'it/i</i\r ,
Qu 'un /.•///■ /•<>//,//•{.■ aue Soun /■/<.■• oel ouvrage
Dgjwous saley vouarus pas se renaea.
,,/-■* /••""•• Dieu aux. fe dot/ se>nhorrnujfe
/.'// (s /armant <tit rneats deVrott sonaer ,
„ Ou un jour viendroitaut •.••on vins A'/i'mra,/.'
„ Dessous sa. Loi //<■ vouaroit pas se ranaer .
dit/'to A'///,/.//'."/- /<• /■<■//, fre /non //<■/■, r
I>o ioO-,mon,i oui con do /o peoutai
•fenerw pas pus ieUa aue ,,\r mera ,
I/o /Ai/, trio au /non des ire eycoutnt .
<
. Il auroù /■/<■// /,////•■'/<■/' />■ /ondro /noms
, i/e reérancAer auefaue cnose </<• Ai peatif»
,Tune sorois pas p/us /.•//<• aut sa mère ,
,/,'//.• me /to/Arots ou moins ./ e/re ecou/e .
l'OHIC 11
t+6
ré-
bravi
CJI^iKSON LtASCONXE
m
¥=^
£
f l V
J— *é-
m
Z, anieur aue tant nie /ta - tai\t aèrtie rendre un /eu/- cotcn -
f.^ltneur oui tant nie flatoit
De nu- reuare un jour contant ,
Me traite comme un Esclave
i e nerta-rse i'Oli- un l'an moment
ht aitcmdje lia o/fre un sacrt/ice
Pour le retiare cvnip atursant
-In le Cruel s 'eluate
J me rendra nialneiu-eiur
Pcr million se e-ati.'/'ai/re
El se Iru'a ai' mena maoïi ,
Ma / tassai ter/ cer reeai '/•<'/
Tant au' ai/ venant tau ren.ieu
t. a neil et /ou/oiir sous rire
Perùi /•runeltn P/nuis
i^ue .•,■/■;.' ae nieiin niartire
El nue tmtfour /ne /nais
/ < '
Touio II
Pour mieux: se satisfaire
Et se /ne sa ue/- Je thon mal ,
Il m 'a oïesse le cœur . lie/as ■'
Tant ans / 'ai/ rera'u /e repas
La A tut et le /eur /e ,-ourire
Pour /a Bruni /le P/tùi's ,
Qra.se rit de nien marttre
E/ nui toujours nie /ait
I ■
Eue ii soun taures IJes.i-.iaa
Par un ooutre Pastouret ,
Et u'e.'/e/ la /'.-ri ./1/r/luJo
Cepandan es m/iaol
////>./ ././.'///.■■. /.■• y, t..- te u relias
OllO r .'/.'/! l'e/t /. •..',•, 'Ilf.l
o'.we p,t.- . ■ .0//11 / '/•//ella.r
- U.u.- ol pot /■,/..• las ,l/llft,l
theu iienet , . v. ;///<• rretiriee
Eu ùuil /'./< •lire i>, istourel ,
Que te premnet sacrifice
Dèàe au aaiwa aep/us /.■/.
./mour se t'ouït ■■- on /.>;//-.'
Pourries tout a/v/ûtt /./
l.ii/li atutl.t soun tr/nqayre.
El f'oroo la Je mai/ma
<•'.' /iiniin/ /.'/ /.■/! /mm va
)eon ton/pu \n/ ner presen
In Piqeaiun en sa par ma ,
Te tarai/ 1/ nll.t aencen ■
Conterai/ tenta nia vtaa
Et l'ottnt.il ettas /,'irou- ,
Que tu sont me las 1 'aou'i-t.la
Per me renars lo/i lieurou.v ,
m
Elle a son tour est //•.••.-.'.'
Par un autre fiera,/-
Et J e/i .y. •// fa iiet 111,11.
Cependant il est in/iaele .
// aune J attires /ie./e/e.-
Qui veulent ùien l oeoufei-
. If ne seats p,is si fil:- sont . ruo&o
.'Eu. ■ J ne peut les autikr
Petit J>tou soi/ es propice
■l un pauvre lierqer
Qui vous promet un sacriA >
T>e ce au il aura .le plus 6e, iu
l/ziotu , si tu voulais le paire
lu p. Y//-, /. - tout arranger
Pâté lui .pa'tler son amant
/ci oi' m au,.
J"i yamato :./ ruvi/i 'amené
Je t o //rirai pour présent
Pnpigevn avec . a /omette
Je te /, rat, In/ler Je t cm \ vis
Je elia/ile/a/ toute nia rie,
Ta />. nie et les /av. tu -s ,
Que i. ■ .■•eut /ne la.'- eliotsio
me rendre Pten nou/o/ia-
tfeyamay Jm la praaollti ,
Pastotirellas et pas t. •//.<- ,
Recountraves /./ < 'rue/fa ,
A' iieounta.s fi MUS iUHUaUS? :
Diavas /•/ in/e per fout mère
Denoun poude lu parla ,
lissi /Oeu m. 'un fur. rat. '/■•',
têil que .'■■ //
'■'/ ramais dans la Prairie
B eroerSf et P>ei •. r. •/-. •
Pous rencontres la l 'ruelle
Raccntus au me.<- .loul.iir.r
Dites lai une p. rr tout /entoure
/'■• ne rotti'oir po.-- lut r.trlor
Q11 toi /<•/•"••■ mon purs.//
dr.int ./ue ,1.
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CBJXSON OdSCOJVA'E
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Jea/ie/fa fous i/i'/s tant ,/.>« - tvA
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Traduction
Jeannette., tes i/eu.v tant ,/siav ,
M ' a/if- donné /us au 'a l unie ■■
Peur Je cœur , />' // r// ai r tus ,
il s est /■ru/e ,/ans /iia/lar/w $
Fais /•> revivre Jans /e tw: ,
Plus une tu as /ait mourir /e mien
Toiuo 11
*4'9
f.t'ttiw Que /n.i niâmes donnai,
ùt'/id Pasteur . enaaae .
iPespàsperdut, nirnay /»-u//<il ,
Natu/acli un autre nsase
Ycoà /ut/ /iit\'\/u/ \inùi' L>u muni
ifave-pàspiw u/u/iA' rs louaou
Réponse
Le ccear que ta m 'aveu donne
C't'/i/i/Jii'ri/iV , en i7/iq<? ;
Ar est m perdu ni vrule
d'en iu /'ut un autre usage}
de Cazmesle avec le mien ,
Je ne scats pats auelest le t.en
Attire
<>>• y.'i'u lay pas pus leoudounat, ifiiene t'ai vas .plutôt do/nn-
Atoun aymaole -Pasteur a t A&m aimable Bercer ,
Un < 'orauetera dastâtat l^ncieur oui t'etûit aesane
Crc* i/iic ne/-, i pas furura i Cïins épie ce n'estent vas l neure;
Per c/i/i/i de tayjria muuau Car a/inde (Sauner rnnu/.i
En l'curi auira preniet licou Aveeioi autre /lu prie leçons
Réponse
Je A'iut cor ruera destinât, tTihm coeur metoit aeshne
Pastour ceunta pat estre , Beraerft comme cela peut être
L'uni. nu- //<'//.'• .////•/<■ etiseionat L amour nous aurait enseigne
Toutes sous tours de mettre. Tous ses invs de Maure
Dons cors noitn siu/mou qmemiffivu Dense 'cours 'ne shn aunent oui mieux
Qjtan entréues prenou licou
Quand enir eue dspr\ vient les* v/
Toute 11
cn+iKsox GASCOjsnîE
Tendrement
-lu leva Je L'an rorâ duis unrrii det dé flèUs Zeànir et
-m^FrH$rïïf^^^^=W^H\
ressan fiera t'iimc/uz teuton pis us , s'e ta Ja sur l'Aer lettet <
Tournera des Curres dùrié àni fit sàu lettâas éeo's sou^Frè yreà
^ftf \\\$mmm%
Éfc
*è »
Tràduchen
-lu lever Je l aurore
Vans un Pre de fleurs ,
'/■ep/ur caressait Flore ■
t'/iniene toute en pleurs
-Jsstse sur l nerpette
1 I enl&re d un Pi/rres
/Jisoit lente sculctte
Aux E'c/ios ses reorels ■
lirais es mer , peeai/re .
Aon selous p lotiras - leru
Fleurettas penne pleure
Changeas rosiras l 'eu te us ;
P Liintiva-Te urto urella ,
R.oiursuj/u tû us < in 10 urous
El vous oe/ie /'.délia
Recettes /nos doit! eus
Tweis est mort , lielas ■
Otseauar , vleiuw - le ,
rieurs , pour me pliure
Quittes vàif Couleurs s
Plaintive Tourterelle
Ressionols amoureux ,
Et nous , /.'elie tidole'
Repetteo mes douleurs
Tomo 11
T&eià loti vrai/ niêudeua
Do toutes les Pastau^r
Discret, sage et fidelia,,
1/iU-Java nuius moutvns
o'ouu sep/e de /îou/ctlas ,
7.ott/uir as Aonelmut
-Villa J/ararulel/us ,
--/ yt'vti imlla pontons ■
Tircu* L' vrai modela
De /vus les fier,/ ers ,
Discret sage, /îd< le t
(rOf\zoit nies moutons
tfon seinplru; Je Violettes
// donne ù coud dgneazcsc
Mike marguerite
Et a. mot mille baisers
Lait Poussignaau sauvage
lente ii aou /aun J au lois ,
Suspendre soun, ramage
Per entendre sa vois
ifounda, la piuf rapida
i o ulula lonlamen
Pera/vedr'un aputuda
De serai doits mstvunien
Le Rossignol Jauvage
Pënottdu /end des vois
ifuspendre son ramage
Pour entendre sa voue
Lande ta plus rapide
l oTUoit lentement
Povr- entendre* le plus petit treden
De-son doute xnstrumet
st/uis it lavanlitra
A la merci Jus loups ,
Cerea vos/ru pastura
Dm un désert a///ous ■
Troupel yeou l alandonne
Tirai* es au bmmbeau ,
Qic'aco no un vous .-.■■/.•une
/.'u seguercu leou
Ailes a / aventure
I la merci îles Loti ;
L lierclier volve pâture
Dans un désert a/lreu 9
Troupeau je vous a/andonno
l'irew est iiu toinleau
Que cela no vous étonne 1
Je le suivrai l'icitel
Tome H
102
Adaaia
CILiNSON JiEAllNOlïJC
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^f~f~ri~f "t i f — f.
!» Â,nliaul j'iir tes mon - /.i./;w mi Pastou />i,i/Au - roiu
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p~-~.
auJ yiit /v du liait ne - crad de idoits soun rolerni Cam-Bia
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pr:
Tiadin'lio/i
•v- Il La haut sin- les /sionâfonej-
Un Hêrgrer ma/lieia eu.e
-L'sis au vieil citai lietre ,
I il JVaye de pleia-s ,
H ifanaeoit âz< elia/u/emeiU
De ses amours ■
i o leuye , ca boulât g e ,
JJise l mlàrfunat
La tendresse a l ai? ion
Oui tay pourtat
San aco loiis relnts
Ou ai/ méritât ■
3
DespttcA •pie fii /reauentes
Lasaenùr de eondieion
;/.■• rie; il i'.i flailt loi
Qrie ma mai/sou
A on en p/on laide .-'/ sa fit
Vu ( 'ali/o/l
C i i-iti • loyer \ i \ x'ui • vo laae ,
' Disait l ui/bràme' t
La tendresse et L amour
Que je lai porto
Sont ils doue les relu.'s
Que / ai mérite ■
Depuis oue tu /reauo/des
Les cens deoandilijii ,
Tu as pris un si lurut vol
Que ma maison
JV est asses liante pour toi/
D'un chevron ■
Toaic II
TftS Jiuf/i'o ./.y //,.- ;///.:■■
A nts aoiatten plus mesi i.i
Et lotis stipêris montons
Despucn en i\i
Nou s'approahen aaotts /i:.\-
{?/< 'c'/i - A UfiS timu r .
/.V />/■.//..'///'<•■• /,< irt/ffiu,:-
janerttpats seme/er ,
A / '..•' superbes mouton,
- fors
.''.■ .Tirrocn •'!/ ,/<: uiis/w'
<J.Vi'. ■ <'irr /,"• Cor'/UV ,
Ku. •<>//.•/.' ipie 'stey praoube
Dens nioun vêtit estât
.Ii//>i\/ mey tnorui barret
Tout .•.'■/'.■//■/
Oue nou vas lait plus A t
i 'itapeu bottrdot
Encan <///.- v soir pauvre
/),:/!.■ ///.•// petltefttt
Jaune iru.'i:.- mon OOrul
T.'itt i><>//
Qitenonpas le puis Aj,n/
( V'.llWSU /.'/,/' .
- Llut Jonaues liaresse
Poutoure cJiens amou
Catnoia oe p ors eu/nom
J)s serbtaou
Jainey noun lroub(was
V tUOU COUMl /.'il
.J./i.'ii ,/'//.• tiartvs.e ,
Reraere sans amour ,
(V/.r//./.v ai peux changer
De serottetrr
Jamais ht Tien lroiti>,v\ts
lu /.'/ .in,' moi .
. « • .1
ll/earelfo
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YSÛJRT li BERNOISE
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Deûus ûvâi. J a - ne ra/ianne pas - toure rrwun p/-auA
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Ce ques e/îi-bej - cat /wuci/ c ai c que c<lnfe e
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pieu - re aeaiur attrattst/iti l' an en - can - tat neiieil e
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Tracmcàûn
.',:>• freatr a1 une /aune Jirracre
.'/<■»/? pauvre rester .'.'Y analue i
.'.'..,/ <•/ ioiu <.' .-A<i/iA- eé pleure
Des attrai&f oui l ont eneÀante ■
I tfmo il
J*ous sous oueuloiuf nou son suc ètues âmes
Dus /xeueas a/lu rats près a près
De. tfiaou, en /a bôlen /.us flammes
Que J,s4meu jatte a /n'a a reiew I
7raJiu7ion
Jes jolis j/eu.r ne soni aue Jeua' âmes
Deu<r /sus* allumes près a prâr ,
De /a volait les flammes
Que l amour jette il' la mai/i aauelie .
/■ou sou nasou dessus sa L'are
tJoçue d'aï lotis arrati/s ./>// SOU
E ae / ' Ûmlre/fa au i/iJ./a/\'
.tïaraue la^r a/vs <le l amau ■
Jon-veatn&c sur son visage
Joiie avec les rayons .lu ,i'olo/l
Et de- li rn'ite omire oui en ,/•.,,//./
Morgue les neurès ae l amotO" ■
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Toiuo II
Tendrement
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§35 l
Si vous crtzf os-tods - ,/<\r -sus Ion monl / -an auan
-^ , f 6t>.-j I « ,* .-H ^—7. —
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/• XLV
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Traduction
J*i vous eussiez eût dessus /e J/o/it Ida.
Lors que la Pomme do/- jadis s'y dis vu/a ,
Pour- non nue vous eut regardée
l [• 'jo/tti Pas/ou/' ,
Il rou.' I aiu-ait donnée
tFcaw rous fatre avenue faveur.
Tome IJ
( ■//. ixsas i.ANorKDPCiKxxi:
Oiit
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ter Jai-jUiJjiJ ip b
Un .'/.'tissu //i. ba/uo treire ./;«« i/,;/'./;// /w //v '«y, i
t/>a/ rt/,
•//nui riaU
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&m -iv;.- •
-m ~ I . I 11/ X l ___4 41 'I I »
\ui/u\v <.vtvs\,tyi> />niUzizl prtz i/e/ i£ a/ nu /ssyti*1, .////</<//><? cri nu* ///\i/i
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i^^^Ép^
•ucaiiel ai/ttsau'a a 'ome, • atyraic/i //■ ■■ riait mapirdiv pas de i ai
■il. '/ni/v/a d'un /itii/ati/a
l 'an/ai:> mil atrerneuielt
Et sas doua-sas ca/Ufonnetos
FcL/zon, toute 1er œutceLt
Yau iraunai iatti./u/ len/endre
Ze loire al l'évita.
la louât ùerujut ■/ a m. •p/;/t.ira
o"anrla-pt 'u.i.arras/a
l/i Vo/iatatw rrw vernit/ voir
/htand/aoardois la troupeau.
/•/ /ornais pour ne saunas croire
J"u eà/it àattanaxm a la pravw ■
/) 'aussi tam att'tlm.' ooi/^tt il ma .••aiuatl
/.nr/ia tirant son onapeau ,
/./ ' /ttsau il aa au ti m a ai ■/-. '. /u •//
///w r/wp, vdoil t'o.f lis iavl .
2
-4 lonwre a 'un ièuùtaae
/l liiati/oi/ rutila airs nk 'lit: utt.r
/./. .•.'.'■ ,iau.-as .il. :ri. ••<>//< /tas
/■'ai.: ia/i//.ura l?.<- 1 Jisa,tu.i-
./'au/ai.- l'.'uiu l entendre
Le voir et l éviter ;
La toute nui/ a ma prenar
'll'ttt risn> dadtns souri tare
Et 1/1 'U on >tirt. >i ,/a //a u, >u
/a r, yuii- ou un oteleure
.>' àn/iau/aa .1/ preai de i/ou
Hera.un.aa/an /.■ lortoa/./.-
Roussis ,/' riait..- .air/ta
à/'oun /r-a/uil./i ./ .li'.ut/.i/./,'
( >t,.-.i,
/'"
■u de le ai,
//. .
, ''.ut.. t>. 'ira, >tr l iirr. •/. ■/•
s
/.'i/,' riait .i.i/i..- ,,\'n air
. • maur.ii..- de /r.ri/attr
/tua r.tri.i.- au tt/i .\-i.ttr
il s . via. •/./ auprès ./a m. 't ,
- l/.ti.r ,1 iai ./.liant ia iiiri.-.
A'a,i.\-i/ a nous aaimar ,
// iraaii'i.n .i.ra.ai/a./r
QuedeiH tir de le aiu//ar
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Ente vouant mon cœur o.-f pri-
Trop aùnâilè Toutonne .
Ifon tannas /e ne verrai -/en
<?/« e.iato lu personne
'Cuit ■'<■■/ p.ir/îiit .-/.' /.v m'a/uo:;-
, ri/uaio rte/i rii > te /tef c/mipar .//-.•
Je ne ./,•/.■ p.7.-- .pu- le Dieu ./ t//witr
- Ji/ rien . le ■ i < m nulle ,
Tout/oun youi&u ucunmetù
['no leuoutat qu'encan t. •
Palorf oe presontn al apprit
/no douosou cnarman/o
. v calqœ cop ridos lou [ioun
/'o pornie mettre on allirmo
->/,'.• apOl U <~0 .''('."l'WIOTffl
Troli un retour que me cfiarnu • ■
t letton plus a nous an», i
Perquo l uni. ■///■ /. 'ur.A'u/w
h'u r. vA ti'it i
ur /.! r>n7
Trop atmaplo T^>us /. •////. •
I./ul'/\iu\j-c7i /wior ,t l.'itl nwimit'u
Ui/r taèauco /nu/n. >///>••
///i pnn~e pajc> cent tournten
Qpe / tniute/iizic ^l'l>ll/>^.• .
Tome 11
/, ■;//, 'ur-r je vûut avec lui
l >/.• beauté ipu enc/ia/ite ,
//,//, '/■/.'•<' présente a l esprit
[ne doziaeur e/iarnuztife ,
. i'i queipuepju tu rida? u'/ront-
c ' 'art p. >ttr nu? rrusttrf en ailurme ,
. V.n. tipre.-, .v/.i sa cc-nfbno?
F./ ré iT^ure un retour qui mearuzrme ,
X'/iA?itsn*r plus a ru>UJ aimer
Puisque larnour l ordonne ;
. le porte le conir~ <ur la miiul ,
Trop LumJlle Totito/uie ,
E miras j, vis nous- a tout moment
e'tir lu louolie mij/ionne ;
t'/i pluiuir pane cent tournums
i^ue l ui/idélùe donne .
Gtmla&ue.
C 'MANS ON I,slXGUimOCIKNNJt
"J
•.... /'....p.-...
narinànte tnarçou fallu . crenu/uÀfpaflœmifiir. es uii enjfàn ^//.- /.■//</
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tiuenapas vw tmtroar Caressa (ûu ,0'ecavrè, ac'os f.i rmtsa - ra .
tiuenapas vw tmt/t
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Ê&-J-ttH-f-4^
"Eraauclton
i fiarmanie <>tajytu-ri//<\ /?.•,•/; >/<//?■- Kpo-rlanyour ,
( "twtunrn/iutt uni /<■//<.' etqui nu /•,/.. vu le/our
i 'arafJ&cte, ,/<•<//;/<<■, ,</.i /'..•/'//^■■.■r,i
Btlaisse* /•• fotitfture ,il aime neadirter
Questions souri badtnaae •
/. a ymcaras /<'/ul/\vri, -n
l'n en/an da y//.-/.;,/,-
/.' [run amusamen
tifnoesas manterottas
i '•.'/ upus uuu trepa
.'." /. 'u/our sas màneltas
F&ulu tuut •!/■/■<.
T
3.
i ',' >un n. 1/11/ . 7 . lotit //A'
Es facnper faim p/,i .. .
Te Jeraoen '<!<///<■
De /.'ri ni. -/far u à?imple
rsatalabrouquetta
Coiunurtpaifeerou frein ,
/.' /ara /.W.1/.//.1 (A)
/'.;/•■>// .///.• .■.■!,! ,/l.ln
Que .:•/! /.;./-/.</.'.' ,-. ■■/ doux
l\uty laùnerex tetutranent
Un enfant ■/• ■■•! .t.i.-
es/ mi .111::;. eméltt
.J t.. . . isA/.'s ma/itérer
il n. ,//.v,.7. .//< ./ /.//.
El /. ■■ peates mam
:l /. .:/ ■ :///. tp.i , '
Son /i.t/iu .•/ docile
.-.//.i// pour /.•/( plaisir
il te sera bteri/âeile
de le mettre a fan fit
Dresse .7/.1 brvcnettt
comme un>mn» m wn irans
dit /.'■>, t l'/y.-.ill.//. \ )
d'abord au'û ara .•••../ •
(A ) (.'<• motne peut se traduire en tranraùt urtpresonteceauei
unOtseau fars qu'on /• /■/// sauter d un ..'.'<.// sur / ,iu/r\ , .•.•/>;/?.•
/àisoi't rritTtt.-r a liste /',//.•//• .
Tomtf II
IÛO
«.Y/. iXSON PROfTBBTÇ. ILI-
Il DOUAS roisis .
Jom-ru? -Pct<r - fours nu and
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mas a - moiav
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Pour — ran ri
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/■ noter o nue 1TUZS n - ntour.r Pour - rait trro
- ton - drc n //!<' ,/('/'-/.'« - ,/r.' do hxs Jii
- /oit - dro de fao fit - no tir, ~ , (jours
t/eune y? . r>qere
Ouand viendra meure
< '// ///,'.- il/tlOltrv
Pourront vrrtcrtare i
.1 me ae/bnare \ />/•
/'. • /. •. ' nain -itrs ■
'I oui • il
-/// /•/•/ a /àtre
/'<'/• n'en aaumpttare
Ta un saae rouer /
'J'a/i eues haresso
ifenso tenaresso
l 'eu-as ma maûerl .
lu.
•/s
J iii peau fiure
/'sue p lettre
sf /en ecvnr scu/e ,
Tu es .'/ crue/le
(Jue sans pi/ie.
'J'u verras nui nier/ .
Xaun / 'au pas aaire
Mes/te i/e pleure
J^i/s amoureux
.'/an la/i .'V<v tendre
Je voua&u Rendre
.//> 1,1/1/ kurouac .
%:■
3.
,/e ne fias ancre
.Uclt.'r a'e r/'atr ■
. lue- ?'•• '//'■ W.E
Mais tues 1 tendre
i^ne /<• reit.i /<• renare
.l/ininl Aeu/eu. ■- .
TetS pleurs me pn ■.-.■eu.
Mets rufoura ceesouti
<
/ ey /au /vu/
Mau s; vouas {heure
/>e ta Pastouro
/■ai/ /a J'e/ii/
-r
Tes pleurt) me pressent ,
Mes rupteurs cessent
// fiutt /es finir ;
.'lais ,u /u veux tnetère
/'<• /,r tieraere ,
laie /a l'ente .
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truand te vest ma l'as - /eu - /•<> ,
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l'n/eune Jierqer Je auintLe ivis
-,4 sa Beraere du même, aye
En l'aecompaanant dans /es champs
Tenait ce tendre la/n/aae ;
Je sens rai /nal ', depuis tant de lents
Qiu fait ane/e te e/iere/ie a tonte Aeuré /
Et auere ne suis ra/nars eo/ite/tt
Pue auandje te vois/ ma Seryesre ■
Tome H ■
i6o
lAlas que ootulrioupas ave
Scias que voudriou x/ou par faire
Te seray a garda, tels ave
ila
Par tout vauUxriaii ver te picore
f)e /loua- âmes a Se Para
TenenCaiaircaj détalas bellos
Si ma voilas te desplas/c pas
7ï diriou centûansoun nouvelles
/le/as' que ne voudraù repas avoir ?
Hélas ! ' que ne voudrais- iepasfiure .'
Si 10 le servi is aaarder les Jirebts .
Je voirais partout pour le plaire
Tuaanarà te parer de/leurs ,
de tan oust fierai des plus louer
tfi'ata oo/.v ne te déplaisait pas ,
de te avais cent chansons nouvelles
Sur ma musetlo t 'antarau
Teis bonus tuieds ta bouquoJ'oultdo
Toiui tout plus fret au au mes do mai/
X'aroso a leiaagne erpandldo
Que vouas dey ou motm lot wn lendrou/i
Lou Ruban au 'arno ma /totdotto
Série tu ren /on Passeroun
Que /a tan lieu tels Escaletos
Joetianlerai sur ma musette .
Tisoeaua yeuse , ui jolie vouent ,
'l'on teintp/usf/;us que ne.it au mots de mai
/■a Aooo épanouie à la rosée ■
Que t'ou.i lu do. -net mon Ion tendron t
le ruban qui pare ma nvitlette
\e voudrais lu pas- L oiseau
Qui fait si l.on les petites ecnelles* ^
f'ela qui que non sionjaloita-
l'A qua/ul vatsara ta banquette
Transpourta dunplesu tant doux
Que vai/ boulleoa sets a/otlo
Anaiit , vendra vouli/a
Sur la testa sur lois espalos
Al per .ra/naa e/imistra
Voila qtie/oi'ats on être /alouar ■■
■ lit qua/id d/avera tii/oiione mtaneru
Transporte dun plaisir st douât
Qti 'il va aotlet ses petites ailes
Il ira, d viendra, u volera
Sur Icitele sur les épaules ,
El donoisira voulant se caaner.
loeta veau seaper lueeli de sets alo.i lonrotut semponrp/aeo/- ses mlo--
Quand seray absent dun maumen
Sotif/rira pas que res taproanè
Te veque/ara fiera/ne i
Et loptatuara ,<ets ' roproene
Si me trounwàf àmon '•c/Vur
J'e/s cris me lou /à/a// entendre
Et toute 1/ douas "lotir /en il amour
Toutpeaxure aven ton couer tendre
Quand ie serai absent un moment
ft 'ne souffrira pas que rien f.irpreebo .
d le becqueter a vivement
El le violera ses reproen.v ,
o'i tu me trompes à mon retour
Ses crû me le feront entendre
t'.l tousdeita- nous mourrons damoitr
Tant nous avant, neuit te oa-ur tendre '
I .lltaer ,luu dotal a lau/ro .
Tome II
it>4
CBANSOS PROKEJVl \LLK
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J)'un pic/iol tretp/tispounc/iutquiinoa/:e no / a/ie/es - tic .jue fi -
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ro-i'n-c/ii-ouan k/eunde l an me d*n -/ut per es-trenno mai de cent /es
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traies de/
que
i/eti ni esfeu - ru eoussi n en soun vas mort .
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Traduction
B 'lai; petit trazt p/iw pcinlu qu'iuie na/ene
/.'amour qui tire en c/upiant /e/our de tan
Jte donna pour etreime
Plus d" cent rois tout a travers du cœur
u
£t >e m'étonne comment /en en suis ras mort
. v yett maurrt&run mep/<undriestiu\\\\iireJ\ /eineiirrowmep/auidrow tit.monpettt anu
4 eu. /arts/iras sou/omen /eu semi/an I eusn'cntèritvpas scu/enient ' semi/ant
- 'faùf , crc/idint pûiw ao/idiaurte. i éen taire . liais a i\ vid:/i/ rens /cderriésiien/àirc
L.tr i/eit /e/en tout en tàdc/an Carie r&'' tout en /adinant
Quan me tirofo /i teanie.r /a mon . Ûu'en me tirant rous/iu tenuv /amain ■
Tome 1 1
I ,a A isio:v D Kvori'.iuiA.vi)
fA) JJ B M . CABOTE
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' // ufrtir nuttfmtte la . >e/uau/eliv roua./oiusnon , •sontapr. \ iwsurseit rt ours
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iiulh'ii/L I, Vit •u/s tos( >is.:rn.i\ /. m.://:. ur/ie/.i. i ///.//. '////■• lie/a.. A. •//.-■ </M* /aiarandreii
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pue
7;v// alentour de. sea mm ailles
On i/ontmd les loups .jaron.i /tour 1er ,
Ou entend tranur des /erailles ,
On vtntaar/eux, on voit du fanocvuur Jï'l "Diable ment,/epr.-/endo / . /rdler
Tout a. la fois Dame cnriet nous ,
De tristes e< v.< )i aussi formes que vous
Qui vouJ alaoont le oa'ttr Ae/asti', Tant manque de caun ne/as <'î
o .
H. '//.••,'//■ vousdû,mon l api/amo
'renés vousbien&rme suri orenfer ,
. // /, li/in ■, ut' .)•< »!/.'.■• on pome ■
I ' Ivtl.i nwiuit t'I.i qrand Tapage
Tout le l nateau* vmmeneet r s'ébranler ;
< ht ,viteud des '(TV plein* dera./o ,
Tous wmwv viennent <f'u aernamer
Que dhurlemette
i^ueda/froa.v siffletru
otrePriijuerranJ venait dEspaqne
Passantpar la Cuidoit serepo*rer\
Il monte ,ra/i,iu/ de la Montagne ,
Faites mon ut, carte vcua? me eottcner
Jioaui avouer .
Restes <'u Etrïer
Tous /nourries de /'iai/eur lie/as- ' &• Que Jeeris'aiie de Pleurs lie,
Par ïamaroleu! parla cent Diables! Toutaèoupwariacnemmee
Fs/eeatt on nie prenJ 'pour tut /euneKo/ier.) 'ôi la des lofes et • ttsevme* trmber .
faites du /on, dresses la Table , Des Pieds, des mains, let'-ri/e . trnioo.
Jfetteli d.vlhaps, roues me deloler ■ P'aspiesel.le lipereen lortdi.
Ou sontds ,/one .tu ni orne instant
fous e.s Kspri/s /è/ons , t. a Porte a .loua- Aitt.l/is
Qui causent t. ml d'il. vr> -in ' lt. la. ■•• '&. ' o'ont -r. ; vi ,/r. mde rumetuliela.
( A ) il faut filtre prêter I air <m.v paroles dans plusieurs endroits
t6G
,.■.'*; ... /•'
l n Damne de Injure hideuse Pretreiletait , Las 'bien uidtjiie
Etait t/i/tite v ar cent 'LJiables officine ; Et de moiipere défaite /uiiiciuei; ,
l < "t iboiu ne etoit toute Et 'tuneiut * Jufieu < le pr, •< hei da Vol Inné
Le plomb fondu lui découlait des ijetuv , Qu'a des t 'lire fieii^- il Jeudi ' euseupiei
o'esc/woeu.c Xi' faisait rWn .
Touteinbriisesdefèiuc , Que penser ou moyen
. J'Y/erùsiuenf de douleur helas'éi: Sem'cnleoei- 1 honneur
9;
cTw sesEpaules déclarées
Les Démons fouettent a coups redoubles ,
Iesfouets dantleuix) inouïs sont armées
Sont Jes , fervent des pins envenimes
fl vent crier ,
Un Crapmi , dtiaosier
• ''( >/ favec les Clameurs fielas- A'
liela.r !&•
■ ■ .'ï
Il ii'osotfdecoiirrtr son a/ne
Le Chatuiientout-e'uioi son aren ,
Cela faisait croit/c sa /lame
l 'ai- la coiiframfeen attisort le /eu ;
l "liaipienio'iient
0" on allait 'redoublant
0\vlImpu<liaue ardeur helas.'ti'.
I ne ame toute ec/ieoelee
fit hap/entjeanfunpoiqnaiddtms/ecaeia' ,
slvecune eiiaisse fumée
Le J\maen sortsi noir auït /ait 'horreur .
si cViaquepas
J fours dit elle scélérat,
E.vpie lesfîireins hebis.'tS.'
& .
^Malheureuse ame Réprouvée
Dit leclwvaueren eleuant la oouv ;
Qui vousrmne/ie en ces conh'ea) ? .
Pai'Dieu vi ViUit.'varléo , répondes moi ■
En soupirant ,
L ame ini même moment
Lui répondît, jlfonsieur . . . du/as ■'&'
12 ■
Le Comte Sbiselme Etait mon Pore ,
Pruiceile'toitJ'iet tout a l'en four .
i r anus belle ,j en étais /ter e
O'aqej étais, je l eusse e'tr feu/ours .
lie mes i/eujc ,
i V monstre cdieu.v
S'éprit pour mon malheur hèIaJ.'&
~ Ju désespoir l ame livrée
Pojrr ob tenir ceipn lia tient tuivaew -,
Ta sur une route croisée
Pour se livrer mi Père de l'Erreur
Le JJemoii
Lui Octroyé le Dan
De me ravir ma f/ew helisfct
A
'Cous les matnisa l'aventure
J'allais au bois pinwi/ prendre le frais
Dans le irufaldwieani bienpiwe ,
Je me plaisais a mirer mes offrait)'
En beauté
jtte iH>*oîtla viuute
Paonne vomr coule luuetws helas !A '
17
La tout auprès d une fontame ,
Une Rose etoit .nu- un Epais Roeier ,
Fraîches Imllante, eclose a pente ,
Tant paroissoitlnduire a fa eu ciller
il semblât
<hi elle répandait
La plus aimable odeur . helas •'&.'
Tomo 1 L ,
,(■■
1&
. T'en vèua' or/ter mat 'aetfemre // v* 'nf aller a la fbntaaui
l'siiru/eitter p/iu- ' Jee/it tiiiieiileuil , J'our a/làser la traee Je ee
Je/n\ .eais ,inei eeiil/e nature .liais le meeluutl y verdis i
QuatUZJ y laiieliais me repsusait li m, un /'/us il /rslfe .'t plus (a bien.
. //. >n , vr/// hattaiè Dans le /< v.
7'<>//t,vi /i.il/it/i/ nte aurait , Onenànaaes roia;
le/Il. il/ee. t '.'susse.' //sur.i lis la.l ■' it'. l)es(\'/:< et, les ell.isenr
'/ ,1 , lp,'l,
■ten.l
/:./:. \i
* I pente e/i suts/s ta rrjaifresse ,
Comment pourrai/e en f'm-e le /val
Je /ne. .-eus fa/nler en /,'»/> /esse
Je /nallieu/'eit.v sait Jiwnn acivi'ip.
Kf/esert
/■lut ' ,pn> sans rémora
J-'tf sens , lelaJsu. •< wr
-V,
( 'u ui en/uw me murerait*? ,
/'sii/nieii./l'ul/r,. f/uu.\enli, <nvre t.w /
D'un air s/ti\teu.e te JhaLu'
//t t?eenaiiaevn.pauê,jtwntcldTLtul sur moi',
Jfe arauut rien .
fien, //t.'/i ,imi wen ,
hélas . &'. MonndèiSermwiuf., ne/a <v
20
Mais en /m stant revs/iiie
• Zt /'■ ■« •< 'nuais 1 1 :>•< '.'.■• i le m an manieur
l'unie, le Jesesp, tir fmtte
A'/i eris piveane / e.vliale ma Jeulsur
tfuoorneur
J., tCrle se, /u , ■!, 'itr
Mnu/nte ,etsans qu'îl Sen étonne
Il se/if.vu.' /m /■ Diaile détaler,
eu/- son elieuu/il izr J'empoisonne
Et fehrram .'• . 'morose s, visses pu J. •
En toi moment
dort '■plonge vivant
spi.
J.ui Jis/e avee pireur ■ hélas .'A.', . lu se/sur des Jsuleurs li,las.\i'-
if veuf m'apuise/' ; vas infâme Devais. /- fine parfait enoore
'J'u m'as pe/Jn , mai.» Jts/e tu msu/r.is, Mais par ha\ar,i varia le eltevalier .
s4tors Jeesiirrsit.v i/s'eni/fànie Jésus, lu u. /e vsus adoj .
A't/s/t.riien lepsiie.ia/it ' p,v /•> Iras 73taèlatTei,v .emmenée a se signer
Eaeil naaard - / ce nom
il are im poignard Pli an famée et Démons
Et m',vi per.e le coeur helas.S,. '.'sut fini pfent aettrreurs he/.is 'A
22
Pour dérober ion trime enerrtte
il veut ai./eJiiseeeitrs Je . 'rt.i/i
Faire une /esse. ut vie./ J un Orme
Mais -aiissifsf e//e s'emplit Je eau./ ,
iha contre lui
%?e tourne être s.
,'//l
/) une i/r.r/i Je /lueur lie/is 'è\
{/'"'/■>
Morale
stprene.- r.u eeeu , .IfesJa/ti. .
. Iveus Jet/uv Je votre van
h't vans ipd courtises tes fenun..
Ils tenes l'is/t ee/fe .He/altle ,
l 'n il ne Jaut /'■'.
donnera e'.il.m.is
/'. 'tir (BU 'ir feins /.netirs lui.
Toiu« u
jÛS
C/t^lNSON IMITEE DE r-Kr.r.ir, dj<: Cu± DA/JSSE
■ lia an te
h' suis natif de la fuie ou jadis J ai vu le ftnw
■lie est au milieu ,1 u -ne foie 'ayant de l'eau foui au toiw . L'Eté
jamais un y \jete bhuver il n'v /ait pas' chaud, et si fan est
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±-
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■u-// -de-le c'est vattr fuel qu'objet non - iieau
ipivs la mort de marnere
/Von. Papa demeura veuf',
o\ / eues,' eu Seul J'n'itrsl un /'/ère
tV \uifions riens pas eiè netil ?
Celait une amiable /)ame
Ou 'il épousa ( ce dit -on j ;
i C il tient -jamais pris de lèmme
Il , uirait vécu Lrarcen .
' 3
Il était il un Caractère
Débonnaire . affable ,et douze ,
Il entrant /a/n.iis en colère
Ou en u,' le nul en eoiiroit.v ■
J"a c/tevelure était blonde
d, brillait comme un e\deil
S 'il eut été seul au monde
il n 'eut point son pareil ■
4
Pour soutenir sa naissance
Il avait Jorl peu Je bien ,
Des au il /ut dans l 'abondance
il ne. manqua plus de rien ■
Toujours I tant il liil lionnete
ti/en tipris des le Jierceau- ,•/
il se découvrait Ai tête
Des au 'il était son eliapeau
Toute U
■ '■•!
. I/ee/ier, lier, tla/il/e
On eut lien percfu en tem ■■
Ou. ma peur être put* 1/ anaui/le
II Se pi. 'menait au.r . liamps
e'ur le plein et sur le r/.le
// disputait savamment t
Disant la Puiye est numide
.le le aij- ptioli.ntemc/it .
G.
On assure cette chose
/'i>r//i/ puis^eurs traits envers .
//// ec/tviitl pas en prose
Ouand il écrivait en vers
Jl n aimait pas /a pure..;.;1
J'U /amais il n 'était las ,
On Iwnt au 'il veillait .■.me cesse
Pendant au't'l ne dormait pas ■
l'.n attaril sur la Rivière
i riait te n taure en Bateau
te allai/ toujours par terre
.l/iwins an 'il n'allât par eau
il s'a* yta't te a'au de- plaire
l'ai- son esprit et, son cur ;
S'il tir, ut voulu le /airs
/..■ Ray l'etit/.'ut //lie et l'air .
'fi
/'.n- ,1'i'a/it /u./t' et ftoiaire
t n /.'m- il /iit tuirupte ,
fl rut perdu een .i//aire
if tient ete condamne
Il ne pouvait se rcscu.lre
. I eliar./er ses / 'if talel..- .
Quand il n '.trait p. -mt de poudrt
t1!! 11. • le eraira tani.it, .- .
S-
I '/t IJerui , , lie. a /.■■:/
/.m du, en /.ti.-.iiit de. Ronds
Or, .-n mourant en /.c-mlm ne
,'i niciirr.nl delà ■' VontS ;
Blesse dune niant cruelle
H vit terminer son sort t
c't/./ii la Plauf est ruer telle
Pute au lielas ilen est nwrt
JJ
e't sa mortelle vlee.ure
Ne lai'. ut pas /ail meiirir
c'/i eut opère sa cure
Dès au 'en eut pu le ancra- :
Cédant a la maladie
il s'est montre l? moine fart ,
tl serait encore en ne
hélas ' s'il tietait pas mort ■
// .
e'nr un /'art l'en /il Je plume
II ce/ mort très mollement
e'if /u/ mort sur une enclume
////// mort plus durement
Tl mourut ,1/a/ie .1 envie
licfietfe de ses Soldats
Le dernier jour de sa vie
Fut le jour de .'■en trépas
JJ
Ses ennemis ont sans .lente
De sa mort ete cliura.
i '// ,/// ./// ////.' rit plus aautc
Dès au u eut les ueu.i
Ecrivant au Roy •'•*" maure
De Sa mer/ il l avertit
Le Peu n'eut point lu sa /ettre
cil n .irait lamai.' écrit ■
■loin»- n
Danse ûrécaue appeuse. lionicea
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'e par fieau/oi/eiu: au Mariage du Vue de Joyeuse avee Jf''1
par /ieo/uoye
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